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Module 13 · Comportement et régulation émotionnelle

Pourquoi ton enfant déborde

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

4–78–129 min de lecturePierre angulaire
Pourquoi ton enfant déborde

Pourquoi ton enfant déborde

Module 13 · Comportement et régulation des émotions · Article 01 · Wave 1 · 4 à 12 ans · article pilier


Dimanche après-midi. Ton enfant de six ans vient de craquer au portique, devant les autres parents. Il a lancé un cube en bois sur un autre enfant. Il t’a traité d’un mot qu’il n’avait jamais employé. Le voilà allongé dans l’herbe, le visage caché au creux du bras, en train de pleurer au point que la respiration commence à se hacher.

Tu te tiens à un mètre. Tu sens le regard des autres parents. Tu sens aussi les huit versions de toi que tu pourrais être à cet instant. La version sévère, la version douce, la version gênée, la version qui remonte en voiture et qui rentre. Aucune ne te paraît juste.

Ce que tu ne vois pas, en plein milieu, c’est que la crise n’a rien à voir avec le portique. La crise n’a rien à voir avec l’autre enfant. La crise, c’est ton enfant qui essaie de te dire quelque chose qu’il ne sait pas te dire avec des mots.

C’est de ça que parle cet article. Le comportement qui arrive sans cause évidente. Le débordement qui ne colle pas au déclencheur. La crise, le repli, la colère soudaine, le retour en arrière. Ce que c’est vraiment, ce que ce n’est pas, et comment le lire.

Le comportement est un langage

Le cortex préfrontal d’un enfant de six ans n’est pas encore construit. Il ne le sera pas avant des années. La partie du cerveau qui permet à l’adulte de nommer ce qu’il ressent, puis de choisir quoi en faire, n’est pas en ligne chez lui comme elle l’est chez toi.

Ce que ça veut dire concrètement. Quand un enfant ressent quelque chose de grand (de l’angoisse, de la peur, de la tristesse, un trop-plein, de la colère, de la confusion), il ne peut pas toujours aller chercher le sentiment, l’identifier et produire la phrase je ressens ça. Surtout avant six ans. Souvent bien plus tard.

Alors le sentiment doit bien aller quelque part. Il ne peut pas passer par des mots, parce que les mots ne sont pas disponibles. Il ne peut pas être traversé tranquillement, parce que le système de régulation n’est pas construit. Il faut bien qu’il sorte d’une façon ou d’une autre. Et il sort en comportement.

Le cube lancé au portique, c’est le seul langage dont dispose ton enfant, à six ans, un dimanche après-midi, pour tout ce qu’il porte depuis trois heures. Ou trois jours. Ou trois mois.

Voilà ce qu’est le comportement. Le comportement est une information. Le comportement, c’est l’enfant qui te dit quelque chose. Le travail n’est pas de punir le message. Le travail est de le lire.

Ce qu’il y a, le plus souvent, en dessous

Quand le comportement ne colle pas au déclencheur, c’est qu’il y a quelque chose en dessous. À travers des milliers d’interactions entre un enfant et son parent, certaines choses reviennent sans cesse.

Les transitions. Le dimanche après-midi, l’heure du relais, le retour de l’école, le moment de monter en voiture. Le système nerveux des enfants met plus de temps que celui des adultes à passer d’un contexte à un autre. Ce qui ressemble à un enfant qui déborde au passage de relais, c’est souvent son corps qui tente de gérer un basculement dont il n’a pas les mots. Les crises du dimanche après-midi ont presque toujours à voir avec le dimanche après-midi, pas avec le parent qui se tient là.

La fatigue, la faim, la maladie qui couve. Les trois suspects ennuyeux. Un enfant qui n’a pas mangé, qui a mal dormi ou qui commence à tomber malade va produire un comportement qui a l’air d’un défaut de caractère et qui est en réalité un problème de corps. La première chose à écarter, avant de chercher un sens émotionnel au comportement, c’est l’état physique de base.

Quelque chose qui s’est passé plus tôt dans la journée. La journée d’école plus dure qu’il ne l’a raconté. Le copain qui a dit quelque chose. La déception qu’il n’a pas mentionnée. Les enfants portent les événements de leur journée dans leur corps, souvent pendant des heures, et les relâchent au premier moment sûr. Ce moment sûr, c’est en général toi, dans ta cuisine, à dix-sept heures.

Quelque chose qui monte depuis des semaines. L’accumulation lente. Un nouveau bébé dans l’autre foyer, une maîtresse qu’il n’aime pas, un changement d’école, une dynamique entre copains, la prise de conscience progressive que la famille qu’il a n’est pas la famille dont il se souvient. Ça monte lentement, et ça se relâche d’un coup. La crise du mardi après-midi à propos d’une chaussette, c’est parfois bien à propos de la chaussette. Le plus souvent, c’est à propos des sept semaines d’accumulation dont la chaussette a juste été la goutte de trop.

La chose qu’il ne sait pas encore nommer. Le deuil, l’angoisse, une confusion d’identité, la peur de quelque chose dont il n’a pas les mots. L’article 01 du module 14 (Ton enfant aussi fait son deuil) décrit à quoi ressemble le deuil chez l’enfant. Ce qui compte ici, c’est que la chose tue doit bien sortir quelque part, et que le comportement en est le quelque part le plus courant.

Tu ne sauras pas toujours de laquelle il s’agit. Souvent, tu ne le sauras jamais. C’est normal. Lire l’information compte plus que poser un diagnostic.

Ce que ça change pour ce que tu fais

Si le comportement est une information, alors la réponse au comportement ne consiste pas d’abord à corriger le comportement. Elle consiste à recevoir l’information et à accueillir ce qu’il y a en dessous.

Ce n’est pas la même chose que de laisser le comportement passer sans réponse. Le cube lancé sur un autre enfant a des conséquences. Crier sur son parent rencontre une limite. Le comportement lui-même peut être traité clairement. Ce qui change, c’est ce que tu fais à côté de la réponse au comportement.

Voilà à quoi ça ressemble.

Le premier geste, c’est la régulation. Un enfant qui a perdu sa régulation ne peut rien apprendre d’une conséquence. La première chose n’est pas la leçon. C’est le retour à l’état de base. Le tenir, respirer, aller dans un endroit plus calme, baisser le niveau de stimulation. Tu traiteras le comportement après que l’enfant peut l’entendre, pas pendant qu’il est débordé.

Traite le comportement sans lui souffler l’explication. On ne lance pas de cubes sur les gens, c’est le message sur le comportement. Raconte-moi ce qui s’est passé, c’est le geste qui lit l’information. Tu peux faire les deux. Ce sont deux choses séparées. Ne les confonds pas en disant on ne lance pas de cubes parce que tu es contrarié. La première phrase, c’est la règle. La seconde lit l’information.

Ne moralise pas la lecture. Quand tu lis l’information, tu cherches à comprendre ce que ton enfant communique. La lecture n’est pas un verdict. Tu es fatigué et ça rend le moment au parc compliqué, c’est lire. Tu es comme ça parce qu’on te passe tout dans ton autre foyer, c’est de la morale déguisée en lecture. La première aide. La seconde abîme.

Reste curieux de ce qu’il y a en dessous, même quand le comportement est dur. L’enfant qui hurle JE TE DÉTESTE au coucher ne communique généralement pas je te déteste. Il communique quelque chose est insupportable et tu es la personne sûre sur qui le relâcher. Être la personne sûre n’est pas toujours confortable. C’est aussi le signe que l’attachement fonctionne, pas le signe qu’il échoue.

Repère les schémas sur des semaines, pas sur des soirées. La plupart des épisodes de comportement, pris un par un, sont du bruit. Les schémas, eux, sont le signal. Une crise un mardi, c’est une donnée. Une crise tous les mardis pendant quatre semaines, c’est un schéma qui pointe vers quelque chose. Garde en tête, sans rigidité, ce qui se passe et quand. L’information finit par dessiner une image.

Quand le comportement est plus qu’un langage

La plupart du temps, ce qui ressemble à un enfant qui déborde, c’est son système de régulation qui fait son travail, normal pour son développement. L’approche qui lit l’information est la bonne.

Un plus petit nombre de fois, le comportement signale quelque chose qui demande plus que la présence du parent.

Les schémas qui méritent une attention clinique :

  • Un comportement qui s’intensifie de semaine en semaine malgré des réponses calmes et constantes
  • Une agressivité devenue ciblée (sur un frère, une sœur, un animal, une personne précise) et qui fait du mal
  • Un comportement qui a changé en profondeur qui est l’enfant, et qui dure depuis plus de quatre à six semaines
  • Un comportement nouveau associé à d’autres changements : le sommeil, l’appétit, l’humeur, le retrait de ce qui apportait de la joie
  • Tout ce qui évoque qu’il pourrait se faire du mal, ou qu’il veut se faire du mal
  • Un schéma de comportement déjà présent avant la séparation, mais qui s’est nettement intensifié depuis

Ce ne sont pas les crises et les débordements ordinaires qui remplissent une parentalité normale. Ce sont des schémas qui méritent l’attention d’un clinicien. Le premier geste, c’est le médecin de ton enfant. Des articles du module 16 (Besoins particuliers et neurodiversité) abordent ce qu’il y a en dessous de certains de ces schémas quand ils durent. L’article 07 du module 14 (La question de la thérapie) traite du moment où la thérapie est la bonne étape suivante.

Tu n’en fais pas trop si tu fais appel à un soutien clinique. Tu remarques que ton enfant a besoin de plus que ce qu’un parent seul peut offrir, et tu fais en sorte qu’il l’ait.

Pour finir

Dimanche après-midi. Le portique. Le cube dans l’herbe. L’enfant à plat ventre, le visage au creux du bras.

Ce que tu fais, quand tu franchis enfin le mètre qui te sépare de lui, ce n’est pas la version sévère, ni la version gênée, ni la version qui remonte en voiture.

Tu t’assieds dans l’herbe. Pas assez près pour l’étouffer. Assez près pour qu’il sache que tu es là. Tu ne dis rien pendant un moment. Tu laisses la respiration se hacher, se rattraper, se hacher encore, puis s’apaiser. Quand son souffle est revenu à quelque chose de presque normal, tu poses une main sur son dos.

C’était dur, lui dis-tu.

Il ne répond pas. C’est très bien. L’information a été reçue, même s’il ne sait pas ce qu’il essayait de te dire. Le cube sera ramassé. L’autre enfant aura, dans quelques minutes, des excuses brèves et adaptées à son âge. Le trajet du retour sera silencieux. Il s’endormira dans la voiture.

Tu ne sauras jamais vraiment de quoi parlait cette crise. Ce n’est pas nécessaire. Ce qui était nécessaire, c’est qu’en plein milieu, quelqu’un a reconnu qu’elle parlait de quelque chose. Que ce n’était pas qui il est. Que c’était, au contraire, un enfant de six ans qui essayait de dire, avec les seuls outils dont il disposait, que quelque chose qu’il ne savait pas nommer était trop lourd.

Le comportement n’était pas le problème. Le comportement était le message. Et le message a été entendu.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.