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Module 13 · Comportement et régulation émotionnelle

La crise du dimanche soir

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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La crise du dimanche soir

La crise du dimanche soir

Module 13 · Comportement et régulation des émotions · Article 02 · Wave 2 · 4 à 12 ans


Dimanche soir. Dix-huit heures cinquante et une. L’eau du bain s’écoule. Ton enfant de sept ans vient de lancer le canard en plastique contre le mur, assez fort pour que tu aies entendu le rebond depuis la cuisine. Le voilà assis sur le tapis de bain, une serviette à moitié sur lui, les cheveux mouillés plaqués sur la tête, en train de pleurer sans qu’il y ait le moindre mot dedans.

C’est le troisième dimanche que ça arrive.

Tu t’accroupis dans l’encadrement de la porte. Tu ne dis rien encore. Tu essaies de te rappeler si la journée a été mauvaise. Pas vraiment, en fait. Il est rentré de chez son père à quinze heures. Il a goûté. Il a joué dans le jardin avec le chien. Tu as fait des pâtes. Il a mangé les pâtes. Il est monté dans le bain de bonne humeur. Il a joué pendant un quart d’heure. Et puis le canard.

La crise du dimanche soir n’a rien à voir avec le dimanche soir. Presque jamais. Cet article parle de ce que c’est vraiment, de ce qui se passe dans le corps de ton enfant, et de ce que tu fais sans aggraver les choses.

Ce qui se passe vraiment

La crise du dimanche soir, c’est presque toujours le corps qui relâche une semaine de tension retenue, au premier moment sûr.

Ton enfant de sept ans a passé vendredi, samedi et dimanche chez son père. Très probablement, le séjour s’est bien passé. Son père va bien. Les routines vont bien. L’enfant s’est tenu rassemblé à l’intérieur du foyer de quelqu’un d’autre, avec les rythmes de quelqu’un d’autre, dans les chambres de quelqu’un d’autre, en mangeant ce que mange quelqu’un d’autre.

Ce travail de se tenir rassemblé n’est pas conscient. L’enfant ne se dit pas je ferais mieux de bien me tenir. Le corps le fait en dessous, parce qu’il sait qu’il est loin de sa base. Ce travail est minime à chaque instant, mais il s’accumule sur trois jours. Le temps que le relais ait lieu, à quinze heures, le système nerveux de l’enfant a passé soixante-douze heures en légère alerte.

Et puis il rentre. Le goûter, le jardin, les pâtes. Le corps commence à reconnaître : c’est ça, la base. Les pâtes, ce sont les pâtes qu’il mange toujours. La cuisine, c’est sa cuisine. Le chien, c’est son chien. Le bain, c’est son bain. La reconnaissance relâche la tenue.

Le relâchement n’a rien de gracieux. Il ne peut pas l’être. Le corps de l’enfant a tenu pendant trois jours. Maintenant, la tenue s’arrête. Ce qui était contenu déborde. Le canard frappe le mur. Les pleurs commencent.

La crise du dimanche soir, c’est le compte rendu que fait le corps : la semaine est finie, et l’enfant est rentré en sécurité. C’est, paradoxalement, le signe que le foyer fonctionne.

La version où c’est chez le co-parent que se trouve le foyer principal

Une situation symétrique, avec les mêmes dynamiques dans l’autre sens. Si ton enfant passe le plus clair de son temps chez son autre parent et vient chez toi le week-end, la crise peut se produire le dimanche soir chez ton co-parent, après un week-end chez toi. Tu ne la verras pas. C’est ton co-parent qui la verra. L’enfant rentre dans son foyer principal, décompresse, et c’est là que le canard frappe le mur.

Si ton co-parent te dit un jour, dans un message neutre, que les enfants ont l’air à côté de leurs pompes le dimanche soir, c’est ça qu’il décrit. Ce n’est pas un verdict sur ton week-end. C’est le même schéma de système nerveux, dans son sens à lui.

L’information est utile dans les deux sens. Elle te dit que la transition du relais est réelle, et que l’enfant fait un travail que ni l’un ni l’autre foyer ne voit de l’intérieur.

Ce que la crise n’est pas

Une courte liste de ce que la crise du dimanche soir n’est pas, parce que les parents la lisent souvent de travers.

Ce n’est pas un verdict sur le week-end. La crise survient après les bons week-ends autant qu’après les mauvais. Parfois davantage, parce que le bon week-end a plus d’énergie retenue à relâcher.

Ce n’est pas ton enfant qui fait des difficultés. Un enfant qui craque le dimanche soir, c’est un enfant dont le système fonctionne comme prévu. La soupape se déclenche. Un enfant qui ne craquerait jamais serait un enfant qui tient indéfiniment, ce qui a de pires conséquences.

Ce n’est pas une raison de changer le planning. La plupart des plannings produisent une crise quelque part. Le rythme 2-2-3 en produit plus souvent, mais des plus petites. Le rythme une semaine sur deux en produit moins souvent, mais des plus grosses. Elles tiennent à la transition elle-même, pas à un défaut du rythme choisi. Changer de planning pour éviter la crise revient en général à la déplacer sur un autre soir.

Ce n’est pas un signe qu’il faut enquêter sur le week-end. Il s’est passé quelque chose chez papa ?, demandé au plus fort de la crise, c’est la mauvaise question. La crise, c’est le corps, pas un rapport. S’il s’est vraiment passé quelque chose de précis, ça ressortira plus tard, dans un moment plus calme, avec ses propres mots. La crise n’est pas le moment de la confidence.

Ce n’est pas un problème que tu dois résoudre. La plupart des parents répondent à une crise en essayant de la faire cesser. La crise du dimanche n’est pas un problème ; c’est un processus. Le processus a besoin de se dérouler, pas d’être interrompu.

Ce que tu fais

L’article pilier du module (Module 13, article 01, Pourquoi ton enfant déborde) pose le principe : le premier geste, c’est la régulation ; le second, c’est lire l’information en dessous. La crise du dimanche soir est l’exemple le plus net de ce principe en action.

Traverse la pièce. Assieds-toi à côté. Ne parle pas.

Tu t’accroupis dans l’encadrement de la porte, puis tu te déplaces jusqu’au tapis de bain. Tu t’assieds par terre à côté de ton enfant. Tu ne le prends pas tout de suite dans tes bras, sauf s’il se tend vers toi. Tu ne demandes pas ce qui ne va pas. Tu n’essaies pas de lui sécher les cheveux. Tu restes simplement assis.

La présence, c’est la régulation. Le corps qui tenait se trouve maintenant dans la même pièce que le corps du parent, qui est calme. La co-régulation fait le travail. Le système nerveux de l’enfant, à qui on offre un système nerveux régulé sur lequel s’accorder, commence à s’apaiser.

Attends. Cinq à quinze minutes, en général.

Les crises des enfants sont limitées dans le temps si tu n’ajoutes pas de carburant. Le corps qui relâche la tension arrive au bout du relâchement. Les pleurs se font plus doux, puis s’arrêtent. Le souffle se hache, se rattrape, puis s’apaise. L’enfant remarque, dans un coin de lui, qu’il est assis sur un tapis de bain avec les cheveux mouillés et que son parent est là.

Les premiers mots qui sortent de toi, après la tempête, sont ceux qui comptent.

Ne l’analyse pas. Accueille-la.

Les bons premiers mots sont simples. Hé. Ou C’était costaud. Ou Ça va mieux ? Pas Tu veux en parler ? Pas Pourquoi tu as fait ça ? Pas C’est quelque chose chez papa ? De l’accueil, pas un interrogatoire.

Passe à la routine.

Le bain est terminé. Il lui faut un pyjama. Il lui faut les cheveux séchés, plus ou moins. Il lui faut le brossage des dents. La routine, c’est le contenant. Après la tempête, la routine, c’est ce qui rappelle au corps que le monde fonctionne toujours. Fais la routine tranquillement. L’enfant sera plus éteint que d’habitude ; c’est normal. Laisse-le être éteint.

Lis l’histoire. Éteins la lumière. Reste quelques minutes de plus.

Le coucher qui suit une crise du dimanche soir devrait être une version un peu plus longue du coucher habituel. Quelques minutes de plus à rester assis à côté de lui dans le noir. Pas une grande conversation. Juste la compagnie. Le corps finit de s’apaiser. Ta présence, c’est la dernière pièce de l’apaisement.

Au matin, l’enfant va bien. Il ne se souvient peut-être même pas que la crise a eu lieu. La semaine repart de zéro.

Quand la crise n’est pas ça

La plupart des crises du dimanche soir sont une décompression. Quelques-unes ne le sont pas, et la différence compte.

Les signes que c’est autre chose qui se joue :

La crise est précise. Je veux pas aller chez papa le week-end prochain, crié à travers les pleurs, ce n’est pas de la décompression. C’est un message. La décompression est sans mots, ou presque. Une crise avec une plainte précise à l’intérieur est une crise à propos de cette plainte.

La crise diffère selon le foyer. Si ton enfant craque le dimanche soir dans un foyer et pas le vendredi soir dans l’autre, cette asymétrie peut être de la décompression. S’il craque dans les deux foyers à chaque transition, le planning est peut-être trop exigeant pour son stade.

La crise s’intensifie de semaine en semaine. Les crises de décompression sont à peu près stables en intensité. Un schéma qui monte sur six à huit semaines te dit que quelque chose a changé. Un nouveau partenaire dans l’un des foyers, un souci à l’école, une dynamique entre frères et sœurs, un changement dans le groupe de copains.

La crise est suivie de changements le lendemain. La plupart des crises du dimanche soir laissent le lundi matin normal. Si l’enfant est aussi éteint le lundi, replié à l’école, ou s’il traîne le résidu jusqu’au mardi, le corps ne termine pas son relâchement. Quelque chose reste retenu.

Des troubles du sommeil, de l’appétit, de l’humeur qui durent sur des semaines. Les mêmes repères que dans l’article 01 de ce module. Si la crise fait partie d’un schéma plus large, l’article qu’il te faut, c’est l’article 04 de ce module (L’enfant qui se replie) ou l’article 07 (L’angoisse chez l’enfant).

Si l’un de ces signes apparaît, la réponse passe de laisser le corps relâcher à quelque chose mérite qu’on s’y attarde. Le module 09 traite du moment où faire intervenir un tiers. Le premier geste, c’est en général une conversation douce, sans enjeu, dans un moment hors crise.

En parler plus tard, si tant est qu’on en parle

La plupart des crises du dimanche soir n’ont pas besoin d’une conversation de suivi. Le corps a fait son travail. L’enfant n’a rien à ajouter.

Quelques cas où un léger suivi aide.

Le lendemain, en passant. C’était une grosse crise de larmes hier soir. Ça va ? Demandé au petit déjeuner, dans la voiture, en faisant autre chose. Sans enjeu. Il répondra ouais et passera à autre chose, ou il s’ouvrira un peu. N’insiste pas.

Si l’enfant l’amène lui-même. Il dira peut-être quelque chose, plus tard dans la semaine. Je sais pas pourquoi j’ai pleuré. Tu n’as pas besoin de le savoir non plus. Parfois, les corps ont juste besoin de pleurer. Surtout le dimanche. Nommer le schéma sans le dramatiser.

Si la crise était inhabituelle. Plus grosse que la version habituelle du dimanche, ou avec des mots attachés. Alors une conversation plus calme, quelques jours plus tard, vaut la peine. J’ai remarqué que dimanche, c’était différent. Il y a quelque chose ? Question ouverte, sans intention cachée.

Le principe : la conversation est là pour que l’enfant s’en serve s’il en a envie, pas pour que tu en extraies de l’information.

La version cumulée

Au fil des mois, la crise du dimanche soir apprend quelque chose à l’enfant sur son foyer. Il apprend : ce foyer, c’est l’endroit où mon corps a le droit de lâcher. Il apprend : mon parent peut rester avec la tempête. Il apprend : la tempête ne casse rien.

Ce sont des leçons durables. L’enfant grandit en sachant que son système nerveux peut relâcher dans ce foyer. Cette capacité à relâcher, répétée sur des années, devient une part de la façon dont il se régule à l’âge adulte.

Le coût de rater les dimanches soir est réel. Un enfant qui apprend que la tempête produit un interrogatoire, ou une punition, ou une détresse visible chez son parent, apprend à étouffer la tempête. Le corps continue de tenir. Le coût d’une tenue indéfinie se manifeste plus tard, parfois bien plus tard, souvent à des endroits qui n’ont pas de lien évident avec l’étouffement de départ.

Le coût de réussir les dimanches soir est à peu près nul. Cinq à quinze minutes par semaine, assis sur un tapis de bain. Le tapis est mouillé. Ton enfant est bruyant. Le canard est par terre. Le temps que l’enfant soit au lit, la tempête est passée et le foyer est revenu à la normale.

C’est toute la forme de la chose.

Pour finir

Dimanche soir. Dix-neuf heures six. Ton enfant de sept ans est en pyjama. Les cheveux sont à peu près secs. Il est au lit. Tu as lu le chapitre. La lumière est éteinte. Tu es assis au bord du lit.

Il tend une main. Tu la prends. Il ne dit rien. Au bout d’une minute ou deux, sa main se desserre. Une minute de plus, et il dort.

Le canard est encore par terre dans la salle de bain, là où il a atterri. Tu le ramasseras demain matin.

Bien plus tard, quand ton enfant sera grand, il ne se souviendra d’aucun de ces dimanches soir en particulier. Il aura, à la place, une sensation, sur ce que c’est que de rentrer chez soi. Sur le fait que le foyer soit l’endroit où les choses retenues peuvent se relâcher. Sur le fait que les gens qui y sont puissent rester avec une tempête sans essayer de la réparer.

Tu as construit cette sensation ce soir. En faisant cinq à quinze minutes de rien. En restant sur le tapis de bain. En ramassant le canard demain matin.

C’est tout le travail de ce soir.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.