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Module 06 · Plannings et rotations

Le relais du milieu de semaine et celui du week-end

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Le relais du milieu de semaine et celui du week-end

Le relais du milieu de semaine et celui du week-end

Module 06 · Plannings et rotations · Article 15 · v3 · 4-7, 8-12


Mercredi après-midi. Le parking de l’école. Ta fille de huit ans sort par la porte latérale avec sa classe, voit Papa près de la barrière, marche jusqu’à lui et lui tend son cartable. Elle raconte un truc qui s’est passé en maths. Ils marchent vers la voiture. Le passage de relais est terminé avant même qu’elle ait remarqué qu’il commençait. Vendredi soir. La même fille de huit ans. Elle est à la maison avec toi depuis deux heures après l’école, a pris un petit goûter, s’est montrée un peu collante. La sonnette retentit. Elle se raidit légèrement. Elle prend son sac. Elle marche jusqu’à la porte. Le passage de relais dure quatre minutes et en paraît quatorze.

Le même enfant. La même semaine. Le même planning. Deux passages de relais qui se vivent de façon complètement différente. Cet article parle du pourquoi, et de ce que cette différence change à la façon de construire une semaine en co-parentalité.

Les deux passages de relais

Dans un planning de semaine d’école typique, la plupart des familles ont deux sortes de relais entre les foyers.

Le relais du milieu de semaine. En général attaché à l’école. L’enfant part à l’école le matin depuis un foyer, ressort en fin de journée, et va dans l’autre foyer pour la soirée. Le parent qui a l’enfant fait le trajet de l’école le matin. Le parent qui ne l’a pas (et qui le récupère) fait la sortie. La journée d’école s’intercale entre les deux foyers.

Le relais du week-end. Pas attaché à l’école. En général un passage de relais en face à face à l’un des foyers, un vendredi après-midi, un dimanche après-midi ou un samedi matin. L’enfant passe directement d’un foyer à l’autre, sans espace neutre au milieu.

Pour la plupart des enfants, les deux se vivent de façon structurellement différente. Le relais du milieu de semaine tend à être fluide. Celui du week-end tend à peser plus lourd. Comprendre pourquoi t’aide à placer les passages de relais à dessein plutôt qu’au hasard.

Pourquoi le relais du milieu de semaine est plus facile

Plusieurs choses font marcher le passage de relais qui passe par l’école.

La journée d’école absorbe le changement. Six ou sept heures d’école s’intercalent entre le départ d’un foyer et l’arrivée à l’autre. L’enfant entre dans la journée d’école depuis un rythme et en ressort dans l’autre. Le basculement se fait pendant l’école, en compagnie des copains, des maîtres et des routines de la classe, pas dans un moment de relais silencieux.

Il n’y a pas d’au revoir en face à face. Le parent qui a l’enfant le matin dit au revoir comme on dit au revoir un matin d’école. Le parent qui le récupère dit bonjour comme on dit bonjour à la sortie. Aucun des deux parents ne fait d’au revoir de relais à son co-parent. Le passage de relais se fait par l’école, pas par une porte.

L’enfant arrive au nouveau foyer dans un état régulé. Quand on vient le chercher, il a décompressé de la journée d’école, il est en général un peu fatigué, souvent affamé. Il y a une suite claire (le goûter, le trajet du retour, le début de la soirée). Le passage de relais ne reste pas isolé.

Le parent qui reçoit récupère un enfant posé. Pas un enfant qui vient de dire au revoir à son co-parent il y a cinq minutes. Les cinq heures ont éloigné l’au revoir. À 15 h 30, l’enfant pense surtout à ce qu’il y aura à dîner, pas à avec qui il était au petit-déjeuner.

Le sac, les affaires, le matériel passent par l’école. Ce que l’enfant a sur lui en fin de journée rentre avec le parent qui le reçoit. Le sac de passage de relais (le doudou, le jouet préféré, les affaires-pour-chez-Maman) est dans le cartable. Pas de rituel de transfert à une porte.

Le résultat, pour la plupart des enfants : un passage de relais qui s’enregistre à peine comme un passage de relais. À 16 h, ils sont dans le nouveau foyer comme s’ils s’y étaient toujours dirigés.

Pourquoi le relais du week-end est plus difficile

Forme différente, coût différent.

Le passage de relais en face à face est chargé. Le parent qui part et le parent qui reçoit sont physiquement proches l’un de l’autre quelques minutes. L’enfant les voit tous les deux en même temps, avec toute la complexité que ça porte. Même quand les deux parents le gèrent bien, le moment a du poids.

Il n’y a pas d’espace neutre au milieu. L’enfant passe directement d’un foyer à l’autre. L’état émotionnel dans lequel il était à un foyer voyage avec lui jusqu’au suivant, sans tampon.

Le temps qui précède le passage de relais est dans l’anticipation. L’enfant sait que le relais approche. L’heure ou les deux heures d’avant ont souvent une forme particulière : parfois collant, parfois en retrait, parfois inhabituellement excité. Le passage de relais n’a pas commencé mais il agit déjà sur le moment.

Le foyer d’arrivée démarre à froid. Le parent qui reçoit n’a pas été avec l’enfant depuis au moins le week-end précédent, peut-être plus. Il ne sait pas comment la semaine s’est passée. Il repart de zéro pour la conversation, l’humeur, le rythme.

Les relais du week-end se font souvent aux foyers des parents, pas aux écoles. C’est juste là qu’ils tombent structurellement. L’environnement du foyer n’est pas un espace neutre comme l’est le parking de l’école. Il y a une porte, un couloir, le salon du parent qui part visible derrière lui. Plus de couches à gérer.

Le résultat, pour la plupart des enfants : un passage de relais qui demande visiblement un effort. Pas nuisible s’il est bien géré ; pas invisible non plus.

Ce que ça implique pour la conception du planning

Deux choses en découlent.

Fais passer le plus de relais possible par l’école. Quand tu as le choix entre un passage de relais qui passe par l’école et un en face à face, choisis l’école. Les relais de milieu de semaine du planning 2-2-3 passent en général par l’école, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles il marche pour les plus jeunes malgré le nombre élevé de relais. Le relais de milieu de semaine du 5-2-2-5 passe lui aussi souvent par l’école. La semaine sur deux peut placer son unique relais hebdomadaire à l’école en faisant le passage de relais le vendredi après-midi au portail.

Rends les relais en face à face aussi fluides que possible. Certains relais ne peuvent pas passer par l’école. Le passage de relais du dimanche soir. Celui du vendredi après l’école. Celui de la fin de l’année scolaire. Celui de la fin des vacances. Pour eux, il existe un plus petit ensemble de gestes de structure qui aident.

Faire fonctionner le passage de relais en face à face

Quelques précisions pour le relais du week-end ou du soir.

Fais-le à une porte constante. Toujours la même porte, le même côté de la maison, le même rituel d’arrivée. La répétition des petits détails construit la familiarité. L’enfant sait où poser ses chaussures ; le parent qui part sait où déposer le sac.

Bref et chaleureux. Deux minutes, pas dix. Le parent qui part dit bonjour, remet le sac avec l’info précise s’il y en a une, dit un au revoir rapide à l’enfant, s’en va. Le parent qui reçoit fait entrer l’enfant. Pas de longue conversation d’adultes sur le pas de la porte. (Module 08, article 09, La réponse froide, la réponse chaleureuse, sur le ton.)

Aie une suite. Ne termine pas le passage de relais sur qu’est-ce que tu veux faire. Aie une petite première activité prête. Parfois c’est aussi simple qu’un goûter à la table de la cuisine ; parfois c’est une chose prévue que l’enfant attendait. Le passage de relais se termine et la soirée commence.

Ne décortique pas le passage de relais. Évite le c’était comment chez Maman dans la première demi-heure. L’enfant a besoin d’être dans ce foyer avant qu’on lui demande de parler de l’autre. Laisse la conversation venir d’elle-même, souvent après le dîner, souvent à travers ce que l’enfant raconte de lui-même plutôt que ce qu’on lui demande.

Reconnais la petite gêne. Une enfant de 7 ans collante dans la demi-heure avant un passage de relais n’a pas besoin qu’on lui dise d’être courageuse. Un enfant de 10 ans raide dans l’encadrement de la porte n’a pas besoin qu’on lui dise de se détendre. Le relais est un peu difficile. Le nommer brièvement, je sais que passer d’un foyer à l’autre, c’est un peu bizarre, est parfois plus honnête que de faire comme si de rien n’était.

Garde la porte simple. Le parent qui part fait un signe et s’en va. Il ne s’attarde pas dans le couloir pour demander quelque chose au parent qui reçoit. La conversation de coordination, s’il y en a une, se fait par message ou dans un échange prévu, pas dans l’encadrement de la porte.

Là où les familles s’y prennent mal

Deux schémas courants.

Le relais du week-end inutile à la porte. Certaines familles qui pourraient faire passer le relais du week-end par la sortie de l’école du vendredi ne le font pas. Le passage de relais du vendredi se fait à 18 h au foyer du parent qui part, au lieu de 15 h 25 au portail. La version « à la porte » est plus difficile. Si l’enfant est à l’école le vendredi de toute façon, fais passer le relais par l’école chaque fois que c’est possible.

Le double relais. Certains plannings de week-end font conduire l’enfant de l’école au foyer d’un parent pour une courte installation, puis le font passer à l’autre parent plus tard. C’est deux relais au lieu d’un. Le relais unique (de l’école au deuxième foyer) est presque toujours plus facile.

Quelques situations rendent ces schémas pertinents (une sortie d’école à la mi-journée avec un long délai avant que le deuxième foyer soit prêt ; une contrainte logistique sur la sortie du vendredi), mais par défaut, moins de relais vaut mieux.

La question du dimanche soir

Le passage de relais en face à face le plus difficile pour beaucoup de familles. L’enfant a passé deux jours chez le parent qui ne l’a pas en semaine ; il revient chez le parent qui l’a en semaine le dimanche soir, pour la semaine d’école. C’est le relais le plus souvent associé à de l’angoisse chez les enfants d’âge scolaire. (Module 03, article 29, L’angoisse du dimanche après-midi.)

Quelques points qui aident pour ce relais précis.

Plus tôt plutôt que plus tard. Le dimanche après-midi, avant le dîner, est en général plus facile que le dimanche soir, après le dîner. Le parent qui reçoit a le temps d’un rituel de réinstallation avant que la nuit d’école commence. Le parent qui part ne termine pas une longue journée sur le pas de la porte.

Passe le relais par une activité neutre. Certaines familles font le relais du dimanche dans un parc, une piscine, un café. L’enfant passe d’un parent à l’autre dans un espace neutre partagé, sans qu’aucun foyer soit la scène. Moins courant, mais ça marche pour certaines familles.

Laisse la semaine d’école reprendre en douceur. N’empile pas toute la routine d’une nuit d’école dans les deux premières heures du retour. Un dîner tardif mais sans presse, un coucher plus doux qu’en milieu de semaine, une extinction des lumières facile. L’enfant a besoin de retrouver le foyer avant qu’on lui demande d’être en mode semaine d’école.

Quand l’enfant montre une détresse à un relais de façon constante

Certains enfants, à certaines périodes, trouvent un relais précis difficile. Le passage de relais du vendredi qui se passe bien depuis des mois devient soudain difficile. Celui du dimanche que l’enfant faisait sans rien dire devient le moment où il pleure.

Quelques points à savoir.

Souvent, ce n’est pas le passage de relais lui-même. C’est quelque chose de ce qui se passe de part et d’autre. Un changement à l’un des foyers. Une semaine d’école qui a été dure. Un souci d’amitié qui ressort ce jour-là. Le relais est juste l’endroit où la difficulté devient visible.

Le schéma compte plus que le moment. Quatre passages de relais du vendredi difficiles d’affilée, c’est un signal. Un mauvais vendredi, non. Regarde si c’est un épisode ou un schéma. (Article 04, le diagnostic.)

Parfois, la réponse de structure est de déplacer le jour. Si le relais du dimanche soir est devenu durablement difficile, certaines familles le déplacent au vendredi ou au samedi. Le planning garde la même forme pour chaque parent ; seul le moment du passage change. Ça vaut le coup d’essayer si un schéma se montre depuis deux ou trois mois.

Pour finir

Le relais du milieu de semaine et celui du week-end se ressemblent sur le tableau mais se vivent de façon complètement différente pour l’enfant. Le relais du milieu de semaine, passé par l’école, est l’un des outils de structure les plus précieux en co-parentalité. Celui du week-end, bien géré, est faisable. Celui du week-end mal géré est l’endroit où un planning qui marche commence à fuir.

L’essentiel du travail pour bien régler le planning est dans la conception des passages de relais, pas dans celle des blocs de temps. Là où tu peux utiliser l’école, utilise l’école. Là où tu ne peux pas, fais que la porte soit brève et chaleureuse.

Vendredi soir. Le passage de relais a pris quatre minutes. À 18 h 30, ta fille de huit ans est à la table de la cuisine avec un goûter et une histoire de sa journée. Le relais est terminé. Le presque-rien du mercredi après-midi et le un-peu-plus-lourd du vendredi font partie de la même semaine. Les deux marchent. L’enfant est de nouveau à la maison.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.