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Module 06 · Plannings et rotations

Le rythme 2-2-3

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Le rythme 2-2-3

Le rythme 2-2-3

Module 06 · Rythmes et rotations · Article 02 · v1 · 4-7, 8-12


Samedi matin. Tu es à la table de la cuisine, en visio avec ton co-parent. Tu as un calendrier devant toi. Vous essayez de mettre au point un rythme qui vous donne à tous les deux du vrai temps avec les enfants, sans épuiser votre enfant de six ans à force de transitions. L’avocate a suggéré le 2-2-3. Ni l’un ni l’autre ne comprenez vraiment ce que ça veut dire dans la pratique. Vous êtes convenus d’y regarder de plus près avant la semaine prochaine.

Cet article, c’est à quoi ressemble vraiment le 2-2-3 dans la pratique. Pas comme une formule. Comme des semaines vécues. Ce qu’il donne à l’enfant. Ce qu’il demande aux parents. Quand il marche. Quand il cesse de marcher.

Ce qu’est le schéma

Le 2-2-3 est une rotation sur deux semaines. La même forme se répète toutes les quinzaines, les parents alternant le « côté » qu’ils tiennent.

Semaine un : 2 jours chez le parent A. 2 jours chez le parent B. 3 jours chez le parent A. Semaine deux : 2 jours chez le parent B. 2 jours chez le parent A. 3 jours chez le parent B.

Le résultat, c’est une répartition 50/50 sur la quinzaine. Chaque enfant voit chaque parent tous les deux ou trois jours au maximum. Chaque parent a une plage de trois jours consécutifs une semaine sur deux, ce qui suffit pour un vrai week-end sans perdre le schéma de contact fréquent.

Une disposition typique, avec Maman qui démarre le cycle :

| | Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim | |---|---|---|---|---|---|---|---| | Semaine 1 | Maman | Maman | Papa | Papa | Maman | Maman | Maman | | Semaine 2 | Papa | Papa | Maman | Maman | Papa | Papa | Papa |

Puis la semaine 3 ressemble de nouveau à la semaine 1, et ainsi de suite.

Les chiffres, ce sont les jours, pas les nuits. La plupart des familles suivent ça en nuits, parce que c’est ainsi que fonctionnent les écoles, les médecins et les applis, mais le vécu se construit à partir des jours.

Pourquoi c’est le rythme le plus courant à l’âge scolaire

Plusieurs choses s’alignent bien dans le 2-2-3 pour les enfants d’environ 4 à 9 ans.

L’enfant voit chaque parent tous les deux ou trois jours. Ça compte, à cet âge. Les enfants de moins de 10 ans se portent en général mieux quand la plus longue plage sans voir un parent ne dépasse pas trois nuits. Le 2-2-3 atteint ce plafond de façon fiable. L’enfant sait : quel que soit le parent avec qui il n’est pas en ce moment, il le verra dans deux ou trois jours.

La semaine a une forme prévisible. À l’intérieur de chaque semaine, la rotation est la même : 2-2-3. L’enfant peut la tenir dans sa tête une fois qu’il est assez grand pour suivre le schéma. Vers 7 ou 8 ans, la plupart des enfants savent nommer dans quel foyer ils sont, où ils étaient hier, et où ils seront demain.

Chaque parent a un vrai week-end. La plage de 3 jours tombe sur un vendredi-samedi-dimanche dans la plupart des dispositions, ce qui veut dire que chaque parent, une semaine sur deux, a un vrai week-end avec les enfants. Pas une demi-journée. Pas un samedi après-midi. Un arc complet du vendredi soir au dimanche soir, ce qui laisse assez de temps pour faire quelque chose qui ne soit pas que de la logistique.

Les transitions peuvent passer par l’école. Les transitions en milieu de semaine, les passages de relais du mardi au mercredi et du jeudi au vendredi, peuvent se faire à l’école. Le parent A dépose le matin. Le parent B récupère l’après-midi. L’enfant n’a pas à faire un au revoir en face à face à un parent et un bonjour en face à face à l’autre dans l’espace d’une heure. La transition devient invisible pour lui.

Ça passe assez bien à l’échelle d’une fratrie. Un enfant de 4 ans et un de 8 ans peuvent partager le même rythme 2-2-3 sans difficulté. Celui de 4 ans profite du contact fréquent. Celui de 8 ans gère la rotation. La solidarité de la fratrie, le principe selon lequel les besoins développementaux du plus jeune posent le plancher du rythme, tient sans obliger l’aîné à s’étirer.

À quoi ressemblent vraiment les journées

Le 2-2-3 ne se vit pas comme un tableau. Il se vit comme un rythme de journées.

Les plages de 2 jours. Elles sont denses. Le parent qui a l’enfant pour deux nuits a le lundi soir, le mardi soir, et c’est tout. La plupart des heures de jour de ces deux journées, c’est l’école. Le contact, c’est surtout la routine du soir, le dîner, les devoirs, le bain, l’histoire, le dodo, et une matinée de petit-déjeuner et de trajet de l’école. Il n’y a pas beaucoup de marge. Si quelque chose se passe mal sur une plage de 2 jours (un jour de maladie, une soirée difficile, une activité ratée), il n’y a pas beaucoup de temps pour corriger le tir avant que l’enfant ne bouge.

Les plages de 3 jours. Elles respirent autrement. Du vendredi soir au dimanche soir, il y a un samedi et un dimanche entiers. Il y a du temps pour quelque chose. Une sortie au parc. Une matinée tranquille. Un film sur le canapé. Une visite des grands-parents. C’est la plage où la relation avec l’enfant peut un peu vivre, au-delà de la logistique des soirs d’école.

Les transitions. Il y a à peu près cinq passages de relais par quinzaine (plus ou moins, selon la façon dont tombent les transitions du week-end). Chacun est un petit moment de bascule. Pour la plupart des enfants, ceux qui passent par l’école (mardi après-midi, jeudi après-midi) sont presque invisibles. La transition du vendredi ou du dimanche, qui est en général en face à face, est la plus dure. (Voir l’article 08 du module 01, Le soir avant une transition, pour la texture de la façon dont ça se dépose au moment du coucher.)

Ce que ça demande aux parents

Le 2-2-3 est un rythme à forte coordination. Les deux parents doivent être disponibles, de façons comparables, chaque semaine. Tous les deux doivent être dans la même ville. Tous les deux doivent pouvoir assurer le trajet de l’école plusieurs jours par semaine. Tous les deux doivent pouvoir faire un passage de relais du mardi au mercredi à la grille de l’école ou à l’accueil périscolaire.

C’est beaucoup d’infrastructure pratique à faire tourner. Plusieurs choses cassent le 2-2-3, et il vaut mieux être honnête à leur sujet dès le départ.

Un travail posté qui ne tombe pas bien. Un parent qui travaille de nuit du mardi au jeudi ne peut pas tenir de façon fiable une nuit d’école du mardi au mercredi. Le rythme ne marchera pas.

Des villes différentes. Si ton co-parent et toi vivez à plus de 20 minutes de route de l’école, le 2-2-3 devient punitif pour l’enfant. Le trajet de l’école depuis le foyer A le lundi et le mardi, le foyer B le mercredi et le jeudi, le foyer A le vendredi, deux fois en traversant la ville sur une seule quinzaine, c’est épuisant.

Des activités qui s’étalent sur plusieurs jours. Si ton enfant a du foot le dimanche et que les affaires de foot vivent dans un seul foyer, la rotation devient un casse-tête logistique. La plupart des familles résolvent ça en dupliquant les affaires. Certaines avec une règle de passage explicite pour cet objet. (Voir l’article 10 du module 03, La tenue de sport, les affaires de piscine, les affaires mouillées.)

Un enfant qui déteste les transitions. Certains enfants, par tempérament, trouvent chaque passage de relais difficile. Ils ont besoin de séjours plus longs. Le 2-2-3, avec son schéma de cinq transitions par quinzaine, n’est peut-être pas le bon rythme pour eux, même si le simple calcul de l’âge suggère que ça devrait l’être. Regarde l’enfant plus que le tableau.

Quand le 2-2-3 commence à ne plus convenir

La plupart des familles qui utilisent un 2-2-3 le gardent plusieurs années. Il tend à ne plus convenir vers 9 ou 10 ans, à un an près selon l’enfant.

Les signes :

Les devoirs commencent à glisser. Vers 9 ans, les devoirs deviennent des projets sur plusieurs jours, plus des tâches d’une seule soirée. Un enfant en 2-2-3 peut avoir un devoir donné le mardi, à rendre le vendredi, commencé dans un foyer, continué dans un autre, avec les livres dans un foyer et l’ordinateur dans l’autre. Le schéma ne soutient pas le travail de projet dans la durée.

Le groupe de copains demande plus de stabilité. Vers 10 ans, la vie sociale a des rythmes hebdomadaires. Les soirées pyjama, les groupes de discussion, les plans du vendredi soir. Bouger tous les deux jours rend plus difficile de garder sa place dans les plans du vendredi soir, qui tournent au sein d’un groupe de copains.

Les activités passent d’une à plusieurs. La plupart des enfants de 5 ans ont une activité par semaine. La plupart des enfants de 10 ans en ont trois ou quatre. La coordination entre deux foyers, avec les affaires, les inscriptions et le covoiturage, devient nettement plus difficile quand il y a plusieurs créneaux par semaine à faire circuler.

L’enfant commence à demander des plages plus longues. C’est le signal le plus clair. L’enfant de 9 ans qui dit est-ce que je peux rester chez Maman toute la semaine, des fois. L’enfant de 10 ans qui, après un passage de relais du mardi, dit j’ai jamais l’impression d’être vraiment ici. Quand l’enfant commence à nommer le vécu, le rythme a atteint la fin de sa vie.

Le passage à un rythme à plages plus longues, en général un 3-4-4-3 ou la semaine en alternance avec un dîner en milieu de semaine, est l’une des étapes prévisibles de la co-parentalité à l’âge scolaire. (Voir l’article 04, Quand changer de rythme.)

Deux variations courantes

Quelques familles adaptent le 2-2-3 de façons qui marchent mieux pour leur situation particulière.

La variation à week-end fixe. Au lieu d’alterner les week-ends, chaque parent a les mêmes jours chaque semaine. Le parent A a toujours le lundi et le mardi. Le parent B a toujours le mercredi et le jeudi. Le week-end tourne. Ça donne plus de prévisibilité aux soirs d’école, au prix de la rupture du principe de plages égales. Marche bien pour des parents aux horaires de travail très différents.

La variation 2-2-3-2-2-3. Certaines familles lisent le 2-2-3 comme un schéma hebdomadaire, pas sur quinzaine. Elles ont une plage de 2 jours, puis 2 jours, puis 3 jours chaque semaine, avec le même parent qui tient la plage de 3 jours chaque vendredi-dimanche. Ce n’est pas du 50/50 (c’est 5/9 pour un parent, 4/9 pour l’autre). C’est un autre rythme. Si une famille appelle quelque chose 2-2-3 et que ça ne s’inverse pas chaque semaine, c’est probablement cette variation. Mieux vaut être clair sur celle dont on parle.

Une note sur ce que le 2-2-3 ne fait pas

Le 2-2-3 est un rythme de contact fréquent, et c’est tout l’intérêt. Il n’est pas conçu pour donner à l’un ou l’autre parent de longues plages. Il n’est pas conçu pour réduire les transitions. Il n’est pas conçu pour donner à un parent la semaine d’école et à l’autre les week-ends.

Si c’est de contact fréquent que ton enfant a besoin, le 2-2-3 est l’un des rythmes les plus solides disponibles. Si ta situation demande autre chose (longue distance, horaires de travail très différents, un enfant qui a besoin de séjours plus longs), le 2-2-3 n’est pas le bon rythme, et la bonne réponse, c’est d’utiliser un autre schéma, pas de tordre le 2-2-3 jusqu’à ce qu’il cesse d’être lui-même.

Pour finir

Le 2-2-3 est un rythme de fond. Pas glamour. Pas parfait. Il donne à un enfant d’âge scolaire deux foyers qu’il voit selon un rythme régulier, deux parents sur qui il peut compter tous les deux ou trois jours, et un schéma prévisible qu’il peut tenir dans sa tête. Il coûte aux parents beaucoup de coordination, ce qui est le prix de ce qu’il donne à l’enfant.

Quand il marche, il tend à marcher pendant des années. Quand il cesse de marcher, les signes sont clairs, et le rythme suivant est en général un rythme à plages plus longues, qui donne à l’enfant qui grandit le temps de séjour dont il commence à avoir besoin.

Samedi matin. Le calendrier est devant toi. La visio est encore ouverte. Ton co-parent et toi établissez quels jours chacun tiendrait, où tomberaient les passages de relais par l’école, qui couvre le foot du dimanche. Le schéma commence à prendre forme. Ça paraît gérable. Vous allez l’essayer trois mois, puis faire le point. C’est comme ça que ça commence.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.