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Module 01 · Sommeil et coucher

La veille d’un passage de relais

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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La veille d’un passage de relais

La veille d’un passage de relais

Module 01 · Sommeil et coucher · Article 08 · tous les âges


Dimanche soir. Le sac de ton fils est près de la porte. Demain matin, il part dans son autre foyer pour la semaine. Il a été un peu plus silencieux que d’habitude pendant le dîner. Il a mangé moins qu’à son habitude. Il n’a pas demandé quand il te reverrait, mais tu vois la question se former en lui.

La veille d’un passage de relais a sa propre météo. L’enfant sait ce qui arrive. Le corps se prépare. Le coucher qui suit est rarement un coucher normal, et faire comme si c’en était un, c’est passer à côté du moment.

Cet article parle de cette nuit-là. Ce qui se joue, ce qui aide, ce qui n’aide pas, et que faire quand la veille se passe mal malgré tout ton soin.

Pourquoi la veille est différente

L’article Sommeil 03 a introduit le principe de la veille de relais : la veille d’un passage de relais est l’une des trois nuits à fort enjeu de la semaine. Les deux autres sont les soirs d’école et les trois premières nuits dans un nouveau foyer. De ces trois-là, la veille de relais est la plus souvent négligée.

Ce qui se joue dans le corps de l’enfant la veille d’un passage de relais :

  • La régulation par anticipation se met en route. Le corps sait que demain sera différent. Le système nerveux s’apprête au changement. Le cortisol monte légèrement, l’arrivée de la mélatonine peut se décaler plus tard, le corps résiste au lâcher-prise du sommeil parce que l’esprit conscient est accaparé par ce qui s’en vient.
  • Le chagrin du départ imminent, même quand l’enfant aime le foyer qui l’accueille. Les deux foyers sont sûrs tous les deux et l’enfant doit quand même en quitter un. Les enfants portent ça dans leur corps plus qu’ils ne le mettent en mots.
  • Le soulagement de savoir ce qui arrive, chez les enfants pour qui le relais est bienvenu. Un enfant à qui son co-parent a manqué vit l’anticipation comme une activation positive. Le corps n’en est pas plus calme pour autant. Il reste prêt pour demain.
  • Les petites peurs. Est-ce que Maman a pensé à mettre les devoirs. Est-ce que Lapinou est allé dans le sac. Est-ce que Papa sera là à l’heure demain. L’esprit passe demain en revue, à la recherche de problèmes.

C’est vrai pour presque chaque enfant, presque chaque relais. Ça ne veut pas dire que l’organisation est mauvaise. Ça veut dire que la veille est une nuit où le corps a plus de travail que d’habitude, et où le coucher est plus difficile.

Ce qui aide

Une poignée de choses, petites pour la plupart.

Préparer le sac plus tôt dans la journée, avec l’enfant. Pas dans la précipitation. Au moment du coucher, le sac est près de la porte, fini. L’esprit de l’enfant n’a pas à passer en revue la logistique de demain. Il peut voir le sac. Il sait que c’est fait.

Faire le retour au calme habituel, avec plus de soin que d’ordinaire. Le rituel d’endormissement qui voyage (Sommeil 02) fait plus de travail ce soir que lors d’une nuit normale. Ne le précipite pas. Ne coupe pas une étape. Le bain, l’histoire, la chanson, les mots. Tout. Lentement.

Nommer ce qui se passe, brièvement. Demain matin tu vas chez Papa. On a passé quelques jours vraiment chouettes. Je te vois vendredi. Une seule mise en mots, courte et calme. Pas une longue conversation. Pas un adieu dramatique. L’enfant a besoin que la réalité soit nommée, pas amplifiée.

Tenir un peu plus longtemps. Cinq minutes de plus à caresser le dos. La main posée sur le dos. Le fait de rester un battement de plus dans la chambre. Le corps s’apaise quand le corps est tenu. Ce n’est pas du maternage à l’excès. C’est de l’ajustement.

Le laisser avoir son doudou. Même si tu travailles sur le glissement progressif vers l’autonomie. Même si la semaine dernière il n’en avait pas eu besoin pour s’endormir. Ce soir n’est pas le soir pour pousser l’étape suivante.

Ne pas promettre ce que tu ne peux pas garantir. On fera quelque chose de spécial à ton retour, ça va. Je t’appellerai tous les soirs, c’est plus délicat, parce que si un appel finit par devenir un moment de réactivation (Sommeil 07), tu ne voudras peut-être pas tenir cette promesse. Mieux vaut : Je te vois vendredi. On passera un bon week-end.

Laisser un petit fil de toi. Un mot glissé dans le sac, qu’il trouvera demain. Un petit caillou dans sa poche. Un vêtement à toi glissé sous son pull. Quelque chose qui dit je suis avec toi sans demander d’appel téléphonique.

C’est à peu près tout. L’instinct de faire quelque chose de dramatique la veille d’un passage de relais est normal et, le plus souvent, à côté. L’instinct inverse, faire comme si rien ne se passait, est lui aussi à côté. Un petit surcroît de soin, nommé simplement, c’est la bonne forme.

Ce qui n’aide pas

Quelques schémas qui ressemblent à de l’aide mais n’en sont pas.

Le bonne nuit marathon. Long, chargé d’émotion, je t’aime tellement, tu vas tellement me manquer, je ne veux pas que tu partes. L’enfant doit gérer le chagrin du parent avant de pouvoir dormir. L’enfant le gérera souvent. Il cachera ses propres sentiments pour prendre soin des tiens, et il dormira mal. (Ce schéma apparaît surtout chez les parents qui n’ont l’enfant que quatre nuits par semaine.)

L’interrogatoire sur demain. Tu es content de voir Papa. Est-ce que je vais te manquer. Tu penseras à appeler. Est-ce que tu mangeras ce qu’il y a chez Papa. C’est l’angoisse du parent déguisée en conversation. L’enfant la sent. Ça active au lieu d’apaiser.

Le retour sur le fond. J’aimerais que tu n’aies pas à partir. J’aimerais qu’on ait plus de temps ensemble. C’est injuste que tu doives changer toutes les semaines. Ces phrases sont peut-être vraies. La veille d’un passage de relais n’est pas le moment de les partager avec l’enfant. L’enfant est sur le point de faire la chose. Il ne peut pas la faire bien si tu lui signales que la chose est mauvaise.

Le remplacement par l’écran. Laisser l’enfant veiller plus tard ou avoir plus d’écran en compensation du départ qui s’annonce. L’enfant reçoit une brève récompense, puis un coucher pire, puis un relais pire le lendemain. Le corps a besoin de sommeil. Le corps n’a pas besoin d’une friandise.

Le grand ménage préventif. Certains parents tombent dans l’habitude de caser une dernière chose la veille du départ, une dernière sortie, une dernière gâterie, un dernier moment spécial, parce que le reste de la semaine sera sans l’enfant. Ça rend la soirée plus longue, plus activée, plus difficile à redescendre. Quoi que tu cases, l’enfant doit quand même dormir au bout.

Quand la veille se passe mal malgré tout

Parfois, tu fais tout ça et la veille reste difficile. L’enfant est déréglé. Il pleure au coucher. Il se réveille à minuit. Il apparaît à la porte de ta chambre à 2 h.

C’est normal. Ce n’est pas le signe que l’organisation échoue. C’est le signe que le corps de l’enfant fait le travail de se préparer au changement. Certains enfants portent la veille de relais comme une nuit régulièrement difficile. Certains ne la portent que parfois. Certains semblent à peine la remarquer. Tout ça est dans la normale.

Que faire quand la veille se passe mal :

  • Reste calme. Ton calme, c’est la régulation qu’il a besoin de t’emprunter.
  • Prends-le dans ton lit si c’est ce qui marche chez toi, juste pour ce soir. Ce que tu fais d’habitude pour les nuits difficiles.
  • N’en parle pas trop le lendemain matin. La nuit a été dure, hein. Grosse journée aujourd’hui. C’est suffisant. Ne transforme pas la mauvaise nuit en une histoire que l’enfant doit porter toute la journée.
  • Envoie-le bien. Le passage de relais du lendemain matin a quand même lieu. La mauvaise nuit ne change pas la structure. L’enfant a besoin de voir que les nuits difficiles arrivent et que le planning tient quand même.
  • Préviens le parent qui accueille. Brièvement, factuellement. La nuit a été rude. Le coucher a été dur. Il s’est réveillé à minuit. Il est un peu fatigué. Ce n’est ni du reproche ni du drame. C’est une information dont le parent qui accueille a besoin pour faire son travail aujourd’hui.

Des veilles régulièrement difficiles, surtout sur des mois, méritent qu’on s’y attarde. Elles pourraient pointer un planning trop long, un changement récent qui ajoute de la charge, ou une phase que l’enfant traverse. L’article Sommeil 17 (quand le coucher cesse de fonctionner en général) traite plus en profondeur les schémas de difficulté.

Pour finir

La veille d’un passage de relais est une nuit à part. Le corps sait. Le coucher est plus difficile. Le retour au calme doit faire plus de travail que d’habitude.

Prépare le sac tôt. Déroule le rituel avec soin. Nomme ce qui s’en vient, brièvement. Tiens un peu plus longtemps. Ne rends pas la séparation plus grande qu’elle n’a besoin de l’être. Ne la rends pas plus petite qu’elle ne l’est.

Certaines nuits, ça marchera. Certaines nuits, non. Quoi qu’il en soit, le lendemain matin, l’enfant part dans son autre foyer. Le sac est près de la porte. Le doudou est dans le sac. Tu as fait le travail auquel sert la veille.

Demain matin, le passage de relais. Le dimanche s’achèvera. Le lundi commencera. La semaine débute.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.