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Module 01 · Sommeil et coucher

Le doudou qui voyage (et que faire quand il reste en arrière)

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Le doudou qui voyage (et que faire quand il reste en arrière)

Le doudou qui voyage (et que faire quand il reste en arrière)

Module 01 · Sommeil et coucher · Article 05 · 0-3, 4-7


Vendredi soir. Ta fille de quatre ans est sur le pas de la porte de ton foyer, tout juste rentrée de sa semaine chez son co-parent. Elle a le sac. Elle a le goûter. Elle a ses chaussures aux pieds. Elle n’a pas Lapinou.

Lapinou est un petit lapin gris, blanc à l’origine, devenu gris parce qu’il est avec elle depuis trois ans et qu’il a été lavé quatre fois, peut-être. Lapinou dort dans son lit toutes les nuits. Lapinou est la seule et unique raison pour laquelle elle s’endort en dix minutes au lieu de quarante.

Le soir tombe. Le coucher, c’est à 20 h. Lapinou est chez son co-parent, sur le plan de travail de la cuisine, là où elle l’a posé pour boire un peu d’eau avant de partir.

Cet article parle de Lapinou. Et de ce qu’il faut faire quand Lapinou est resté sur le mauvais plan de travail.

Ce qu’est un doudou, et pourquoi ça compte autant

Un doudou, c’est l’objet précis que ton enfant utilise pour réguler son système nerveux. En général une peluche, une couverture, un bout de tissu particulier, parfois une tétine (l’article 09 du module 02 traite spécifiquement de la tétine). Le terme technique, c’est objet transitionnel, forgé par le psychanalyste du développement Donald Winnicott en 1953. L’idée : à mesure que l’enfant apprend à se séparer de la personne qui prend soin de lui, il se crée un relais. Un objet qui est en partie la mère, en partie lui-même. Quelque chose que l’enfant maîtrise. Quelque chose qui garde la sensation d’être porté quand personne ne le porte.

La plupart des enfants qui ont un doudou l’adoptent pendant les dix-huit premiers mois. L’objet reste chargé de sens jusque vers cinq ou six ans pour la plupart, plus longtemps pour certains. Certains enfants n’en ont jamais, et c’est normal aussi. Il n’y a rien qui cloche chez l’enfant qui n’a pas de doudou. Il n’y a rien qui cloche non plus chez celui qui a besoin de Lapinou jusqu’à dix ans.

Le rôle du doudou, ce n’est pas le réconfort au sens tendre du mot. C’est la régulation. L’objet garde la sensation. L’enfant tient l’objet. L’objet devient un petit morceau de sécurité, transportable et prévisible, que l’enfant peut emporter dans tout ce qui est nouveau.

Quand on vit dans deux foyers, cette capacité à voyager devient toute l’architecture.

Pourquoi ça compte encore plus dans la vie à deux foyers

Un enfant qui a un seul foyer a son doudou dans son lit toutes les nuits. Il n’y a pas de déplacement. L’objet vit là où l’enfant dort. Il est là.

Un enfant qui a deux foyers, lui, bouge. Deux fois par semaine, trois fois par semaine, selon le rythme. À chaque déplacement, le doudou doit suivre. Sinon, l’enfant s’endort dans le foyer qui l’accueille sans son point d’ancrage pour le système nerveux, et le système nerveux doit travailler bien plus dur. Il pleure plus longtemps. Il se réveille plus souvent. Il a du mal à basculer dans le sommeil.

Les parents qui n’ont pas vécu ça sous-estiment souvent à quel point ça compte. Un enfant de quatre ans sans son doudou n’est pas un peu embêté. Il lui manque l’objet qui fait une partie du travail de régulation que les adultes font tout seuls pour eux-mêmes. C’est une vraie rupture.

Le faire voyager

La mécanique est simple, en théorie.

  • Le doudou va dans le sac, près de la porte, la veille du passage de relais.
  • Le sac est le même sac à chaque fois.
  • Le parent qui accueille vérifie que le doudou est bien dans le sac au moment du relais, avant de repartir.
  • Le doudou vit dans le lit de l’enfant dans les deux foyers. Pas dans le sac. Pas dans l’entrée. Le lit.
  • Quand l’enfant n’est pas dans ce foyer, le doudou retourne dans le sac, prêt pour le prochain déplacement.
  • Une photo de l’objet vit sur le téléphone de chaque parent, au cas où il viendrait vraiment à disparaître et où il faudrait le décrire ou le remplacer.
  • L’objet n’est lavé que si c’est indispensable. L’odeur fait partie de ce que l’objet est en train de faire. Un Lapinou frais sorti de la machine n’est plus le même Lapinou.

En pratique, ça rate environ une fois par mois dans la plupart des familles. L’enfant est pressé. Le parent est fatigué. Le doudou reste sous la couette dans le mauvais foyer. Ou il est dans le panier à linge. Ou l’enfant l’a posé quelque part en franchissant la porte.

Quand ça arrive, le parent l’apprend au moment du coucher, quand l’enfant se rend compte que Lapinou n’est pas là.

Le désaccord : à quel foyer le doudou appartient-il ?

Une conversation bien réelle qui revient entre co-parents : où le doudou a-t-il sa place, au fond ? De quel foyer vient-il ?

La réponse clinique : le doudou appartient à l’enfant. Il voyage avec lui. Il vit là où l’enfant dort cette nuit-là. Ce n’est pas un objet du foyer principal. Ce n’est pas la propriété du parent qui l’a acheté.

Ça vaut la peine de le dire à voix haute, parce que c’est un point où la logistique des deux foyers peut entrer en collision avec les sentiments sur le foyer qui serait le vrai foyer. Le doudou n’est pas le symbole du foyer principal. Il est à l’enfant. Il bouge avec l’enfant. Il est toujours dans le sac de l’enfant, et il va là où va l’enfant.

Si le doudou se retrouve bloqué dans un foyer (parce qu’un parent estime qu’il devrait y vivre et ne pas aller dans l’autre), c’est une conversation à avoir entre parents, au calme, loin de l’enfant. L’article Communication entre co-parents 01 explique comment mener cette conversation. Le point de départ : cet objet est le point d’ancrage du système nerveux de l’enfant. Il voyage.

Quand il disparaît ou reste en arrière

Quand le doudou est dans le mauvais foyer au moment du coucher, tu as trois options, dans l’ordre de leur efficacité.

Option 1 : aller le chercher. Si les deux foyers sont à distance raisonnable en voiture et qu’un parent peut l’apporter dans l’heure, c’est souvent le bon choix, surtout pour les enfants de moins de quatre ans. L’aller-retour d’une demi-heure en vaut la peine. L’alternative, c’est un enfant qui pleure une heure et dort mal, et un parent debout la moitié de la nuit pour gérer ça. Aller le chercher, ce n’est pas céder à un caprice. C’est reconnaître que le doudou n’est pas un luxe à cet âge.

Option 2 : emprunter un objet de substitution. Si aller chercher l’objet n’est pas faisable, le mieux ensuite, c’est une substitution familière, idéalement quelque chose que l’enfant connaît déjà chez toi. Une autre peluche, aimée elle aussi, même un peu moins. Un vêtement à toi que l’enfant peut serrer contre lui. Quelque chose qui sent ton odeur. La substitution ne remplacera pas Lapinou, mais elle peut absorber une partie de la charge. L’odeur, c’est le point clé.

Option 3 : tenir le cap. Si rien de tout ça n’est possible, la nuit va être difficile. Porte ton enfant. Reste dans la chambre. Déroule le rituel d’endormissement en entier. Reconnais que Lapinou n’est pas là et que tu sais que c’est dur. Je sais. Lapinou est chez Papa. On le retrouvera dimanche. Ne fais pas comme si tout allait bien. Ne promets pas d’aller le chercher si tu ne peux pas. L’enfant restera éveillé plus longtemps. Il finira par s’endormir.

Après les nuits en option 3, le lendemain est parfois plus difficile que d’habitude. Prévois-le.

Une remarque sur ce qu’il ne faut pas faire, quelle que soit l’option choisie. Pas de reproche sur le pas de la porte. Le parent qui accueille ne devrait pas envoyer tu as encore oublié Lapinou. L’enfant lit l’ambiance. L’agacement se transmet plus vite que les mots. Un simple merci, on gérera ça ce soir suffit au moment du relais. La conversation sur le protocole de vérification du sac peut avoir lieu après le coucher, de parent à parent, sur le canal que vous utilisez pour ces échanges.

La question du double

Faut-il un doudou de secours dans chaque foyer ?

Parfois oui, parfois non. La vérité, honnêtement : la plupart des doudous de secours ne prennent pas. L’enfant le sait. Il veut l’original. Le double reste inutilisé. Mais il y a des conditions dans lesquelles un double peut fonctionner.

Quand la stratégie du double marche :

  • Le double est introduit avant qu’il y ait urgence. C’est le frère de Lapinou ou le petit Lapinou, présent aux côtés de l’original, apprivoisé peu à peu au fil de semaines de cohabitation.
  • Le double passe quelques nuits dans chaque foyer dès le début, sans être gardé en réserve.
  • L’original et le double sont tous les deux manipulés par le même enfant dans la journée, pour que l’odeur et la texture se rapprochent avec le temps.
  • L’enfant est très petit (moins de 2 ans) et le lien ne s’est pas encore tout à fait cristallisé sur un objet précis.

Quand la stratégie du double échoue :

  • Il est acheté en remplacement d’urgence après la disparition de l’original. L’enfant le rejette aussitôt.
  • Il est caché dans un foyer et sorti d’un coup quand l’original manque. L’enfant repère le « tout neuf ».
  • Il est identique visuellement mais ne donne pas la même sensation (lot de tissu différent, taille un peu différente). Les tout-petits le remarquent.

Si tu veux te lancer dans les doubles, fais-le maintenant, avant d’en avoir besoin. Achètes-en deux. Utilise les deux. Garde les deux en rotation active.

Quand l’enfant grandit et n’en a plus besoin

À un moment, le doudou cesse d’être nécessaire. Pour la plupart des enfants, ça arrive entre quatre et sept ans. Pour certains, plus tard. Les signes :

  • L’enfant oublie parfois de l’emporter et ne le réclame pas.
  • L’enfant dort très bien sans lui une nuit où il manque.
  • L’enfant le range moins en évidence, ou arrête de le ranger dans le sac.
  • L’enfant le pose sur une étagère plutôt que dans le lit.

Ne force pas ce mouvement. Ne suggère pas que l’enfant est trop grand. Ne le compare pas aux autres enfants. Le doudou prendra sa retraite de lui-même quand l’enfant n’en aura plus besoin. Si tu forces, l’enfant peut régresser et en avoir besoin davantage.

Ce qui change autour de cet âge, c’est que l’objet devient plus transportable dans la tête de l’enfant. L’enfant de sept ans peut le laisser dans un foyer pour un week-end sans s’effondrer. Il peut nommer ce que l’objet fait pour lui. Il peut parfois demander, au calme, qu’on le lui envoie.

Ce n’est pas le moment d’arrêter de l’envoyer. C’est le moment où l’enfant commence à faire de lui-même le travail que l’objet faisait tout seul. Les deux parents devraient suivre le rythme de l’enfant.

Un doudou qui prend sa retraite en douceur finit souvent sur une étagère de la chambre de l’enfant, gardé mais plus utilisé, et c’est très bien comme endroit pour lui.

Pour finir

Un doudou n’est pas une petite chose. Pour l’enfant qui en a un, c’est un morceau de son système de régulation. Quand on vit dans deux foyers, c’est l’objet physique le plus important qui doit voyager entre les foyers, à chaque déplacement.

Le travail, pour les parents, c’est de faire voyager l’objet de façon fiable. De convenir, tous les deux, qu’il appartient à l’enfant et qu’il vit là où l’enfant dort. D’accepter qu’il disparaîtra parfois, et d’avoir un plan quand ça arrive.

Le sac, près de la porte, à chaque fois. Le même sac. Le doudou par-dessus, là où on peut le voir.

C’est tout ce qu’il y a à faire.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.