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Module 09 · Médiation et aide extérieure

Quand faire appel à un médiateur

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges13 min de lecturePierre angulaire
Quand faire appel à un médiateur

Quand faire appel à un médiateur

Ça fait trois mois que vous tournez autour du même sujet. La décision sur l’école. L’organisation de l’été. La façon dont les finances s’équilibrent. Vous en avez parlé. Vous vous êtes envoyé des messages. Vous vous êtes assis une fois, au café, pour essayer de démêler ça. Rien de tout ça n’a abouti à un accord, et le sujet revient sans cesse, un peu plus lourd à chaque fois.

Tu as commencé à remarquer quelque chose en toi quand tu vois arriver un nouveau message là-dessus. Un resserrement. Le sentiment de c’est reparti. Le sujet n’est plus seulement un sujet ; il est devenu le marqueur de tout ce qui ne fonctionne pas entre vous deux comme co-parents.

Tu as pensé, en silence, à faire appel à une troisième personne. Tu y as pensé sans le faire. Tu n’es pas sûr·e que ce soit nécessaire. Tu n’es pas sûr que ça aiderait. Tu ne sais pas comment le proposer sans que ton co-parent lise la proposition comme une montée d’un cran.

Cet article est pour le moment où tu te trouves.

De quoi parle cet article

Cet article est le socle du module 09. Il traite d’une décision précise : à quel moment faire entrer une tierce personne dans le travail de co-parentalité, et comment reconnaître que ce moment est arrivé.

Le principe est le suivant. L’essentiel du travail de co-parentalité, les deux parents le font seuls, sur des années. Mais il existe une catégorie de travail que deux parents ne peuvent vraiment pas faire seuls : celui qui demande un cadre, une neutralité ou une compétence qu’aucun des deux ne peut offrir à l’autre. Le signe d’une co-parentalité mûre, ce n’est pas d’éviter la tierce personne. C’est de savoir quand elle est nécessaire.

L’article couvre cinq choses. Les signaux qui disent que la médiation est nécessaire. Ce que fait vraiment un médiateur. Les peurs qui retardent la décision. Comment la proposer. Et les cas où la médiation n’est pas la bonne réponse.

Il ne couvre pas comment trouver un médiateur (article 02), à quoi ressemble la première séance (article 03), ni les issues formelles que la médiation peut produire (article 04). Ce sont les trois articles suivants. Celui-ci porte sur une seule question : es-tu seulement devant la porte ?

Les cinq signaux

La plupart des parents savent, quelque part en eux, quand ils en sont là. Les cinq signaux ci-dessous sont des façons de confirmer ce que tu pressens déjà.

Le même sujet revient sans se régler. Une question précise est revenue trois fois ou plus, en trois mois ou plus. À chaque fois, tu as essayé de la traiter directement. À chaque fois, elle n’a pas trouvé de résolution stable. Cette récurrence n’est pas le signe que l’un de vous est déraisonnable. C’est le signe que la structure de la conversation ne marche pas, et qu’il en faut une nouvelle.

Le ton se dégrade de plus en plus. Pas à cause d’un échange précis, mais comme une tendance. Les messages sont plus secs qu’il y a un an. Les silences avant les réponses sont plus longs. Vous travaillez tous les deux plus dur pour garder le canal opérationnel, et vous en tirez tous les deux de moins en moins. Cette dérive, c’est le canal qui demande de l’aide.

Une décision doit être prise et vous n’y arrivez pas. Pas une préférence. Une vraie décision avec une vraie échéance. L’école avant vendredi. Le rendez-vous médical d’ici la semaine prochaine. L’engagement financier avant la fin du mois. Vous avez parlé. Vous avez chacun tenu votre position. Aucun de vous ne fait bouger l’autre. La date approche, et le blocage est réel. Un médiateur peut parfois produire un mouvement que vous deux, seuls, ne pouvez pas créer.

Tu as commencé à catastropher sur la relation. La pensée on ne s’en sortira jamais t’est devenue familière. La pensée ça va marquer l’enfant pour des années t’a traversé l’esprit. La pensée je ne peux plus faire ça avec lui, avec elle a fait surface plus d’une fois. Cette catastrophisation est une information. Le canal porte plus de poids qu’il n’est conçu pour. Un médiateur peut alléger la charge en ajoutant un autre type d’appui structurel.

Ton co-parent l’a proposé. Il, ou elle, a évoqué l’idée, même brièvement, même à contrecœur. On a peut-être besoin de quelqu’un pour nous aider à y voir clair. Cette proposition, quand elle vient de l’autre, mérite d’être prise au sérieux. L’autre est arrivé au point d’où tu lis cet article. Vous êtes tous les deux devant la même porte, peut-être sans le savoir.

Tu n’as pas besoin des cinq. Deux ou trois suffisent. Un seul, s’il est assez fort, peut suffire. Les signaux ne sont pas une liste à cocher ; ce sont des repères pour y voir clair.

Ce que fait vraiment un médiateur

Le mot médiateur porte un poids qui peut brouiller la décision. Quelques précisions.

Un médiateur est un écoutant structuré. Sa compétence première, c’est de créer un cadre dans lequel deux personnes qui n’arrivaient plus à s’entendre peuvent de nouveau s’entendre. Le cadre est neutre. Le rythme est plus lent que vos conversations habituelles. Ses interventions sont petites : une question, une reformulation, le fait de souligner ce que l’un de vous vient de dire et que l’autre n’a pas tout à fait reçu.

Un médiateur ne prend pas parti. Il ne décide pas qui a raison. Il n’impose rien. Il ne rend pas de décision. Son autorité est structurelle, pas directive. Il crée les conditions de l’accord ; il n’en impose pas un.

Un médiateur ne prend pas les décisions à ta place. Même à la fin d’une médiation réussie, les décisions sont les vôtres. Le médiateur t’a peut-être aidé·e à voir des options que tu ne voyais pas. Il t’a peut-être aidé à comprendre ce que ton co-parent demandait vraiment. Mais le oui ou le non sur chaque question précise vient toujours de vous deux.

Un médiateur est tenu à la confidentialité. En France, la médiation familiale est confidentielle : ce qui se dit en séance y reste, et n’est pas rapporté au juge. Cela vous libère tous les deux pour parler plus ouvertement que vous ne le feriez devant un tribunal.

Un médiateur travaille en séances, pas dans ton quotidien. Une médiation type, c’est une à six séances, selon la complexité. Entre les séances, ton co-parent et toi fonctionnez normalement. Le médiateur ne remplace pas le canal quotidien ; il ajoute un canal structuré à côté.

Un médiateur est rémunéré. La médiation familiale a un coût, modeste à conséquent selon le médiateur, sa formation et la complexité du travail. C’est une vraie considération. En France, la médiation familiale relève souvent de structures associatives conventionnées, avec un tarif calculé selon un barème national indexé sur tes revenus, ce qui peut rendre le coût d’une séance très accessible. La médiation ordonnée par le juge peut aussi être en partie prise en charge.

En bref : un médiateur est un professionnel rémunéré dont le métier est d’aider deux personnes qui tiennent à quelque chose sur quoi elles n’arrivent pas à s’accorder, à trouver un accord, ou à identifier clairement ce sur quoi elles ne s’accordent pas, pour pouvoir passer à l’étape structurelle suivante.

Les peurs qui retardent la décision

La plupart des parents qui tireraient profit d’une médiation la retardent. Quatre peurs sont souvent à l’œuvre.

La peur de la dépense. La médiation, c’est cher. On peut sans doute s’en sortir tout seuls. Cette peur est souvent fausse. Le coût d’un désaccord non médié qui traîne pendant des mois ou des années dépasse en général celui de trois ou quatre séances, à la fois financièrement (dans l’ensemble des coûts liés) et émotionnellement. Les honoraires d’un médiateur, vus comme un investissement en temps et en clarté, sont souvent le chemin le moins coûteux.

La peur de l’escalade. Si je propose un médiateur, mon co-parent va croire que je monte d’un cran. Que je prépare un dossier. Qu’il, qu’elle est visé·e. Cette peur a un fondement. La proposition, mal formulée, peut produire de la défensive. La section suivante explique comment la proposer proprement. La peur, en elle-même, n’est pas une raison de ne pas proposer ; c’est une raison de proposer avec soin.

La peur de l’incompétence. On devrait pouvoir gérer ça nous-mêmes. Avoir besoin d’un médiateur, c’est qu’on a échoué. Cette peur est la plus vive chez les parents qui se savent capables. Reformule : avoir besoin d’un médiateur, c’est avoir identifié un problème qui dépasse ta compétence individuelle. Deux personnes, seules, ne peuvent pas s’apporter l’une à l’autre ce qu’une troisième peut parfois apporter. Ce n’est pas un échec. C’est la même reconnaissance qui pousse une personne compétente à faire appel à un comptable, à consulter un médecin ou à consulter un spécialiste pour un domaine précis.

La peur de perdre la main. Une fois que je fais entrer une tierce personne, je perds le contrôle de la situation. C’est la peur qui mérite le plus d’être examinée. Elle est à la fois vraie et trompeuse. Vraie : tu cèdes une part de contrôle unilatéral sur la direction de la conversation. Le médiateur introduit un cadre qui vous contraint tous les deux. Trompeuse : tu n’avais pas vraiment le contrôle au départ ; c’est le sujet non résolu qui l’avait. Le contrôle que tu cèdes, c’est surtout l’illusion du contrôle. Le contrôle que tu gagnes, c’est la chance de régler enfin la chose.

Les peurs sont réelles. Aucune n’est une raison suffisante pour retarder si les signaux sont clairs.

Comment le proposer

La proposition compte. Quelques principes.

Présente-la comme collaborative, pas comme une attaque. Je réfléchis depuis un moment à ce point sur lequel on reste coincés. J’aimerais essayer de faire appel à un médiateur. Je crois qu’un troisième regard pourrait nous débloquer. Le cadrage, c’est nous deux qui traversons le problème ensemble, pas moi qui amène un arbitre pour te gérer.

N’en fais pas un verdict sur la relation. Ce n’est pas parce que tu as mal fait quelque chose. C’est parce qu’on finit tous les deux au même endroit, et que je veux une sortie pour nous deux. Tu nommes la réalité structurelle sans attribuer de faute.

Précise le périmètre. Je pense à trois ou quatre séances, centrées sur [le point précis]. Pas un truc qui s’éternise. Le périmètre réduit la peur. La plupart des résistances à la médiation portent sur l’engagement flou et sans fin. Un périmètre borné est plus facile à accepter.

Propose une personne ou un chemin précis. J’ai regardé quelques médiateurs. Il y en a un qui me paraît intéressant. Tu veux qu’on regarde ensemble ? Ou : J’aimerais demander des recommandations autour de moi. Tu es d’accord ? Le chemin est concret. La décision n’est plus est-ce qu’on le fait ? ; elle devient lequel ?

Laisse du temps. Ne demande pas de réponse immédiate. Rien d’urgent. Prends une semaine. Dis-moi ce que tu en penses. Le co-parent a souvent besoin de laisser reposer l’idée avant d’accepter. Presser pour un oui rapide produit un non rapide.

N’anticipe pas ses objections à voix haute. Je sais que tu vas dire que c’est de l’argent jeté par les fenêtres, mais… Ça devance et ça infantilise. Laisse l’autre soulever ses vraies objections, pas celles que tu as imaginées pour lui.

Le support, c’est l’écrit. Envoie la proposition par message écrit. Pas au moment du relais. Pas dans un moment tendu. Pèse tes mots. Envoie quand tu es au calme. Laisse l’autre la recevoir à son rythme.

Un exemple de message : Salut. Je voulais te parler d’un truc auquel je réfléchis. On tourne autour de [sujet] depuis un moment, et je ne crois pas qu’on va le régler juste entre nous deux. J’aimerais essayer de faire appel à un médiateur. Je pense à trois ou quatre séances centrées juste là-dessus. Je peux chercher quelqu’un, ou on peut chercher ensemble. Rien d’urgent pour la réponse. Dis-moi ce que tu en penses.

Moins de cent mots. Précis. Tourné vers l’avant. Ouvert à son avis sur le qui, même s’il est clair sur le si.

Quand la médiation n’est pas la bonne réponse

Quelques cas où la médiation n’est pas la bonne étape suivante.

Les questions de sécurité. S’il y a un historique de violences, d’intimidation ou d’emprise marquée, la médiation peut ne pas être adaptée. Le déséquilibre de pouvoir peut donner à la médiation une apparence de sécurité tout en reproduisant en réalité les dynamiques qui appellent une intervention formelle. Le module 11 traite spécifiquement des situations qui touchent à la sécurité. Si la sécurité est en jeu, l’étape suivante n’est pas un médiateur ; c’est un accompagnement adapté et, le cas échéant, les dispositifs de protection prévus pour ces situations. Une addiction active chez l’un des parents. Si un parent est en addiction active ou souffre d’un trouble psychique sévère non pris en charge, la médiation peut ne pas produire d’accords stables, parce que l’une des parties ne peut pas s’engager de façon stable. Le travail nécessaire, c’est le soin d’abord, la médiation ensuite.

L’un des parents s’est complètement retiré. Le schéma du partenaire silencieux, vu au module 08, article 11. La médiation suppose deux parties engagées. Si l’une est structurellement absente, la médiation peut parfois relancer l’engagement, mais souvent elle ne le peut pas. Le module 17 traite de cette catégorie.

Une échéance juridique a pris le pas sur la conversation. Parfois, la situation a avancé jusqu’à un point où l’avis d’un avocat est nécessaire avant que la médiation ait du sens. Un déménagement qui touche à l’organisation parentale. Une décision financière à incidence fiscale. Une préoccupation signalée pour la protection de l’enfant. Dans ces cas, l’avocat passe en premier ; la médiation peut suivre.

Le désaccord porte sur quelque chose qu’un médiateur ne peut pas résoudre. Certains désaccords ne portent pas vraiment sur ce qu’ils ont l’air de porter. Je veux la semaine d’août recouvre parfois je ne me sens pas respecté·e dans notre co-parentalité. Un médiateur peut parfois travailler la couche profonde ; parfois, cette couche relève d’un travail thérapeutique individuel d’abord, et la médiation seulement après.

Quand la médiation n’est pas la bonne réponse, la bonne étape suivante est en général l’une des alternatives traitées plus loin dans ce module : l’avocat (article 06), le thérapeute (article 05), l’intervention formelle (article 11), ou un changement de structure dans la co-parentalité elle-même.

Pour finir

Tu es à la table de la cuisine. Le sujet qui tourne depuis trois mois est posé entre toi et le prochain message que tu pourrais envoyer.

Tu n’envoies pas le prochain message.

Tu en rédiges un autre. Salut. Je voulais te parler d’un truc auquel je réfléchis. On tourne autour de la décision sur l’école depuis un moment, et je ne crois pas qu’on va le régler juste entre nous deux. J’aimerais essayer de faire appel à un médiateur…

Tu le relis. Tu le laisses une heure en brouillon. Tu reviens, tu ajustes une formule, tu envoies.

Quelle que soit la réponse, de ton côté, la décision est prise. Tu as reconnu le moment. Tu l’as nommé. Tu as fait le pas que ce moment appelait.

La médiation, si elle a lieu, réglera peut-être la décision sur l’école. Elle réglera peut-être d’autres choses au passage. Elle ne produira peut-être pas un accord complet, mais une compréhension plus claire de ce sur quoi vous êtes vraiment en désaccord. Chacune de ces issues est une avancée.

Ce qui est vrai dans tous les cas : le canal entre ton co-parent et toi vient de reconnaître une limite. Cette reconnaissance n’est pas une faiblesse. C’est exactement l’inverse. Reconnaître que deux personnes, seules, ne peuvent pas tout faire, c’est ce qui permet à deux personnes, avec le bon appui, de faire l’essentiel de ce dont elles ont besoin.

Ton enfant, d’une façon qu’il ne saura peut-être pas formuler avant des décennies, aura bénéficié d’un parent qui a su quand chercher de l’aide. Pas parce que chercher de l’aide serait vertueux. Parce que l’alternative, continuer à faire seul ce qui ne peut pas se faire seul, a un coût que l’enfant finit par payer.

Ce coût-là, dans cette version, il ne le paie pas : celui des années à tourner en rond sans rien régler.

Tu refermes le téléphone. Tu prépares le dîner. L’étape suivante est désormais, d’une certaine manière, déjà en marche.

C’est le travail que le médiateur n’a même pas encore commencé. Reconnaître qu’il en faut un a déjà mis le travail en route.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.