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Module 09 · Médiation et aide extérieure

La convention parentale, une issue de la médiation

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges14 min de lecturePierre angulaire
La convention parentale, une issue de la médiation

La convention parentale, une issue de la médiation

Tu es à la quatrième séance. La médiatrice tape pendant que vous parlez depuis vingt minutes. Elle tourne l’ordinateur pour que vous puissiez tous les deux voir l’écran.

Voici le projet de travail de votre convention parentale, dit-elle. Il reprend ce dont on a discuté et ce sur quoi vous vous êtes mis d’accord. Vous voulez le lire ensemble ?

Tu lis en silence. Le document fait environ trois pages. Il couvre le rythme, les décisions d’école, les protocoles médicaux, l’organisation financière, le plan des vacances, la structure de communication. Certaines parties paraissent évidentes ; vous faisiez déjà ces choses depuis des mois. Certaines paraissent neuves, le fruit d’une conversation précise en séance deux ou trois. Une partie comporte un blanc, là où la médiatrice a tapé à décider d’ici la séance 6.

Tu finis de lire. Tu regardes ton co-parent. Il te regarde. Vous hochez tous les deux la tête, légèrement.

C’est le moment où la convention parentale entre dans le monde.

De quoi parle cet article

Cet article traite de ce qu’est une convention parentale, de la façon dont la médiation en produit une, de ce qui la rend utile, et de la manière dont elle fonctionne dans les années qui suivent.

Le principe est le suivant. Une convention parentale, c’est le dépôt structurel de la médiation : la trace écrite de ce que deux parents ont décidé sur la façon dont ils élèveront un enfant entre ses deux foyers. La convention vaut moins comme document juridique que comme document opérationnel. Sa valeur, c’est qu’elle existe, que vous y avez tous les deux consenti, et que vous pouvez y revenir quand la mémoire ou un désaccord rendent les décisions du jour plus difficiles qu’elles ne devraient l’être.

L’article couvre cinq choses. Ce qu’est une convention parentale. Ce qu’on y met. Les degrés de force contraignante. Comment elle fonctionne au quotidien. Et comment elle évolue.

Une note : selon les pays, les conventions parentales n’ont pas le même poids formel. En France, deux parents peuvent formaliser leur organisation dans une convention parentale, qu’ils peuvent faire homologuer par le juge aux affaires familiales (le JAF) pour lui donner force exécutoire. Dans le cadre d’un divorce par consentement mutuel, la convention prend sa forme la plus aboutie, par acte d’avocat. Ailleurs, le mécanisme porte un autre nom. Cet article traite du document concret ; le poids juridique varie selon l’endroit où tu vis et se confirme au mieux avec un avocat ou un médiateur de ton ressort.

Ce qu’est une convention parentale

Une convention parentale, c’est un document écrit, produit en général au fil de la médiation, qui reprend les décisions que deux parents ont prises sur la façon dont ils élèveront leur enfant ou leurs enfants entre ses deux foyers.

Elle est précise. Les généralités ne servent à rien. On communiquera avec respect n’est pas une clause de convention parentale ; la communication autour du relais passe par WhatsApp, les appels étant réservés aux urgences en est une. C’est la précision qui rend la convention opérationnelle. Les accords vagues produisent les désaccords futurs ; les accords précis les préviennent.

Elle est simple. La langue est celle de tous les jours, pas du jargon juridique, sauf quand une formalisation juridique exige une formulation précise. Les deux parents doivent pouvoir la lire sans avocat à côté et comprendre ce à quoi ils ont consenti. Cette simplicité n’est pas un nivellement par le bas ; c’est l’exigence pratique d’un document qu’on consultera dans la cuisine à 7 h du matin.

Elle s’écrit ensemble. Même quand la médiatrice rédige le premier document, la version finale a été lue et corrigée par les deux parents. Aucun de vous n’a validé une formulation qu’il ne comprend pas tout à fait. Aucun de vous n’a été poussé à accepter une clause avec laquelle il n’est pas à l’aise. Le travail de rédaction fait partie du travail ; le bâcler produit une convention qui n’a pas vraiment été convenue.

Elle est signée. Les deux parents signent, et idéalement la médiatrice cosigne comme témoin. Certaines conventions sont ensuite formalisées par un avocat ou homologuées par le juge, selon le pays et la préférence des parents. La signature est symbolique et pratique : c’est le moment où la convention devient réelle.

Elle se consulte. La convention n’est pas classée et oubliée. Les deux parents en ont un exemplaire. Les deux parents y reviennent quand des questions surgissent. La convention fait son travail sur des années, pas au moment de la signature.

Ce qu’on y met

Une convention parentale type couvre les catégories suivantes. La profondeur et la précision de chacune varient d’une famille à l’autre.

Le rythme et la résidence. Où vit l’enfant, quels jours, avec qui. Le rythme de base. Certaines conventions descendent à l’heure près ; d’autres décrivent des schémas plus larges. Le rythme doit couvrir les semaines d’école, les vacances scolaires, les week-ends et les jours particuliers (anniversaires, fêtes, événements familiaux). Les schémas de chaque année se revoient en général une fois par an. En France, les vacances scolaires sont décalées selon les zones A, B et C ; si vous dépendez de zones différentes, c’est un point qui pèse sur l’organisation et qui mérite d’être écrit noir sur blanc.

La structure du relais. Où se font les relais, à quelles heures, avec quel préavis en cas de changement. Si le relais a lieu devant l’école, au domicile de l’un des parents, dans un lieu neutre, ou via le trajet de l’enfant lui-même (pour les plus grands). La logistique du sac, qui paie quoi au moment du relais, et la façon dont les objets du quotidien (médicaments, équipement de sport, affaires d’école) passent d’un foyer à l’autre.

La communication. Comment les parents communiquent entre eux (les notions du module 08 apparaissent souvent ici) : les canaux, les délais de réponse, le protocole d’urgence, la limite autour des messages tard le soir. Comment chaque parent communique avec l’enfant pendant le temps de l’autre : si et comment les appels ou les visios ont lieu, ce qui est acceptable.

La prise de décision. Quelles décisions se prennent à deux et lesquelles reviennent au parent présent avec l’enfant. Les décisions médicales (courantes ou importantes). Les décisions d’école. Les questions d’éducation au sens large. Les engagements d’activités. La présentation de nouveaux partenaires. Chaque catégorie a ses propres conventions.

L’organisation financière. Comment se gèrent les dépenses partagées. Les notions du module 07 s’appliquent : comptes communs, partage au prorata, les catégories qui sont communes et celles qui ne le sont pas. Frais de scolarité, frais médicaux, dépenses d’activités, budget vacances. Certaines conventions incluent des budgets détaillés ; d’autres posent des principes.

Les liens de l’enfant. Avec la famille élargie de chaque parent. Avec les amis de la famille. Avec ses propres amis. Parfois des clauses précises sur les relations qui sont protégées, et comment.

Les voyages. En France comme à l’étranger. La conservation des papiers d’identité. Les autorisations pour les voyages hors du territoire. Les documents. La communication pendant le voyage.

La scolarité. Le choix de l’école, les changements d’établissement, les activités périscolaires, l’orientation (pour les plus grands). Le soutien scolaire. L’accompagnement des besoins particuliers.

La santé. Les professionnels de santé, la gestion des traitements, les vaccinations, les protocoles en cas d’urgence. Les questions de santé psychique. La couverture santé.

Les grands changements de vie. Ce qui se passe si un parent veut déménager. Si la situation professionnelle de l’un change nettement. Si un nouveau partenaire devient une figure de beau-parent. Si un parent se remet en couple.

La résolution des désaccords. Ce qui se passe quand les deux parents sont en désaccord et n’arrivent pas à le régler ensemble. Si le retour en médiation est la solution par défaut. Si une tierce personne précise (un médiateur, un thérapeute, le médecin de famille) est consultée. Si un recours juridique est nommé.

Le calendrier de révision. Quand la convention se relit et, éventuellement, se met à jour. Une fois par an, c’est fréquent. Souvent calé sur la rentrée scolaire ou une date anniversaire précise.

Toutes les familles ne couvrent pas toutes les catégories. La médiatrice t’aide à identifier celles qui comptent pour ta situation, et à quelle profondeur. La convention d’un jeune enfant ne ressemble pas à celle d’un adolescent ; une situation à faibles tensions produit un document plus léger qu’une situation complexe.

Les degrés de force contraignante

Une convention parentale peut exister à trois niveaux de poids formel.

La convention opérationnelle. Un document écrit, signé par les deux parents et la médiatrice, sans statut juridique formel mais traité par les deux parents comme faisant autorité. C’est la version la plus courante. Elle marche parce que vous y avez tous les deux consenti ; ce qui la tient, c’est votre engagement mutuel. Pour la plupart des familles, dans la plupart des situations, ça suffit. Le document fait son travail par le respect partagé, pas par la menace d’une sanction juridique.

La convention dotée de force exécutoire. Une convention parentale qui a été homologuée par le juge aux affaires familiales. Une fois homologuée, elle a la même force qu’un jugement : si un parent ne la respecte pas, l’autre dispose d’un recours. La formalisation apporte cette opposabilité ; elle ajoute aussi du coût et de la procédure. Toutes les familles n’en ont pas besoin.

La forme mixte. Certaines parties sont rendues exécutoires (en général le rythme et les grandes dispositions financières) ; d’autres restent purement opérationnelles (en général les conventions de communication, la logistique du quotidien). C’est de plus en plus courant. On capte la protection juridique là où elle est le plus utile et on évite la lourdeur juridique là où elle ne l’est pas.

Le bon niveau pour ta famille dépend de trois choses : ce que le droit exige (à certains endroits, une formalisation est obligatoire), le niveau de confiance entre ton co-parent et toi (une confiance plus faible justifie souvent plus de poids juridique), et la complexité de ta situation (plus de complexité justifie souvent plus de structure formelle).

Ton médiateur peut te conseiller sur le bon niveau. Un avocat en droit de la famille aussi, consulté brièvement à la fin du processus de médiation.

Comment elle fonctionne au quotidien

La convention, une fois signée, ne reste pas dans un tiroir. C’est un document de travail.

Les deux parents en ont un exemplaire accessible. Numérique, idéalement, pour pouvoir l’ouvrir sur un téléphone au moment où une question surgit. Certaines familles la rangent dans un dossier partagé dans le cloud ; d’autres utilisent des applis de co-parentalité dédiées qui hébergent la convention à côté du calendrier et de la communication. Le format compte moins que l’accès.

Les questions se règlent en s’y reportant. Quelle est l’heure du relais vendredi ? Ouvre la convention. Qui paie le nouvel équipement de foot ? Ouvre la convention. Tout l’intérêt, c’est que la réponse y soit, plutôt que dans une nouvelle discussion à chaque fois. Au fil des semaines et des mois, la friction des petites décisions du quotidien diminue, parce que la convention fait le travail.

Les écarts se remarquent. Parfois, la convention dit une chose et la pratique a dérivé vers une autre. Les deux parents font les choses un peu autrement que ce que dit le document. La dérive n’est pas un problème ; remarquer la dérive est une information. Soit tu mets la convention à jour pour coller à la pratique, soit tu mets la pratique à jour pour coller à la convention.

La convention se consulte, elle ne s’instrumentalise pas. La convention dit X brandi comme un bâton, c’est mauvais usage. Regardons ce que dit la convention utilisé comme un outil, c’est bon usage. La distinction compte. Une convention parentale utilisée de façon adverse cesse de marcher ; une convention parentale utilisée de façon collaborative y gagne.

Les grands changements repassent par la médiation, pas par le fait accompli. Si quelque chose doit changer en profondeur, le bon geste, c’est un bref retour en médiation (une ou deux séances) pour mettre la convention à jour ensemble. Les changements unilatéraux, un parent qui décrète un nouveau schéma en attendant que l’autre s’aligne, défont la structure que la convention devait créer.

Comment elle évolue

Les conventions parentales ne sont pas figées.

Les révisions annuelles. La plupart des conventions prévoient une clause de révision annuelle. La révision peut se faire avec ou sans médiateur. Certaines familles la font ensemble autour d’un café ; d’autres retournent voir le médiateur pour une séance. L’idée, c’est de vérifier si la convention décrit toujours la façon dont vous voulez vraiment fonctionner, au vu de l’année écoulée.

Les mises à jour liées à l’âge. La vie d’un enfant change nettement autour de 6 ans (le CP), de 11 ans (l’entrée au collège), de 14 à 16 ans (l’autonomie de l’adolescent) et de 18 ans (la majorité). Chacun de ces moments peut justifier une révision conséquente. La convention devrait l’anticiper, avec des clauses nommant les moments où une révision est attendue.

Les mises à jour liées à un grand événement. Un déménagement. Une remise en couple. Un changement de santé. Une évolution financière importante. Tout ça justifie un retour à la convention, parfois un retour en médiation, pour mettre la structure à jour.

Les mises à jour déclenchées par un désaccord. Parfois, un litige précis révèle un manque dans la convention. Quelque chose qu’aucun de vous n’avait anticipé. Le litige lui-même est inconfortable, mais le manque est une information utile. Une fois le litige réglé, la convention se met à jour pour couvrir le cas la prochaine fois.

La vue sur dix ans. Une convention parentale rédigée au début de la vie d’un enfant est un document différent de celle rédigée quand il a seize ans. Sur une décennie, le document évolue à travers peut-être cinq ou six révisions importantes et beaucoup de petits ajustements. La continuité n’est pas dans le texte figé ; elle est dans la pratique des deux parents qui reviennent à un document partagé et l’ajustent ensemble.

Quand vous ne pouvez pas vous accorder sur tout

Il est fréquent qu’une médiation produise un accord partiel : l’essentiel réglé, un ou deux points coriaces qui restent.

Quelques principes.

Consigne ce sur quoi vous êtes d’accord. Ne prends pas toute la convention en otage à cause des points coriaces. Les 80 % que vous avez réglés sont une vraie avancée, et ça mérite d’être écrit et signé. Les 20 % restants peuvent se traiter à part.

Nomme ce qui n’est pas réglé. La convention devrait noter explicitement ce qui n’est pas résolu, et ce qui est prévu pour le résoudre. Le partage des frais liés aux études supérieures reste en discussion ; à revoir dans 12 mois, dans le cadre de la révision annuelle. Le nommer transforme le non-résolu en une catégorie, plutôt qu’en un trou caché.

Précise l’organisation provisoire. Même pour les points non réglés, l’année qui vient a en général besoin d’une organisation de travail. Précise-la, même si vous la considérez tous les deux comme provisoire. Cette organisation de travail crée l’espace pour la conversation de fond plus tard.

Décidez des étapes suivantes. Allez-vous retourner en médiation ? Faire appel à une autre tierce personne ? Retenter la conversation directe avec une date limite ? La convention devrait nommer la prochaine tentative de résolution et une échéance.

L’accord partiel est souvent plus utile que les parents ne s’y attendent. Il montre que la médiation a produit de vrais résultats, et il isole ce qui demande encore du travail. Les deux ont de la valeur.

Pour finir

La médiatrice retourne l’ordinateur. Elle revient avec vous sur la clause non résolue, confirme ce qu’il faut pour la séance six, et se lève.

Je vous envoie la version définitive d’ici vendredi. Prenez le week-end pour la lire attentivement. Apportez vos dernières corrections à la prochaine séance, et on pourra signer à la fin.

Ton co-parent et toi hochez tous les deux la tête. Vous vous levez. Vous serrez la main de la médiatrice. Vous sortez ensemble.

Sur le parking, ton co-parent dit, brièvement : Franchement, ça s’est mieux passé que je pensais. Tu es d’accord.

La convention n’est pas tout à fait réelle encore. Elle le sera à la prochaine séance. Mais le travail qui l’a produite est fait. Le document sur l’écran de la médiatrice reprend ce que vous avez bâti tous les deux en cinq séances : une façon structurée d’élever un enfant entre ses deux foyers, que ni l’un ni l’autre, seul, n’aurait su produire.

Dans quelques mois, tu commenceras à te servir de la convention au quotidien. Tu l’ouvriras sur ton téléphone quand une question surgira. Tu citeras une clause précise quand l’école demandera comment s’organisent les vacances. Tu remarqueras, de temps en temps, que la convention a sauvé une conversation qui aurait sinon été difficile.

La convention n’est pas un substitut au travail. C’est le résidu du travail, rendu portable, prêt à faire son travail discret au fil des années qui suivent.

Si tu veux un outil structuré pour t’aider à rédiger, affiner et tenir à jour une convention parentale (avec ou sans médiateur humain), parentalagreement.com est fait pour ça. Il s’appuie sur le même cadre clinique que cet article, et il produit des documents que ton médiateur ou ton avocat peut relire avant de finaliser.

Quel que soit l’outil que tu utilises, c’est le document lui-même qui compte : écrit, convenu, signé, accessible. À partir de là, le travail passe dans le quotidien. Le médiateur a fait sa part. La convention fait maintenant la sienne. Vous deux, avec la structure sous vos pieds, faites la vôtre.

Ton enfant, d’une façon qu’il ne saura peut-être pas formuler avant des années, bénéficiera d’être élevé à l’intérieur d’une structure que ses parents ont bâtie ensemble, même quand la construction a été difficile, même quand il a fallu cinq séances pour produire trois pages.

C’est ça, la convention parentale, au fond. Pas de la paperasse. La forme d’une famille qui a choisi de continuer à fonctionner entre ses deux foyers, avec le soin délibéré d’avoir écrit comment.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.