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Module 07 · Argent et dépenses partagées

Partager les frais sans tenir les comptes

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges12 min de lecturePierre angulaire
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Module 07 · Argent et dépenses partagées · Article 01 · Vague 1 · tous âges · pierre angulaire


Mercredi soir. Vingt-trois heures dix-sept. Tu es sur le canapé, ton ordinateur ouvert sur un tableur que tu as commencé il y a trois mois. Deux colonnes, ton nom et celui de ton co-parent, avec un total qui s’allonge sous chacune.

Tu viens d’ajouter les chaussures de sport achetées samedi. Trois cent vingt.

Tu remontes. L’acompte de l’orthodontiste en août. La classe verte en septembre. Les deux cadeaux d’anniversaire en octobre. Le manteau d’hiver. Les quatre rendez-vous chez le médecin entre le manteau et maintenant. Une ligne datée de juin dont tu ne te rappelles plus le contexte.

La colonne de ton co-parent compte moins d’entrées. Tu ne sais pas si c’est parce qu’il a moins dépensé ou parce qu’il ne t’a pas tout dit. Dans un cas comme dans l’autre, l’écart entre les deux colonnes se chiffre maintenant en milliers, et tu le sens peser sur ta poitrine.

Tu refermes l’ordinateur. Tu ne le rouvres plus, certains mercredis soir, pendant un moment.

C’est l’article qui parle de ce tableur. De pourquoi il ne marche pas. Et de ce qu’il faut mettre à la place.

Le tableur n’est pas le problème. C’est le cadre.

Deux adultes qui partageaient un même foyer font tourner aujourd’hui deux foyers pour les mêmes enfants. L’argent pour les enfants doit bien venir de quelque part. Ce quelque part, c’est vous deux. Il faut bien qu’une façon de répartir les frais existe.

Le réflexe, les premières semaines, c’est de construire un registre. Deux colonnes, tes dépenses et les siennes, à l’équilibre à la fin de chaque mois. Ça paraît net. Ça paraît juste. Ça ressemble au genre de chose que deux adultes raisonnables mettraient en place.

Ce que ça fait, en réalité, au fil des mois, c’est transformer chaque dépense pour ton enfant en transaction entre toi et ton co-parent. Les chaussures de sport cessent d’être des chaussures pour ton enfant et deviennent trois cent vingt que j’ai avancés et pas toi. Le cadeau d’anniversaire cesse d’être un cadeau et devient une ligne dans un tableau. Le rendez-vous médical, la classe verte, la coupe de cheveux, la nouvelle gourde, chacun de ces postes se retrouve pesé face à son équivalent de l’autre côté du registre.

Le tableur fait ça même quand ce n’est pas ton intention. C’est l’acte de comptabiliser qui crée la dynamique. Et une fois la dynamique installée, chaque conversation d’argent avec ton co-parent porte le poids de celui qui a donné le plus. Chaque mercredi soir avec l’ordinateur porte cette pression. Chaque fois que tu dépenses quelque chose pour ton enfant, tu le dépenses deux fois. Une fois pour l’enfant, une fois dans le registre.

Ce n’est pas une façon tenable de financer la vie d’un enfant. Ce n’est pas non plus une façon tenable d’être parent.

Le cadre à mettre à la place est tout autre. L’argent pour ton enfant, c’est le financement d’une mission commune. Ce n’est pas une transaction entre deux adultes qui ont été ensemble. C’est le coût d’élever l’enfant, payé par les deux adultes qui ont choisi d’avoir cet enfant, peu importe lequel de vous tient le ticket de caisse sur le moment.

Le calcul aura toujours lieu. Les frais seront toujours répartis. Ce qui change, c’est ce que tu suis, et pourquoi.

Le pot commun de l’enfant

Le geste de structure qui remplace le registre s’appelle le pot commun de l’enfant. Deux adultes qui alimentent un seul pot d’argent pour la vie d’un seul enfant.

Le pot commun, c’est l’argent qui finance l’enfant. Frais de scolarité, santé, vêtements à sa taille, activités qui comptent, tout ce dont l’enfant a besoin pour bien grandir. Dans la plupart des familles, ce n’est pas un compte bancaire à proprement parler (même si, dans certaines, ça peut l’être). C’est un cadre. Il dit : ces frais appartiennent à l’enfant. Ils sont financés par les deux adultes. Le travail des adultes, c’est de veiller à ce que le financement soit régulier. Le travail des adultes, ce n’est pas de compter qui a mis le plus.

Un pot commun a trois propriétés qu’un registre n’a pas.

Il est à sens unique. L’argent entre dans le pot depuis les adultes. L’argent sort du pot vers l’enfant. Les deux adultes ne se paient pas l’un l’autre ; ils paient tous les deux pour la même chose. L’échange ne se fait pas entre vous. Il se fait entre chacun de vous et la vie de l’enfant.

Il est proportionnel, pas égal. Si l’un des adultes gagne deux fois ce que gagne l’autre, cet adulte met plus dans le pot. Pas parce qu’il y est obligé. Parce que le pot est alimenté par ce que la famille a, et que la famille a plus d’un côté que de l’autre. Ce n’est pas une question morale. C’est une question pratique. Un partage 50/50 entre deux parents aux revenus très différents, c’est un partage 50/50 qui demande au foyer le plus modeste de tourner avec nettement moins. L’enfant vit dans ses deux foyers. Sa vie ne devrait pas être nettement plus étriquée dans l’un d’eux.

Il est construit autour de catégories, pas de transactions. Au lieu de suivre chaque ticket, le pot commun définit qui prend en charge quoi. Un adulte couvre les frais de scolarité et les fournitures. L’autre couvre la santé et les activités. Les deux couvrent les vêtements à la taille de l’enfant (chacun chez soi). Les deux couvrent les repas du quotidien. Les cadeaux d’anniversaire reçoivent une catégorie et un repère de budget. Les grosses dépenses font l’objet d’une conversation à part. Les catégories se conviennent une bonne fois, et ne se rejouent pas chaque mercredi soir.

C’est ça, le basculement de structure. Le registre suivait des transactions entre adultes. Le pot commun finance des catégories de la vie de l’enfant.

Ce qui entre dans un accord de pot commun

Les catégories qui doivent figurer dans l’accord de pot commun sont à peu près celles-ci. La liste exacte dépend de ton enfant et de ta famille.

  • Frais de scolarité. Au trimestre ou au mois. L’article 02 de ce module en détaille la structure.
  • Fournitures et matériel scolaire. À l’année, au rythme de la rentrée.
  • Santé : médecin, dentaire, optique. Le courant et l’imprévu. L’article 04 entre dans le détail.
  • Vêtements à sa taille. Les enfants grandissent. Ce qui est à sa taille dans un foyer ne l’est souvent plus dans l’autre quelques mois après. L’article 05 traite du partage de la garde-robe.
  • Activités et cours. Ce que l’enfant fait en dehors de l’école. Voir l’article 07.
  • Repas du quotidien et consommables du quotidien, dans chaque foyer. Chaque adulte couvre les frais courants de son propre foyer.
  • Cadeaux d’anniversaire et de fêtes. L’article 06 traite de la coordination des cadeaux.
  • Grosses dépenses ponctuelles. Voyages scolaires, orthodontie, matériel high-tech, un vélo, un téléphone. Discutées au cas par cas avant la dépense.

Ce qui entre compte moins que ce qui sort : un sens partagé de ce qui est financé, et par qui. L’accord doit être assez précis pour que tu n’aies pas à discuter chaque dépense, et assez souple pour absorber ce qui ne rentre dans aucune catégorie.

Qui couvre quoi, et pourquoi le proportionnel compte

Les schémas les plus courants :

Contribution égale. Les deux adultes contribuent à parts égales à chaque catégorie du pot. Marche quand les deux revenus sont à peu près semblables.

Contribution proportionnelle. Les deux adultes alimentent le pot au prorata de leurs revenus. Si l’un gagne soixante pour cent du total des deux et l’autre quarante, le partage est de soixante-quarante. Marche quand les revenus diffèrent vraiment.

Partage par catégories. Un adulte couvre les frais liés à l’école (scolarité, fournitures, matériel, activités rattachées à l’école). L’autre couvre tout le reste. Au bout d’une année, les contributions totales des deux adultes finissent à peu près équivalentes, mais la charge de gestion est bien plus légère parce que chacun s’occupe d’un domaine net.

Mixte. Chaque adulte couvre les frais courants de son propre foyer (repas, factures, consommables du quotidien) et les grandes catégories du pot se partagent entre eux au prorata. Fréquent quand l’un des adultes assure une plus grande part du quotidien.

Il n’existe pas de schéma juste pour tout le monde. Le bon, c’est celui qui finance la vie de l’enfant de façon régulière et que les deux adultes peuvent tenir sans rancœur chaque semaine. Si ton co-parent et toi n’avez pas la même idée de ce qui est juste, l’article 08 (Quand l’un des parents gagne plus) traite de la conversation sur cet écart.

Les règles ennuyeuses qui font marcher un pot commun

Cinq principes pratiques. Chacun retire une source récurrente de friction.

1. Définis les catégories avant que la dépense n’arrive. Convenez de ce qui est couvert et comment avant que la facture de l’école ne tombe ou que les nouvelles chaussures ne soient nécessaires. Essayer de trancher les catégories sur le moment, avec une facture précise sous les yeux, tourne presque toujours au personnel. Essayer d’en convenir à l’avance, dans l’abstrait, non.

2. Chaque foyer couvre ses frais courants sans rien comptabiliser. Les repas que ton enfant prend chez toi, le savon qu’il utilise, l’électricité qu’il consomme. Ça ne traverse pas la frontière entre les deux foyers. Les comptabiliser, c’est une façon de transformer chaque dîner du mardi en transaction. Ne le fais pas.

3. Des justificatifs seulement là où la catégorie l’exige. Frais de scolarité, grosses dépenses ponctuelles, frais de santé à se faire rembourser, tout ce qui donnera lieu à un remboursement appelle un justificatif. Les frais courants, non. Le principe, c’est assez de traces, pas toutes les traces. L’article 10 en donne la version pratique.

4. Un seul point mensuel, pas un compteur qui tourne en continu. Une fois par mois, un bref échange sur les catégories du pot. Ce qui s’est présenté. Ce qui arrive. Qui paie quoi. L’article 11 en détaille la structure pratique. Pas chaque mercredi soir. Une fois par mois, à un moment fixe, avec un ordre du jour.

5. Les grosses dépenses sont des conversations, pas des surprises. Tout ce qui sort des catégories convenues, ou toute dépense ponctuelle au-dessus d’un seuil que vous fixez à deux, se discute avant la dépense, pas après coup sur une facture. Le seuil, c’est à toi de le choisir. L’article 03 (Les grosses dépenses face aux petites) en traite.

Ces règles ont l’air ennuyeuses. Elles le sont. L’ennui, c’est tout l’intérêt. Le pot commun marche parce que l’essentiel tourne en pilote automatique. Les conversations entre adultes sont courtes, espacées, et portent sur l’enfant plutôt que sur l’argent.

Ce que ça change pour ton enfant

Si tout cela compte, ce n’est pas pour l’argent. C’est pour l’enfant.

Un enfant dont les parents se crispent dès qu’il est question d’argent, c’est un enfant qui apprend que l’argent est le langage des tensions dans sa famille. Un enfant dont les parents comptabilisent chaque dépense le concernant, c’est un enfant qui apprend qu’il coûte cher, qu’il représente une dépense, que ses besoins créent de la friction. Un enfant qui entend un parent dire ton père n’a pas payé pour ça, ne serait-ce qu’une fois, s’est vu installer quelque chose qu’il faudra des années pour retirer.

Le pot commun remplace tout ça par un fonctionnement plus calme. L’enfant voit que ce dont il a besoin est financé. Il ne voit pas qui le finance. Il ne porte pas le poids du coût. Il n’entend pas la tension. Il a des chaussures à sa taille. Il a un rendez-vous médical qui est payé. Il a une autorisation de classe verte qui revient signée sans un soupir.

Le pot commun n’est pas pour toi. Le pot commun est là pour que ton enfant puisse être un enfant.

Ça ne veut pas dire que le coût cesse de compter pour toi. Le calcul est réel. L’écart de revenus, s’il y en a un, est réel. Le fait que tu finances peut-être plus que ce qui te semble juste est réel. Ce sont là de vrais problèmes d’adulte, et ils ne disparaissent pas parce que le pot commun existe. L’article 08 de ce module est précisément consacré à ces problèmes-là.

Ce que fait le pot commun, c’est déplacer les problèmes d’adulte hors de la vie de l’enfant. Les conversations entre ton co-parent et toi ont toujours lieu. Elles ont lieu au point mensuel, en temps d’adulte, avec des outils d’adulte. L’enfant n’a pas à y prendre part. L’enfant a des chaussures.

Quand ça ne marche pas

Un pot commun ne marche que si les deux adultes l’alimentent. Si l’un d’eux, de façon répétée, ne contribue pas à sa part des catégories convenues, la structure a cessé de fonctionner comme un pot commun et s’est mise à fonctionner comme un adulte qui en subventionne un autre. C’est une situation à part entière. L’article 12 (Quand l’argent devient le sujet qui revient) en traite.

Un pot commun ne marche pas non plus quand la relation entre les deux adultes ne peut pas tenir la conversation mensuelle. Si le point d’argent vire à l’affrontement de chaque mois, la structure doit devenir plus simple encore : plus de catégories en pilote automatique, moins de discussion mensuelle, plus d’écrit et moins d’oral. Dans les cas difficiles, un tiers (médiateur, comptable, professionnel du droit de la famille travaillant sur un mode apaisé) tient la structure. Le module 09 traite du moment où faire intervenir un tiers.

Tu n’es pas en échec si tu as besoin de plus de cadre que la famille moyenne. Le pot commun est un cadre ; sa mise en place peut être aussi légère ou aussi solide que ta situation l’exige.

Pour finir

Mercredi soir, vingt-trois heures dix-sept, l’ordinateur refermé sur le canapé.

Le tableur n’est pas le mauvais outil. Le mauvais outil, c’est l’usage que tu en faisais. Tu essayais de faire tomber le calcul juste entre deux adultes, en temps réel, sur des mois, chaque dépense pesée face à chaque autre dépense. Ce travail ne se termine jamais. Il ne fait que s’aggraver.

Le pot commun, c’est le travail qui se termine. Décidé une fois. Revu chaque mois. Alimenté régulièrement. L’essentiel en pilote automatique.

Ton enfant n’a pas besoin que tu règles le calcul. Ton enfant a besoin que tu retires le calcul de sa vie. Il a besoin que les chaussures arrivent. Que la classe verte ait lieu. Que le médecin soit payé. Que le canapé du mercredi soir n’ait pas l’ordinateur posé dessus.

Le pot commun, c’est comme ça que ça arrive.

Dans très longtemps, ton enfant ne se rappellera pas lequel de vous a payé quoi. Il se rappellera si ses parents se crispaient autour de l’argent ou non. Il se rappellera s’il s’est senti coûteux ou non. Il se rappellera si ce dont il avait besoin arrivait sans poids, ou avec.

Le calcul, c’est à toi de le porter. La légèreté, c’est le cadeau que tu lui fais.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.