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Module 07 · Argent et dépenses partagées

Le budget vêtements

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Le budget vêtements

Le budget vêtements

Dimanche soir. Le panier de linge. Tu plies des pantalons d’école revenus ce matin de chez ton co-parent. Tu tiens la première paire en l’air. L’ourlet arrive cinq bons centimètres au-dessus de la cheville de ton enfant. Tu prends la suivante. Pareil.

Ton enfant a grandi. Pas un peu. Beaucoup. Ça s’est passé, comme toujours, pendant que tu regardais ailleurs.

Tu t’assieds sur le lit. Tu fais le calcul vite fait. Quatre pantalons d’école, deux chemises, la tenue de sport qui ne lui va plus depuis un mois, des chaussures que tu aurais dû remplacer avant les vacances de la Toussaint. Tu écris à ton co-parent : elle ne rentre plus dans rien, il faut refaire une virée. Il répond : je l’avais vu. Le pot commun gère ?

C’est ça, le rythme des vêtements. Il arrive par vagues. Il coûte cher quand il tombe. Et, si tu n’as pas le cadre en place, c’est la catégorie où le murmure du mais c’est moi qui ai acheté la dernière fois démarre le plus fort.

De quoi parle cet article

Cet article suppose que le cadre du pot commun de l’article 01 est en place et que tu as fait le tri grosses dépenses contre petites de l’article 03. Les vêtements occupent une place inconfortable entre les deux. Certains vêtements relèvent du pot commun. D’autres sont les tiens. La frontière n’est pas toujours évidente. Cet article la parcourt.

Il couvre quatre choses : ce qui compte comme vêtement du pot commun et ce qui n’en relève pas, le rythme des poussées de croissance qui rend la dépense irrégulière, la question de la double garde-robe (un seul jeu de vêtements qui voyage entre les foyers, ou deux jeux en parallèle), et quoi faire quand c’est le goût qui devient le sujet.

Ce qui relève du pot commun et ce qui n’en relève pas

La frontière, pour les vêtements, est la même que pour n’importe quelle dépense (l’article 03 traitait du test général). Appliquée aux vêtements :

Postes du pot commun. Les affaires d’école et ce que l’école impose. Les vêtements de saison à sa taille. Des chaussures qui vont. Les sous-vêtements et les basiques renouvelés au besoin. La tenue de sport et les vêtements propres à une activité. Les remplacements liés à la croissance, qui arrivent quand ton enfant prend d’un coup.

Hors pot commun. Les vêtements qu’un parent achète pour son propre foyer (le sweat douillet du week-end qui vit dans une seule maison). La pièce mode que ton enfant a réclamée en magasin. La tenue pour le mariage qu’organise un côté de la famille. Les vêtements offerts en cadeau d’anniversaire ou de fêtes. La troisième paire de baskets parce que les deux premières étaient ennuyeuses.

Le principe : si ton enfant en a besoin en tant qu’enfant, quel que soit le foyer où il se trouve, c’est du pot commun. Si c’est du superflu, du propre à un foyer ou un cadeau, non.

Ça paraît net. En pratique, la frontière se déplace dans un sens puis dans l’autre selon qui fait les achats. C’est le cadre en dessous qui l’empêche de glisser.

La poussée de croissance

Les enfants ne grandissent pas à rythme régulier. Ils grandissent par à-coups. Une année entière où les vêtements bougent à peine, puis six semaines où tout ce qu’ils possèdent devient trop petit. Puis une nouvelle période calme.

Le rythme des poussées de croissance compte parce que c’est lui qui fait des vêtements la plus irrégulière de toutes les catégories du pot commun. Certains mois, la ligne vêtements du pot commun est à zéro. Certains mois, elle pèse trois mois de frais de scolarité.

Deux réponses pratiques :

Constitue un volant. La contribution mensuelle au pot commun devrait comporter une ligne vêtements plus élevée que la dépense d’un mois moyen, pour que le volant reste là en attendant que la poussée tombe. C’est de la gestion normale du pot commun. L’article 11 (le point mensuel sur les dépenses) explique comment l’ajuster au bon niveau.

N’essaie pas de lisser la dépense. N’achète pas un peu de vêtements neufs chaque mois pour aplatir la courbe. Achète ce dont ton enfant a besoin quand il en a besoin. Le pot commun absorbe les à-coups. Si tu essaies de rationner les vêtements pour tenir dans un budget mensuel lisse, tu te retrouves avec un enfant dont le pantalon ne va plus pendant deux semaines parce que le budget n’avait pas suivi. Tout l’intérêt du pot commun, c’est que le cadre gère l’irrégularité pour que l’enfant ne la sente pas.

La virée de la poussée de croissance, c’est en général une seule sortie. Un parent y va, souvent avec l’enfant pour essayer, parfois sans. La carte du pot commun paie. La liste est partagée à l’avance pour que vous sachiez tous les deux ce qui est acheté. Le reçu va dans les traces du pot commun comme n’importe quel autre.

La question de la double garde-robe

C’est la question qui prend de court les nouveaux co-parents.

Ton enfant doit-il avoir une seule garde-robe qui voyage entre les foyers, ou deux garde-robes en parallèle (une à chaque foyer) ?

Il n’y a pas une seule bonne réponse. Il y a trois modèles qui marchent.

Modèle un : la garde-robe qui voyage. Les vêtements de ton enfant vivent dans un sac qui se déplace avec lui entre les foyers. Le pot commun finance tout ce qui est dans le sac. Le sac est défait à chaque maison et refait avant le passage suivant. Ça marche bien quand le rythme d’alternance est d’une semaine ou plus, quand l’enfant est assez grand pour faire son sac lui-même, et quand les deux foyers sont proches géographiquement pour récupérer ce qui a été oublié.

L’avantage : un seul jeu de tout. Pas de doublon. La dépense du pot commun est simple.

L’inconvénient : la fatigue du sac. Des affaires se perdent. Le timing de la lessive se complique (quelle machine a lavé le pantalon cette semaine ?). Pour un jeune enfant, faire et défaire son sac tous les quelques jours, c’est usant.

Modèle deux : deux garde-robes en parallèle. Ton enfant a un jeu complet de vêtements à chaque foyer. Il voyage entre les foyers les mains vides ou avec un petit sac pour la nuit. Les affaires d’école restent dans le foyer qui assure la semaine d’école.

Le pot commun finance ce que l’école impose, là où ça vit. Le pot commun finance les basiques (sous-vêtements, chaussettes, pyjamas) dans les deux foyers, en acceptant un peu de doublon. Le pot commun finance les vêtements de saison dans les deux foyers pour les plus jeunes, ou dans un seul avec un accord sur un second jeu pour les plus grands.

Les vêtements de confort propres à un foyer, hors pot commun, restent chez le parent qui les achète. Chaque foyer a ses sweats du week-end, ses pyjamas, ses tee-shirts. Ils font partie de ce qui rend chaque foyer accueillant.

L’avantage : moins de friction de voyage. L’enfant arrive à chaque foyer et a ce qu’il lui faut.

L’inconvénient : plus de dépense au départ. Un peu de doublon. Le besoin de faire le point de temps en temps pour qu’aucun foyer ne soit à court.

Modèle trois : l’hybride. Les affaires d’école et les chaussures d’école voyagent avec l’enfant (parce qu’il est à l’école dans la semaine, quel que soit le foyer où il a dormi la veille). Les basiques vivent en double dans les deux foyers (financés par le pot commun). Chaque foyer a ses propres vêtements de confort (financés par le parent). Les vêtements de saison dépendent du climat et du rythme d’alternance.

C’est ce vers quoi la plupart des familles en co-parentalité finissent par aller, souvent sans l’avoir vraiment décidé. L’hybride marche parce qu’il réduit les points de friction (l’affaire d’école oubliée un dimanche soir) tout en acceptant une dose gérable de doublon.

Quel que soit le modèle que tu choisis, nomme-le. Ne le laisse pas s’installer tout seul. La conversation prend dix minutes. On part sur la garde-robe qui voyage, ou deux garde-robes, ou l’hybride ? Une fois que c’est décidé, le budget du pot commun s’aligne et vous arrêtez tous les deux de vous demander s’il faut acheter ce deuxième pyjama.

Quand c’est le goût qui devient le sujet

Celui-là se gère dans un autre cadre, parce que ce n’est pas vraiment une question d’argent. C’est une question d’autonomie et d’esthétique.

Ton enfant veut une marque précise. Une couleur précise. Un vêtement qu’un parent trouve déplacé, trop découvert, trop cher, trop bon marché, trop neutre, trop voyant. Ton co-parent et toi n’êtes pas d’accord sur ce qui est raisonnable. Le pot commun est là, prêt à financer, mais tu n’es pas sûr de ce qu’il devrait financer.

Deux principes tiennent.

Le premier principe : le nécessaire relève du pot commun, le superflu du parent. Si ton enfant a besoin d’un pantalon d’école et qu’il existe, dans les modèles autorisés, à 25 €, le pot commun finance le pantalon à 25 €. Si ton enfant veut le même pantalon autorisé mais en coupe de marque à 55 €, le pot commun finance toujours la version de base à 25 €, et le parent qui tient à la version à 55 € comble l’écart sur sa propre poche. Le pot commun n’est pas un moyen d’imposer les goûts vestimentaires d’un parent à l’autre.

Le deuxième principe : la voix de l’enfant compte de plus en plus avec l’âge. Un enfant de six ans dont le parent choisit les vêtements, c’est dans la norme. Un ado de quatorze ans dont les parents choisissent les vêtements, c’est dans une zone qui crée d’autres problèmes. Les vêtements des plus grands sont l’un des premiers endroits où s’exerce l’autonomie de l’adolescence. Les deux foyers ont besoin de laisser de la place à l’enfant pour choisir. Le module 04, article 17, traite de ça dans le cadre plus large de l’autonomie de l’ado. Pour l’article d’argent : quand ton ado exprime une préférence vestimentaire raisonnable, le pot commun la finance comme il aurait financé ton choix. Le vêtement est pour lui, pas pour toi.

Si ton co-parent et toi n’arrivez vraiment pas à vous accorder sur ce qui est raisonnable, la conversation n’est pas une conversation d’argent. C’est une conversation de valeurs qui demande un autre cadre (le module 08 traite de la communication entre co-parents ; le module 09 traite de la médiation).

Le réassort de saison

Deux fois par an, sous la plupart des climats, la garde-robe a besoin d’un vrai renouvellement. À l’entrée dans la saison froide. À la sortie. Là où le climat est plus doux, il existe une version plus légère, autour de la rentrée ou des grandes vacances.

Le réassort de saison, c’est ce que les vêtements ont de plus proche d’une grosse dépense planifiée. Les deux parents savent qu’il arrive. Le pot commun peut le prévoir. Dix minutes de conversation : de quoi a-t-elle besoin pour la nouvelle saison ? Une sortie shopping. Le pot commun paie.

Si tu as bien fait tourner le pot commun, le réassort de saison se passe sans histoire. Sinon, c’est le moment où le sous-investissement accumulé sur l’année surgit d’un coup en grosse facture. Sois attentif au réassort de saison. C’est le signal d’alerte du budget vêtements du pot commun.

La façon dont ça se referme

Dimanche soir. Six mois plus tard. Le panier de linge. Tu plies des pantalons d’école revenus ce matin de chez ton co-parent. Les ourlets tombent au bon endroit au-dessus de la cheville de ton enfant. Les chemises vont. La tenue de sport va.

Ton enfant a grandi. Tu l’avais vu au réassort de saison précédent et le pot commun a absorbé la dépense en une sortie. Les nouveaux pantalons ont été achetés il y a trois semaines. Tu n’y as plus pensé depuis.

Ton enfant a ramené un petit sac de vêtements de week-end. Ils vivent dans ta maison. Ce ne sont pas des affaires du pot commun. Ton co-parent a l’équivalent chez lui. Vous savez tous les deux ce qui est à qui, et ça ne revient jamais sur le tapis.

Le budget vêtements, comme toute autre catégorie du pot commun, tourne surtout en arrière-plan une fois le cadre en place. Ce qu’il te reste, le dimanche soir, c’est le pliage. Qui est son propre genre de calme.

Pour finir

Les vêtements paraissent un petit sujet. Un ourlet trop court, un pantalon de plus, une virée à caser un samedi. À l’échelle d’une enfance, c’est tout sauf petit.

Un enfant dont les affaires vont, dans ses deux foyers, c’est un enfant qui ne porte rien de la mécanique en dessous. Il ne sait pas quel parent a payé le manteau. Il ne sait pas qu’une ligne du budget a un volant. Il sait seulement que ses manches tombent où il faut et qu’il n’a pas eu à choisir entre ses parents en s’habillant le matin.

Le cadre porte l’irrégularité pour que l’enfant ne la sente pas. Le calcul reste de ton côté. Ce qui arrive chez l’enfant, c’est juste des vêtements qui vont.

Et un dimanche soir, le panier de linge. Qui, une fois le reste apaisé, n’est plus qu’un panier de linge.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.