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Module 04 · Adolescents, comportement et autonomie

Les scarifications. Les signes d’alerte et la réponse

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Les scarifications. Les signes d’alerte et la réponse

Les scarifications. Les signes d’alerte et la réponse

Tu entres dans la salle de bains un samedi matin. Ta fille vient d’en sortir. La lumière est encore allumée. Le miroir est embué. Tu vois, sur le bord du lavabo, un mouchoir plié avec du rouge dessus. Tu restes là un moment, à essayer de comprendre ce que tu as sous les yeux.

Ou c’est un autre moment. Tu ranges le linge. Tu vois, dans son tiroir, quelque chose que tu ne cherchais pas. Ou sa manche remonte au dîner et tu aperçois son bras. Ou son professeur appelle. Ou le parent de sa meilleure amie t’envoie un message.

Cet article est pour le moment après ce moment-là. L’heure, la nuit, la semaine. La conversation qui doit avoir lieu. Les appels qu’il va falloir passer.

Lis ça lentement. Si ton ado est en danger immédiat de se faire gravement mal, arrête de lire et appelle tout de suite les secours. Le ou la psychologue de l’établissement, ton médecin traitant, un pédopsychiatre, un service d’urgence. L’article sera encore là à ton retour.

C’est l’un des articles les plus lourds de ce module. C’est aussi l’un de ceux dont des milliers de parents ont besoin à un moment des années ado. Tu n’es pas le premier parent à le lire. La plupart des ados dont les parents lisent cet article ne vont pas, ensuite, se faire gravement mal, et la plupart vont aller mieux. Mais les prochaines semaines comptent.

Ce que sont les scarifications

Un bref cadrage, parce que ça aide de comprendre ce qui se passe avant d’y répondre.

Se scarifier, c’est se faire mal au corps volontairement. Chez les ados, c’est le plus souvent une façon de gérer des émotions intérieures qui débordent. Une douleur que l’ado ne sait pas nommer, ni accueillir, ni digérer, se traduit en quelque chose de physique, brièvement plus facile à supporter.

Se scarifier n’est pas toujours lié au désir de mourir. Beaucoup d’ados qui se scarifient ne sont pas suicidaires. Ils ont recours à un comportement, destructeur, pour gérer quelque chose qu’ils n’ont pas encore d’autres outils pour gérer.

Les scarifications peuvent aussi coexister avec des pensées suicidaires, et il faut considérer les deux séparément. Un ado qui se scarifie peut aussi avoir des pensées de mettre fin à ses jours, ou non. La conversation doit chercher à le savoir.

Se scarifier n’est pas un appel à l’attention au sens dédaigneux que cette expression charrie souvent. C’est parfois une communication. Parfois c’est le seul langage que l’ado a pour quelque chose qu’il ne peut pas dire. Traiter ça comme de la manipulation est l’une des réponses adultes les plus délétères, et ça tend à aggraver les choses.

Les scarifications sont plus fréquentes chez les ados que la plupart des parents ne l’imaginent. C’est aussi, avec un accompagnement adapté, quelque chose qui se soigne. Le schéma évolue souvent nettement dans les mois qui suivent l’entrée en jeu d’un professionnel, et la plupart des ados qui traversent une période de scarifications à l’adolescence arrêtent à la fin de l’adolescence ou au début de la vingtaine.

Tiens tout ça ensemble. Réel. Sérieux. Qui se soigne. Pas une faute morale. Pas un verdict sur l’ado, sur toi, ni sur la famille. Un signal qui appelle une réponse.

Ce que tu pourrais voir

Les signes varient. Certains sont visibles. D’autres non.

Tu pourrais voir, sur le corps, des marques qui ne collent à aucune explication. Des manches longues les jours de chaleur. Une réticence à se changer devant les autres, ou à se montrer en short ou en manches courtes. Une hésitation autour de la baignade. Le port de bracelets larges qu’il ne mettait pas avant.

Tu pourrais trouver des choses que tu ne cherchais pas. Des objets à des endroits où ils ne devraient pas être. Des mouchoirs, des pansements, une trousse de premiers secours qui semble avoir servi.

Tu pourrais remarquer un repli. Moins de temps dans les pièces de vie de la maison. De longs moments dans la salle de bains ou dans la chambre. Des changements de sommeil, d’humeur, d’alimentation, d’investissement scolaire, qui sont arrivés ensemble.

Tu pourrais remarquer des changements chez ses amis, ou dans sa vie en ligne. Un nouveau groupe d’amis qui parle de scarifications. Des comptes précis qu’il suit. Des chansons qu’il écoute en boucle et qui portent certains thèmes.

On pourrait te le dire. Un professeur. Le ou la psychologue de l’établissement. Un autre parent. L’ado lui-même, parfois, dans un moment où il est prêt.

Parfois tu as une intuition avant d’avoir une preuve. Fie-toi à l’intuition.

Aucun de ces signes, à lui seul, n’est un diagnostic. Plusieurs ensemble, surtout avec un changement d’humeur qui dure, c’est un signal que quelque chose se passe et que tu dois réagir.

Ce qu’il ne faut pas faire dans la première heure

L’heure qui suit la découverte est celle où tu es le plus susceptible de faire quelque chose que tu regretteras. L’instinct, c’est de réagir. Le travail, c’est de ralentir assez pour répondre.

Ne crie pas. Quoi que tu fasses d’autre, ne crie pas. L’ado est déjà dans un état où il ne sait pas gérer ses émotions. Ajouter ta panique à la sienne rend la conversation suivante plus difficile, parfois pour des mois.

Ne fais pas honte. Comment as-tu pu faire ça. Regarde ce que tu t’es fait. Tu sais de quoi ça a l’air. La honte ferme la porte à l’honnêteté. L’ado qu’on couvre de honte cachera mieux la chose la fois suivante, il n’arrêtera pas.

Ne promets pas ce que tu ne peux pas tenir. Je ne le dirai à personne. Tu auras peut-être besoin de le dire à des gens. Ton co-parent. Un médecin. L’établissement. Ne promets pas un secret que tu ne pourras pas garder.

Ne ramène pas ça à toi. Comment as-tu pu me faire ça. Après tout ce que. Je n’arrive pas à y croire. L’ado ne peut pas porter ta blessure en ce moment. Il porte à peine la sienne.

Ne vide pas tout de suite la chambre. Passer la chambre au peigne fin pour en retirer des objets peut sembler une réponse évidente. Le plus souvent, ça pousse le comportement dans la clandestinité sans traiter ce qu’il y a en dessous. La bonne façon d’aborder la sécurité à la maison, c’est une conversation avec un professionnel, pas une décision unilatérale dans la première heure. (Plus loin là-dessus.)

Ne fonce pas vers ton co-parent devant l’ado. Je dois appeler ton père tout de suite pour lui dire. Préviens ton co-parent dans les heures qui suivent, mais pas dans la pièce avec l’ado, pas sur un ton qui le chargerait du rôle de témoin.

Ne demande pas pourquoi en boucle. Pourquoi tu fais ça. Pourquoi. Je veux juste comprendre pourquoi. L’ado n’a souvent pas de réponse claire. La question, répétée, l’enfonce dans le silence.

Ce que tu peux faire dans la première heure est bien plus modeste. T’asseoir. Respirer. Aller chercher de l’eau. Lui dire que tu as vu ce que tu as vu. Lui dire que tu l’aimes. Lui dire que tu veux comprendre. Lui dire que vous allez avoir besoin de trouver un soutien ensemble. Puis, doucement, lui demander ce dont il a besoin là, maintenant.

Ce qu’il faut faire dans les premières 24 heures

Quelques gestes qui aident.

Dis-lui que tu l’aimes. N’y mets pas de condition. Je t’aime. J’ai peur. On va trouver une solution, ensemble. À répéter autant que nécessaire. L’ado a besoin de l’entendre avant de pouvoir entendre quoi que ce soit d’autre.

Dis-lui que tu veux trouver de l’aide. Pas seulement à la maison. De l’aide professionnelle. Je veux parler à quelqu’un qui s’y connaît. Pour qu’on te soutienne comme il faut. Présente ça comme un ensemble, pas comme quelque chose qui lui tombe dessus.

Cherche à savoir, doucement, s’il y a plus. Est-ce qu’il se passe autre chose. Est-ce que tu es en sécurité. Est-ce que tu as eu des pensées de mettre fin à tes jours. Si la réponse est oui à l’une de ces questions, ça devient urgent. Va chercher de l’aide professionnelle aujourd’hui.

Préviens ton co-parent. Dans les heures qui suivent. Pas devant l’ado. Pas dans la panique. Salut. J’ai besoin de te dire quelque chose. Tu peux parler maintenant ? Puis donne l’information de base, calmement, et mettez-vous d’accord sur la première étape.

Mets une aide professionnelle en route. Médecin traitant. Psychologue de l’établissement. Pédopsychiatre ou psychologue. Un service d’urgence si besoin. N’essaie pas de gérer ça seul.

Fais en sorte que cette nuit soit tenable. Quoi que tu fasses d’autre, traverse cette nuit. Reste proche. Dors à côté s’il le faut. Passe une soirée calme, sans pression. Le vrai travail, démêler tout ça, pourra commencer demain, avec de l’aide. Cette nuit, l’objectif, c’est le soin.

Ne prends pas de grandes décisions dans les 24 heures qui viennent. Ne le retire pas de l’établissement. Ne change pas l’organisation avec ton co-parent. Ne le bascule pas sur un seul foyer. Ne lui confisque pas son téléphone pour le punir. La stabilité compte, maintenant. Les décisions de fond, s’il y en a, viendront plus tard.

La conversation avec l’ado

Un arc plus long, celui-là. La première conversation n’est pas la seule. Il y en aura beaucoup.

Quelques choses qui aident dans toutes.

Rends la conversation possible. Pas obligatoire. Je suis là quand tu voudras parler. Tu n’es pas obligé de parler maintenant. Je préfère que tu viennes me trouver quand tu es prêt plutôt que de te pousser. Offre-lui la porte, pas l’injonction de la franchir.

Écoute ce qu’il y a en dessous. Les scarifications sont rarement toute l’histoire. Il y a en général autre chose. Une amitié qui s’effondre. Une relation qui a mal tourné. Des difficultés à l’école. Une tension précise dans l’un des foyers. Une expérience en ligne. Une agression. Quelque chose qu’il n’a pu dire à personne. Le comportement, c’est la surface. Ce qu’il y a dessous, c’est ce qui compte le plus.

Ne répare pas trop vite. Quand il te dit quelque chose, ne saute pas tout de suite à l’action. Reste avec lui. Reconnais à quel point c’est dur. Ça a l’air vraiment douloureux. Je suis tellement désolé que tu aies porté ça tout seul. La réparation vient plus tard. Être entendu, c’est ce dont il a besoin d’abord.

Ne promets pas que ce sera facile. Sortir des scarifications est souvent progressif. Il y aura des rechutes. Dis-lui, avec douceur, que tu seras là tout du long, pas seulement au début. On ne s’attend pas à ce que ça s’arrête demain. On est là pour la durée entière.

Ne moralise pas. Se scarifier n’est pas une faute morale. Le traiter comme telle aggrave les choses. Traite ça comme quelque chose qu’il traverse et à travers quoi tu vas l’accompagner.

Sois honnête sur tes propres émotions, brièvement, d’une façon qui ne le charge pas. J’ai peur. Je t’aime. Je suis là. Pas tu m’as gâché la semaine. Pas je ne dors plus à cause de ça. La première forme d’honnêteté, c’est du lien. La seconde, c’est un fardeau.

Tiens la confidentialité là où tu peux, tout en le gardant en sécurité. Certaines choses qu’il te dit sont à lui de garder pour lui. Certaines, tu dois les partager. La ligne, c’est la sécurité. Je ne raconterai pas ce dont on parle au reste de la famille ni à tes amis. Je le partagerai avec les gens qui peuvent nous aider, comme le médecin ou le psychologue. Je te dirai toujours à qui je le dis.

Aller chercher de l’aide professionnelle

Ce n’est pas un problème à gérer seul.

Le premier interlocuteur, c’est en général l’un de ceux-ci : ton médecin traitant, le ou la psychologue de l’établissement, un pédopsychiatre, un psychologue spécialisé dans l’enfance et l’adolescence. En France, le médecin traitant peut orienter vers un CMP ou un CMPP (centre médico-psychologique), gratuit et public, ou vers un suivi en libéral, éventuellement dans le cadre du dispositif Mon soutien psy. Quelle que soit la voie qui s’ouvre près de chez toi, emprunte-la.

Si ton ado a exprimé la moindre pensée de mettre fin à ses jours, ou si les scarifications sont devenues graves (plus profondes, plus fréquentes, plus difficiles à contrôler), c’est urgent. Va chercher de l’aide aujourd’hui, pas la semaine prochaine. Les services d’urgence et les services de pédopsychiatrie existent exactement pour ça.

Le premier rendez-vous est souvent le plus difficile. L’ado peut résister. Je ne veux voir personne. Je ne veux pas en parler. Je ne le referai pas. C’est normal. La promesse je ne le referai pas est rarement une garantie ; mieux vaut partir du principe que le soutien est nécessaire de toute façon. Encourage avec douceur. Ne force pas trop. Parfois un on y va une fois, juste pour voir abaisse le seuil.

La thérapie marche pour les scarifications à l’adolescence. Les approches les plus étayées par les données consistent à apprendre de nouvelles façons de gérer les émotions difficiles, à examiner les situations précises qui ont déclenché le comportement, et à renforcer le sentiment plus large d’être soutenu, à la maison comme au dehors. Les progrès se font souvent sur des semaines et des mois, pas des jours. La patience compte.

La dimension co-parentale

Les scarifications font partie des choses qui exigent absolument que les deux parents soient au courant. Les questions de vie privée ne s’appliquent pas aux questions de sécurité.

Quelques manières de faire qui aident.

Préviens ton co-parent dans les heures qui suivent la découverte. Calmement. Précisément. Sans accuser. J’ai appris aujourd’hui quelque chose que je dois te dire à propos de Lily. On peut se parler au téléphone ce soir ? Puis donne-lui les faits, et le plan immédiat.

N’accuse pas ton co-parent. Même si tu soupçonnes que quelque chose chez ton co-parent a joué un rôle, ne commence pas par là. La conversation ne mène nulle part si elle démarre comme une accusation. Il y aura le temps de regarder ensemble ce qui a pu contribuer. La première tâche, c’est le soin.

Coordonnez l’aide professionnelle ensemble. Les deux parents devraient savoir qui l’ado consulte, quand, et dans quelle direction générale va le suivi. Le soin clinique de l’ado n’a pas à être éclaté entre deux parents qui ne se parlent pas.

Tenez la même ligne dans les deux foyers. Les deux foyers doivent être des lieux sûrs. Les deux parents doivent être honnêtes avec l’ado sur le fait qu’ils tiennent à lui, qu’ils le veulent en sécurité, qu’ils sont là, ensemble, dans tout ça. Ne pose pas un foyer comme le soutenant et l’autre comme le non-soutenant.

Si ton co-parent et toi êtes en désaccord sur la réponse. Parfois l’un des parents juge la situation plus grave que l’autre. Parfois l’un pense qu’il faut la garder secrète vis-à-vis de l’établissement, de la famille, de l’autre parent. La voie de sortie, c’est en général un troisième avis. Le médecin. Le psychologue. Le ou la psychologue de l’établissement. Ne laisse pas le désaccord entre parents devenir une tension de plus pour l’ado.

Si la réponse de ton co-parent est délétère. Parfois un parent réagit mal à l’annonce de scarifications. Il fait honte. Il crie. Il menace. Il se ferme. Si c’est ce qui se passe, l’ado a besoin de plus de soutien, pas de moins. Parle à un professionnel de la façon de gérer ça. (Le module 17 de cette bibliothèque va plus loin.)

La sécurité concrète à la maison

C’est un sujet où la bonne approche est une conversation avec un professionnel, pas une liste tirée d’un article.

Parle à ton médecin traitant, à ton pédopsychiatre ou à ton psychologue de ce qu’il faut envisager dans ton foyer précis. Ils connaîtront ce qui est adapté à la situation de ton ado, à la configuration de ta maison, au niveau de risque. Ils proposeront peut-être des changements précis. Ils n’en proposeront peut-être aucun.

Ce que cet article ne fera pas, c’est énumérer des objets. Les listes de choses à retirer d’un foyer peuvent être déclenchantes pour un ado qui lit par-dessus l’épaule d’un parent. Elles ne remplacent pas non plus un avis clinique. La conversation avec un professionnel, si.

Ce que tu peux faire sans avis spécialisé, c’est réduire les conditions dans lesquelles le comportement tend à se produire. Plus de temps dans les pièces de vie. Moins de longs isolements en chambre. Le téléphone dans l’espace commun la nuit. Un animal, un projet, une routine qui le tiennent doucement. Rien de tout ça n’est un remède. C’est l’architecture autour du remède.

Quand les scarifications croisent les idées suicidaires

Une note qui doit figurer dans l’article.

Certains ados qui se scarifient ont aussi des pensées de mettre fin à leurs jours. Les deux sont différents mais peuvent coexister. Si ton ado a exprimé la moindre pensée de mourir, de mettre fin à ses jours, de ne plus vouloir être là, de tout le monde irait mieux sans moi, c’est urgent.

Va chercher de l’aide professionnelle aujourd’hui, pas dans deux semaines. Service d’urgence. Pédopsychiatre. Quelle que soit la voie près de chez toi.

Il ne s’agit pas de surréagir. Il s’agit de prendre au sérieux ce qu’un ado te dit, et de l’orienter vers des gens qui peuvent aider.

Si tu n’es pas sûr que ce que tu entends relève d’une pensée suicidaire, demande à un professionnel. Il t’aidera à lire les signes.

Quand toi, le parent, tu as aussi besoin de soutien

Une brève note.

Si ton ado se scarifie, tu portes quelque chose de très lourd. La peur est réelle. Les heures à ne pas savoir sont réelles. La honte et la culpabilité que ressentent certains parents (qu’elles soient justifiées ou non) sont réelles.

Tu as besoin de soutien, toi aussi. Ton propre médecin traitant. Ton propre psychologue si tu en as un. Un ami de confiance. Un groupe de parole de parents, s’il y en a un. Le ou la psychologue de l’établissement, ou un thérapeute familial, comme appui pour les parents.

Tu seras un parent plus stable si tu ne tournes pas à vide. Tu montreras aussi à ton ado que les adultes prennent soin d’eux et demandent de l’aide quand il le faut. Ton bien-être n’est pas un luxe ici. Il fait partie de l’architecture du rétablissement.

L’arc plus long

La plupart des ados qui traversent une période de scarifications à l’adolescence arrêtent en quelques années, avec un accompagnement adapté. Certains portent ce schéma jusqu’au début de l’âge adulte. Une petite minorité va vers des difficultés plus graves.

Les facteurs qui prédisent le mieux le rétablissement, ce sont : l’ado qui a au moins un adulte stable qui continue d’être là, un soutien professionnel en place, une stabilité familiale qui tient pendant la période, et la difficulté sous-jacente (quelle qu’elle soit) traitée dans la durée.

Tu es l’un des adultes stables. Ton co-parent en est un autre. Le psychologue peut être un troisième. Le ou la psychologue de l’établissement, ou un professeur de confiance, un quatrième. Ensemble, vous formez l’architecture qui tient l’ado à travers tout ça.

Ne te mesure pas à ta capacité à avoir tout arrêté dès la première semaine. Mesure-toi à ceci : être resté proche, avoir laissé la porte ouverte, avoir fait venir de l’aide, avoir tenu la famille stable, ne pas avoir dramatisé, ne pas avoir minimisé.

La plupart des ados s’en sortent. La relation que tu construis avec ton ado pendant cette période devient, souvent, l’une des plus durables de sa vie d’adulte.

Pour finir

Quelques semaines plus tard. Elle voit une psychologue depuis trois semaines. Ton co-parent a été calme. Toi aussi, le plus souvent. Il y a eu de mauvais jours. Il y a eu une rechute. La psychologue a dit que les rechutes font partie du chemin. Tu l’as crue, à la fin.

Ce soir, elle est à la table de la cuisine. Elle fait ses devoirs. Elle a des manches longues. Tu ne fais aucune remarque.

Tu lui apportes une tasse de thé. Tu t’assois à côté d’elle une minute. Tu ne lui demandes pas comment elle va. Tu lui demandes des nouvelles de son devoir de géographie.

Elle t’en parle. Tu écoutes. Tu poses une question de suivi. Elle répond.

Au bout de dix minutes, tu retournes à ce que tu faisais. Elle continue ses devoirs.

C’est tout. C’est ça, la pratique. Une présence tranquille. Pas d’interrogatoire. Pas d’évitement. La relation continue, dans les petites choses. Le soin continue, dans les plus grandes. Ton co-parent recevra un bref message ce soir : Elle avait l’air d’aller ce soir. Thé, devoirs, soirée normale. J’espère que la tienne va aussi. C’est ça, le rythme désormais.

Voilà à quoi ressemble le fait de traverser ça. Pas réparer en une conversation. Pas faire comme si ça n’arrivait pas. Le lent maintien attentif d’un ado à travers une période de vraie difficulté. Avec de l’aide professionnelle. Avec ton co-parent. Avec ton propre soutien.

Elle va aller bien. Pas forcément la semaine prochaine. Sans doute cette année. Presque certainement dans les prochaines années. Le chemin est réel. Toi aussi. La famille aussi. Continue.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.