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Module 04 · Adolescents, comportement et autonomie

Les troubles alimentaires à l’adolescence

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

13+16 min de lecture
Les troubles alimentaires à l’adolescence

Les troubles alimentaires à l’adolescence

Tu observes ça depuis des semaines. Ta fille maigrit. Elle dit qu’elle mange bien. Elle déplace la nourriture dans son assiette. Elle a installé toute une série de routines autour des repas, qui n’existaient pas il y a six mois. Elle a toujours une explication. Les explications sont raisonnables. Mises bout à bout, dans le temps, elles ne tiennent pas.

Ou ton fils a grandi. Il mange en grande quantité et va à la salle de sport. Il parle de sèche et de prise de masse. Il est préoccupé par son corps d’une façon qui ne ressemble pas à l’intérêt habituel d’un ado. Il s’est laissé happer par des comptes en ligne qui parlent de discipline et de contrôle.

Ou l’alimentation de ton enfant est devenue chaotique cet été. Des journées rigides suivies de crises. De longs moments dans la salle de bains après les repas. Son rapport à la nourriture est passé d’un arrière-plan à un premier plan dans sa vie.

Cet article porte sur le moment où un parent commence à soupçonner que son ado développe, ou a développé, un trouble alimentaire. Il est pour l’inquiétude, le contexte plus large, et le chemin vers l’aide.

Lis cet article lentement. Si ton ado est en danger physique immédiat à cause d’une alimentation très restreinte, d’une perte de poids rapide ou de signes d’atteinte médicale (malaise, température basse du corps, faiblesse extrême, rythme cardiaque irrégulier), arrête de lire et contacte ton médecin traitant ou les secours aujourd’hui. Les troubles alimentaires peuvent devenir médicalement dangereux vite. L’article sera encore là à ton retour.

Ce qu’est un trouble alimentaire

Un bref cadrage.

Les troubles alimentaires sont des maladies mentales et physiques graves, qui mettent en jeu un rapport perturbé à la nourriture, à l’image du corps, au poids et aux conduites alimentaires. Ils recouvrent plusieurs tableaux reconnus : l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie boulimique, l’ARFID (trouble d’alimentation évitant ou restrictif) et d’autres formes parfois regroupées sous l’étiquette autres troubles spécifiés de l’alimentation.

Les troubles alimentaires ne sont pas des choix de mode de vie. Ce n’est pas de la coquetterie. Ce n’est pas, au fond, une question de nourriture, de la même manière que le diabète n’est pas une question de sucre. La nourriture est la surface. En dessous, il y a en général une interaction complexe entre régulation émotionnelle, contrôle, identité, biologie, contexte familial et culture.

Les troubles alimentaires touchent des ados de toutes les corpulences, de tous les sexes, de tous les milieux, et de toutes les configurations familiales. L’image culturelle du trouble alimentaire (une adolescente mince) n’est qu’un tableau parmi d’autres. Des garçons, des ados aux corps plus larges, des ados sportifs, des ados de tous les profils en développent.

Les troubles alimentaires sont graves. Ce sont les maladies mentales avec le taux de mortalité le plus élevé. Ils disposent aussi, à chaque stade, de vraies voies de soin. Une prise en charge précoce améliore nettement le pronostic. La plupart des ados qui reçoivent un traitement spécialisé des troubles alimentaires s’en rétablissent.

Tiens tout ça ensemble. Réel. Sérieux. Qui se soigne. Pas une faute morale. Pas une phase qu’on peut laisser passer. Pas quelque chose que tu devrais essayer de régler à la maison à coups de meilleurs repas ou de règles plus strictes. Un signal qui appelle une réponse spécialisée.

Pourquoi les années ado sont particulièrement vulnérables

Les troubles alimentaires émergent le plus souvent à l’adolescence et au début de la vingtaine. Il y a des raisons.

Le corps de l’ado change vite. L’ado développe avec son corps un rapport qui n’existait pas avant. Il se voit dans les miroirs, sur les photos, sur les téléphones, d’une façon nouvelle.

Le monde social de l’ado est intense. Les comparaisons sont constantes. Les groupes d’amis se recomposent. L’intérêt amoureux devient réel. Le corps est, à cette période, à la fois le soi et une chose que les autres perçoivent.

Le cerveau de l’ado est hyper-réceptif aux idées qui façonnent l’identité. Les idées de discipline, de contrôle, de clean eating, de fitness, de transformation, de performance. Certaines de ces idées deviennent des principes organisateurs d’une manière qui, chez les ados vulnérables, s’emballe.

Le monde en ligne de l’ado amplifie tout ça. Les algorithmes font remonter du contenu lié au corps, à la nourriture, au fitness, à la restriction, à la transformation. Un ado qui s’arrête sur une de ces vidéos s’en voit proposer davantage. Certains espaces en ligne font ouvertement la promotion des conduites alimentaires troublées ; même le contenu grand public peut servir de carburant.

Dans les familles à deux foyers, le rapport de l’ado à la nourriture peut aussi être façonné par la différence entre les deux foyers. Des cultures alimentaires différentes. Des rythmes de repas différents. Des corps différents dans la maison. Des conversations différentes sur le manger, le sport, l’apparence. Une partie de ça relève de la variation normale. Une partie peut interagir de façon défavorable avec les schémas qui se mettent en place chez l’ado.

Rien de tout ça ne cause les troubles alimentaires. Les troubles alimentaires ont des composantes biologiques et génétiques, pas seulement environnementales. Mais les années ado sont une période de grande vulnérabilité.

Ce que tu pourrais voir

Les signes varient selon le tableau. Certains sont visibles. D’autres non.

Tu pourrais remarquer des changements dans les conduites alimentaires. Des repas sautés. Ne manger que certains aliments. Couper des catégories entières d’aliments (sucre, glucides, graisses, produits animaux) d’une façon récente et rigide, et non au titre d’une position éthique longuement mûrie. Cacher de la nourriture. Jeter de la nourriture. De longs délais au moment des repas. Ne manger que seul. Éviter les repas en famille.

Tu pourrais remarquer des changements dans les quantités. Une restriction importante (manger moins qu’avant, avec des explications qui ne collent pas tout à fait). Ou des crises importantes (de grandes quantités en peu de temps, souvent à l’abri des regards). Ou l’alternance des deux.

Tu pourrais remarquer des changements après les repas. De longs moments dans la salle de bains. Des douches juste après avoir mangé. Des changements d’odeur. Une disparition dans la chambre pour des durées qui n’existaient pas avant.

Tu pourrais remarquer des changements dans son corps. Des variations de poids importantes dans un sens ou dans l’autre. Des cheveux qui s’éclaircissent. Des changements de peau. Des extrémités froides. De la fatigue. Des vertiges. Une cicatrisation lente. Pour les filles, des règles qui s’arrêtent.

Tu pourrais remarquer des changements dans le sport. Un sport compulsif, surtout un sport qui doit avoir lieu, quel que soit le temps, la maladie, l’emploi du temps. De la détresse quand une séance est manquée. Le sport qui augmente à mesure que l’alimentation diminue.

Tu pourrais remarquer des changements d’humeur et de comportement. De l’irritabilité. Des difficultés de concentration. Une anxiété accrue. Un repli social. Une rigidité nouvelle autour des règles alimentaires. Une préoccupation nouvelle pour le corps, le poids, la nourriture, le sport, qui n’existait pas avant.

Tu pourrais remarquer des changements dans la conversation. Un vocabulaire nouveau sur la nourriture (bon aliment, mauvais aliment, clean, écart, mérité). Un vocabulaire nouveau sur le corps (négatif, comparatif, dur). De nouveaux réflexes d’autocritique pendant les repas.

Tu pourrais remarquer des changements dans son groupe d’amis ou sa vie en ligne. De nouveaux comptes suivis. De longs moments sur certaines applis. De nouveaux amis qui semblent partager ces préoccupations.

Parfois tu as une intuition avant d’avoir une preuve. Fie-toi à l’intuition.

Aucun de ces signes, à lui seul, n’est un diagnostic. Plusieurs ensemble, qui persistent sur des semaines, c’est un signal qui appelle une réponse.

Ce qu’il ne faut pas faire

Quelques choses à laisser de côté, surtout dans les premières conversations.

Ne commente pas son corps. Pas du tout. Ni en bien, ni en mal. Tu as bonne mine et tu as pris du poids sont l’un comme l’autre à éviter. Ils renforcent la conscience, déjà bruyante chez l’ado, que le corps est observé. Le corps, dans les conversations autour d’un trouble alimentaire, devrait disparaître autant que possible du tissu parlé de la vie de famille.

Ne commente pas ce qu’il mange. Ni ce qu’il y a dans son assiette. Ni ce qu’il a mangé aujourd’hui. Ni ce qu’il devrait manger. Ni ce que les autres mangent. L’ado avec un trouble alimentaire a déjà le commentaire intérieur le plus fort possible sur la nourriture ; ton commentaire, même bien intentionné, s’y ajoute.

N’entre pas dans des négociations à table. Si tu manges la moitié de ça, tu pourras avoir une glace. Encore trois bouchées. Je l’ai fait spécialement pour toi. Ça crée du stress à chaque repas. Ça n’aide pas. Le travail de soin du trouble alimentaire est ailleurs.

Ne moralise pas la nourriture. C’est mauvais pour toi. C’est tellement pas sain. Tu devrais manger plus de légumes. N’ajoute pas de poids moral à la nourriture. Le cerveau de l’ado en ajoute déjà trop.

Ne compare pas aux autres. Ta sœur mange bien, elle. À ton âge, moi. Ta copine Maya mange des portions normales. Les comparaisons aggravent les choses, elles n’aident pas.

N’essaie pas de régler ça par de meilleurs repas. Cuisiner plus sain, présenter la nourriture plus joliment, faire des repas en famille sans téléphone. Rien de tout ça ne traite un trouble alimentaire. Ça peut être utile dans le cadre d’un plan de soin plus large ; ce n’est pas le plan de soin.

N’essaie pas de régler ça par des règles dures. Tu mangeras ce qu’il y a devant toi. Tu ne quitteras pas la table tant que tu n’as pas fini. Le plus souvent, ça aggrave beaucoup les choses. Les troubles alimentaires ne se résolvent pas par l’insistance parentale. Essayer d’imposer le manger sans soin peut être dangereux.

Ne l’ignore pas. C’est peut-être juste une phase. Elle mange peut-être juste plus sainement. Les garçons font peut-être ce genre de truc à l’adolescence. Les troubles alimentaires se résolvent rarement sans intervention. Plus ils durent, plus ils sont difficiles à soigner. Si tu as un soupçon qui dure, va chercher un avis professionnel.

N’essaie pas de soigner ça seul. C’est le point le plus important. Les troubles alimentaires ont besoin d’un traitement spécialisé. Le médecin traitant et les thérapeutes généralistes peuvent faire partie de l’équipe ; ils ne suffisent en général pas à eux seuls. Des services spécialisés dans les troubles alimentaires existent pour ça.

Ce qu’il faut faire quand tu soupçonnes quelque chose

Quelques gestes qui aident.

Va chercher un avis professionnel tôt. Ton médecin traitant. Le ou la psychologue de l’établissement. Un service spécialisé dans les troubles alimentaires. Un pédopsychiatre ou un psychologue ayant une expertise des troubles alimentaires. En France, il existe des centres et des consultations spécialisés, souvent rattachés à l’hôpital, et le médecin traitant ou le pédiatre peut orienter vers eux. Plus l’intervention est précoce, meilleur est le pronostic. N’attends pas que la situation soit sans ambiguïté.

Aie une conversation. Une fois. Calmement. Sans la nourriture. Pas à table. Pas dans la cuisine. Dans la voiture. En marchant. Là où la nourriture n’est pas présente. Je m’inquiète. J’ai remarqué des choses. Je t’aime. Je veux qu’on parle de comment tu te sens. Ne fais pas de ça une histoire de nourriture. Fais-en une histoire de comment il va.

Écoute sans réparer. Il peut ne rien dire. Il peut nier que quoi que ce soit n’aille pas. Il peut reconnaître quelque chose. Il peut pleurer. Quoi qu’il arrive, n’essaie pas de réparer sur-le-champ. Sois juste là. Je t’entends. Je suis là. On va trouver une solution, ensemble.

Dis-lui que tu l’aimes, quel que soit son corps. Je t’aime. Quoi que fasse ton corps. Quoi que tu manges. Je t’aime pour qui tu es, pas pour ton apparence. C’est l’une des rares choses que tu peux dire qui touche le territoire directement sans commenter le territoire.

Préviens ton co-parent. Dans les heures qui suivent le premier soupçon sérieux. Calmement. Sans accuser. Ton co-parent doit être au courant dès le début ; la réponse de la famille doit être coordonnée.

Trouve un soin spécialisé. Quelle que soit la voie qui s’ouvre près de chez toi, emprunte-la. Les services spécialisés dans les troubles alimentaires savent gérer les années ado en particulier ; les services de santé mentale généralistes n’ont pas forcément la même profondeur.

Fais faire un bilan physique par le médecin. Les troubles alimentaires touchent le corps. Un bilan physique de référence (cœur, prise de sang, mesures de base) est important. Le médecin peut aussi faire partie de l’équipe par la suite, en surveillant la santé physique pendant que le traitement spécialisé travaille sur les schémas sous-jacents.

Ne t’attends pas à une résolution rapide. Sortir d’un trouble alimentaire prend souvent des mois et des années, pas des semaines. Il y aura des reculs. Il y aura des progrès lents. Il faut de la patience et de la constance. Et le soutien de la famille dans la durée.

La dimension co-parentale

Les troubles alimentaires, comme les scarifications, exigent que les deux parents soient au courant dès le début.

Quelques manières de faire qui aident.

Préviens ton co-parent dans les heures qui suivent un soupçon sérieux. Calmement. Précisément. Sans accuser. Le foyer de ton co-parent fait partie du tableau ; il doit savoir.

Échangez vos observations avec soin. Ce qui se passe aux repas chez toi. Ce qui se passe chez lui. Comment l’ado mange chez ton co-parent ? Quelle est son humeur ? Son rapport au sport ? Sa façon de parler de la nourriture ? Tu auras des éléments que ton co-parent n’a pas, et réciproquement.

N’accuse pas le foyer de ton co-parent. Même si tu penses que la culture des repas, les remarques sur l’apparence ou certaines dynamiques chez ton co-parent ont contribué, ne commence pas par là. La conversation ne mène nulle part si elle démarre comme une accusation. Il y aura peut-être le temps, plus tard, de regarder ensemble ce que l’environnement familial dans son ensemble produit. La première tâche, c’est le soin.

Coordonnez-vous avec l’équipe spécialisée, ensemble. Les deux parents devraient faire partie du traitement dès le début. Le traitement des troubles alimentaires chez l’ado implique souvent directement les parents (le traitement familial est l’une des approches les plus étayées par les données). Les deux parents doivent travailler ensemble, pas en parallèle.

Tenez la même ligne dans les deux foyers. Les deux foyers suivent les consignes de l’équipe. Les deux parents évitent de commenter le corps et la nourriture. Les deux parents soutiennent le plan de repas s’il y en a un. N’aie pas un foyer où le manger est chargé de paroles et l’autre où il est tranquille ; l’ado a besoin du calme dans les deux.

Si ton co-parent et toi êtes en désaccord sur la gravité de ce que tu vois. C’est fréquent au début. L’un des parents juge ça sérieux ; l’autre pense que c’est une phase. Fais faire une évaluation par le médecin et un spécialiste. Leur jugement sera plus fiable que le désaccord entre vous. N’attends pas trois mois pendant que vous en débattez.

Si le foyer de ton co-parent a des dynamiques défavorables autour de l’alimentation. Parfois le rapport d’un parent à la nourriture, au sport ou au corps a façonné le foyer d’une façon qui contribue. C’est un terrain délicat. La conversation avec un thérapeute familial ou un spécialiste des troubles alimentaires peut aider. N’essaie pas de gérer ça directement entre vous, à chaud.

Si ton co-parent lui-même est aux prises avec des conduites alimentaires troublées. Ça aussi, ça demande un soutien professionnel. Le rétablissement de l’ado peut ne pas être possible tant que les schémas du foyer n’évoluent pas ; ton co-parent peut avoir besoin de son propre soin. Le module 17 de cette bibliothèque traite des situations de co-parentalité les plus difficiles.

À quoi ressemble le rétablissement

Un rappel.

Sortir d’un trouble alimentaire n’est pas linéaire. Ça suppose en général :

Une équipe spécialisée. Un psychologue ou un pédopsychiatre ayant une expertise des troubles alimentaires. Souvent un diététicien. Souvent un médecin ou un pédiatre qui surveille la santé physique. Parfois une hospitalisation complète ou de jour pour les tableaux graves.

L’implication de la famille. Les parents font en général directement partie du traitement. Le traitement familial, en particulier pour les ados plus jeunes souffrant d’anorexie, donne souvent aux parents un rôle structuré dans le rétablissement de l’alimentation, avant que le travail psychologique puisse pleinement prendre.

Le temps. Sortir d’un trouble alimentaire à l’adolescence prend typiquement au moins un an, souvent plus. Les reculs font partie du chemin. Le travail continue même quand les choses semblent stables.

Une reconstruction plus large. Le rapport de l’ado à la nourriture, au corps, à l’identité et à l’émotion est en train d’être refait. Le rétablissement, ce n’est pas seulement remanger. C’est un ado qui apprend à habiter un corps où il peut être, avec des émotions qu’il peut gérer, avec un soi auquel il peut tenir.

La plupart des ados qui souffrent d’un trouble alimentaire, avec un traitement adapté, s’en rétablissent. Certains continuent ensuite sans difficulté persistante. Certains continuent de composer avec une vulnérabilité tout au long de leur vie d’adulte, avec des repères et des outils qu’ils se sont construits. L’un comme l’autre, c’est un rétablissement ; l’un comme l’autre est compatible avec une vie pleine.

Quand le parent aussi a besoin de soutien

Une brève note.

Si ton ado a un trouble alimentaire, tu portes énormément. La peur est réelle. Le stress des repas est réel. Le fait de ne pas savoir est réel. Les heures à comparer vos observations avec ton co-parent, les rendez-vous, le fait de te remettre en question, l’attente d’un changement. Tout ça est réel.

Tu as besoin de soutien, toi aussi. Ton propre médecin traitant. Ton propre psychologue si tu en as un. Un ami de confiance. Un groupe de parents d’ados souffrant de troubles alimentaires, s’il y en a un (il en existe, et c’est souvent la ressource la plus utile pour les parents). D’autres familles plus avancées sur le chemin.

Une note précise : beaucoup de services spécialisés dans les troubles alimentaires proposent des séances ou des groupes destinés aux parents, dans le cadre du traitement. Sers-t’en. Accompagner un ado à travers un rétablissement est difficile, et les parents qui sont eux-mêmes soutenus font ce travail mieux.

Tu seras un parent plus stable si tu ne tournes pas à vide. Tu montreras aussi à ton ado que les adultes prennent soin d’eux. Ton bien-être fait partie de l’architecture du rétablissement.

L’arc plus long

La plupart des ados souffrant d’un trouble alimentaire s’en rétablissent. Le chemin n’est ni court ni facile. Les facteurs qui prédisent le mieux le rétablissement, ce sont : une intervention précoce, un traitement spécialisé, l’implication de la famille, l’ado qui a au moins un adulte stable qui continue d’être là, un environnement familial qui ne renforce pas la préoccupation pour le corps et la nourriture.

Tu n’es pas la cause du trouble alimentaire. Les troubles alimentaires ne sont pas causés par les parents. Ils ont des composantes biologiques, génétiques, sociales, culturelles et individuelles.

Mais tu fais partie du rétablissement. Le foyer que tu construis pour lui, la façon dont tu gères les repas, la façon dont tu parles des corps et de la nourriture, la façon dont tu es là jour après jour, la façon dont tu travailles avec ton co-parent et l’équipe. Tout ça compte.

Ne te mesure pas à ta capacité à avoir réglé ça en trois mois. Mesure-toi à ceci : être allé chercher une aide spécialisée, avoir continué d’être là, avoir tenu la famille stable, ne pas avoir moralisé, ne pas avoir dramatisé, et être resté honnête sur ton propre rôle dans l’environnement plus large.

Pour finir

Six mois plus tard. Elle est suivie par une équipe spécialisée depuis cinq mois. Ton co-parent a été stable. Il y a eu des semaines difficiles. Il y a eu une hospitalisation. La famille a changé.

Ce soir, elle est à table. Le repas est ce qu’il est. Pas de commentaire. Ton co-parent est brièvement sur haut-parleur. Salut Lily. Je voulais juste dire bonjour. Elle répond bonjour. La conversation passe à autre chose.

Elle mange l’essentiel de ce qu’il y a dans l’assiette. Tu ne commentes pas ce qu’elle mange ou ne mange pas. Tu lui demandes comment s’est passée sa semaine. Elle te raconte un petit truc. Tu ris au bon moment.

Après le dîner, elle monte dans sa chambre. Tu envoies un message à ton co-parent. Ce soir, ça allait. Elle a mangé l’essentiel. Humeur stable. Ton co-parent : Pareil ici lundi. On se parle demain.

C’est tout. Le rythme. Un soutien tranquille. Pas de drame à table. Le traitement continue, dans le cadre plus large. La relation continue, dans le cadre plus petit. Ton co-parent continue, en parallèle.

Voilà à quoi ressemble le rétablissement. Pas une percée triomphale. La lente reconstruction du rapport d’une ado à son corps, à sa nourriture, à ses émotions, à sa famille. Avec une équipe spécialisée. Avec les deux parents. Avec le temps.

Elle va aller bien. Pas forcément la semaine prochaine. Sans doute cette année, avec du soin. Presque certainement dans les prochaines années. Le chemin est réel. Toi aussi. La famille aussi. Continue.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.