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Module 04 · Adolescents, comportement et autonomie

Quand ton ado ne se confie qu’à un seul parent

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

13+14 min de lecture
Quand ton ado ne se confie qu’à un seul parent

Quand ton ado ne se confie qu’à un seul parent

Ton co-parent t’appelle un mardi soir.

« Salut. Je voulais juste te prévenir. Lily m’a dit hier soir qu’elle traversait une période vraiment dure à l’école. Une histoire entre copines. Apparemment, ça fait des semaines qu’elle pleure à cause de ça. Je lui ai dit que je t’en parlerais. »

Tu es assis dans ta cuisine. Tu fais un bruit vague. « Ah. D’accord. Merci. »

Tu raccroches. Tu restes debout une minute dans la cuisine. Puis tu t’assois.

Ça fait des semaines qu’elle pleure. À cause de l’école. Elle ne te l’a pas dit. Elle l’a dit à ton co-parent.

Cet article parle de ce moment-là. L’ado qui a choisi un parent pour les choses difficiles, et le parent qui se trouve de l’autre côté de ce choix.

Ça arrive souvent. Parfois le temps d’une saison ; parfois pendant des années. Ça fait mal d’une façon bien particulière, difficile à dire, en partie parce que ça paraît mesquin (il parle à mon co-parent, je devrais être content qu’il parle à quelqu’un) et en partie parce que ça touche à un vrai chagrin, celui de ta relation avec ton propre enfant.

Cet article s’adresse aux deux côtés. Au parent qui est le confident. Et au parent qui ne l’est pas, cette saison-ci.

Pourquoi les ados en choisissent un

Il n’y a pas une seule raison. Il y a plusieurs schémas. Souvent, plus d’un à la fois.

L’accord des tempéraments. Ta fille et ton co-parent se ressemblent par quelque chose. Tous les deux du genre à ruminer en silence, tous les deux conteurs, tous les deux lève-tôt. Cette ressemblance les met plus à l’aise l’un avec l’autre pour certaines conversations. Tu n’es pas moins proche ; tu es proche autrement.

La forme du temps. Ton co-parent a les longues soirées du dimanche. Toi, tu as les matins pressés avant l’école. Les confidences arrivent dans les longues soirées, pas dans les matins pressés. C’est l’organisation du temps qui a décidé quel parent reçoit quel type de conversation. C’est structurel, ce n’est pas personnel.

Ce qui est confié. Certains sujets vont naturellement vers un parent plutôt que l’autre. L’histoire de copines, c’est peut-être quelque chose dont ton co-parent a déjà parlé. La question des changements du corps va peut-être vers le parent du même sexe. Et ce qui touche au nouveau partenaire de l’autre foyer va évidemment vers le parent qui n’est pas ce foyer-là. Le sujet décide de la destination.

Ta propre manière de faire. Tu es peut-être, sans le savoir, du genre à résoudre les problèmes. Ton enfant commence à te raconter quelque chose et, aussitôt, tu passes en mode bon, on va régler ça. Ton co-parent, lui, écoute peut-être simplement plus longtemps. Ton ado l’a remarqué, même si toi non.

Quelque chose de précis qui te concerne. Parfois, l’ado a cessé de se confier à toi pour une raison bien précise. Tu as mal réagi à quelque chose qu’il t’avait confié il y a des mois. Tu as répété sa confidence à quelqu’un. Tu as ri quand il ne fallait pas. Tu lui as dit qu’il exagérait. L’ado s’en souvient. Maintenant, il fait attention.

Une phase. Parfois, c’est juste une phase. Il est plus proche d’un parent à 14 ans, de l’autre à 16. Les confidences se déplacent. Le schéma n’est pas définitif.

Ça vaut la peine d’être honnête sur ce qui, parmi tout ça, est peut-être en jeu pour toi. La plupart des parents qui se sentent mis à l’écart le sont en partie à cause de quelque chose que l’ado a accumulé à leur sujet. Savoir ce qu’est ce quelque chose, ça te donne un endroit où travailler.

Ce que ça fait, vraiment

Ça fait plus mal qu’on ne l’admet.

Tu es peut-être le parent qui gère la routine du matin, qui organise les rendez-vous médicaux, qui va aux réunions parents-profs, qui le dépose chez ses amis. Tu es à la hauteur. Tu es présent. Tu réponds présent.

Et puis voilà qu’il pleure pendant des semaines à cause d’une histoire à l’école, que tu ne le savais pas, et que ton co-parent, lui, le savait.

Cette douleur a plusieurs couches. Il y a ton enfant qui souffre. Il y a le fait de ne pas avoir su. Il y a ton co-parent qui a été celui qui a porté ça. Et il y a cette question : seras-tu toujours le parent qui apprend les choses en second ?

C’est un vrai chagrin. Ne le repousse pas. Reste un moment avec.

Ce que ça ne veut pas dire

Quelques petites choses que ça ne veut pas dire.

Ça ne veut pas dire que tu es un mauvais parent. Le schéma des confidences à l’adolescence est en partie une affaire de hasard. Certains enfants parlent à un parent, d’autres à l’autre, certains aux deux, certains à aucun. Ce choix n’est pas un verdict.

Ça ne veut pas dire que votre relation est cassée. Ça veut dire qu’elle a une forme particulière cette saison-ci. Les formes changent.

Ça ne veut pas dire que ton co-parent a gagné quelque chose. Il a été choisi pour cette conversation, dans cette saison. Il en sent sans doute le poids. Être le confident, ça porte sa propre charge.

Ça ne veut pas dire que ton ado ne t’aime pas. Ton ado t’aime à sa manière d’ado, qui est souvent plus discrète, parfois invisible, et qui ne se mesure pas au parent qui récolte les longues conversations du soir.

Ce que le parent confident devrait faire

Si tu es le parent à qui l’ado se confie, tu as un travail bien précis.

N’en fais pas ton secret. Quand l’ado te dit quelque chose d’important, le réflexe à avoir, c’est : Tu l’as dit à Maman ou à Papa ? S’il répond non, n’en reste pas là. Je ne le répéterai pas sans te prévenir. Mais je crois que Maman ou Papa aimerait être au courant. On peut réfléchir ensemble à comment le lui dire ?

Il y a des exceptions. Parfois, l’ado te confie quelque chose qui concerne justement ton co-parent (un reproche, une inquiétude au sujet du nouveau partenaire, une remarque qui est mal passée). Ne transmets pas ça tel quel. Si l’ado est venu te voir, c’est pour une raison. (Voir plus bas la partie sur les confidences entre les deux foyers.)

Ne te délecte pas d’être l’élu. L’ado est peut-être venu te voir parce qu’il te fait confiance. Il n’est pas venu te voir parce qu’il te préfère à ton co-parent. N’en fais pas un concours de popularité. N’en parle pas à ton co-parent sur un ton qui laisserait entendre que tu es le meilleur des deux.

Ne transmets pas tout. Une partie de ce que l’ado te dit n’est pas pour ton co-parent. L’ado a besoin d’un confident. Si tout est automatiquement transmis à l’autre parent, le rôle de confident s’effondre. Sers-toi de ton jugement pour décider ce qui est assez important pour être partagé.

Dis à ton co-parent la chose structurelle, pas les détails. Lily a une semaine difficile. Elle est en train de digérer des trucs. Je préférais que tu le saches. Ça suffit. Ton co-parent peut être attentif sans avoir besoin de connaître chaque détail.

Ne tiens pas les comptes. C’est toujours moi qui sais tout en premier, ce n’est pas un bon endroit où se tenir. Ce que tu sais est au service de l’ado, pas à ton service à toi. Porte-le avec légèreté.

Ce que le parent qui n’est pas le confident devrait faire

Si tu es le parent qui se trouve de l’autre côté de l’appel, le travail est plus dur.

Ne fonce pas tout de suite voir ton ado pour lui demander. Pourquoi tu ne me l’as pas dit ? Ça lui met la pression. Ça lui signale aussi que, la prochaine fois qu’il confiera quelque chose à ton co-parent, il peut s’attendre à un coup de fil de ta part. Le schéma se renforce. Il en dit plus à ton co-parent, pas moins.

Ne sois pas froid avec lui. Même blessé, l’ado n’a pas besoin de sentir ta blessure. La blessure, c’est à toi de la gérer. L’ado a besoin du parent qu’il a. J’ai cru comprendre que tu avais eu une semaine difficile à l’école. Je suis là si tu veux en parler. Sans pression. Porte ouverte, aucune exigence.

Ne t’en prends pas à ton co-parent. Il t’a prévenu. C’était le bon geste de sa part. Le remercier, c’est la bonne réponse, même si ça pique. Merci de m’avoir prévenu. Je vais rester attentif.

Réfléchis à ce que tu pourrais faire autrement. Pas comme une punition. Comme une question. Es-tu plus souvent celui qui résout que celui qui écoute ? Est-ce que tu prends des nouvelles avec curiosité, ou avec une liste de questions à enchaîner ? Est-ce que tu réponds aux mauvaises nouvelles par des paroles rassurantes ou par une attention calme ? De petits ajustements dans ta manière par défaut peuvent changer, au fil des mois, la fréquence à laquelle on se confie à toi.

Fais de la place, sans réclamer de contenu. Le trajet en voiture. Le dîner sans téléphone. Le petit rituel de rentrer ensemble. Tout ça crée les conditions des confidences sans les forcer. La plupart des confidences d’ados arrivent en voiture, en marchant, ou en faisant autre chose, là où on se regarde peu dans les yeux. Sois disponible dans ces espaces-là.

Ne mise pas trop sur la prochaine confidence. Quand l’ado te dit enfin quelque chose, n’en fais pas tout un plat. Ne dis pas je suis tellement content que tu me l’aies dit, j’avais peur que tu ne te confies plus jamais à moi. Ça charge la petite confidence d’un poids excessif. La prochaine fois, il fera attention. Reçois-la, c’est tout. Passe à autre chose.

Sois patient. Le schéma du confident change souvent avec le temps. L’ado de 14 ans qui ne se confie qu’à ton co-parent se confiera peut-être à toi à 16. Ou aux deux, ou à aucun. N’essaie pas de régler ça sur un calendrier rapide.

La confidence entre les deux foyers

Un sous-ensemble bien particulier, à traiter à part.

Parfois, l’ado se confie à un parent justement à propos de l’autre parent. Maman est bizarre avec moi en ce moment. Le nouveau partenaire de Papa a dit un truc qui m’a mis mal à l’aise. Maman et son copain se sont disputés ce week-end.

Quand ça arrive, le parent qui reçoit la confidence a un rôle délicat. L’ado est venu te voir parce qu’il sent qu’il ne peut pas porter ça à ton co-parent. Ton co-parent est le sujet, pas le public. Transmettre tel quel peut abîmer la confiance que l’ado a placée en toi.

Mais tu ne peux pas non plus garder ça pour toi indéfiniment. Ton co-parent a peut-être besoin de savoir.

Quelques gestes aident.

Écoute d’abord, ne décide pas d’abord. Cherche à comprendre ce que l’ado dit vraiment. Parfois, un fait précis s’est produit (la remarque du nouveau partenaire) et une réponse précise s’impose. Parfois, le reproche est plus flou (Maman est bizarre) et peut se résorber tout seul.

Demande à l’ado ce qu’il veut. Tu veux que je parle à Maman de ça ? Ou tu gères toi-même ? Certains ados veulent que les adultes interviennent ; d’autres veulent juste vider leur sac. La réponse change ce que tu fais ensuite.

Si tu en parles à ton co-parent, fais-le avec précaution. Ne livre pas les mots de l’ado tels quels. Ne dis pas Lily dit que tu es bizarre avec elle. Traduis le fond en une conversation qui protège le fait que l’ado en ait parlé. J’ai remarqué que Lily avait l’air un peu chamboulée cette semaine. Je voulais juste prendre des nouvelles. Il se passe quelque chose chez toi ?

Si le sujet est grave, fais remonter avec soin. Un ado qui rapporte quelque chose d’inapproprié de la part d’un nouveau partenaire a besoin que les adultes interviennent. L’ado doit le savoir. Ça, c’est quelque chose que je dois prendre en charge. Je ferai attention à la façon dont j’en parle à Maman ou Papa. Je ne te mettrai pas en cause.

Si le problème est quelque chose que les parents n’arrivent pas à régler entre eux, fais-toi aider. Un thérapeute familial ou un médiateur peut parfois tenir la conversation que les parents n’arrivent pas à tenir.

Quand le rôle de confident surcharge le parent

Un autre schéma. Ton co-parent est devenu le parent à qui l’ado se confie pour tout, et ton co-parent commence à en sentir le poids.

Recevoir des confidences n’est pas gratuit. Le parent qui porte toutes les choses difficiles de l’ado porte une vraie charge. Il dort peut-être mal, s’inquiète de telle ou telle amitié, tient des choses qu’il n’est pas équipé pour tenir. La santé mentale de l’ado, sa vie sociale, ses questions de cœur, tout afflue vers un seul parent.

Si tu es le parent confident et que tu te sens surchargé, fais-toi aider. Un thérapeute familial. Ton propre thérapeute. Un consultant en parentalité. Le psychologue scolaire pour une partie de ce qui touche à l’école. Tu n’as pas à être le seul adulte à porter ça.

Si tu es le parent qui n’est pas le confident et que tu vois ton co-parent porter beaucoup, soutiens-le. Ça a l’air d’être beaucoup. Qu’est-ce que je peux faire ? Parfois la réponse est continue juste à être disponible, au cas où la charge se déplacerait. Parfois c’est tu peux l’emmener dîner cette semaine, me laisser une soirée de répit.

Quand le confident n’est pas un parent du tout

Une note brève. Parfois, le confident principal de l’ado n’est ni l’un ni l’autre des parents. C’est un ami, un frère ou une sœur, une tante, un prof, un entraîneur, un thérapeute, internet.

C’est, le plus souvent, tout à fait sain et normal sur le plan du développement. Les ados trouvent souvent, hors de la famille, des adultes en qui ils ont une confiance différente de celle qu’ils placent dans leurs parents. Une bonne tante, un entraîneur stable, un psychologue scolaire : tout ça peut être extrêmement précieux.

Ça devient inquiétant quand le confident est quelqu’un dont le jugement n’est pas fiable, ou quand le confident est en ligne et impossible à identifier. (L’article 16 du module 03 aborde une partie de ça.)

Ton rôle, dans les deux cas, c’est d’être la porte stable qui reste ouverte, même si on ne la franchit pas. L’ado qui a une bonne tante et toi en arrière-plan est tenu. L’ado qui a internet et toi en arrière-plan ne l’est peut-être pas. Savoir faire la différence fait partie du travail.

L’arc plus long

Le schéma du confident est en général une saison, pas un état permanent.

L’ado de 13 ans qui parle à ton co-parent d’une histoire de copains te parlera peut-être, à 17 ans, d’une histoire de couple. Le schéma se déplace à mesure que les sujets se déplacent, que les âges se déplacent, que ta propre disponibilité se déplace.

N’écris pas la saison comme si c’était toute l’histoire. L’ado qui ne se confie pas à toi en ce moment sera peut-être, à 22 ans, le jeune adulte qui t’appelle chaque semaine pour parler de son boulot, de son couple, de sa vie. La relation se joue sur des décennies, pas seulement sur les années d’adolescence.

Ce qui compte le plus pendant les années d’ado, c’est que la porte reste ouverte de ton côté. Pas forcée. Pas calée avec des exigences. Tenue ouverte. L’ado la franchira, parfois, quand il sera prêt, à son rythme.

Pour finir

Mercredi soir, le lendemain de l’appel de ton co-parent.

Lily rentre de l’école. Tu fais la cuisine. Elle lâche son sac et vient à la cuisine.

Tu ne lui demandes rien sur l’histoire de l’école. Tu lui demandes comment s’est passée sa journée. Elle te raconte un petit truc (un prof a dit quelque chose de drôle, un contrôle était plus facile que prévu). Tu ris au bon moment.

Après le dîner, sur le canapé, elle est sur son téléphone. Toi sur le tien. La télé passe quelque chose que ni l’un ni l’autre ne regarde vraiment.

Sans lever les yeux, elle dit : « Maman t’a sûrement parlé de l’histoire à l’école. »

Tu la regardes. « Oui. Je ne voulais pas insister. »

Elle hoche la tête. « C’est bon. Ça va mieux. »

« Tant mieux. Tu m’en parleras un de ces jours. »

« Peut-être. »

Vous retournez à vos téléphones. Rien de plus n’est dit.

C’était ça, le moment. Tu as tenu la porte ouverte. Elle sait que tu sais. Elle sait que tu ne lui mets pas la pression. Elle sait que ton co-parent t’en a parlé. Elle sait que la famille fonctionne comme une équipe, pas comme une compétition.

Elle te parlera peut-être de la prochaine chose. Elle en parlera peut-être à ton co-parent. Elle en parlera peut-être au psychologue scolaire. Elle digérera peut-être ça toute seule. Tout ça est possible. Ton travail, c’est d’être un parent disponible quand elle choisit, quel que soit son choix.

Le schéma des confidences fait mal. Il passe aussi. La relation, elle, demeure.

C’est ça, le travail de co-parentalité avec un ado. Pas d’être choisi pour la longue conversation du soir à chaque fois. D’être l’un des deux parents qui, ensemble, tiennent leur enfant à travers les années où il est le moins sûr de sa propre vie. L’ado prendra ce dont il a besoin chez chacun de vous. Il reviendra, un jour, pour découvrir que vous étiez là tous les deux. Que vous y êtes encore tous les deux. C’est tout l’essentiel.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.