La première séance : à quoi t’attendre
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

La première séance : à quoi t’attendre
C’est mercredi, 18 h 18. Tu es sur le parking, devant le cabinet de la médiatrice. Tu es là depuis douze minutes. Tu es venu en avance parce que tu ne savais pas ce que donnerait la circulation, et maintenant tu as du temps dont tu ne sais pas quoi faire.
Tu n’es pas tout à fait sûr de ce dans quoi tu mets les pieds. Tu as lu les documents d’accueil. Tu les as remplis. Tu as passé les deux dernières semaines à réfléchir à ce que tu dirais. Rien de cette réflexion n’a produit la moindre clarté. Tu sens, dans le ventre, le mélange particulier d’appréhension et de soulagement qui accompagne une chose difficile sur le point de commencer enfin.
La voiture de ton co-parent entre sur le parking. Tu le vois descendre. Il a l’air à peu près dans l’état où tu es.
Cet article parle de ce qui va se passer dans les quatre-vingt-dix prochaines minutes.
De quoi parle cet article
Cet article décrit à quoi ressemble vraiment, en pratique, une première séance de médiation familiale. La pièce, la structure, les petites surprises, le travail.
Le principe est le suivant. La première séance n’est pas le moment où les décisions se prennent. C’est le moment où les conditions des décisions se construisent. Entrer dans la première séance en attendant une résolution, c’est se préparer à la déception. Y entrer en attendant le début d’un processus structuré, avec son rythme plus lent, c’est se préparer à ce qui va réellement se passer.
L’article couvre quatre choses. La pièce elle-même. La structure de la séance. Ce que tu fais vraiment pendant. Et à quoi ressemble la bonne issue d’une première séance.
La pièce elle-même
Une chose petite mais réelle : la pièce compte.
Elle sera sans doute plus petite que ce que tu imaginais. Les salles de médiation sont en général intimes. Trois chaises, une petite table, une boîte de mouchoirs. Une fenêtre si tu as de la chance. Pas une salle de réunion ; pas un cabinet de thérapeute ; quelque chose entre les deux. L’intimité est voulue. La distance produit de la formalité ; la proximité produit le type de conversation ralentie dont le travail a besoin.
La disposition des sièges compte. La plupart des médiateurs placent les deux parents face à face, ou légèrement orientés l’un vers l’autre, avec eux-mêmes au sommet d’un petit triangle. C’est volontaire. Cette géométrie dit à ton système nerveux tu es ici pour travailler avec cette personne, pas pour rivaliser avec elle. Certains médiateurs laissent le choix ; la plupart non. Dans tous les cas, l’endroit où tu es assis est celui qui convient au travail.
L’atmosphère est neutre. L’éclairage est régulier, ni tamisé ni cru. La tenue du médiateur est sans signe distinctif. La décoration ne penche ni vers un genre, ni vers un âge, ni vers un style culturel. La neutralité fait partie du professionnalisme. Si une pièce paraît fortement marquée dans une direction (ouvertement militante, ouvertement thérapeutique, ouvertement juridique), c’est un petit signal à remarquer.
La technologie est minimale. Certains médiateurs prennent des notes sur papier ; d’autres sur une tablette. La plupart n’utilisent ni ordinateur ni écran pendant la séance. L’absence d’écran aide à garder la conversation au présent. Si le médiateur est très médiatisé par la technologie, la séance peut avoir une autre qualité.
La structure de la séance
Une première séance type tient en quatre-vingt-dix minutes à deux heures, selon un arc reconnaissable.
L’accueil (5 à 10 minutes). Le médiateur vous accueille tous les deux. Un café, un verre d’eau. Quelques mots pendant que vous vous installez. Il confirme que vous avez signé la convention de médiation (ou vous la signez maintenant). Il revient sur la confidentialité. Ce n’est pas du remplissage ; c’est un ralentissement délibéré. Le rythme qu’il pose dans ces dix premières minutes est celui des quatre-vingt-dix suivantes.
Le cadrage (10 à 15 minutes). Le médiateur explique ce qu’est la médiation, ce qu’il fera et ne fera pas, comment les séances fonctionnent. Même si tu l’as déjà entendu au téléphone, tu l’entendras de nouveau ici. La répétition est pour vous deux, assis côte à côte ; vous l’entendez ensemble pour la première fois. Ce cadrage partagé fait partie de ce qui fait marcher la médiation.
Les tours d’ouverture (20 à 40 minutes). Chacun de vous dispose d’un temps sans interruption pour décrire comment il voit la situation. Le médiateur donne la parole à l’un de vous en premier (souvent celui qui a demandé la médiation, ou celui dont il sent qu’il a besoin de commencer). Tu parles aussi longtemps que tu en as besoin. Ton co-parent écoute. Le médiateur prend peut-être des notes ; il n’interrompt pas, sauf si tu t’éloignes vraiment du sujet. Puis c’est au tour de ton co-parent. Même structure.
Cette phase est plus dure qu’elle n’en a l’air. La tentation d’interrompre, de corriger, de te défendre, de rectifier est forte. Tenir le silence pendant que ton co-parent décrit sa version, surtout quand sa version ne colle pas à la tienne, c’est un vrai travail. Le rôle premier du médiateur, dans cette phase, c’est de protéger le temps de chaque personne pour que la structure tienne.
La reformulation du médiateur (10 à 15 minutes). Le médiateur nomme ce qu’il a entendu. Les thèmes communs. Les zones de désaccord. Les endroits où vous avez dit la même chose autrement. Il n’évalue pas qui a raison ; il nomme le terrain. Cette phase produit souvent de petites surprises : des choses que tu ne savais pas que ton co-parent pensait, ou des choses que tu ne savais pas avoir dites.
L’ordre du jour de la prochaine séance (10 à 15 minutes). Ensemble, vous identifiez sur quoi vous concentrer ensuite. La première séance produit rarement des décisions. Elle produit une liste de ce qui demande des décisions, et un ordre convenu pour les aborder. Le médiateur peut proposer une structure précise ; tu peux la modifier.
La clôture (5 minutes). Fixer la prochaine séance. Confirmer le travail à faire entre les séances. Le médiateur peut proposer que chacun écrive quelque chose de bref, lise quelque chose, ou remarque quelque chose de précis dans l’intervalle. Puis il vous raccompagne à la porte.
L’arc entier est structuré. C’est la structure qui rend le travail possible. Sans elle, les mêmes quatre-vingt-dix minutes se dissoudraient dans le genre de conversations difficiles que vous avez déjà depuis des mois.
Ce que tu fais vraiment
Quelques repères précis.
Écoute plus que tu ne l’imagines. La compétence la plus importante de la première séance, c’est d’entendre ton co-parent décrire la situation avec ses propres mots. La plupart des gens, quand leur tour vient, ont déjà à moitié composé leur texte dans leur tête ; ils n’écoutent pas celui qui parle, ils répètent. Résiste à ça. Écoute. Le médiateur te donnera ton temps ; tu n’as pas besoin de commencer à rédiger mentalement.
Parle plus lentement que ce qui te paraît naturel. Quand c’est ton tour, la tentation est de te précipiter, de tout sortir, d’utiliser le temps limité pour transmettre le maximum d’informations. Résiste à ça. Parle au rythme que la pièce peut tenir. Fais des pauses quand tu en as besoin. Le médiateur ne chronomètre pas ; il tient l’espace. Utilise l’espace.
Dis ce que tu penses, pas ce que tu as répété. La plupart des parents arrivent en première séance avec un monologue préparé. Le monologue n’est pas utile. Ce qui est utile, c’est ton expérience réelle, actuelle, dite comme tu la vis maintenant. Le monologue date de la semaine dernière ou du mois dernier ; tu as bougé depuis.
Remarque ton corps. Les séances de médiation font remonter des sensations physiques : le serrement dans la poitrine, la chaleur au visage, la tension précise dans la mâchoire. Ce sont des informations utiles. Le médiateur les remarquera et les nommera parfois. Tu peux les remarquer et les utiliser, toi aussi. Si tu sens une vague monter, tu peux demander une pause. La plupart des médiateurs ont de l’eau, des mouchoirs, et l’autorisation explicite de sortir un instant. Prends-la.
N’essaie pas de placer des phrases qui font mouche. Tu as peut-être, le mois dernier, construit mentalement la phrase parfaite qui capte quelque chose que tu veux faire entendre à ton co-parent. Garde-la pour plus tard. La première séance n’est pas le lieu des répliques préparées. Elle sert à faire remonter l’état réel du moment.
Ne cherche pas la résolution. Tu peux ressentir, en pleine séance, l’envie de proposer une solution. Et si on faisait juste comme ça ? Résiste. La première séance n’est pas pour les solutions. Le médiateur te réorientera doucement si tu essaies. L’élan vers la résolution, c’est l’angoisse qui demande à être posée vite ; le travail demande un terrain plus lent.
Ne parle pas à la place de ton co-parent. Je sais qu’il pense… ou Elle a toujours dit… sont hors-jeu en médiation. Le médiateur réorientera : Laissons-le, laissons-la le dire. Parle seulement depuis ta propre expérience. Quoi que pense ton co-parent, il le dira à son tour.
À quoi ressemble la bonne issue
Tu peux finir la première séance avec un sentiment de déception. Rien n’a été décidé. La grande question reste en suspens. L’ensemble t’a paru plus lent que ce dont tu avais besoin.
C’est normal.
La première séance a fait son travail si quatre choses se sont produites.
Le terrain a été cartographié. Vous avez tous les deux entendu ce que l’autre pense être les sujets. La liste de ce qui doit être décidé est désormais partagée, plus seulement tenue chacun de son côté. Certains éléments de la liste te surprendront peut-être ; certains que tu croyais évidents étaient peut-être moins centraux pour ton co-parent que tu ne le supposais.
Le médiateur vous a entendus tous les deux. Il a maintenant assez d’éléments pour concevoir la suite du processus. Son plan pour les séances deux à cinq (ou quel que soit le nombre final) sera informé par ce qu’il a entendu. Il ne repart pas de zéro la prochaine fois.
Vous avez tous les deux démontré que vous pouviez être dans une pièce ensemble. Ça paraît peu. Ça ne l’est pas. Beaucoup de parents arrivent en médiation en doutant vraiment de leur capacité à rester assis face à leur co-parent pendant quatre-vingt-dix minutes sans exploser. La première séance, terminée sans explosion, a élargi ton idée de ce qui est possible.
La prochaine séance est fixée. Une étape suivante concrète. Le travail continue. La décision de poursuivre est, en soi, un accord conclu.
Si ces quatre choses se sont produites, la première séance a marché, quelle qu’ait été la sensation sur le moment.
Pour finir
Il est 20 h 07. Tu marches vers ta voiture. La séance a un peu débordé. Ton co-parent marche vers la sienne, de l’autre côté du parking. Aucun de vous ne dit rien. Il n’y a rien à dire.
Tu t’assois dans la voiture. Tu ne démarres pas pendant une minute.
La première séance vient de se terminer. Les décisions que tu étais venu prendre n’ont pas été prises. Des choses ont été dites que tu ne t’attendais pas à entendre. Des choses que tu as dites sont sorties autrement que prévu. La note du médiateur sur ce qu’il a entendu t’a surpris à deux endroits.
Tu sens, dans ton corps, une fatigue particulière. Pas la fatigue des tensions ; la fatigue du travail. Les deux sont différentes. La fatigue des tensions a un tranchant ; la fatigue du travail a une qualité apaisée. Tu remarques cette qualité de fatigue du travail et tu la reconnais.
Tu démarres la voiture. Tu rentres.
En chemin, tu ne rejoues pas la séance. Le devoir donné par le médiateur était que chacun réfléchisse à une chose précise avant la prochaine séance, et tu le feras demain. Ce soir, le travail, c’est de laisser se déposer ce qui s’est passé.
Le temps que tu rentres, l’enfant est déjà couché. La cuisine est silencieuse.
Tu te fais un thé. Tu t’assois à la table. Tu penses à ton co-parent une minute, sans rancune. Quelle que soit la résolution au bout du compte, vous vous êtes assis ensemble dans une pièce aujourd’hui et vous avez fait un vrai travail. C’est un ajout à l’année qui n’y était pas hier.
La prochaine séance est dans trois semaines. D’ici là, le travail entre les séances aura déplacé des choses. Des décisions vont peut-être commencer à émerger. Le terrain que tu as cartographié aujourd’hui sera devenu plus praticable.
C’est ce que fait la première séance, quand elle marche. Pas une résolution. L’ouverture d’un chemin vers une résolution. Le chemin restera difficile. Mais il existe désormais, on le parcourt, et il y a une structure sous chacun de vos pas.
C’est, au fond, ce qui valait la peine de se déplacer.
Tu finis le thé. Tu vas te coucher.
Demain, tu feras le petit devoir. La note du médiateur est dans ta boîte mail. La prochaine séance est dans ton agenda.
Le travail est en marche.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.