Trouver le bon médiateur
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Trouver le bon médiateur
Ton co-parent a dit oui. La réponse est arrivée deux jours après ton message, un peu hésitante, un oui au bout du compte. D’accord, essayons. Comment on trouve quelqu’un ?
Tu es à la table avec un carnet et ton ordinateur. Une recherche renvoie plus d’options que tu ne l’imaginais. Certains sont des avocats qui font aussi de la médiation. Certains sont des thérapeutes qui font aussi de la médiation. Certains sont spécifiquement formés comme médiateurs familiaux. Les sites se ressemblent : sobres, professionnels, des photos de bureaux baignés de lumière. Les grilles de tarifs varient beaucoup.
Tu ne sais pas comment choisir.
Cet article parle de ce choix.
De quoi parle cet article
Cet article traite du travail concret consistant à choisir un médiateur, une fois que ton co-parent et toi êtes d’accord pour que la médiation soit l’étape suivante.
Le principe est le suivant. Un médiateur est une personne avec qui tu vas faire un vrai travail, dans de vraies pièces, sur de vraies questions. Les diplômes comptent. L’adéquation entre son style et ta situation compte davantage. Choisir le bon médiateur, ça ressemble moins à recruter un artisan qu’à choisir un médecin : tu choisis quelqu’un dont l’approche précise va façonner ce qui va se passer.
L’article couvre cinq choses. Les critères qui comptent. Où chercher. Le premier appel téléphonique. Les signaux d’alerte. Et ce qu’il faut faire si le premier choix ne convient pas.
Il ne couvre pas ce qui se passe dans la première séance elle-même (article 03), ni ce à quoi ressemblent les issues formelles (article 04). Ce sont les articles suivants. Celui-ci porte sur le fait d’aboutir à un rendez-vous confirmé avec une personne dont vous avez tous les deux convenu qu’elle est la bonne.
Les critères qui comptent
Six choses à évaluer.
Une formation spécialisée en médiation familiale. Un médiateur généraliste (formé pour les litiges commerciaux ou professionnels) n’est pas forcément le bon choix pour la co-parentalité. La médiation familiale a son propre corpus de pratique : la psychologie du développement de l’enfant, la structure des conventions parentales, les schémas de communication après une séparation. En France, le métier est encadré par un diplôme d’État de médiateur familial (le DEMF). Cherche un médiateur dont la formation porte spécifiquement sur le travail familial ou de co-parentalité.
La neutralité. Un médiateur qui a déjà travaillé avec l’un de vous à un autre titre (comme thérapeute, avocat ou conseil d’une seule partie) ne peut pas être neutre. Sa loyauté est déjà formée. Le bon médiateur est quelqu’un qu’aucun de vous ne connaissait avant. Si une amie recommande son médiateur, c’est bon signe qu’elle lui fasse confiance ; ce n’est pas une raison de sauter la vérification de neutralité.
Le style. Les médiateurs diffèrent par le style plus que les non-spécialistes ne l’imaginent. Certains sont évaluatifs : ils proposent des pistes, formulent des appréciations. Certains sont facilitateurs : ils tiennent le cadre pendant que vous deux trouvez les réponses. Certains sont transformatifs : ils se centrent autant sur la relation entre les parents que sur les décisions précises. Aucun n’est universellement meilleur ; ce qui compte, c’est l’adéquation à ta situation. Si l’enjeu est une décision précise sous échéance, un médiateur évaluatif fera peut-être avancer les choses plus vite. Si l’enjeu est un schéma à démêler, un médiateur facilitateur servira peut-être mieux. Si la relation entre vous deux est devenue hostile, une approche transformative sera peut-être nécessaire.
La structure des honoraires. Taux horaire, tarif à la séance, forfaits. Barèmes selon les revenus. Options à coût réduit via des structures associatives. Premiers entretiens gratuits. La structure des honoraires te dit quelque chose sur la façon dont le médiateur fait tourner sa pratique. Un tarif prévisible réduit les frictions ; un tarif opaque produit du stress en cours de route. En France, beaucoup de médiateurs familiaux exercent en association conventionnée, avec un barème national indexé sur tes revenus : c’est souvent le tarif le plus lisible et le plus accessible.
La logistique. Où est son bureau ? À quel point est-il accessible depuis vos deux domiciles ? Propose-t-il des séances en visio ? Si les deux parents habitent loin l’un de l’autre, la visio est parfois la seule option pratique, et tous les médiateurs ne la maîtrisent pas. Certains sont spécifiquement formés à la médiation en ligne ; d’autres la font à contrecœur. Ça vaut la question.
L’expérience. Depuis combien de temps exerce-t-il ? Quelle part de son travail est de la médiation familiale précisément ? A-t-il écrit ou pris la parole publiquement sur son approche ? Les éléments publics te donnent une idée de sa façon de penser sans t’engager dans une séance. Les années de pratique comptent, mais elles ne sont pas tout ; certains excellents médiateurs sont en début de carrière, arrivés de métiers proches (psychologie clinique, droit de la famille) avec un solide bagage pertinent.
Ces critères ne sont pas un classement strict. Ce sont des repères pour trier les candidats. La plupart des médiateurs seront solides sur certains et plus faibles sur d’autres. La question, c’est de savoir avec quelles faiblesses tu peux vivre.
Où chercher
Plusieurs chemins.
Les annuaires professionnels et les associations. En France, la médiation familiale est structurée autour du diplôme d’État et de fédérations professionnelles. Les associations de médiation familiale, souvent conventionnées avec la CAF, tiennent des annuaires accessibles ; la fédération nationale du secteur en propose un également. Beaucoup de tribunaux et de maisons de la justice et du droit disposent aussi de listes de médiateurs familiaux du ressort. Ces annuaires publics sont le point de départ.
Les recommandations de ton avocat (si tu en as un). Si tu travailles déjà avec un avocat en droit de la famille, il connaît en général bien les médiateurs du coin. Sa recommandation peut être de bonne qualité. La réserve : les relations entre avocats et médiateurs peuvent orienter vers un avocat qui fait aussi de la médiation, ce qui a d’autres dynamiques qu’un médiateur dédié. Ça vaut la peine d’interroger l’avocat sur cette distinction.
Les recommandations d’un thérapeute (si tu en as un). Les thérapeutes ont souvent une liste choisie de médiateurs qu’ils recommandent. Leur recommandation reflète en général si l’intelligence émotionnelle du médiateur correspond au type de travail dont tu aurais besoin.
Les structures associatives et de proximité. Certaines associations proposent une médiation à coût réduit ou gratuite, parfois via des dispositifs financés par la CAF ou les collectivités. La qualité varie ; l’accès, lui, compte. Pour les familles où le coût est le premier obstacle, ces chemins ouvrent des options que la médiation privée payante fermerait. Les maisons de la justice et du droit et les points-justice peuvent aussi orienter vers des permanences de médiation à proximité.
Le bouche-à-oreille. Amis, proches qui ont eu recours à un médiateur, groupes de co-parents en ligne. La recommandation ne pèse que si la situation de la personne ressemblait à la tienne, et si la relation avec le médiateur s’est bien passée sur tout le processus, pas seulement à la première séance.
Une liste courte de trois à cinq candidats, c’est le bon résultat de la phase de recherche. Les longues listes produisent de la paralysie. Trois à cinq, ça donne assez d’éventail pour comparer sans faire de la comparaison un projet en soi.
Le premier appel téléphonique
La plupart des médiateurs proposent un premier appel gratuit ou peu coûteux. Ce n’est pas une séance ; c’est un échange de cadrage dans les deux sens. Ils vérifient si ta situation est une qu’ils peuvent prendre. Tu vérifies si c’est quelqu’un avec qui tu voudrais travailler.
Ce qu’il faut demander.
Combien de temps durent les séances, et combien en faut-il en général pour des situations comme la nôtre ? Une estimation générale. La plupart des médiations familiales tiennent en trois à six séances de 90 minutes à deux heures. Si on t’annonce quelque chose de radicalement différent (une seule séance, ou douze), c’est un signal à comprendre.
Comment faites-vous quand l’un des deux est plus bouleversé que l’autre ? Sa réponse te dit quelque chose sur son style. Je laisse à chacun l’espace pour s’exprimer, c’est un type de médiateur. Je structure étroitement la conversation pour éviter l’escalade, c’en est un autre. Aucun n’est mauvais ; c’est l’adéquation à ta situation qui compte.
Comment gérez-vous quand on arrive dans une impasse ? Sa réponse révèle s’il est à l’aise avec le désaccord ou s’il pousse vers l’accord à tout prix. La bonne réponse ressemble à : Parfois on nomme l’impasse et on l’aborde autrement. Parfois on conclut que la médiation ne réglera pas un point précis et on recommande une étape suivante. Les médiateurs qui promettent d’aboutir toujours à un accord en font trop.
Que faites-vous si l’un devient hostile envers l’autre en séance ? Écoute s’il sait tenir le cadre sous tension. Le bon médiateur a des outils (faire une pause, séparer brièvement dans deux pièces, nommer ce qui se passe). Le mauvais espère que ça n’arrivera pas.
Parlez-moi de votre formation et de votre pratique récente. Une réponse brève sur ses diplômes et son axe actuel. Une réponse floue ici est un signal d’alerte ; sa formation est fondatrice et il devrait être à l’aise pour la décrire.
Quelle est la structure des honoraires ? Direct, précis. Tarif horaire. Durée des séances. Les éventuels suppléments (préparation, rédaction d’accords, documents pour le tribunal). S’il ne donne pas de précisions sur un appel de cadrage, il n’en donnera peut-être pas plus tard non plus.
Des questions pour nous ? Ses questions te disent ce qui compte à ses yeux. Un bon médiateur interroge la disponibilité, la volonté des deux parents et les points précis à traiter. Un moins bon ne pose que des questions de logistique.
Ce que tu vérifies, en plus des réponses, c’est la texture de la conversation. A-t-il écouté ? A-t-il répondu précisément ou de façon générale ? T’es-tu senti·e rencontré·e, ou traité·e comme un dossier ? La texture compte plus que n’importe quelle réponse précise. Tu vas faire un vrai travail dans une pièce avec cette personne. Si la texture de l’appel de cadrage sonne déjà faux, les séances ne sonneront sans doute pas autrement.
Les signaux d’alerte
Quelques signes à prendre au sérieux.
Un parti pris dès le premier appel. Si le médiateur, au cadrage, exprime de la sympathie pour l’un de vous plus que pour l’autre, ou fait des suppositions sur ce que l’un de vous veut, la neutralité est déjà compromise. Le bon médiateur reste neutre avant même que le travail formel commence.
La pression pour s’engager tout de suite. J’ai un créneau jeudi, on réserve ? avant que l’un de vous ait eu le temps de consulter l’autre, c’est un geste commercial, pas un geste professionnel. Un bon médiateur te laisse l’espace de décider.
Le flou sur les diplômes. S’il ne peut ou ne veut pas préciser sa formation, son diplôme et la part de son travail qui est de la médiation familiale, la réponse est sans doute moins impressionnante qu’il ne veut le laisser croire.
Aucune mention de la confidentialité. Un médiateur professionnel nomme, dans tout appel de cadrage, le cadre de confidentialité (ce qui est confidentiel, ce qui ne l’est pas, comment ça s’articule avec d’éventuelles procédures). Si ce n’est pas mentionné, la pratique est en deçà du standard.
Une gêne à nommer les limites. Si tu demandes et si la médiation ne marche pas pour nous ? et qu’il évite de répondre, il n’a peut-être pas une idée claire de ses propres limites. Le bon médiateur sait dire quand ses outils ne suffiront pas.
Des délais trop ambitieux. On peut boucler ça en deux séances pour une situation familiale complexe, c’est en faire trop. Une médiation familiale de qualité prend en général plus de séances que ce que les médiateurs ambitieux estiment au départ.
Des questions déplacées. Un appel de cadrage doit être efficace et professionnel. Les questions personnelles sur le couple, l’histoire de la séparation ou la procédure (s’il y en a une), au-delà de ce qui est strictement nécessaire, n’ont pas leur place à ce stade. Le médiateur pourra creuser plus tard ; le cadrage doit rester léger.
Si deux signaux d’alerte ou plus surgissent dans un seul appel, tu as appris ce que tu avais besoin de savoir. Raye le nom de la liste. Passe au suivant.
Après les appels de cadrage
Une fois deux ou trois appels passés, ton co-parent et toi comparez vos impressions. C’est en soi un petit échange de co-parentalité, et il vaut la peine d’être bien fait.
Chacun décrit la texture, pas seulement les diplômes. Je me suis senti·e écouté·e par [nom] est plus utile que [nom] avait de bons diplômes. Vous serez tous les deux dans la pièce avec cette personne ; vous avez tous les deux besoin de sentir que c’est la bonne.
La décision est commune. Si l’un de vous a une préférence forte et l’autre est neutre, suis la préférence. Si vous avez tous les deux des préférences, trouvez-en une avec laquelle vous pouvez vivre tous les deux. Pousser ton co-parent vers un médiateur avec lequel il n’est pas à l’aise, c’est mal commencer la médiation.
Le veto compte. Si l’un de vous a un non clair sur une personne précise, ce veto tient. La médiation suppose que les deux parties se sentent assez en sécurité pour s’engager. Un médiateur avec lequel l’un a posé son veto ne peut pas produire ça.
La décision n’a pas à être parfaite. Elle doit être suffisamment bonne. Le meilleur médiateur, c’est celui qui est suffisamment compétent et acceptable pour les deux. Comparer sans fin, c’est en soi une façon d’éviter le travail.
Si ça ne convient pas
Parfois, tu réserves un médiateur, tu fais une séance ou deux, et ça ne marche pas. Le courant ne passe pas. Le style ne correspond pas à la situation. Vous n’avancez pas.
Quelques principes.
Une mauvaise séance ne suffit pas à changer. La médiation est souvent plus dure à la première séance qu’aux suivantes, parce que des choses difficiles remontent. Donne-lui trois séances avant de conclure que l’adéquation est mauvaise.
Si c’est l’adéquation, pas la technique, tu peux changer. Dis-le au médiateur en cours. Il ne sera pas vexé ; les médiateurs compétents y sont habitués et recommandent parfois un confrère qui conviendrait mieux.
Si c’est la médiation elle-même, passe à une autre modalité. Parfois, le travail nécessaire n’est pas de la médiation ; c’est une thérapie de co-parentalité, une thérapie individuelle suivie d’une médiation, ou une étape structurelle comme une convention parentale rédigée avec des avocats. Découvrir que la médiation n’est pas la bonne voie est en soi une information utile.
Changer n’est pas un échec. C’est un réglage. La première réservation était une hypothèse ; le travail l’a testée ; l’hypothèse était fausse ; tu as appris ce dont tu as vraiment besoin. Avance.
Pour finir
C’est un mercredi soir. Tu as passé trois appels. Tu as comparé tes impressions avec ton co-parent. Vous vous êtes mis d’accord sur le deuxième nom de ta liste.
Tu envoies le mail de réservation. Bonjour. Mon co-parent et moi aimerions réserver la première séance. Nous sommes disponibles les mercredis après 18 h, ou les week-ends en matinée. Au plaisir de travailler avec vous.
La réponse arrive deux heures plus tard. Très bien. Le mercredi 23 à 18 h 30 me convient de mon côté. Je vous envoie les documents d’accueil et la convention de médiation. Au plaisir de vous rencontrer tous les deux.
La séance est dans deux semaines.
D’ici là, ton co-parent et toi avez chacun un peu de préparation à faire (c’est l’objet de l’article 03). Mais le choix est fait. Le médiateur est réel. Le chemin n’est plus une hypothèse.
Tu n’as pas encore réglé la question. Tu as fait quelque chose de presque aussi utile : tu as identifié la personne qui va vous aider, ton co-parent et toi, à la régler.
Le fait que vous soyez arrivés à ce point ensemble est, d’une façon discrète, déjà le début du travail que le médiateur va faire. Vous avez tous les deux reconnu que vous ne pouvez pas le faire seuls. Vous avez tous les deux regardé des options. Vous avez tous les deux fait un choix.
C’est le socle. À partir d’ici, le travail structuré commence.
Tu refermes l’ordinateur. Tu prépares le dîner.
Le nom du médiateur est maintenant dans ton agenda. Réel, dans le monde. La chose qui n’allait pas se régler a acquis une date à laquelle elle va, au moins, commencer à être traitée.
C’est, en soi, une forme tranquille de soulagement.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.