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Module 09 · Médiation et aide extérieure

Médiation, thérapie ou coaching : ce dont tu as vraiment besoin

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Médiation, thérapie ou coaching : ce dont tu as vraiment besoin

Médiation, thérapie ou coaching : ce dont tu as vraiment besoin

Une amie t’a recommandé un psy. Ta sœur t’a parlé d’un coach. La médiatrice que ton co-parent a rencontrée la semaine dernière vous a envoyé un mail plutôt utile. Tu as la vague impression que ces trois métiers sont des formes d’accompagnement professionnel qui pourraient servir à ce stade de ta co-parentalité, et le sentiment bien plus net que tu ne sais pas lequel il te faut, au juste.

Les sites de ces trois professions se ressemblent. Les tarifs ne sont pas si éloignés. Les pros décrivent souvent leur travail dans des mots qui se recoupent. Même après vingt minutes de recherche, tu n’arrives pas vraiment à voir ce qui les distingue, concrètement.

Cet article est pour ces vingt minutes-là.

De quoi parle cet article

Cet article traite d’une confusion de catégories qui coûte à beaucoup de co-parents du temps, de l’argent et de l’énergie émotionnelle, bien réels : ne pas saisir la différence entre trois métiers qui peuvent tous aider, mais aider de façons différentes.

Le principe est le suivant. Médiateurs, psys et coachs font un travail différent. Le bon, pour ta situation, c’est celui dont le rôle précis correspond à ce dont tu as réellement besoin. Le mauvais n’est pas mauvais en soi ; il vise juste un autre problème. Connaître la distinction te permet de bien choisir.

L’article couvre quatre choses. Ce que fait chaque métier. Comment choisir entre eux. Quand tu peux en vouloir plusieurs. Et les signaux qui disent que tu n’es pas avec le bon.

Ce que fait chaque métier

Une définition de travail pour chacun.

La médiation. Un processus structuré entre deux personnes, animé par un tiers, qui vise à produire un accord sur des décisions précises. Le travail du médiateur, c’est de créer les conditions de l’accord : la neutralité, le cadre, une conversation qui avance à un rythme tenable. Le médiateur ne soigne pas. Il ne traite pas de symptômes de santé mentale. Il n’aide pas chacun à explorer ses propres émotions en profondeur. Il tient un espace pour que deux personnes trouvent une issue ensemble.

Ce que produit la médiation, ce sont des décisions. Une convention parentale. Une solution précise à un désaccord précis. Une vision plus claire de là où, tous les deux, vous n’êtes vraiment pas d’accord. Le travail se fait en séances communes. Les outils du médiateur, ce sont le questionnement, la reformulation, la mise en cadre, le fait de nommer les impasses. Les articles 01 à 04 de ce module décrivent précisément la médiation familiale.

La thérapie. Une relation structurée entre un soignant et un patient (parfois un couple, parfois une personne seule), qui vise à traiter des questions de santé mentale, à élaborer un vécu émotionnel, ou à soigner des troubles diagnostiqués. Le travail du thérapeute, c’est le soin : de l’anxiété, de la dépression, du psychotrauma, des difficultés relationnelles, ou de la détresse diffuse qui accompagne les grands bouleversements de la vie, comme une séparation.

La thérapie, c’est le temps long. La plupart des suivis durent des mois, parfois des années. Ce qu’elle produit, ce ne sont pas des décisions ; c’est un changement psychique. Le travail se fait en séances individuelles, ou en séances de couple spécialement construites autour de la relation. Les thérapeutes sont des professionnels qualifiés, tenus à des règles déontologiques et, en France, le titre de psychologue comme celui de psychothérapeute sont protégés et inscrits au répertoire ADELI.

À l’intérieur de la grande catégorie « thérapie », la thérapie de couple et la thérapie familiale sont des spécialités à part. Un thérapeute spécialisé en co-parentalité est parfois un rôle distinct, formé pour aider deux parents à coopérer sur le plan émotionnel même quand leur relation amoureuse a pris fin. Cette spécialité recoupe la médiation, mais elle s’en distingue : le travail porte davantage sur les schémas émotionnels que sur des décisions précises.

Le coaching. Une relation professionnelle orientée vers un objectif, moins encadrée que la thérapie, moins structurée que la médiation, centrée sur le fait d’aider une personne à atteindre des résultats précis. Les coachs en co-parentalité travaillent en général avec un parent à la fois, et l’aident à penser clair, à développer des compétences, ou à se débloquer sur un défi précis. La relation de coaching est collaborative, tournée vers l’action, souvent plus courte qu’une thérapie.

Les coachs ne sont en général pas qualifiés de la même manière que les psys ; leur formation est très variable. Les bons sont excellents pour créer de l’élan. Les moins bons peuvent revenir cher pour ce qui ressemble à un ami de substitution. C’est la catégorie à aborder avec un peu plus de prudence que les autres, parce que l’écart de qualité y est plus grand.

Comment choisir entre eux

Le choix dépend de ce que tu cherches vraiment à faire.

Choisis la médiation quand :

  • Toi et ton co-parent avez des décisions précises à prendre et n’y arrivez pas seuls
  • Un désaccord de fond revient sans arrêt
  • Il faut un document formel (convention parentale, accord homologué par le juge)
  • Vous êtes tous les deux prêts et capables de vous engager dans un travail commun
  • Les questions sont délimitées : cette décision-là, ce désaccord-là

Choisis la thérapie quand :

  • Tu portes des symptômes qui pèsent sur ton fonctionnement (sommeil, humeur, anxiété, ruminations qui ne lâchent pas)
  • La séparation a fait remonter des schémas anciens, non résolus, plus tôt dans ta vie
  • Tu veux comprendre la relation qui s’est terminée, pour toi
  • Toi et ton co-parent avez besoin d’aide sur les dynamiques émotionnelles de la co-parentalité, pas seulement sur les décisions concrètes
  • Une difficulté clinique précise est là (psychotrauma, dépression, trouble de l’adaptation, dysfonctionnement du système familial)
  • Tu veux un travail de fond, pas une solution à court terme

Choisis le coaching quand :

  • Tu sais quel résultat tu veux et tu as besoin d’un cadre et d’un engagement pour y arriver
  • Une compétence précise est à développer (la communication, poser des limites, la gestion du temps)
  • Tu es bloqué sur un schéma et tu as besoin de quelqu’un avec qui réfléchir, plus rapidement qu’une thérapie et plus léger qu’une médiation
  • Tu n’as pas besoin de soin ; tu as besoin d’élan
  • Ton co-parent ne fait pas partie du travail, mais tu as besoin d’avancer sur ta propre façon d’être présent

Choisis-en plusieurs quand :

  • La situation est complexe et tu as besoin de plusieurs types d’appui en parallèle
  • Tu fais une thérapie individuelle et une médiation en même temps, la médiation traitant les décisions et la thérapie traitant les schémas de fond
  • Tu fais un coaching en parallèle d’une médiation, le coaching t’aidant à préparer les séances et à digérer ce qui en est ressorti

Les trois métiers ne sont pas en concurrence. Ce sont des outils aux fonctions différentes. Beaucoup de co-parents, sur un an ou deux, mobilisent un peu des trois.

Quand tu peux en vouloir plusieurs

Trois combinaisons fréquentes.

Thérapie et médiation en parallèle. Tu vois un thérapeute en individuel, chaque semaine. Tu vois une médiatrice avec ton co-parent toutes les trois semaines. La thérapie t’aide à te réguler, à élaborer, et à arriver en séance de médiation plus posé. La médiation produit les décisions concrètes dont ta co-parentalité a besoin. Aucune des deux, seule, n’aurait fait le travail que les deux ensemble rendent possible.

La médiation, puis le coaching. La médiation produit la convention parentale. Le coaching t’aide à la mettre en œuvre. Le coach t’aide à installer les habitudes, les façons de communiquer, les pratiques régulières que la convention suppose. Six mois plus tard, tu fonctionnes dans le cadre que la médiation a bâti, avec la régularité que le coaching t’a aidé à développer.

La thérapie, puis la médiation. Parfois, le travail n’est pas mûr pour la médiation tant que chacun n’a pas fait une thérapie individuelle d’abord. Les schémas sont trop emmêlés pour qu’un travail commun soit fécond. Six mois de thérapie individuelle pour chacun, avec en tête l’objectif d’une médiation à venir, peuvent rendre cette médiation nettement plus efficace.

Ces combinaisons demandent un peu de coordination. La plupart des pros connaissent les autres métiers et orienteront quand c’est pertinent. Si ton thérapeute te suggère la médiation, c’est en général parce qu’il pense que tu es prêt. Si ta médiatrice te suggère un thérapeute, c’est en général parce qu’elle repère des schémas qui demandent un travail individuel.

Les signaux que tu n’es pas avec le bon

Quelques motifs à surveiller.

Tu fais une thérapie avec quelqu’un qui essaie sans arrêt de régler les questions pratiques. Tu as essayé de poser un planning précis ? Pourquoi tu ne ferais pas une liste ? Ce sont des gestes de médiateur ou de coach. Si tu paies pour une thérapie et que tu te retrouves en séances de conseils pratiques, le pro est peut-être dans le mauvais rôle pour ce sur quoi tu travailles vraiment. Soit tu lui demandes d’ajuster, soit tu changes de thérapeute.

Tu fais une médiation avec quelqu’un qui essaie sans arrêt de faire de la thérapie. Raconte-moi ce que tu ressentais à ce moment-là. À petite dose, l’empathie du médiateur est utile. À grande dose, tu passes le temps de la séance sur de l’élaboration individuelle plutôt que sur les décisions pour lesquelles tu es venu. Le médiateur a peut-être une formation de thérapeute et ne tient pas la limite ; ou tu as engagé un thérapeute alors qu’il te fallait un médiateur.

Tu fais un coaching avec quelqu’un qui n’est pas outillé pour les schémas plus profonds. Certains schémas ne se règlent pas par le coaching. C’est du psychotrauma. C’est de l’attachement. Ce sont des dynamiques ancrées. Un bon coach les repère et t’oriente vers un thérapeute. Un coach plus faible continue d’essayer de te coacher au travers, et tu avances lentement, ou pas du tout.

Tu paies deux fois la même conversation. Ton thérapeute, ton coach et ta médiatrice écoutent tous des variations proches de la même histoire. À eux trois, ils ne font pas un travail différent ; ils font la même écoute depuis trois fauteuils différents. Regroupe. Choisis-en un. Mets l’argent économisé sur autre chose d’utile (une baby-sitter, un week-end, de vraies vacances avec l’enfant).

Tu utilises un pro comme substitut d’ami. Parfois, la relation avec un thérapeute ou un coach devient la relation de soutien principale de ta vie. C’est fréquent après une séparation ; c’est aussi intenable et pas sain. Un thérapeute ou un coach devrait être une partie d’un écosystème plus large, qui comprend des amis, la famille, des loisirs, le travail, et tes propres ressources intérieures. Si le pro est le seul endroit où tu vas chercher du soutien, il faut construire les autres parties de cet écosystème.

Et les autres catégories

Quelques rôles professionnels voisins, bons à connaître.

Les avocats en droit de la famille. À distinguer des médiateurs (même si certains avocats font aussi de la médiation). Un avocat défend les intérêts d’une seule partie sur le plan juridique. Il donne des conseils juridiques, rédige des actes, et te représente devant le juge si besoin. Les médiateurs ne représentent ni l’un ni l’autre ; ils sont neutres. Parfois, il te faut les deux : le médiateur pour produire l’accord de travail, l’avocat pour lui donner force juridique ou pour te conseiller sur l’opportunité de le signer. L’article 06 traite précisément de cette catégorie.

Les services sociaux et l’aide à l’enfance. Des professionnels du secteur public ou associatif qui apportent un mélange d’appui pratique et de soutien. En France, les services sociaux du département, l’aide sociale à l’enfance (l’ASE), la CAF, la PMI pour les tout-petits. Ils sont indiqués quand il faut accéder à des ressources publiques, quand il existe une préoccupation de protection de l’enfance, ou quand d’autres services sont hors de portée.

Les accompagnements liés à une tradition. Pour des familles inscrites dans une tradition culturelle ou spirituelle, certaines personnes-ressources peuvent faire un travail proche de la médiation, dans un cadre qui leur parle. C’est un choix personnel, jamais un passage obligé, et ça ne remplace pas un cadre professionnel quand la situation en demande un. L’article 09 traite de cette catégorie.

Les coachs en parentalité (à distinguer des coachs en co-parentalité). Ils aident sur les compétences parentales plutôt que sur l’organisation entre deux foyers. Utiles quand la question est comment j’élève mon enfant plutôt que comment je coordonne l’éducation avec mon co-parent.

Les thérapeutes pour enfants. Encore une catégorie à part. Si l’enfant montre de la détresse, le bon geste, c’est un thérapeute pour enfants pour lui, pas un professionnel du système familial pour les parents. Les deux peuvent avancer en parallèle.

Le paysage professionnel est plus large qu’il n’y paraît au premier abord. Bien choisir, ce n’est pas trouver le meilleur pro ; c’est faire correspondre le bon pro au travail qui a besoin d’être fait.

Pour finir

C’est un samedi après-midi. Tu as eu le temps de réfléchir. Tu as dessiné un petit schéma sur une feuille de papier.

Au milieu : les questions précises que toi et ton co-parent avez à régler sur le planning, l’école, les vacances.

À gauche : le report émotionnel de la relation qui s’est terminée. La façon dont certaines conversations te font encore réagir. Les choses plus difficiles à nommer que la séparation n’a pas fini d’élaborer.

À droite : ton propre équilibre, au fil du temps. Les compétences que tu veux développer. La marge mentale que tu veux récupérer.

Le milieu, c’est pour la médiation. La gauche, pour toi, c’est pour un thérapeute. La droite, tu décides, ce sera peut-être un coach pendant six mois, une fois la médiation lancée.

Tu ne prends pas les trois rendez-vous d’un coup. Tu appelles d’abord la médiatrice, parce que c’est là que la pression concrète est la plus forte. Tu ajouteras un thérapeute dans un mois, une fois la médiation commencée. Le coach peut attendre.

Le schéma est inachevé, au crayon, sur une feuille de papier. C’est aussi un petit bout de clarté qui n’existait pas ce matin.

Tu passes le premier appel. Le cabinet de la médiatrice répond. Tu prends le premier rendez-vous.

Quoi que réserve le reste de l’année, tu le traverseras avec une idée plus nette de quel pro aide sur quelle partie. L’argent que tu dépenseras ira sur ce dont tu as réellement besoin. L’énergie que tu dépenseras ira sur le bon travail.

Ton enfant ne verra rien de tout ça directement. Ce qu’il vivra, c’est un parent qui retrouve peu à peu ses repères, une organisation de co-parentalité qui se stabilise peu à peu en quelque chose de cohérent, et un foyer qui devient peu à peu un endroit plus calme.

Cette texture-là, au fil des mois et des années qui suivent, c’est ce que produit le bon accompagnement. Pas une transformation unique. L’effet cumulé d’un travail bien ajusté, au bon endroit.

Ce qui, au fond, est ce qui a rendu ces vingt minutes de confusion bien employées.

Tu te fais un thé. L’après-midi se poursuit.

L’étape suivante, d’une certaine manière, est déjà en marche.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.