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Module 05 · Parler aux enfants

Les questions auxquelles tu ne peux pas répondre

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges11 min de lecture
Les questions auxquelles tu ne peux pas répondre

Les questions auxquelles tu ne peux pas répondre

Module 05 · Parler avec les enfants · Article 13 · v3 · tous les âges


Mardi soir. Tu plies du linge sur le lit. Ta fille de onze ans entre sans bruit. Elle s’assied au coin du lit, prend un tee-shirt plié, l’examine. Elle dit : « est-ce que toi et Papa, vous serez de nouveau amis un jour ? »

Tu arrêtes de plier. Tu lèves les yeux. Tu ne connais pas la réponse à cette question.

Cet article parle de ce moment-là. Le moment où l’enfant demande quelque chose de réel, d’important, et sans réponse. La tentation, à cet instant, c’est de remplir le vide avec quelque chose qui a l’air d’une réponse. Peut-être un jour. On essaie. Je l’espère. Ces phrases ne sont pas vraiment des mensonges. Elles ne sont pas non plus la vérité. La vérité, c’est je ne sais pas, et je ne sais pas semble trop petit pour le donner à l’enfant.

C’est l’une des choses les plus lourdes de conséquences à apprendre dans le territoire du parler-avec-les-enfants. Je ne sais pas n’est pas une petite réponse. C’est, souvent, la réponse la plus honnête et la plus utile que tu puisses donner. L’enfant peut mieux tenir un je ne sais pas qu’une certitude fabriquée qui, six mois plus tard, se révèle fausse.

Les questions qui viennent

Un échantillon des questions qu’un enfant de la séparation, au fil des années, posera à ses parents. Aucune n’a de réponse nette.

Est-ce que toi et Papa, vous serez de nouveau amis un jour ?

Pourquoi vous n’avez pas essayé plus fort ?

Vous vous êtes aimés, au moins, un jour ?

Tu aimes encore Papa, d’une façon ou d’une autre ?

Est-ce que Papa a fait quelque chose de mal ?

Tu as trompé Papa ? Papa t’a trompée ?

Est-ce que j’aurais un frère ou une sœur si vous étiez restés ensemble ?

Et si tu n’avais jamais rencontré Papa ?

Est-ce que Papa et Sarah vont se marier ?

Quand je me marierai, est-ce que toi et Papa vous viendrez tous les deux ?

Vous serez côte à côte le jour où j’aurai mon diplôme ?

Vous viendrez tous les deux à mes anniversaires ?

Qu’est-ce qui va se passer quand je serai plus grand ?

Est-ce qu’on se verra encore quand je serai adulte ?

Est-ce que je vais aller bien ?

Est-ce que toi, tu vas aller bien ?

Est-ce que je me sentirai normal un jour ?

Est-ce que ce sera différent dans un an ? Dans cinq ans ? Quand je serai ado ?

Est-ce que je vais divorcer moi aussi ?

C’est normal, ça ?

Certaines ont des réponses partielles. Certaines ont des réponses qui dépendent de choses que tu ne maîtrises pas. Certaines n’ont aucune réponse. La forme de ce qu’il faut en faire est la même.

Ce qu’il y a derrière la question

Quand un enfant pose une question difficile, il ne demande en général pas une prévision. Il demande l’une de ces trois choses, parfois plus d’une à la fois.

Il veut savoir que tu es toujours là. Est-ce que je peux te poser une chose difficile et tu iras bien ? La question elle-même est en partie un test de la relation. Ce parent peut-il tenir un sujet difficile sans s’effondrer ? Sans se fâcher ? Sans me faire sentir mal d’avoir demandé ?

Il veut savoir que l’avenir a une forme. Les enfants, surtout après une séparation, ont un grand besoin de savoir que l’avenir est, au moins dans ses grandes lignes, prévisible. Est-ce qu’on se verra encore quand je serai adulte ?, c’est l’enfant qui vérifie si les faits de base de la vie de famille vont continuer.

Il veut de l’aide pour tenir quelque chose qu’il ressent déjà. Est-ce que toi et Papa serez de nouveau amis ? est peut-être l’enfant assis avec une tristesse présente sur la façon dont les choses sont entre toi et le co-parent en ce moment. La question est un véhicule pour le ressenti. Répondre à la question littérale peut passer à côté de ce que l’enfant dit vraiment.

Le travail, c’est d’entendre laquelle de ces trois choses l’enfant demande, et d’y répondre.

Comment répondre

Il y a trois mouvements qui fonctionnent pour presque toutes les questions de cette liste. Ils peuvent se combiner.

Un : reconnais que la question est réelle. Pas avec condescendance. Ne dis pas quelle bonne question. Dis juste : C’est une vraie question, ça. Ou : J’y ai pensé moi aussi. Ou : Je n’ai pas de réponse facile. L’enfant a besoin de savoir que la question est prise au sérieux, pas esquivée.

Deux : dis ce que tu sais. Souvent, il y a une partie de la question à laquelle tu peux répondre. Je ne sais pas si Papa et moi serons amis. Je sais qu’on travaille à être polis l’un envers l’autre. Je sais qu’on t’aime tous les deux et qu’on va continuer à être présents pour les choses qui comptent pour toi. Tu ne promets pas l’amitié. Tu nommes ce qui est vrai.

Trois : tiens l’incertitude sans la combler. Ne remplis pas je ne sais pas avec une phrase d’espoir. Reste juste avec. Je ne sais pas si Papa et moi serons amis. J’espère qu’on sera en bons termes. Je ne sais pas encore. Je pense que ça deviendra plus facile avec le temps, mais je ne peux pas le promettre.

Ce troisième mouvement est le plus difficile. L’instinct, c’est de réconforter l’enfant en lui donnant quelque chose de défini. Le coût de lui donner quelque chose de défini qui se révèle faux est bien plus élevé que le coût de lui donner une incertitude honnête.

Quelques questions précises, déroulées

Est-ce que toi et Papa serez de nouveau amis un jour ?

Je ne sais pas. J’espère qu’on sera en bons termes avec le temps. On travaille tous les deux à rester courtois. Que ça devienne de l’amitié, je ne peux pas le promettre. Ce que je peux te promettre, c’est qu’on sera ensemble pour les choses qui comptent pour toi. Tes anniversaires. La remise de ton diplôme. Les grands moments. On sera là. Ça ne dépend pas d’être amis.

Ça sépare deux choses. La question de l’amitié, que tu ne peux pas promettre. La question de la présence, que tu peux.

Pourquoi vous n’avez pas essayé plus fort ?

On a essayé. Longtemps. Je suis désolé que ça n’ait pas suffi. J’aurais voulu que ce soit différent. Je ne sais pas s’il existe une version où, en essayant plus fort, on y serait arrivés. Je crois qu’on a essayé aussi fort qu’on savait le faire.

C’est de l’accompagnement du chagrin. La réponse honnête, c’est : peut-être qu’on aurait pu essayer plus fort, peut-être que non, on ne le saura jamais tout à fait. Reste avec le chagrin au lieu de te défendre.

Est-ce que Papa a fait quelque chose de mal ?

Les raisons de notre séparation sont entre Papa et moi, et la plupart ne sont pas à toi de les porter. Parfois, les choses se terminent pour des raisons qui ne sont vraiment la faute de personne. Parfois, elles se terminent pour des raisons qui sont en partie la faute de quelqu’un. Je ne vais pas parler des détails avec toi. Quand tu seras plus grand, si tu veux encore en parler, on pourra avoir une autre conversation.

La ligne tient. (Voir l’article 02 sur ce qu’il faut dire aux enfants à propos du pourquoi.)

Est-ce que Papa et Sarah vont se marier ?

Je ne sais pas. C’est une question pour Papa. Tu peux la lui poser. Je serais contente pour lui s’ils le faisaient, et je veux que tu aies ma permission d’être content pour lui aussi. Quoi qu’ils décident, tu resteras aimé par nous deux.

Le langage de la permission. (Voir l’article 12.)

Est-ce que tu vas aller bien ?

Oui. Certains jours sont difficiles. J’ai des gens à qui je parle. Je fais le travail pour aller bien. Tu n’as pas à t’occuper de moi. Ce n’est pas ton rôle.

Honnête, bref, avec la limite contre la parentification nommée.

Est-ce que je vais divorcer moi aussi ?

Je ne sais pas. Je ne crois pas qu’on puisse savoir ça de soi-même à l’avance. Certains enfants de parents séparés finissent dans de longs mariages, d’autres finissent par se séparer, plein de vies différentes existent. Ce que je sais, c’est que tu as vu deux adultes gérer une chose difficile du mieux qu’ils pouvaient, et c’est en fait quelque chose d’utile à avoir vu.

Ça recadre la question. La peur en dessous, c’est est-ce que je suis abîmé. La réponse, c’est non, tu es un enfant qui a vu des grands faire quelque chose de difficile.

Est-ce que je me sentirai normal un jour ?

Oui. Autrement. Avec le temps, ça devient la forme de ta vie, et plus une chose étrange qui est arrivée. Ça prend un moment. Ça arrive.

La permission de faire son deuil, une confiance douce sur le long terme.

Quand la question en est une dont tu connais la réponse mais que tu ne peux pas partager

Parfois, l’enfant pose une question dont tu connais la réponse, mais cette réponse n’est pas une chose à recevoir pour un enfant. Est-ce que Papa a eu une liaison ? Pourquoi Maman est vraiment partie ? Tu connais la réponse. Tu ne peux pas la partager. (Voir l’article 02 et l’article 07.)

Dans ces cas, je ne sais pas n’est pas honnête. Mieux vaut la version qui nomme la retenue.

Je ne vais pas te répondre là-dessus pour l’instant. Il y a des détails entre Papa et moi qui ne sont pas à toi de les porter. Quand tu seras plus grand, si tu veux encore demander, on pourra en parler autrement.

L’enfant peut tenir ça. Ce qu’il ne peut pas tenir, c’est qu’on lui mente et qu’il découvre le mensonge des années plus tard.

Quand la question est rhétorique

Parfois, l’enfant demande quelque chose dont il n’attend pas vraiment de réponse. Pourquoi ça m’arrive à moi ? Pourquoi on ne pouvait pas juste être une famille normale ? Ce ne sont pas de vraies questions. C’est du chagrin sous la forme d’une question.

La bonne réponse n’est pas de donner une réponse. C’est de témoigner. Je sais. C’est tellement injuste. Moi aussi, j’aurais voulu que ce soit différent.

Puis reste avec. N’essaie pas de réparer le ressenti. Ne fais pas la liste des bons côtés. Sois simplement avec l’enfant pendant qu’il reste avec ce qui est difficile.

Ce que tu enseignes en disant « je ne sais pas »

Un enfant à qui on répond régulièrement « je ne sais pas » sur de vraies questions, et qui voit son parent rester avec le non-savoir plutôt que de le maquiller, apprend plusieurs choses utiles sur la vie.

Il apprend que les grands n’ont pas tout résolu. C’est en fait un soulagement pour un enfant qui, sinon, porte le poids de croire que les adultes ont tout réglé et qu’il devrait en faire autant.

Il apprend que l’incertitude est tenable. Il voit un parent tenir l’incertitude dans la pièce sans se briser. Il apprend qu’il peut faire la même chose.

Il apprend que l’honnêteté compte plus que le réconfort. Il apprend qu’on le traite avec respect, et non qu’on le protège de la réalité.

Il apprend qu’on peut te poser des questions difficiles, et que la relation tiendra.

Ce sont des leçons fondatrices. Elles le suivent jusqu’à l’âge adulte. Le coût d’avoir un parent incapable de dire « je ne sais pas » est, à long terme, plus lourd que le coût d’avoir reçu une prévision qui s’est révélée fausse.

La question qui revient

Certaines questions sont posées de nombreuses fois. Est-ce que toi et Papa serez de nouveau amis un jour ? peut surgir à 9 ans, de nouveau à 12, encore à 16. La bonne réponse à chaque âge est un peu différente, parce que ce qu’on sait réellement a bougé.

La forme de base reste la même. Reste avec la question. Reconnais-la. Dis ce que tu sais. Tiens l’incertitude. Ne promets pas. N’écrase pas. Recommence autant de fois qu’il le faut.

Pour finir

Les questions qu’un enfant de la séparation pose comptent parmi les plus difficiles qu’on posera jamais à un parent de toute sa vie. Il n’y a pas de script pour elles. La plupart n’ont pas de réponse nette. Ce qu’on te demande, en général, ce n’est pas une réponse. C’est une présence. C’est la disponibilité de rester avec une chose difficile. C’est le modèle d’un adulte capable de tenir l’incertitude sans s’effondrer.

Je ne sais pas suffit. Je ne sais pas, et je suis là est plus que suffisant. Je ne sais pas, et je suis là, et on trouvera ensemble, avec le temps est une phrase qui, donnée à un enfant une fois par an pendant dix ans, construit quelque chose de durable.

Mardi soir. Le tee-shirt plié est de retour sur la pile. Tu regardes ta fille de onze ans. Tu dis : « je ne sais pas si Papa et moi serons amis un jour. J’espère qu’on sera assez en bons termes pour être ensemble à tes événements d’école. Je crois que ça prendra un moment. Je suis désolée de ne pas pouvoir te donner une meilleure réponse que ça ». Elle hoche la tête. Elle prend une chaussette. Elle t’aide à plier pendant quelques minutes. Le linge se fait. La question est tenue. C’est la forme que ça prend, ce soir.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.