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Module 03 · Routines à l'âge scolaire

L’année scolaire qui a marché

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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L’année scolaire qui a marché

L’année scolaire qui a marché

La fin de l’année scolaire. Le bulletin de la maîtresse est posé sur le plan de travail de la cuisine. Ton enfant est dans le jardin, en tenue d’été, à ne rien faire de particulier.

Tu es debout dans la cuisine et tu lis le bulletin. Une belle année. Posé et investi. A noué de solides amitiés. Lit bien. Progresse en maths. Un plaisir à avoir en classe.

C’est un bulletin ordinaire. La plupart le sont. Mais c’est justement cette banalité qui attire ton attention.

Il y a un an, tu n’étais pas sûr de la façon dont l’année se passerait. La séparation était encore récente. L’organisation entre les deux foyers venait tout juste de se stabiliser. Ton co-parent et toi vous retrouviez en tant que parents, dans la nouvelle configuration. L’enfant avait traversé beaucoup de choses. L’année scolaire à venir ressemblait à une question.

Maintenant elle est finie. Et elle a marché. Pas de façon héroïque. Juste de façon régulière.

Cet article parle de l’année scolaire qui a marché. Le regard en arrière, posé. Ce qu’il révèle du travail qui y a été mis. Ce qui mérite d’être gardé en tête au moment où la prochaine année commence.

C’est l’avant-dernier article de ce module. Le suivant est le texte de clôture. Ensemble, ils forment la fermeture réflexive du module sur l’âge scolaire.

À quoi ressemble une année qui a marché

La plupart des années scolaires qui ont marché ne ressemblent pas à une réussite spectaculaire.

Elles ressemblent à ça :

Le sac a voyagé entre les deux foyers presque tous les jours. Parfois on avait préparé le mauvais truc. Le plus souvent, le bon.

Les devoirs ont été faits. Tantôt dans un foyer, tantôt dans l’autre. Parfois terminés la veille au soir ; parfois bouclés en vitesse le matin dans le bus. Ils ont été faits.

La maîtresse connaissait l’enfant. Elle avait une idée de qui il était, de ce dont il avait besoin, de la façon de le soutenir. La relation entre la maîtresse et l’enfant était stable.

Les deux parents ont assisté à au moins quelques-uns des grands événements de l’école. Peut-être pas à chaque rendez-vous avec la maîtresse ; peut-être pas à chaque spectacle. Mais l’année a montré les deux parents présents dans la vie scolaire de l’enfant.

L’enfant s’est fait des amis. Ou en a gardé. Ou s’est remis d’une amitié qui s’est terminée. La couche amicale de l’école a fonctionné.

L’enfant est rentré la plupart des jours raisonnablement content. Parfois fatigué. Parfois grognon. Le plus souvent, ça allait.

Il y a eu des moments difficiles. Une mauvaise semaine. Peut-être un mauvais trimestre. Des choses qui ne se sont pas faites en douceur. On les a traversées. L’année a continué.

Les passages de relais ont eu lieu comme prévu. Pas à la perfection. Avec quelques ajustements. Le système a tenu.

Voilà. C’est à ça que ressemble une année scolaire qui a marché.

Ce qui reste invisible dans une année qui a marché

Ce qu’il y a, avec une année qui a marché, c’est que le travail qui l’a fait marcher est, pour l’essentiel, invisible.

Le sac s’est rempli parce que quelqu’un l’a rempli. Le relais a eu lieu parce que le parent de service a pris en charge la sortie de l’école. Le déjeuner s’est préparé parce que quelqu’un l’a préparé. Les mots de la maîtresse ont été lus parce que quelqu’un les a lus. Les événements de l’école ont été suivis parce que quelqu’un a organisé cette présence.

Tout cela se passait en continu, souvent en arrière-plan, souvent sans que personne le souligne. Les deux parents en ont fait des parts. Parfois un parent en faisait plus ; parfois l’autre. L’effort accumulé était réel, même si aucun de ses moments, pris isolément, n’avait rien de spectaculaire.

Quand tu repenses à une année qui a marché, prends un instant pour voir ce que tu ne vois pas d’habitude. Les cent petits gestes qui, ensemble, ont rendu l’année possible.

Tu les as faits. Ton co-parent les a faits. Vous deux, dans vos foyers séparés, avez fait tourner le système sac-école-routine. L’enfant l’a remarqué moins que tu ne le crois. Et l’enfant a aussi profité de chacun de ces gestes.

Cela mérite une reconnaissance discrète. Pas pour la cérémonie. Pour toi-même. Pour le travail que tu as accompli.

La part de ton co-parent

L’année qui a marché inclut la contribution de ton co-parent.

Le sac qu’il a préparé le dimanche soir pour le lundi matin. Les devoirs qu’il a aidé à faire le mercredi soir. L’événement de l’école auquel il a assisté. Le mail de la maîtresse qu’il a lu. Le soutien en maths qu’il a coordonné. L’histoire d’amitié qu’il a aidé l’enfant à dénouer.

Son travail s’est déroulé dans son foyer, souvent sans que tu le voies. Tu en as peut-être remarqué des bouts (la tenue de sport bien rangée au moment du relais ; les devoirs qui avaient été faits ; l’enfant qui arrivait joyeux le lundi matin). Tu en as peut-être manqué l’essentiel.

Ton co-parent a fait sa part. L’année qui a marché incluait cela.

Cela aussi mérite d’être reconnu. Pas forcément à voix haute. La reconnaissance peut être discrète. Mais remarquer ce qu’il a fait est une forme de réparation, un petit entretien continu de la relation de co-parentalité. La relation entre parents est une chose distincte du couple qui a pris fin ; la relation parentale, elle, continue, et reconnaître le travail de ton co-parent la maintient vivante.

Si ton co-parent et toi êtes en assez bons termes, un bref message de fin d’année est un geste attentionné. J’espère que tu as passé une bonne année. On a tenu jusqu’au bout. Elle a fait une belle année. Merci pour tout ce que tu as fait. Pas effusif. Honnête.

Si vous n’êtes pas en bons termes, garde la reconnaissance pour toi. Elle compte quand même.

Ce que l’enfant a porté

Une année qui a marché, du point de vue du parent, c’est aussi une année portée par l’enfant.

L’enfant est allé à l’école tous les jours. Il a navigué dans l’emploi du temps. Il a préparé son sac (avec de l’aide). Il a fait ses devoirs (avec de l’aide). Il a noué des amitiés. Il a tenu ses relations à travers deux foyers. Il a géré les passages de relais. Il a géré les maîtres. Il a géré la météo générale de la vie en âge scolaire.

La contribution de l’enfant est la contribution centrale. Le travail des parents venait soutenir ce que l’enfant, lui, faisait.

Cela mérite d’être vu. On crédite (ou on blâme) souvent les enfants pour des résultats dont les adultes sont responsables. L’inverse mérite aussi qu’on s’y arrête ; les parents s’attribuent souvent des résultats que les enfants ont produits par leur propre effort régulier.

Si ton enfant a bien traversé l’année, c’est lui qui l’a traversée. Toi, tu as soutenu. Les deux comptent.

Tu peux le lui dire. Tu as fait une belle année. Tu as travaillé dur. Je suis fier de toi. Dit simplement, pas souvent. L’enfant le sait.

Les moments durs à l’intérieur de la bonne année

Une année scolaire qui a marché contenait quand même des moments durs.

Le mauvais matin où tu lui as craqué dessus. La semaine où il est rentré éteint de l’école pour des raisons que tu n’as pas su identifier. La dispute avec ton co-parent au sujet du choix de l’école. La déception de ne pas avoir été invité à l’anniversaire. Le soir où il n’a pas réussi à dormir avant le contrôle de maths.

Ces moments sont à l’intérieur de chaque année qui a marché. Ils ne retranchent rien au fait que l’année a marché. Ils en font partie.

Le regard rétrospectif lisse les moments durs. Vu du bout de l’année, la mauvaise semaine de novembre se voit à peine. Vue de l’intérieur de la mauvaise semaine de novembre, l’idée d’arriver au bout de l’année semblait impossible. Les deux regards sont vrais.

Quand tu repenses à une année qui a marché, ne gomme pas les moments durs. Ils ont fait partie de la façon dont l’année a marché. Ils ont appris quelque chose à l’enfant. Ils t’ont appris quelque chose. Ils font partie de la texture.

L’année qui n’a pas marché

Une remarque. Certaines années scolaires ne marchent pas.

La situation à la maison était difficile. L’enfant a galéré. Les amitiés se sont effilochées. Le sommeil n’a pas tenu. La maîtresse et l’enfant n’ont pas accroché. Ton co-parent et toi vous êtes disputés toute l’année. Les notes ont chuté. Les passages de relais ont été le chaos.

Si ton année a été celle-là, la réflexion de clôture ne porte pas sur ce qui a marché. Elle porte sur ce qui n’a pas marché, et ce qu’il faut changer.

Ne te démolis pas. Certaines années sont dures. Certaines plus que d’autres.

Quoi faire.

Nomme ce qui n’a pas marché. Précisément. La routine du matin s’est effondrée. La communication avec l’école s’est rompue. Ton co-parent et toi n’avez pas réussi à vous coordonner. Quel que soit le vrai problème.

Repère un ou deux changements pour l’an prochain. Pas dix. Un ou deux. Un changement précis qui s’attaque au problème le plus gros.

Va chercher de l’aide si besoin. Un psychologue scolaire, un thérapeute familial, une médiation familiale avec ton co-parent. L’an prochain n’est pas obligé de ressembler à cette année-ci.

Parle à l’enfant s’il est en âge de comprendre. Cette année a eu des passages durs. On a travaillé dessus. L’an prochain, on va faire [changement précis]. L’enfant sait que l’année a été dure ; il apprécie que le parent le nomme.

Une année qui n’a pas marché est parfois suivie d’une année qui marche. Le travail pour y arriver est réel, mais à ta portée.

Regarder devant

L’été est devant. Puis la prochaine année scolaire.

Tu n’as pas besoin de planifier l’an prochain maintenant. L’été est fait pour se reposer. La forme de septembre se dessinera d’elle-même.

Mais garde ce qui a marché cette année. Les routines qui ont tenu. Les conversations entre ton co-parent et toi qui ont fonctionné. Les maîtres qui ont soutenu. La capacité grandissante de l’enfant. Ce sont les fondations sur lesquelles se bâtira l’année suivante.

Si tu veux noter quelque chose, fais-le. Une simple liste. Ce qui a marché cette année : et des points. Ce que je veux garder : et quelques éléments. Ce que je veux changer : et un ou deux. La liste est pour toi. Elle n’a pas à être partagée.

L’année suivante aura sa propre forme. Une partie de ce qui a marché cette année ne marchera peut-être pas l’an prochain (l’enfant grandit ; l’organisation bouge ; l’école change). Une partie de ce qui n’a pas marché cette année se résoudra peut-être d’elle-même, à mesure que chacun mûrit.

Le travail, c’est d’être stable, présent, attentif. Le travail n’est pas de tout contrôler. Le travail, c’est d’être au rendez-vous des petits gestes répétés de l’année scolaire, encore une fois, l’an prochain, aux côtés de ton co-parent, avec l’enfant au centre.

Pour finir

Tu es debout dans la cuisine avec le bulletin. Ton enfant est dans le jardin, à ne rien faire.

Tu sors avec deux verres d’eau fraîche. Tu lui en tends un. Tu t’assois sur la marche.

« Belle année, mon grand. »

« Ouais. »

« Tu as travaillé dur. »

« Ouais. »

Tu restes là un moment. L’été ne fait que commencer. Le jardin est plein de la lumière de fin de soirée. L’enfant est là. L’année est finie.

Elle a marché. Pas grâce à un effort spectaculaire. Grâce à une centaine de petits gestes ordinaires, répétés, entre deux foyers, avec cet enfant au centre. Tu as fait ta part. Ton co-parent a fait la sienne. Les maîtres ont fait la leur. L’enfant a fait le plus gros.

Dans trois mois, la prochaine année commence. Pour l’instant, cette année-ci repose, complète. Une année d’école, dans une vie en co-parentalité, qui a marché.

Tu restes assis sur la marche. Tu bois l’eau. L’enfant regarde un oiseau.

C’est à ça que ressemble une bonne année, au fond. Une soirée ordinaire, avec un enfant qui va bien. Tenu par deux foyers. Tenu par une école qui le connaissait. Tenu par toi. Le travail sans gloire, régulier, de la co-parentalité en âge scolaire, distillé en une soirée tranquille à la fin d’une année.

Le jardin se moque que ce soit la fin d’une année scolaire. L’oiseau s’en moque. L’enfant le remarque et ne dit rien. L’année qui a marché est sa propre chose tranquille.

Tu restes là encore un moment. Puis tu rentres.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.