Quand l’école est l’endroit le plus sûr
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Quand l’école est l’endroit le plus sûr
Certaines semaines, l’école est le moment le plus calme de la journée de ton enfant.
Le matin est bousculé ; le soir est agité. Le passage de relais est difficile. Les échanges entre les deux foyers sont tendus. Le nouveau ou la nouvelle partenaire cherche encore sa place. Ou bien il n’y a pas de nouvelle personne et le parent traverse une période compliquée. Ou un foyer est stable et l’autre est en pleine transition. Ou les deux foyers bougent, chacun à sa manière, et l’enfant est entre les deux.
Au milieu de tout ça, il y a l’école. Le même bâtiment. La même maîtresse ou le même maître. La même table. Les mêmes copains aux mêmes places. Le même repas dans la même cantine, à la même heure. Le même cours de maths le mardi matin, qui était là la semaine dernière, et celle d’avant.
Pour un enfant dont la vie de famille est en mouvement, l’école est parfois l’endroit le plus stable de sa semaine.
C’est de cela que parle cet article. L’enfant pour qui l’école joue le rôle de sol stable. Ce que ça veut dire. Ce qu’il faut faire. Ce qu’il ne faut pas faire.
Pourquoi c’est important
Les enfants d’âge scolaire passent environ six heures par jour, cinq jours par semaine, à l’école. C’est un tiers de leurs heures de veille.
Pour la plupart des enfants, l’école est l’un des deux espaces relativement stables de leur vie, à côté de l’un de leurs foyers, ou des deux. L’enfant circule entre le foyer et l’école dans un rythme qui tient.
Pour un enfant dont la situation familiale est instable, l’école devient plus que l’un des deux espaces stables. Elle devient l’espace stable.
Ce n’est pas pathologique. C’est de l’adaptation. Les enfants trouvent le sol stable dans leur vie et s’appuient dessus. L’école est souvent ce sol stable.
Le problème n’est pas que l’école soit stable. Le problème, c’est ce que ça dit de la situation à la maison si l’école est devenue la partie stable. Certains foyers traversent une turbulence passagère (une séparation en cours, un nouveau ou une nouvelle partenaire qui s’intègre, un déménagement). D’autres sont dans une turbulence plus longue. La stabilité de l’école n’a pas le même sens selon le cas.
Les signaux
L’enfant pour qui l’école est l’endroit le plus sûr montre souvent des signes reconnaissables.
Il a envie d’aller à l’école. Même les jours où la plupart des enfants traîneraient des pieds. Il se réveille et il est prêt. Il a hâte d’être dehors, à l’école.
Il n’a pas envie de rentrer. La sortie de l’école est difficile. Il s’attarde au portail. Il veut jouer encore un peu avec ses copains. Il traîne pour monter dans la voiture.
Il parle plus de l’école que du foyer. Ses histoires à table sont des histoires d’école. Ses dessins sont des dessins d’école. Ses copains sont à l’école. Son monde a son centre à l’école.
Il est plus lui-même à l’école. La maîtresse décrit un enfant bavard, impliqué, sûr de lui. Toi, tu le connais plus discret, plus en retrait à la maison. La version « école » donne l’impression d’un autre enfant.
Il est plus anxieux pendant les vacances scolaires. Quand l’école s’arrête, la stabilité s’arrête. Les signes de mal-être augmentent pendant les coupures plus longues.
Il confie à sa maîtresse des choses qu’il ne te dit pas. La maîtresse mentionne, l’air de rien, que ton enfant a partagé quelque chose qui te surprend. Il a, avec elle, une relation où il dit des choses qu’il ne dit pas à la maison.
Ces signaux ne veulent pas toujours dire que la maison est difficile. Certains enfants sont simplement sociables, ils adorent l’école, ils s’épanouissent dans ce cadre structuré. L’école est merveilleuse pour eux ; la maison va bien aussi.
Les signaux comptent quand ils se regroupent et qu’ils coïncident avec une difficulté connue à la maison.
Ce qu’il faut faire, tout de suite
Deux gestes comptent, quoi qu’il se passe à la maison.
Un : ne fragilise pas l’école. Si l’école est la partie stable, ne la perturbe pas.
Ça veut dire être à l’heure à la sortie. Envoyer ton enfant à l’école comme prévu. Ne pas le retirer pour une longue absence sans nécessité. Tenir la routine sur laquelle il s’appuie.
Ça veut dire aussi ne pas présenter l’école sous un jour négatif à la maison. Pff, l’école, c’est tellement dur. Pourquoi la maîtresse leur fait toujours écrire autant ? Ces petites remarques, répétées, peuvent grignoter le sentiment que l’école est un endroit stable. Ne fais pas ça, même en passant, si tu as remarqué que l’école joue le rôle d’espace stable.
Deux : protège la place de la maîtresse dans la vie de ton enfant. La maîtresse compte plus que d’habitude pour un enfant dont l’école est le point stable. Ne dis pas de mal d’elle. Ne conteste pas ses décisions devant ton enfant. Ne lui dis pas que la maîtresse a tort sur tel ou tel point.
La maîtresse n’a pas besoin d’être un adulte parfait. Elle a besoin d’être un adulte stable, fiable, prévisible dans la vie de ton enfant. C’est l’appui qu’il prend sur sa stabilité à elle qui compte.
Ça peut vouloir dire laisser passer certaines décisions que tu remettrais sinon en question. Choisis tes combats. Les petites choses restent entre toi et la maîtresse, pas devant l’enfant.
Ce qu’il faut faire, sur le fond
Une fois que tu as remarqué que l’école joue le rôle d’espace stable, le travail à la maison suit.
La stabilité du foyer a besoin de grandir. La stabilité de l’école apporte, en cette saison, ce que le foyer n’apporte pas. À terme, le foyer aussi doit être stable.
Ça ne veut pas dire tout réparer d’un coup. Parfois la turbulence à la maison est nécessaire ou inévitable (une séparation, un décès, un changement de travail). Le travail n’est pas de rendre le foyer parfait ; le travail est d’ajouter de la stabilité là où tu peux.
Les gestes plus petits, plus immédiats.
Tiens la routine que tu as. Quelle que soit l’heure du coucher, tiens-la. Quel que soit le rythme des devoirs, tiens-le. Quel que soit le rituel du dîner, tiens-le. Les routines qui tiennent sont en elles-mêmes une forme de stabilité.
N’ajoute pas de nouveautés dans une période agitée. Un nouvel animal, un nouveau déménagement, la présentation d’un nouveau ou d’une nouvelle partenaire pendant une saison où l’école est déjà le point stable, c’est trop. Mets en pause si tu peux.
Parle avec ton co-parent. L’autre foyer est peut-être aussi en turbulence ; c’est l’addition des deux qui fait de l’école le point stable. L’échange entre vous deux est calme, dans l’observation. Je crois que l’école est plus stable que la maison pour elle en ce moment. Tu le vois aussi de ton côté ?
Cherche de l’aide si besoin. Un enfant dont la situation à la maison est très désorganisée, avec l’école comme seul sol stable, peut tirer profit d’un soutien extérieur. Le ou la psychologue scolaire. Un ou une thérapeute familial. L’attention de la maîtresse. (Voir le module 13, article 06.)
Quand l’école s’en aperçoit
Parfois, la maîtresse le remarque avant toi.
Une enseignante qui travaille depuis des années avec des enfants d’âge scolaire sait repérer celui pour qui l’école est l’endroit le plus sûr. Dans beaucoup de cas, elle est formée à le reconnaître. Elle peut venir t’en parler.
L’échange avec une maîtresse qui a remarqué quelque chose mérite de l’attention.
Elle ne t’accuse pas. Elle partage ce qu’elle voit. J’ai remarqué que Lily a l’air de se détendre en arrivant à l’école. Elle est plus anxieuse au portail le matin, ces derniers temps. Je voulais vous le dire.
La bonne réponse, c’est d’écouter, pas de te défendre. Merci de m’en parler. On a traversé beaucoup de choses à la maison. Je vais réfléchir à ce que vous me dites.
Ne discute pas avec la maîtresse pour savoir si ton foyer est stable. N’énumère pas tout ce que tu fais bien. Ne lui parle pas du foyer de ton co-parent comme étant la source du problème. La maîtresse n’est pas là pour prendre parti.
Rapporte chez toi ce qu’elle a dit. Réfléchis-y. Parles-en avec ton co-parent si c’est possible. Ajuste si besoin.
Si l’observation de la maîtresse est importante, elle peut aussi être tenue de la transmettre aux responsables de l’établissement ou à des services extérieurs. Certaines situations déclenchent des procédures formelles. Coopère avec elles, calmement. Le rôle de l’école est de soutenir l’enfant, pas de te punir.
Quand le foyer n’est vraiment pas sûr
Une configuration précise mérite d’être nommée. Certains enfants trouvent l’école plus sûre parce que leur foyer ne l’est pas, d’une manière bien spécifique.
Des violences entre les parents. Un nouveau ou une nouvelle partenaire qui se comporte de façon déplacée. Un parent dont l’état psychique ou la consommation crée un environnement qui n’est pas sûr. Une situation entre frères et sœurs devenue néfaste.
Si c’est le cas, l’école peut être à la fois l’endroit le plus sûr pour l’enfant et celui où le problème devient visible. Les enseignants, les psychologues scolaires et les infirmières scolaires sont formés à repérer ces situations et à y répondre.
Si tu es le parent qui s’en rend compte, deux chemins.
Si tu es le parent du foyer le plus sûr, le travail est de rendre ton foyer fiablement plus sûr, et de traiter la sécurité de l’autre foyer par les voies appropriées (conseil juridique, services à l’enfance, dispositifs locaux). N’essaie pas de gérer seul.
Si tu es le parent du foyer devenu peu sûr, le travail est de le changer. Cherche de l’aide. Arrête ce qui se répète. Quoi qu’il en coûte.
Dans les deux cas, l’école peut être une alliée. N’essaie pas de lui cacher les choses. Les enseignants, la direction, le ou la psychologue, l’infirmière scolaire ont déjà vu ces situations. Sers-toi des ressources qu’ils proposent.
(Pour la version plus difficile de ces conversations, voir le module 13, les articles sur la sécurité, et le module 09 sur le co-parent difficile.)
Quand le foyer redevient stable
La configuration où cet article est le plus utile, c’est la configuration passagère. Le foyer est en turbulence ; l’école est le sol stable ; à terme, le foyer se pose.
Quand le foyer se pose, tu remarqueras peut-être le changement.
Ton enfant ne traîne plus des pieds à la sortie. Il est content de rentrer. Il a envie d’être à la maison. L’école reste importante, mais elle n’est plus le seul endroit stable.
C’est un signe positif. Le foyer a rattrapé l’école en stabilité.
Les deux espaces stables, ce n’est pas deux fois plus stable qu’un seul. C’est un autre état. L’enfant peut se reposer pleinement. Il n’a plus à porter le poids de devoir s’appuyer sur un seul endroit pour le tenir.
L’échange n’a rien de dramatique. Il avait l’air content de rentrer aujourd’hui. Oui. Il est plus lui-même. C’est ça, le repère.
Pour finir
Le mail de la maîtresse arrive en mai. Mira s’est apaisée. Elle a l’air plus en paix avec elle-même ce trimestre. Je voulais vous le partager, puisqu’on en avait parlé plus tôt dans l’année.
Tu lis le mail deux fois. Tu restes avec, quelques minutes.
En décembre, Mira était l’enfant que la maîtresse avait remarquée. Le foyer était instable : la séparation n’avait pas été nette, ton co-parent et toi cherchiez encore les nouveaux repères. L’école avait été le point stable. La maîtresse l’avait remarqué.
Maintenant, six mois plus tard, le foyer est plus stable. Les passages de relais sont calmes. La routine tient. Ton co-parent et toi êtes en contact chaque semaine, posément. Les nouveaux repères se sont installés.
Mira n’a plus besoin que l’école soit l’endroit le plus sûr. Elle est en sécurité à l’école. Elle est aussi en sécurité à la maison. Dans ses deux foyers.
Tu transfères le mail à ton co-parent. Je me suis dit que tu voudrais le voir. Ton co-parent le lit. Oui. Elle va bien avec nous aussi. L’échange continue un peu, puis passe à l’organisation de la semaine.
L’école reste le point stable. Chaque foyer aussi. L’enfant en a trois. C’est ça, l’objectif.
C’est la texture de la co-parentalité dans les périodes difficiles. Parfois l’école porte plus de poids. Parfois c’est le foyer. Le travail est de savoir lequel, et de faire grandir la capacité du foyer à tenir stable à côté de l’école. Quand les deux tiennent, l’enfant se repose.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.