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Module 03 · Routines à l'âge scolaire

Ce que les années d’école t’ont demandé

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Ce que les années d’école t’ont demandé

Ce que les années d’école t’ont demandé

Ton enfant a douze ans. Ou onze. Ou l’âge qui marque, dans ta vie à toi, la fin de l’école primaire et le début de ce qui vient ensuite. Il a grandi, il est trop grand pour l’école que tu lui as toujours connue. La maîtresse ou le maître de cette année dit au revoir. Le cartable part au fond d’un placard. On en achète un nouveau.

Quelque chose se referme.

Les années d’école se terminent. Les années entre quatre ou cinq ans, quand ça a commencé, et douze ou treize ans, quand il s’en va, sont derrière vous.

C’est l’article qui clôt le module sur l’âge scolaire. Le précédent revenait sur une année qui avait bien marché. Celui-ci revient sur toutes ces années. Pas du point de vue de ton enfant. Du tien.

Qu’est-ce que ces années t’ont demandé, en tant que parent qui élève en co-parentalité ? Qu’est-ce que tu es devenu à travers elles ? Qu’est-ce qui mérite d’être su au moment d’entrer dans l’étape suivante ?

Ce que tu as porté

Tu as porté cent petites choses à la fois pendant sept ou huit ans.

Le cartable. Les affaires de sport. La gourde. Le goûter. La casquette. Le livre de lecture. Le livre de la bibliothèque. Le cahier de devoirs. Le mot dans le cahier de liaison. Le coupon-réponse. Le formulaire. La sortie à régler. Le groupe WhatsApp de la classe. Le mail de la maîtresse. Pronote. Le planning. Le passage de relais.

Chacune, minuscule. Mises bout à bout, une charge mentale continue, de fond, qui tournait en arrière-plan chaque semaine de chaque période de chaque année, pendant presque dix ans.

Ton co-parent a porté sa version de la même chose. Parfois il en portait plus, parfois c’était toi. La charge n’a pas toujours semblé répartie à parts égales. Mais à vous deux, elle a été portée. L’enfant est allé à l’école. La plupart des jours. Avec, le plus souvent, les bonnes affaires. Pendant l’essentiel de l’année. Pendant l’essentiel de ces années.

Voilà ce que tu as porté. Pas comme un acte héroïque. Comme un long fait tranquille et continu de toutes ces années.

La patience que ces années ont demandée

Ces années ont demandé de la patience.

La patience de refaire la routine du matin le lendemain, après le matin qui était parti en vrille. La patience de remballer le cartable une deuxième fois, après que l’enfant l’avait vidé pour chercher quelque chose. La patience de relire pour la troisième fois le mail de la maîtresse au sujet du même formulaire. La patience de tenir toute la réunion parents-professeurs où l’école décrivait ce que ton enfant faisait déjà.

La patience de te coordonner avec ton co-parent sur un petit point qui aurait dû prendre cinq minutes et qui en a pris soixante. La patience de recevoir un message peu aidant de ton co-parent et d’y répondre posément. La patience d’absorber le passage de relais raté, le retour tardif, les affaires de sport non lavées, sans en faire une affaire plus grande qu’elle n’était.

La patience de tenir un sentiment discret au sujet de ta propre vie, qui n’a pas eu le droit d’être l’essentiel cette semaine, parce que la semaine d’école avait ses besoins.

La patience de répéter. De répéter l’heure du coucher. De répéter la conversation sur les devoirs. De répéter le rappel sur la politesse. De répéter la consigne brosse-toi les dents. De répéter l’explication patiente de pourquoi on ne parle pas comme ça à sa sœur. De répéter, et répéter, et répéter.

Tu as répété. Tu n’es plus la même personne qu’avant toutes ces répétitions. La patience s’est installée en toi, comme une habitude, à force de la pratiquer.

L’attention que ces années ont demandée

Ces années ont demandé de l’attention.

Pas l’attention spectaculaire d’une crise. La petite attention stable qui consiste à remarquer.

Remarquer l’enfant un peu plus silencieux cette semaine que la précédente. Remarquer l’amitié qui s’était refroidie. Remarquer les devoirs qui ne se faisaient pas. Remarquer son visage après un appel passé depuis l’autre foyer. Remarquer la façon dont il tenait ses affaires le dimanche soir. Remarquer la façon dont il s’animait devant la porte de l’école.

Remarquer ce que ton co-parent portait et que tu ne voyais peut-être pas. Remarquer la petite remarque de la maîtresse au moment de récupérer ton enfant. Remarquer le déplacement dans le groupe d’amis, devant le portail de l’école. Remarquer le grand-parent devenu une troisième présence stable. Remarquer le nouveau compagnon ou la nouvelle compagne qui cherchait ses marques.

L’attention n’avait rien de spectaculaire. C’était ce genre de regard qui apparaît quand on observe la même personne depuis longtemps et qu’on sait à quoi ressemble son état normal. La plus grande partie de ce que tu remarquais, tu n’agissais pas dessus. La plus grande partie, tu la tenais, simplement.

L’attention est sa propre forme d’amour. Tu t’es peut-être sous-estimé pour ça. Plus que le cartable rempli ou les devoirs accompagnés, c’est elle que ces années ont réellement réclamée.

La réparation que ces années ont demandée

Ces années ont demandé de la réparation.

La réparation après le mauvais matin. Après que tu as craqué. Après qu’il a crié. Après la conversation sur les devoirs qui a basculé. Après le coucher qui s’est effondré. Après le matin où il ne voulait pas aller à l’école. Après le moment de jeu avec un copain qui s’est terminé en larmes.

La réparation après un échange difficile avec ton co-parent. Après un message que tu aurais préféré ne pas envoyer. Après un moment, devant l’enfant, que tu aurais préféré ne pas avoir.

La réparation était rarement spectaculaire. C’était un bref retour. Je suis désolé pour tout à l’heure. C’était dur. Je t’aime. Une main tendue vers celle de l’enfant dans la voiture. Un court message à ton co-parent, plus tard. C’était difficile. On repart de zéro demain.

La réparation, c’est quelque chose que les années d’école t’ont appris à faire. Tu es peut-être arrivé à ces années sans savoir réparer. Tu viens peut-être d’une famille où les choses ne se réparaient pas, on passait simplement par-dessus. Les années d’école t’ont demandé d’apprendre, en le faisant, encore et encore, à petite échelle.

L’enfant sait que tu répares. L’enfant te regarde le faire. L’enfant apprend, en te voyant faire, comment le faire lui-même. La réparation devient une partie du fonctionnement de la famille.

Ça aussi, ces années te l’ont demandé.

Le lâcher-prise que ces années ont demandé, par petites touches

Ces années t’ont demandé de lâcher, par petites touches, des choses que tu tenais jusque-là.

L’accompagner à l’école. Il a commencé à y aller seul, avec des copains.

Connaître chaque adulte de sa vie. Il a commencé à avoir des enseignants, des camarades, des parents d’amis, des entraîneurs, des animateurs que tu n’avais jamais rencontrés.

Lui lire chaque livre au moment du coucher. Il a commencé à lire seul.

Choisir tous ses vêtements. Il a commencé à choisir.

Savoir ce qu’il pensait. Il a commencé à avoir des pensées qu’il ne partageait pas.

Connaître tous les enfants avec qui il passait du temps. Il a commencé à avoir des amis dont tu n’entendais que les prénoms.

Chaque lâcher-prise était petit. Mis bout à bout, ils ont été le lent retrait de ta pleine visibilité. L’enfant que tu élevais dans le creux de ta main est devenu un enfant qui vivait une plus grande part de sa journée hors de ton regard.

Ton co-parent a connu sa version de ça. La chose qu’il tenait et qu’il apprenait à relâcher.

Le relâchement n’a pas été facile. C’était la texture même de ces années. Tu as relâché, à petits pas, ce que tu ne pouvais plus tenir. L’enfant a grandi dans les espaces qui s’ouvraient.

Travailler aux côtés de ton co-parent

Ces années t’ont demandé de travailler aux côtés de ton co-parent. Pendant sept ou huit ans. Dans vos foyers séparés. Avec vos vies séparées.

Ce travail n’était pas de l’amitié. Ce n’était pas toujours de la chaleur. Parfois c’était tendu. Parfois c’était distant. Parfois c’était pratique, factuel, bref.

Mais ça fonctionnait. Le planning partagé. Les passages de relais. Les décisions concernant l’école. Les échanges avec les enseignants. Les rendez-vous médicaux. Les activités. Les amitiés. L’organisation de l’été. Les anniversaires.

Ton co-parent et toi avez bâti, à vous deux, un système qui a tenu un enfant à travers les années d’école. Pas parce que l’un ou l’autre se l’était fixé comme but. Parce que tous les deux, chacun à votre manière, vous avez continué à être là.

Ça mérite d’être dit. La relation de co-parentalité est sa propre forme de travail. Elle a survécu aux humeurs, aux tensions, aux périodes difficiles. Elle a produit un résultat qui tient. L’enfant est là. Il grandit. Il est tenu.

Si ton co-parent et toi avez une relation qui fonctionne, c’est quelque chose. Si vous pouviez vous asseoir à une table et avoir une conversation calme au sujet de l’enfant, c’est quelque chose. Si vous n’y arriviez pas, mais que l’enfant arrivait quand même à l’école la plupart des jours avec, le plus souvent, les bonnes affaires, c’est aussi quelque chose.

Quelle que soit la forme de ta relation de co-parentalité, elle a porté les années d’école. C’est ça qu’elle a fait.

Et maintenant

Les années d’école se terminent. Le collège commence (ou est sur le point de commencer). La forme de l’étape suivante est différente.

L’enfant devient plus autonome. Son monde s’élargit. Le groupe d’amis devient plus central. Le planning devient davantage le sien. Les échanges entre les deux foyers se déplacent : la coordination pratique diminue, l’accompagnement de l’autonomie grandissante de l’enfant augmente.

Le travail ne devient pas plus facile. Il devient différent.

Une partie de ce que les années d’école ont construit va se transmettre. Les routines. Les habitudes de communication avec ton co-parent. La relation avec les enseignants. Les habitudes de réparation. L’attention. La patience.

Une autre partie, non. Les années d’adolescence demanderont d’autres choses. Le module suivant de cette bibliothèque les aborde. (Voir le module 04, sur les adolescents entre deux foyers.)

Pour l’instant, tu n’as pas besoin de savoir ce que l’étape suivante demandera. Tu l’apprendras, comme tu as appris les années d’école. En le faisant. En étant patient. En réparant. En étant attentif. En travaillant aux côtés de ton co-parent. En lâchant, par les petites touches que l’étape suivante demandera.

Pour finir

Une note pour finir là-dessus, sur ce que tu es devenu.

Tu es entré dans les années d’école d’une certaine façon. Tu en sors autre.

Tu es plus patient qu’avant. Plus attentif. Plus exercé à réparer. Plus tolérant face à la journée imparfaite. Plus indulgent envers toi-même, peut-être. Plus indulgent envers ton co-parent, peut-être. Plus conscient de tout ce qui peut être porté, par toi, dans une journée, dans une semaine, dans une année.

Tu ne te sens peut-être pas transformé. La transformation est rarement visible de l’intérieur. Elle se voit dans les petits détails. La façon dont tu tiens un matin difficile aujourd’hui, comparée à celle dont tu tenais le même matin la première année de la séparation. La façon dont tu réponds à un message dur de ton co-parent aujourd’hui, comparée à celle dont tu aurais répondu la première année. La façon dont tu t’assieds sur la marche à la fin de l’année scolaire, avec le bulletin et l’eau fraîche, et dont tu ressens quelque chose qui ressemble à une gratitude tranquille pour ce qui a marché.

Les années d’école t’ont demandé beaucoup. Tu as été là pour l’essentiel. L’enfant est là. Tu y es arrivé.

Ces années sont finies. Les suivantes commencent. Tu es prêt, de la manière dont faire l’étape précédente prépare à la suivante, même si tu ne vois pas encore ce que la suivante exigera.

C’est la fin du module sur l’âge scolaire. Quoi qui t’y ait amené, quelle que soit l’étape de co-parentalité où tu te trouves, quelle qu’ait été la forme de tes années à toi : tu as fait le travail. Les années ont demandé, tu as répondu, l’enfant a grandi.

C’est la fin de ce module. Le suivant t’attendra quand tu en auras besoin.

Pour l’instant, repose-toi. L’été qui vient, ou la pause qui vient, est à toi. Le travail s’est arrêté un moment. Les années se sont refermées. L’enfant dort dans la pièce d’à côté, ou dans l’autre foyer, tenu en deux endroits à la fois, par deux parents qui, à eux deux, ont fait cette chose. Pendant sept ou huit ans.

Tu as fait ça. Vous l’avez fait tous les deux.

C’est suffisant.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.