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Module 03 · Routines à l'âge scolaire

Le passage de l’école primaire au collège

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

8–129 min de lecture
Le passage de l’école primaire au collège

Le passage de l’école primaire au collège

Le dossier d’affectation arrive au printemps. Ou la réunion d’information. Ou la brochure du collège. Quel que soit le signal, il finit toujours par arriver.

Ton enfant de onze ans quitte l’école primaire pour le collège. L’école où il a passé six ou sept ans se termine. À la rentrée, il commencera ailleurs.

C’est l’une des plus grandes transitions des années d’école. Nouvel établissement. Nouveaux copains, en partie. Nouveau niveau. Nouvel emploi du temps. Souvent un nouveau trajet. Du nouveau, partout.

Dans une famille en co-parentalité, cette transition ajoute des couches supplémentaires. Les deux parents sont concernés par le choix du collège. Les deux foyers s’adaptent au nouvel emploi du temps. Le paysage émotionnel de l’enfant devient plus vaste, et plus visible, pendant cette période. Et la pression de la décision arrive à un moment où le système familial porte déjà du poids.

Cet article parle de cette transition.

Le choix du collège

La première grande pièce. Quel collège ?

En France, l’entrée au collège passe d’abord par la carte scolaire : ton enfant est rattaché à un collège de secteur, en fonction de votre adresse. Pour beaucoup de familles, le choix est surtout logistique : on accepte le collège de secteur, ou on envisage autre chose (une demande de dérogation, une option particulière comme une section bilingue ou une classe à horaires aménagés, un établissement privé sous contrat). Quel que soit le cas de figure, la décision se partage entre les deux parents. L’article sur la décision partagée s’applique (module 03, article 15, sur le premier téléphone, en pose le principe ; on est ici sur une décision de même ampleur).

Quelques repères pour la conversation.

Les deux parents se renseignent sur les collèges. Journées portes ouvertes, recherches en ligne, échanges avec d’autres parents. Chacun se fait une idée. Cette idée n’a pas besoin d’être la même des deux côtés ; mais les deux parents doivent être informés.

L’avis de l’enfant compte. À onze ans, ton enfant a son mot à dire. Il a entendu parler des collèges par ses copains. Il a vu les bâtiments. Il a une idée de ce qui lui irait. Les deux parents l’écoutent.

La géographie compte, dans une famille à deux foyers. Un collège à dix minutes d’un foyer et à quarante-cinq minutes de l’autre, ce n’est pas la même chose, structurellement. Le parent qui a le plus long trajet conduira davantage, ira chercher l’enfant plus souvent. Cela façonne le rythme entre les deux foyers. Parlez-en clairement.

Le coût et les moyens comptent. Un établissement privé représente un engagement financier sur plusieurs années. Une option particulière peut entraîner des frais (matériel, voyages, sorties, activités). Les deux parents s’accordent sur le tableau financier.

La date limite force la décision. La date du dossier d’affectation ou de dérogation est fixe. Les deux parents doivent être alignés avant. Si l’échéance approche et que vous ne l’êtes pas, c’est la priorité du mois qui vient.

Si vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord, une médiation familiale peut aider. Le collège de secteur (celui que ton enfant rejoindrait sans aucune démarche particulière) reste le filet de sécurité. La plupart des familles l’évitent et trouvent un accord.

Quand la décision est conflictuelle

Pour certaines familles, la décision se prend facilement. Le collège de secteur est bien, l’enfant veut y aller, les deux parents sont d’accord.

Pour d’autres, non.

Premier cas. Un parent vise un établissement précis, avec une option ou une réputation particulière ; l’autre préfère le collège de secteur. Les raisons varient. Certains établissements affichent parfois de meilleurs résultats. Le collège de secteur a parfois des groupes d’élèves plus mélangés et un trajet plus court. Les deux points de vue ont leur valeur.

Deuxième cas. Les deux parents n’ont pas le même regard sur le privé et le public. L’un peut payer le privé et le choisirait ; l’autre ne peut pas, ou pense que le public est le bon choix par principe. Le déséquilibre financier compte.

Troisième cas. Les deux parents ont des visions différentes de la philosophie de l’établissement (une école avec une dimension confessionnelle, une pédagogie alternative, un cadre plus traditionnel). La différence de valeurs est réelle.

Dans tous ces cas, la conversation mérite du vrai temps. N’essaie pas de la régler en un week-end. N’enchaîne pas trop vite sur une médiation ; quelques semaines d’échanges suffisent souvent à faire avancer les choses. L’avis de l’enfant s’intègre à la conversation à mesure qu’elle se construit.

Si le désaccord est vraiment indépassable, le cadre juridique de l’autorité parentale conjointe s’applique : les décisions importantes concernant la scolarité se prennent à deux. En dernier recours, c’est le juge aux affaires familiales qui tranche. Un avocat spécialisé en droit de la famille peut préciser ce que prévoit votre situation.

Une fois la décision prise

Le collège est choisi. Restent les couches pratiques.

Les fournitures. La liste de fournitures arrive en général avec l’inscription ou au début de l’été : les cahiers, la calculatrice, le matériel demandé par certaines matières. Les deux parents savent ce qu’il faut.

Les chaussures et le sac. Le cartable ou le sac à dos que l’enfant aime. Ses chaussures. L’avis de l’enfant compte ; laisse-le choisir là où ça a du sens.

Le trajet. C’est important. Le collège est souvent plus loin que l’école primaire. On peut attendre de l’enfant qu’il fasse le trajet seul (à pied, à vélo, en bus ou en car de ramassage). Les deux parents s’accordent sur ce que l’enfant a le droit de faire.

L’emploi du temps. Au collège, l’emploi du temps n’a plus rien à voir avec le primaire. Des horaires qui changent d’un jour à l’autre. Une journée qui peut commencer plus tôt et finir plus tard. Des trous, parfois. Le rythme entre les deux foyers peut avoir besoin d’un ajustement pour coller au nouvel emploi du temps. Et il y a Pronote : pense à ce que les deux parents y aient accès, pour suivre les notes, les devoirs et les mots de la vie scolaire.

Ce que la transition fait vraiment vivre à l’enfant

L’été avant le collège. Ton enfant sait que ça arrive. Il est excité. Il est inquiet. Il est plus attaché à son identité d’écolier qu’il ne veut bien l’admettre.

Dans une famille séparée, cette transition s’ajoute aux couches déjà là. Ton enfant a traversé d’autres transitions (la séparation elle-même, peut-être un déménagement, peut-être l’arrivée d’un nouveau conjoint). Le passage au collège en est une de plus.

Ça peut se manifester ainsi :

Un sommeil qui se dérègle. L’enfant qui dormait bien a du mal à s’endormir. La chambre dans le nouveau foyer peut paraître différente. L’été est sans cadre. Le sommeil devient instable. (Voir module 01, article 15.)

De l’irritabilité. Ton enfant est plus grognon que d’habitude. Un rien le fait sortir de ses gonds. Il porte une inquiétude qu’il n’arrive sans doute pas à nommer.

Un besoin de coller. À un parent en particulier. Il peut être plus émotif au moment du relais qu’il ne l’a été depuis un an.

Une mise à distance. L’inverse. Il se replie. Il ne veut pas parler. Il devient plus difficile à atteindre.

Le retour des questions sur la séparation. Les transitions réveillent les vieilles questions. «Pourquoi Maman et toi, vous vous êtes séparés ?» peut revenir autrement à douze ans, même si ça semblait réglé à sept.

Tout cela est normal. Les deux parents le remarquent. Les deux parents soutiennent. L’enfant n’a pas besoin qu’on règle ses émotions ; il a besoin qu’on les tienne.

Les premières semaines de collège

Le collège commence. La première semaine est intense pour tout le monde.

Ton enfant rentre avec une pile d’informations nouvelles. Les noms des profs. Les nouveaux camarades. Les règles. Le rythme des devoirs. Il digère tout ça.

Le rôle des parents, c’est d’écouter, pas d’interroger. Pas c’était comment ta journée, à côté de qui tu étais, tu t’es fait des copains, qu’est-ce qu’il a dit le prof de maths. Juste comment tu vas. Il te dira ce qu’il a envie de te dire. Certains enfants sont bavards sur les premières semaines ; d’autres ont besoin de temps.

Les premières semaines peuvent comporter :

Des recompositions d’amitiés. Le groupe de copains de primaire s’est peut-être éparpillé entre plusieurs collèges. De nouvelles amitiés se forment. Certaines amitiés de primaire s’éteignent. C’est dur.

Des surprises sur le plan scolaire. Ton enfant peut se retrouver en tête de sa classe, ou en difficulté, d’une façon différente du primaire. Le niveau d’exigence a changé.

De la confusion logistique. Le casier. L’emploi du temps. Les changements de salle. Des profs qu’on ne connaît pas. L’enfant gère l’essentiel tout seul ; certains trouvent ça plus difficile.

Des frictions autour du téléphone et des réseaux. Le téléphone (s’il en a un) prend une place plus centrale. Les groupes de discussion avec la nouvelle classe. Des conversations sur des réseaux où l’enfant n’était pas en primaire. (Voir module 03, articles 15 et 16.)

Les deux foyers tiennent bon. Les routines posées plus tôt dans ce module continuent : le coucher, la façon de faire les devoirs, le principe du sac qui voyage.

La fréquence des échanges entre co-parents peut avoir besoin d’augmenter pendant la transition. Elle a parlé du prof de maths aujourd’hui. On dirait qu’elle galère un peu. Juste pour info. Pas un nouveau problème à résoudre ; juste une info, pour que l’autre foyer soit au courant.

Quand la transition n’est pas fluide

Certains enfants s’installent au collège en deux semaines. Certains mettent un trimestre. Certains, plus longtemps.

Si ton enfant en est à six semaines et qu’il est encore franchement en difficulté (sommeil, humeur, refus d’aller à l’école, détresse scolaire), la conversation s’élargit. Parle au professeur principal. Parle au collège. Éventuellement, fais appel à un psychologue de l’Éducation nationale ou à un thérapeute pour enfants.

Le co-parent en fait partie. Si un parent enclenche un accompagnement, l’autre est informé et, idéalement, le soutient. L’enfant a besoin de la réponse à deux voix qui n’en font qu’une.

Ne dramatise pas le premier trimestre. Beaucoup d’enfants ont besoin de temps. L’inquiétude de l’été se résorbe souvent une fois la routine lancée. Donne du temps. Observe de près.

L’atterrissage

Septembre. La nouvelle année. Ton enfant avec son nouveau sac, qui quitte la maison à 7 h 45 au lieu de 8 h 30. Le collège est à vingt minutes de vélo. Il y va seul.

La première semaine est un brouillard d’informations nouvelles. La deuxième, les choses se posent. À la troisième, il maîtrise son emploi du temps. Aux vacances de la Toussaint, il a quelques nouveaux copains et une idée des profs qu’il préfère.

Le rythme entre les foyers s’est ajusté. Le nouveau trajet fait que l’enfant arrive dans l’un ou l’autre foyer du bon côté du collège. Le principe du sac qui voyage fonctionne toujours. Les devoirs se font toujours là où ils se font. Les routines tiennent.

Le co-parent et toi, vous avez traversé le choix du collège ensemble. Vous faites tous les deux partie du nouveau chapitre. Ton enfant a franchi un seuil. Il n’est plus tout à fait un écolier, pas encore un ado. Il est au début d’une nouvelle étape.

C’est l’un des plus grands seuils de la co-parentalité à l’âge scolaire. Franchis-le bien, et l’étape suivante aura des fondations.

Pour finir

Le dossier arrive au printemps. La rentrée, elle, arrive en septembre. Entre les deux, il y a un choix à faire à deux, des trajets à organiser, un emploi du temps à apprivoiser, et un enfant qui grandit d’un coup.

Tu ne maîtriseras pas tout. Tu ne sauras pas, le premier matin, si la journée se passera bien. Mais le collège de ton enfant, son nouveau cartable, son trajet à vélo, son emploi du temps : tout ça finit par se mettre en place. Et le co-parent et toi, vous l’aurez accompagné, chacun à votre façon, jusqu’au bon côté du seuil.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.