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Module 03 · Routines à l'âge scolaire

Le premier téléphone. Quand et comment

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

8–129 min de lecture
Le premier téléphone. Quand et comment

Le premier téléphone. Quand et comment

La conversation arrive plus tôt que tu ne l’imaginais.

Ton enfant de dix ans te dit, l’air de rien, que tout le monde dans sa classe a un téléphone. Tu demandes si tout le monde, c’est vraiment tout le monde, et il recule un peu. Beaucoup. La plupart.

Tu ne réponds pas tout de suite. Tu y penses tout le reste de la soirée.

Le lendemain matin, ton co-parent t’écrit. « Elle t’a parlé de l’histoire du téléphone ? Apparemment, elle en discute avec ses copines. On en parle ? »

Cet article parle du premier téléphone. Le quand. Le comment. Le comment-quand-il-y-a-deux-foyers.

C’est l’une des plus grandes décisions des années d’école. Plus grande que la première nuit chez une copine. Plus grande que la discussion sur le temps d’écran. Le téléphone, c’est un changement durable dans la façon dont l’enfant accède à l’information, au lien social et, à terme, à tout le web. Une fois introduit, on ne le range plus.

Et c’est une décision qui doit presque obligatoirement se prendre à deux. Contrairement au temps d’écran, qui peut varier entre les deux foyers, le téléphone est un seul appareil que l’enfant transporte de l’un à l’autre. La décision doit être partagée, même si les règles autour de son usage peuvent différer.

Quand

Le cerveau des enfants continue de se développer jusqu’au début de l’âge adulte. Le cortex frontal, responsable du contrôle des impulsions et de l’évaluation des risques, fait partie des zones qui mûrissent le plus lentement. À cet égard, le cerveau d’un enfant de dix ans est réellement différent de celui d’un ado de quatorze ans.

Ces cinq dernières années, la plupart des recommandations en pédiatrie et en développement de l’enfant ont évolué vers une introduction plus tardive du téléphone. Des organismes importants du développement de l’enfant, et des collectifs de parents, conseillent désormais d’attendre le début du collège comme seuil habituel.

C’est une recommandation, pas une loi. Beaucoup d’enfants ont un téléphone plus tôt. Beaucoup de familles ont des raisons précises pour un téléphone plus précoce : un enfant qui se déplace seul pour aller à l’école, un besoin logistique lié à une famille séparée, un besoin particulier lié à la scolarité.

Dans une famille en co-parentalité, la conversation se construit à la fois sur les recommandations générales et sur les circonstances précises. Les deux parents s’accordent ensemble sur le quand. Le comment (les règles, la surveillance, le type de téléphone) vient une fois le quand réglé.

L’argument du plus tôt, dans une famille en co-parentalité

Une vraie considération. Dans une famille séparée, l’enfant a un besoin concret de communication que les enfants d’un seul foyer n’ont pas au même degré.

Quand l’enfant est dans son autre foyer, il peut vouloir t’appeler. Pas par détresse ; dans l’ordinaire du j’ai oublié de te dire un truc ou devine ce qui s’est passé aujourd’hui. Un enfant sans téléphone à lui doit demander à ton co-parent de passer cet appel. Ton co-parent est plus ou moins disponible. L’enfant se sent plus ou moins à l’aise de demander.

C’est réel. Ça peut être une raison d’avoir un téléphone plus tôt.

C’est aussi une raison de choisir une autre solution qu’un téléphone complet. Un simple téléphone basique, avec appels et SMS uniquement. Une montre connectée pour enfants avec une fonction de messagerie. Un téléphone fixe dans chaque foyer. Un appareil familial partagé avec une appli de discussion, comme une tablette qui reste à la maison et sert aux appels vidéo.

Le besoin de communication se règle sans smartphone connecté à internet. Si les parents s’accordent sur le fait que le besoin de fond, c’est la communication entre les foyers, le smartphone n’est peut-être pas la réponse.

L’argument du plus tard

Le cerveau de l’enfant est encore en développement. Le smartphone donne accès aux réseaux sociaux, aux applis de messagerie, au jeu en ligne avec des inconnus, à des vidéos sans aucun regard d’adulte, et à des contenus que l’enfant n’est pas encore équipé pour digérer.

Beaucoup de choses qui peuvent mal tourner avec un smartphone ne sont pas visibles pour un parent. La vie de l’enfant sur les réseaux se déroule du coin de l’œil. La messagerie se passe à l’école. La navigation se passe dans sa chambre. Le temps que quelque chose devienne visible pour le parent, c’est peut-être déjà devenu une habitude.

Plus le téléphone est retardé, plus l’enfant est, sur le plan du développement, prêt à le gérer.

La pression sociale pour un téléphone plus tôt est réelle. Les copains. L’école. Les autres parents. Tout le monde en a un. C’est, factuellement, moins vrai que ça en a l’air (la plupart des enfants de dix ans, dans la plupart des pays, n’ont pas de téléphone), mais la réalité du groupe de copains de ton enfant peut être différente.

Tenir la ligne du plus tard est inconfortable. C’est aussi, tout bien pesé, le choix le plus prudent, celui qui s’appuie sur les meilleures données à long terme.

Comment décider

Les deux parents en conversation. Une conversation calme, attentive aux données, et propre à l’enfant.

De quoi parler.

De quoi ton enfant a-t-il précisément besoin avec un téléphone ? Le besoin de communication en est un. Autre chose ? Si la réponse, c’est pour faire comme les copains, c’est une réponse de pression sociale, pas une réponse de besoin.

À quoi ton enfant est-il précisément prêt ? Un enfant émotionnellement posé, qui tient les règles, qui te raconte les choses, est peut-être prêt pour un téléphone plus tôt. Un enfant qui traverse encore de grandes émotions, qui cache des choses, qui a été touché émotionnellement par la séparation, a peut-être besoin de plus de temps.

À quel type de téléphone penses-tu ? Un téléphone basique, c’est une décision différente d’un smartphone. Ne mélange pas les deux dans la conversation.

Quelles règles les deux foyers vont-ils tenir ? La décision d’introduire le téléphone vient avec des règles : quand on l’utilise, où on le recharge, quelles applis sont autorisées, qui peut lui écrire. Les deux foyers doivent tenir à peu près le même socle.

Quel est le calendrier ? Maintenant, c’est une autre conversation que l’année prochaine. Parfois, la décision, c’est d’attendre six mois et d’y revenir.

La conversation ne se réglera peut-être pas en une seule fois. C’est normal. La décision du téléphone n’a rien d’urgent. Elle peut prendre trois ou quatre conversations sur quelques semaines.

Si ton co-parent et toi n’êtes pas d’accord, le désaccord compte. Le téléphone fait partie des décisions où une action unilatérale d’un parent (acheter le téléphone sans l’accord de l’autre) abîme la confiance de façon importante. Si vous n’arrivez pas à vous accorder, vous aurez peut-être besoin d’un médiateur, ou bien vous attendez d’y arriver.

Une fois le téléphone arrivé

Quand tu décides que c’est oui, la couche suivante, ce sont les règles.

Un schéma utile. Le téléphone a les mêmes règles dans les deux foyers. Non pas parce que les foyers sont alignés sur tout, mais parce que le téléphone est un seul appareil qui voyage avec l’enfant. Des règles différentes selon le foyer pour le même appareil, ça perd l’enfant et ça crée des occasions de manipulation.

Le minimum de règles utiles :

  • Le téléphone se recharge dans un espace familial partagé, pas dans la chambre.
  • Le téléphone est éteint (ou au moins, pas utilisé) la dernière heure avant le coucher.
  • Le téléphone est éteint (ou en mode avion) pendant les repas.
  • Les deux parents ont accès au téléphone en cas de besoin (pour la sécurité, pour la surveillance dans la première phase).
  • Le téléphone a un contrôle parental. Les applis autorisées sont listées. Les applis non autorisées sont bloquées.
  • L’enfant sait que confier le téléphone est un pas de confiance, et que cette confiance se construit avec le temps.

Ces règles se resserrent ou se relâchent au fur et à mesure que l’enfant montre qu’il sait gérer le téléphone. Un enfant de dix ans qui découvre un téléphone a des règles plus serrées. Un ado de treize ans qui a un téléphone depuis trois ans et fait preuve de bon sens a des règles plus souples. La trajectoire va vers l’enfant qui gère le téléphone de façon autonome au milieu de l’adolescence.

Applis et accès

L’accès au contenu, sur le smartphone, c’est la décision plus profonde, sous la décision du téléphone.

Un smartphone avec les applis bloquées, c’est un appareil différent d’un smartphone où toutes les applis sont disponibles. WhatsApp, ça peut aller. TikTok à dix ans, c’est une autre conversation. Instagram avec un accès complet à dix ans, pour l’essentiel des recommandations pédiatriques, ce n’est pas conseillé.

Les deux parents doivent s’accorder sur la liste des applis. Si un foyer autorise TikTok et l’autre non, l’enfant a TikTok de toute façon. Le blocage-dans-un-foyer ne sert à rien si le déblocage-dans-l’autre a lieu.

Les applis auxquelles réfléchir :

  • La messagerie. WhatsApp, iMessage. Pour les copains et la famille. Globalement, ça va, avec une surveillance.
  • Les réseaux sociaux. Instagram, TikTok, Snapchat. Globalement déconseillés à l’école primaire. Le seuil de douze ans est un point de départ courant.
  • Le jeu en ligne avec fonctions sociales. Le terrain de l’article précédent. Une surveillance continue.
  • La vidéo. YouTube. Un accès filtré ou accompagné dans la première phase.

Tu ne feras pas ça parfaitement. La liste bouge à mesure que de nouvelles applis apparaissent. La conversation continue.

Quand le téléphone pose problème

Le téléphone est parfois la cause immédiate de problèmes qui seraient arrivés de toute façon. Un conflit d’amitié se déplace vers la messagerie. L’anxiété autour de l’école devient de l’anxiété autour du téléphone. Le sommeil se dégrade.

Si le téléphone est l’endroit visible d’un problème, la conversation se mène sur deux couches. Traiter la question propre au téléphone (couper les notifications, restreindre les horaires de messagerie, regarder les messages avec l’enfant). Et traiter la question de fond (le conflit d’amitié, l’anxiété scolaire, la régression du sommeil).

Si le téléphone, honnêtement, apporte plus de mal que de bien, les deux parents s’accordent pour faire un pas en arrière. Le téléphone se simplifie. Des applis sautent. Les horaires se réduisent. L’enfant sait que c’est au service de son bien-être, pas une punition.

Pour finir

La conversation sur le téléphone prend quelques semaines. Ton co-parent et toi vous accordez sur un point de départ : un téléphone basique pour l’instant, avec appels et SMS uniquement, plus une appli de discussion familiale partagée. On envisagera le smartphone dans dix-huit mois.

Ta fille est un peu déçue, mais elle l’accepte. L’argument du tout-le-monde-en-a perd de sa force quand le téléphone basique arrive. Elle a un téléphone ; ce n’est juste pas le smartphone.

Dix-huit mois plus tard, la conversation revient. À ce moment-là, ton co-parent et toi en savez plus sur ce à quoi elle est prête. La décision est plus facile la deuxième fois.

Le téléphone, une fois introduit, devient un élément de plus de la vie d’âge scolaire. Des règles, une surveillance, des soucis ponctuels, et le plus souvent ça va. La décision a été prise à deux. Les deux foyers tiennent le même socle. L’enfant voit un front commun sur la seule décision où ça compte le plus.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.