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Module 03 · Routines à l'âge scolaire

La sécurité en ligne dans les deux foyers

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

8–129 min de lecture
La sécurité en ligne dans les deux foyers

La sécurité en ligne dans les deux foyers

Mardi, 20 h 30. Ton co-parent t’écrit.

« Tu as vu ce qu’elle a cherché ? Je viens de regarder son historique de recherche. Il y a des trucs dont j’aimerais qu’on parle. »

Toi, ça fait deux semaines que tu n’as pas regardé l’historique de recherche chez toi. Tu n’as pas de méthode pour ça. Ton co-parent, lui, en a une, apparemment, et il a trouvé quelque chose.

Tu demandes ce qu’il a trouvé. Il t’envoie quelques mots-clés de recherche. Ils tournent autour d’une série que ton enfant regarde à l’école avec ses copains. La série est classée pour un public plus âgé. Les recherches ne sont pas crues, mais elles montrent clairement que l’enfant est allé chercher du contenu qui n’est pas de son âge.

Tu réponds. « D’accord. On peut en parler demain pour voir comment gérer ça ? » Ton co-parent est d’accord.

Cet article parle de la sécurité en ligne quand il y a deux foyers. Il ne porte pas sur le détail technique de quels réglages activer sur quelle appli ; cette information varie d’une plateforme à l’autre et change sans arrêt. Il porte sur le problème de structure : faire en sorte que les deux foyers fassent la même chose, partagent ce qu’ils trouvent, et offrent à l’enfant une expérience cohérente, celle d’être accompagné, plutôt que deux parents qui surveillent chacun des choses différentes en silence.

Ce qu’est vraiment la sécurité en ligne

Pour un enfant d’âge scolaire, la sécurité en ligne, ce n’est pas une seule chose. C’en est trois.

La sécurité du contenu. Ce à quoi l’enfant est exposé. Vidéos, images, textes, contenus recommandés par les algorithmes. Le risque : l’enfant voit quelque chose pour lequel il n’est pas prêt, sans aucun filtre sur le poids émotionnel.

La sécurité des contacts. Avec qui l’enfant communique. Copains, camarades de classe, contacts uniquement en ligne, inconnus. Le risque : quelqu’un à qui l’enfant ne devrait pas parler est en train de lui parler.

La sécurité des comportements. Ce que l’enfant fait lui-même en ligne. Publier, partager, rejoindre, chercher. Le risque : l’enfant fait quelque chose dont il ne mesure pas encore les conséquences.

Chacune demande une attention à part. Les deux parents doivent connaître les bases dans chacune. Les deux foyers mettent en place des garde-fous similaires.

Pourquoi la coordination compte

Les défenses techniques ne marchent que si les deux foyers les ont.

Un contrôle parental sur le téléphone de l’enfant dans un foyer ne sert à rien si le second foyer le désactive. Un filtre de contenu YouTube sur la tablette d’un foyer ne sert à rien si la tablette du second foyer n’a aucun filtre. Une règle d’écran-hors-de-la-chambre dans un foyer ne sert à rien si le second foyer autorise les écrans dans les chambres.

Il ne s’agit pas d’avoir des règles identiques dans les deux foyers. Il s’agit d’avoir, dans les deux foyers, un socle de même niveau de filtrage pour le même appareil.

Si le téléphone de l’enfant a un contrôle parental, les deux foyers savent en quoi il consiste. Les deux foyers le maintiennent. Aucun foyer ne le relâche unilatéralement sans le dire à l’autre.

Si la tablette familiale, chez l’un des parents, a un filtre de contenu, la tablette familiale chez l’autre parent a le même type de filtre. Des familles différentes. Le même niveau de sécurité.

Si tu es au début d’une séparation et que la sécurité en ligne n’a pas encore été coordonnée, c’est l’une des premières conversations à avoir. Précisément : la coordination, appareil par appareil et appli par appli, des réglages en place.

La partie active : ce que l’enfant cherche

La partie la plus difficile de la sécurité en ligne, ce n’est pas le filtre technique. C’est la surveillance active.

Un filtre de contenu bloque le pire. Il ne te montre pas ce qui rend l’enfant curieux. L’historique de recherche dans un foyer montrera une partie des choses. L’historique de recherche dans l’autre foyer en montrera une autre.

Les deux parents regardent. Les deux parents partagent ce qu’ils voient, quand ça compte.

L’essentiel de ce qui apparaît est anodin. Des recettes de pâte à modeler maison. Des astuces pour Roblox. Des blagues entendues à l’école. Des noms de célébrités dont parlent les copains. Une fois tous les quinze jours, quelque chose est plus préoccupant. Une recherche sur un contenu que l’enfant ne devrait pas aller chercher. Une recherche liée à son propre état émotionnel. Une recherche qui laisse penser qu’on lui demande quelque chose en ligne.

Le schéma : regarder chaque semaine, partager quand c’est préoccupant, ne pas donner à l’enfant le sentiment d’être surveillé.

Ne reste pas à côté de l’enfant pendant que tu consultes l’historique de recherche. Fais-le après qu’il s’est endormi, ou pendant qu’il est à l’école. Le but n’est pas de le gêner. Le but, c’est de savoir.

Si tu trouves quelque chose de préoccupant, ne confronte pas l’enfant tout de suite. Laisse passer une journée. Parles-en à ton co-parent. Décidez ensemble comment aborder ça. La conversation se mène alors à vous deux avec l’enfant, et non comme un interrogatoire surgi de nulle part.

La partie contacts : avec qui il parle

La partie sécurité-des-contacts a changé ces dernières années. La communication en ligne des enfants d’âge scolaire se fait aujourd’hui surtout avec des gens qu’ils connaissent en vrai (copains d’école, famille).

Pour la plupart des enfants d’âge scolaire, la liste de contacts est courte et familière. Un groupe WhatsApp avec les quatre copines de l’école. Un copain sur Roblox qui se trouve être un cousin. Un serveur Minecraft avec la bande du périscolaire.

Les deux parents savent qui est sur la liste de contacts. Ce n’est pas de la surveillance ; c’est une attention normale. C’est qui, Sam ? Ah, Sam du CM2. D’accord.

Si un nom apparaît qu’aucun des deux parents ne reconnaît, tu demandes. L’enfant répond. La plupart du temps, la réponse est rassurante : Ah, c’est la cousine de Mira. Je l’ai rencontrée à l’anniversaire. Parfois non, et c’est là que la conversation commence.

Ce à quoi être attentif. Un contact qui ne vient pas d’un cadre social connu (école, famille, amis des parents). Un contact qui écrit souvent et pose des questions qui ne sont pas de l’âge de l’enfant. Un contact qui tient à ce que l’enfant garde la conversation secrète.

Si tu repères l’un de ces signes, les deux parents le savent. La conversation avec l’enfant est calme et curieuse. Raconte-moi, c’est qui Alex ? Écoute. Ajuste selon ce que tu entends.

La partie comportements : ce qu’il publie

Pour les enfants d’âge scolaire plus grands (dix, onze, douze ans), la question du comportement devient réelle. Ils publient peut-être sur les réseaux sociaux, partagent dans des groupes, envoient des choses à des copains.

La règle simple : rien qu’ils n’aimeraient pas voir lu par n’importe quel adulte qui les connaît.

C’est plus difficile à tenir que les questions de contacts et de contenu, parce que ça suppose la coopération de l’enfant. Il doit intégrer la règle.

Les deux parents rappellent la même règle. Même conversation, même exigence. Les deux foyers remarquent quand l’enfant reste longtemps sur l’appareil.

Le point de vigilance : un enfant qui publie en privé et ne partage rien avec ses parents. Un schéma d’adolescent qui émerge dès dix ans, où l’enfant a une vie privée sur l’appareil qu’aucun des deux parents ne voit.

La réponse est douce. Pas de surveillance. La règle du téléphone-dans-les-espaces-partagés de l’article 15 aide. Le socle de décision partagée aide. La trajectoire de confiance aide. L’enfant a le droit à une intimité, mais la limite de cette intimité s’élargit avec le temps, pas d’un seul coup.

Quand quelque chose a mal tourné

Parfois, malgré toutes les couches, quelque chose passe. L’enfant voit quelque chose qu’il ne devrait pas voir. L’enfant est contacté par quelqu’un avec qui il ne devrait pas être en contact. L’enfant fait quelque chose en ligne qui a des conséquences.

Le premier mouvement est calme. Ne panique pas. N’accuse pas. L’enfant te regarde pour savoir s’il a des ennuis.

Précisément : l’enfant a besoin de savoir qu’il peut venir te voir sans danger avec un problème en ligne. Si ta réaction au premier problème en ligne est la colère, le deuxième ne te sera pas raconté.

Le deuxième mouvement, c’est d’agir sur la question précise. S’il a vu un contenu qui l’a perturbé, parles-en brièvement sans le retraumatiser. Si quelqu’un l’a contacté, garde une trace, bloque, signale si besoin. S’il a fait quelque chose en ligne avec des conséquences, traversez les conséquences ensemble (s’excuser auprès de la personne concernée, réparer ce qui peut l’être, tirer la leçon de ce qui ne peut pas l’être).

Les deux parents sont impliqués dans la réponse. Pas forcément tous les deux physiquement présents à chaque conversation. Mais tous les deux informés, tous les deux tenant la même ligne, tous les deux soutenant l’enfant pendant qu’il s’en remet.

Quand passer à l’étape supérieure

Une petite part des problèmes de sécurité en ligne demande une aide extérieure.

Un contact qui ressemble à un prédateur. Un contact insistant de la part de quelqu’un qui cherche à soutirer des informations personnelles, à envoyer à l’enfant du contenu inapproprié, ou à organiser une rencontre. Là, on alerte les autorités, et les deux parents sont impliqués. N’essaie pas de gérer ça en privé.

Une exposition à un contenu qui a traumatisé l’enfant. L’enfant a vu quelque chose de réellement éprouvant et en montre les contrecoups (sommeil, humeur, symptômes physiques). Le médecin traitant, le pédiatre, ou un professionnel de la santé mentale de l’enfant peut aider.

L’enfant a fait quelque chose en ligne qui a gravement touché un autre enfant. Harcèlement, partage d’images, menaces. L’école est impliquée. Possiblement les autorités. Les deux parents travaillent avec l’école en front commun.

Ces situations sont rares, mais elles arrivent. La réponse en front commun compte encore plus dans ces moments-là que dans n’importe quel autre scénario de sécurité en ligne.

Pour finir

Ton co-parent et toi en parlez le mercredi soir. Vous décidez de parler à votre fille ensemble. Pas comme un interrogatoire. Comme une conversation calme.

Tu t’assois avec elle. « On a vu que tu avais cherché des choses sur [la série]. On voulait t’en parler. Qu’est-ce que tu en sais ? »

Elle raconte. Des copines à l’école la regardent. Elles en parlent. Elle voulait comprendre de quoi il s’agissait. Elle ne l’a pas vraiment regardée.

Tu lui expliques pourquoi cette série n’est pas de son âge. Tu lui expliques que tu n’es pas en colère, mais que tu aimerais qu’elle vienne te voir si elle veut savoir quelque chose, plutôt que de le chercher en ligne. Tu lui expliques que tu vas continuer à regarder son historique de recherche, doucement, parce que ça fait partie de la façon dont tu la gardes en sécurité en ligne.

Elle hoche la tête. La conversation se termine.

Le dispositif tient parce que le dispositif était déjà là. Les deux parents qui regardent les mêmes choses. Les deux parents informés. Les deux parents calmes. L’enfant sait qu’elle peut demander. L’enfant sait qu’elle ne peut pas se cacher. L’enfant sait les deux.

Voilà à quoi ressemble la sécurité en ligne dans une famille en co-parentalité. Pas parfaite. Pas de la surveillance. Deux adultes attentifs, ensemble.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.