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Module 11 · Nouvelles relations et familles recomposées

Quand et comment présenter une nouvelle personne

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges12 min de lecture
Quand et comment présenter une nouvelle personne

Quand et comment présenter une nouvelle personne

Module 11 · Nouvelles relations et familles recomposées · Article 02 · Wave 2 · tous les âges


Samedi matin. Onze heures six. Tu es planté devant ton armoire, deux chemises sur des cintres dans les mains. La bleue ou la grise. La rencontre est prévue à quinze heures. Un parc où tu es allé cent fois avec ton enfant de huit ans. La personne que tu fréquentes t’y retrouve là-bas, avec le chien qu’elle emmène parfois en balade.

Tu prépares ça depuis quatre semaines. Tu en as parlé trois fois avec elle. Tu l’as évoqué deux fois auprès de ton enfant, calmement, sans en faire toute une histoire. Tu as envoyé un petit message à ton co-parent hier pour le prévenir, et tu as reçu un petit message en retour, un simple merci.

Alors pourquoi es-tu planté devant ton armoire à onze heures six, un samedi matin, deux chemises à la main, avec dans la poitrine cette sensation qu’on a juste avant un examen ?

Cet article parle de cette sensation. De ce qui se joue vraiment à quinze heures. Et de la raison pour laquelle la réponse à presque toutes les questions que tu te poses aujourd’hui tient en un mot : plus petit.

L’instinct, c’est d’en faire trop

Tu attends ce moment depuis six mois. Tu y penses depuis plus longtemps encore. Il y a une part de toi qui voudrait que cet après-midi soit un grand moment. La première rencontre entre deux pans importants de ta vie. La version tout-le-monde-autour-de-la-table. La version on-veut-vraiment-que-ça-se-passe-bien.

Cette version-là est la mauvaise.

Pour toi, cette rencontre est importante. Elle marque un cap. Elle veut dire que tu as décidé que cette relation est assez sérieuse pour l’intégrer au reste de ta vie. C’est quelque chose de réel.

Pour ton enfant, la rencontre devrait ressembler à un samedi ordinaire, avec une personne en plus au parc.

L’écart entre ces deux lectures, c’est tout l’article. Ton travail, c’est de faire en sorte que l’après-midi ait la forme de la version de l’enfant, pas de la tienne. La grandeur du moment, c’est à toi de la porter, en privé. La petitesse du moment, c’est ce que tu offres à ton enfant.

Trois principes

La rencontre suit trois règles. Chacune retire une source de pression.

Sans enjeu. Pas de dîner assis. Pas de restaurant. Pas de conversation organisée. La rencontre, c’est quelque chose qui se passe à côté d’une activité, pas l’activité elle-même. L’activité porte le poids ; la rencontre est incidente.

Courte. Quarante-cinq minutes, c’est la limite haute. Moins, c’est très bien. Assez long pour que l’enfant enregistre que cette personne existe. Assez court pour que personne n’ait à rester intéressant trop longtemps.

Lieu neutre. Un parc, une plage, un endroit où tu es allé cent fois. Pas chez toi. Pas chez la nouvelle personne. Pas un lieu choisi pour l’occasion. L’endroit devrait être un endroit où ton enfant se sent déjà lui-même.

Les trois ensemble rendent la rencontre structurellement peu pesante. Rien dans la situation ne demande à l’enfant de jouer une relation. La relation n’existe pas encore. La rencontre, ce sont les dix premières secondes de cette relation, et dix secondes, c’est tout ce qu’elle a besoin d’être.

Avant la rencontre. Le brief avec la nouvelle personne.

Quarante-huit heures avant la rencontre, la personne que tu fréquentes a besoin d’un petit brief de ta part. Ce que tu lui dis compte plus que ce que tu omets.

Le cadre : il s’agit de rencontrer quelqu’un, pas d’être reçu en grande pompe. Son rôle, c’est d’être sympathique, présente, simple. Comme on le serait en rencontrant pour la première fois le conjoint d’un collègue à un pot de boulot.

Ce qu’il ne faut PAS faire :

  • Ne pas chercher à charmer l’enfant. L’enfant le sent.
  • Ne pas apporter de cadeau. Un cadeau transforme la rencontre en transaction.
  • Ne pas s’accroupir pour se mettre à la hauteur de l’enfant. C’est un geste de parent. Cette personne n’est pas un parent, pas encore.
  • Ne pas poser tout un tas de questions à l’enfant. Une ou deux choses sympas suffisent.
  • Ne pas forcer la chaleur.
  • Ne pas prendre de photos.

Le conseil le plus difficile à donner à une nouvelle personne, c’est : n’essaie pas. La personne que tu fréquentes imagine cette rencontre depuis des semaines. Elle veut que ça se passe bien. Et ce vouloir-que-ça-se-passe-bien, projeté sur un enfant, c’est exactement ce qui produit un enfant qui se referme.

La meilleure version de la nouvelle personne, cet après-midi, c’est celle qui se tient un peu à distance. Sympathique, mais sans rien chercher. Disponible, mais sans empressement. L’enfant devrait quitter le parc en ayant passé quarante-cinq minutes près de quelqu’un, et non en ayant subi quarante-cinq minutes de quelqu’un qui essaie de le connaître.

Avant la rencontre. Le brief avec ton enfant.

Un jour ou deux avant, tu expliques à ton enfant ce qui va se passer. La version qui marche est courte, calme, simple.

Tu sais, X, dont je t’ai déjà parlé. On va se retrouver au parc samedi. On y restera un petit moment, et puis on rentrera. C’est un ami à moi. J’avais envie de vous présenter.

Les choses à laisser de côté :

  • Ne dis pas c’est important pour moi. Ça charge l’enfant d’une tâche émotionnelle.
  • Ne dis pas j’aimerais vraiment que vous vous entendiez bien. Même problème.
  • Ne dis pas X va prendre une grande place dans nos vies. Peut-être. L’enfant n’a pas besoin de porter ça aujourd’hui.
  • Ne demande pas à l’enfant ce qu’il en pense. La réponse honnête, c’est je ne sais pas encore, je ne l’ai pas rencontré. La question installe un sentiment avant même qu’il y ait des données.

Ce que tu essaies de faire, c’est d’installer la rencontre comme un fait, pas comme un événement. X vient au parc samedi, c’est un fait. X vient te rencontrer et on espère que tu vas l’apprécier, c’est un événement. Le fait, ton enfant peut le tenir. L’événement, ton enfant doit le jouer.

La rencontre elle-même

Quinze heures, au parc.

Tu arrives en premier, avec ton enfant, et tu fais ce que tu fais d’habitude au parc. Tu marches jusqu’au banc. Tu laisses l’enfant filer s’il a envie de filer. Tu ne te postes pas pour attendre.

La nouvelle personne arrive quelques minutes plus tard. Tu l’accueilles comme tu accueillerais un ami. Salut. Une petite embrassade ou pas d’embrassade, selon ce que tu fais d’habitude en public. Je te présente X. X, voici K.

Ton enfant dit bonjour, ou ne dit rien. Les deux conviennent. Ne le pousse pas à dire bonjour. Ne dis pas allez, dis bonjour. Ne t’excuse pas à sa place.

Ce qui se passe ensuite, c’est l’activité. Vous marchez le long de l’allée. Vous regardez le chien. Ton enfant court devant. Il revient. Il te dit quelque chose, à toi, pas à X. X écoute, mais n’essaie pas de s’immiscer. Cinq minutes passent. Ton enfant dit autre chose, cette fois en incluant X sans le faire exprès. X répond brièvement, gentiment, puis se met en retrait.

Voilà à quoi devrait ressembler l’après-midi. Une série de petits contacts fortuits entre ton enfant et X, dispersés dans une activité qui aurait eu lieu de toute façon. Les contacts sont réels. Ils sont aussi petits. Au bout de quarante-cinq minutes, ton enfant aura eu peut-être six petites interactions avec X. Aucune n’aura été une Grande Conversation. Aucune n’aura été provoquée par toi. Aucune n’aura exigé de jouer un rôle.

Tu clôtures au bout de quarante-cinq minutes, ou avant. Bon, on va y aller. Content de t’avoir vu, X. Un au revoir court. Ton enfant et toi, vous marchez jusqu’à la voiture. Vous rentrez.

C’est ça, la rencontre.

Après la rencontre

Les trois heures qui suivent la rencontre, c’est le moment où les parents défont le plus souvent le travail.

Ne demande pas à ton enfant ce qu’il a pensé de X.

La question paraît anodine. Elle ne l’est pas. Elle dit à l’enfant qu’il était censé se forger une opinion, que cette opinion compte, qu’il doit la livrer maintenant. Il n’a sans doute pas d’opinion. Il a vécu une petite expérience qui est encore en train de se déposer. La question coupe court à ce dépôt.

Si ton enfant a envie de parler de X, il le fera. Il en parlera au moment du coucher, ou dans la voiture lundi, ou trois jours plus tard quand quelque chose lui reviendra. Attends ce moment-là.

Ne demande pas à la nouvelle personne ce qu’elle a pensé de ton enfant, du moins pas devant l’enfant. Aie cette conversation plus tard, en privé. La même dynamique s’applique : la nouvelle personne a vécu une petite expérience qui est encore en train de se déposer. Elle n’a pas encore d’opinion utile. Tu l’auras dans quelques jours, naturellement, sans avoir à la demander.

Ne publie pas de photos. La rencontre est un moment privé. La mettre sur un fil, c’est en faire une déclaration publique sur ta famille. Ton enfant pourrait voir ces photos quand il sera plus grand. Ton co-parent pourrait les voir demain. Les amis de la nouvelle personne pourraient lui en envoyer un message. Rien de tout ça n’aide ton enfant à intégrer cette personne à sa vie, à un rythme qui lui convient.

Ne programme pas tout de suite le prochain contact. Laisse passer quelques semaines avant la deuxième rencontre. Si ton enfant parle de X, tu réponds. S’il demande quand il reverra X, tu dis sûrement dans quelques semaines. L’espace entre le premier et le deuxième contact fait son travail. Ne le comprime pas.

Les semaines qui suivent. Progressif, pas en escalade.

Le schéma qui fait du mal aux enfants, c’est l’escalade rapide après la première rencontre. Première rencontre un samedi, deuxième rencontre le samedi suivant, troisième rencontre quatre jours plus tard, X qui reste dîner au bout de deux semaines, X qui dort là un mois après la première rencontre.

Ce schéma demande à l’enfant de faire un travail d’attachement à toute vitesse. Il ne respecte pas le temps dont l’enfant a besoin pour comprendre qui est cette personne, si elle est là pour rester, et si son parent va continuer à rester disponible pour lui de la même façon.

Un rythme plus sûr ressemble à ceci. La première rencontre est la seule rencontre du mois. La deuxième, deux ou trois semaines plus tard, ressemble à la première : courte, autour d’une activité, dans un lieu neutre. La troisième peut être un peu plus longue, ou dans un autre cadre. Au quatrième ou cinquième contact, X peut rester pour un dîner précoce, mais le dîner est bref et ton enfant n’a pas à subir une longue conversation entre adultes.

Les nuits sur place ne devraient pas avoir lieu avant au moins trois à six mois après la première rencontre. Plus longtemps si ton enfant est plus jeune ou plus anxieux. La première fois que X dort chez toi devrait être annoncée à l’avance, lors d’une conversation avec ton enfant, et non une surprise qu’il découvre au matin.

C’est l’enfant qui donne le rythme. Ton travail, c’est de surveiller les repères. Le sommeil. L’appétit. L’humeur. La liberté de son rire. Le fait qu’il vienne te chercher pour les choses difficiles. Si tout ça reste intact, le rythme est le bon. Si tout ça s’amincit, ralentis le rythme, quel que soit le point où la nouvelle personne et toi en êtes dans votre relation.

Quand ça ne se passe pas bien

La plupart des rencontres se passent bien. Certaines, non. Une courte liste de situations fréquentes et de ce qu’elles veulent vraiment dire.

Ton enfant a été désagréable ou s’est replié. C’est une information, pas un échec. Le plus probable, c’est que ton enfant teste si cette personne, et toi, vous allez rester stables quelle que soit son attitude. La bonne réponse, c’est de rester stable. Ne réprimande pas l’enfant devant X. Ne t’excuse pas auprès de X devant l’enfant. Continue l’activité comme si l’impolitesse n’était qu’un aléa de météo. Plus tard, en privé, tu pourras avoir une petite conversation calme avec ton enfant sur ce qui s’est passé, mais seulement si tu en as vraiment besoin. Souvent, la bonne réponse, c’est de ne rien faire du tout et de laisser le prochain contact servir de test.

La nouvelle personne a fait quelque chose qui clochait. Elle en a trop fait, elle a apporté un cadeau après que tu lui aies dit de ne pas le faire, elle s’est lancée dans une longue conversation alors qu’elle était censée se mettre en retrait. Parles-en avec elle le soir même, calmement et précisément. La rencontre n’est pas le moment de recadrer la personne que tu fréquentes. Le soir, oui. En général, elle entend la remarque. Si elle ne l’entend pas, c’est une donnée sur le fait qu’elle soit prête, ou non, pour la suite.

Ton enfant a pleuré ou a craqué plus tard. C’est le chagrin qui remonte. La rencontre a déplacé quelque chose dans la carte émotionnelle de l’enfant. Il a compris, d’une façon qui ne lui était pas encore apparue, que sa famille est désormais une famille qui contient un nouvel adulte. Cette prise de conscience est réelle et elle a du poids. L’enfant a besoin qu’on le tienne, pas qu’on lui explique. L’article 01 du module 14 (Ton enfant aussi fait son deuil) explique quoi faire de ça.

Tu te sens mal après. C’est normal aussi. Tu portes la grandeur de ce moment depuis des semaines. Maintenant, c’est fait, et il y a une sorte de débriefing émotionnel qui doit avoir lieu. Ne prends pas de décisions sur la relation ce soir-là. La nuit porte conseil. Parle à un adulte de confiance qui n’est pas la personne que tu fréquentes. Les émotions se déposent.

Ça s’est super bien passé. Même là, ça vaut un long soupir tranquille. Super bien, ça veut parfois dire l’enfant a joué un rôle pour moi. Surveille les petits repères la semaine suivante. S’ils sont intacts, la rencontre était bonne. S’ils s’amincissent, le super bien était une performance.

Pour finir

Samedi soir. Tu es rentré. La chemise bleue est posée sur une chaise. Ton enfant de huit ans a joué, mangé, pris un bain, et il est allé se coucher. Il n’a pas parlé de X au moment du coucher. Il t’a demandé de lui lire le chapitre où il en est dans son livre. Il s’est endormi avant que tu finisses la page.

Tu es sur le canapé, l’ordinateur fermé, la journée terminée.

Tu vas maintenant te mettre à tout suranalyser. X a-t-il été assez chaleureux. Ton enfant était-il heureux. Aurais-tu dû rester plus longtemps. Aurais-tu dû partir plus tôt. As-tu dit ce qu’il fallait, X a-t-il dit ce qu’il fallait, qu’a vraiment pensé ton enfant.

La réponse honnête à toutes ces questions, c’est : ça s’est bien passé parce que c’était petit.

La grandeur d’aujourd’hui, les quatre semaines de préparation et la sensation dans la poitrine à onze heures six, c’était pour toi. Ton enfant n’a rien porté de tout ça. Il est allé au parc, il a couru partout, il a rencontré un ami à toi, il est rentré. C’est toute la forme de son après-midi. C’est ce que tu lui as offert.

Bien plus tard, quand ton enfant sera grand, il ne se souviendra ni de la chemise bleue ni de la grise. Il ne se souviendra pas de ce que X a dit la première fois. Il se souviendra si les rencontres, dans sa vie, lui ont paru sûres. Si les nouveaux adultes sont arrivés sans poids. Si son parent l’a laissé découvrir, à son propre rythme, ce que cette personne allait devenir dans son monde.

La petitesse était le cadeau. La grandeur vient plus tard, si elle vient, et seulement si c’est l’enfant qui mène.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.