dip
Module 09 · Médiation et aide extérieure

Le tiers que tu n’attendais pas

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges12 min de lecture
Le tiers que tu n’attendais pas

Le tiers que tu n’attendais pas

Tu es devant l’école, tu viens chercher ton enfant. Un jeudi, jour ordinaire, fin d’après-midi. La maîtresse, celle de la classe de ton enfant, la même depuis trois ans maintenant, te fait un petit signe au passage.

Tu as deux minutes ? te dit-elle.

Tu les as. Vous marchez tous les deux jusqu’à un coin plus tranquille de la cour.

Ton enfant a dit quelque chose aujourd’hui, je voulais juste t’en parler, dit-elle. Rien d’inquiétant. Il dessinait pendant le temps libre, et il a dit, tout naturellement, qu’il se demandait s’il devait proposer à son autre parent de venir au spectacle de l’école, parce qu’il n’était pas sûr qu’il y ait de la place pour vous deux. Je voulais juste être sûre que tu sois au courant.

Tu restes là un instant. Le spectacle de l’école, c’est dans trois semaines. Tu partais du principe, sans le dire, que ton co-parent ne viendrait pas ; de son côté, il partait du même principe à ton sujet. Aucun de vous n’avait pensé à demander à l’enfant ce qu’il voulait, lui.

La maîtresse sourit, brièvement. Il vous aime tous les deux. Il ne sait juste pas comment le demander. Je me suis dit que tu voudrais le savoir.

Elle repart vers sa classe. Toi, tu rejoins la voiture avec ton enfant. La conversation dans la voiture, ce soir-là, n’est pas celle qui aurait eu lieu sans cette petite intervention de la maîtresse.

Cet article parle de cette intervention-là.

De quoi parle cet article

Cet article, c’est l’article de clôture du module 09. Il met le doigt sur une vérité discrète qui court sous tout ce dont le reste du module a parlé : la plupart de l’aide extérieure qui compte vraiment, en co-parentalité, vient de personnes que personne n’avait officiellement recrutées pour aider.

Le principe est le suivant. Les professionnels nommés dans ce module (médiateurs, thérapeutes, coachs, avocats, médecins de famille, psychologues scolaires, accompagnement spirituel) sont réels et importants. Mais au fil des années de co-parentalité, l’aide qui tient discrètement la structure debout vient souvent des enseignants, des voisins, des amis, des collègues et des proches qui se trouvaient dans la bonne relation au bon moment. Ces tiers-là ne sont pas payés, pas programmés, pas professionnels, et ce sont parfois les plus déterminants de tous.

L’article couvre quatre choses. Qui sont ces personnes. Comment elles finissent par aider. Comment bien les accueillir. Et ce que ton enfant perçoit du réseau plus large autour de lui.

Qui sont ces personnes

Une petite liste, incomplète, des tiers dont la plupart des parents finissent par être reconnaissants.

La maîtresse, le maître. Pas un professionnel de la famille rémunéré. Mais les enseignants voient les enfants tous les jours, dans un cadre où l’enfant est plus lui-même qu’à la maison. Ils repèrent des choses qui reviennent. Ils portent parfois une information qui, une fois partagée, change ce qu’un parent avait compris. La maîtresse de l’histoire du début n’est pas formée à la médiation familiale ; elle est formée à enseigner. Ce qu’elle a fait débordait de son rôle officiel ; ça tenait à l’attention qu’elle porte à l’enfant.

Le grand-parent qui reste stable. Le grand-parent qui ne prend pas parti, qui continue de vous inviter, toi et ton co-parent, aux moments de famille, qui ne pose pas de questions qui fouillent, qui garde un lien avec l’enfant des deux côtés. Son refus de transformer la famille en arme est une forme de médiation à lui seul. Pas annoncée. Continue.

Le voisin qui ne fouine pas. Le voisin qui te demande comment tu vas, sans poser les questions auxquelles tu n’as pas envie de répondre. Qui garde l’enfant une heure quand tu as un imprévu à gérer. Qui ne colporte rien sur le foyer. La petite marge qu’il offre, sans rien demander en retour, c’est souvent ce qui rend une semaine difficile tenable.

L’ami qui a pris plus d’importance. L’amitié qui était légère avant la séparation s’est, au fil des années, approfondie en quelque chose qui te porte. Cet ami écoute. Il ne te dit pas quoi faire. Il envoie le message à 21 h pour demander comment s’est passé le week-end. Ce n’est pas ton thérapeute ; c’est autre chose, plus lent et plus durable.

Le collègue qui a assuré. Le collègue qui a pris le relais sur le travail la semaine où tu étais en médiation. Qui n’a pas demandé pourquoi. Qui, le moment venu, t’a laissé assurer pour lui quand son parent à lui était souffrant. Cette politesse professionnelle, dans les deux sens, c’est ce qui garde ton travail intact pendant les années plus rudes.

Le parent d’élève. Le parent du copain de ton enfant, avec qui tu as bâti une petite alliance discrète et pratique. Les sorties d’école, les soirées pyjama, tout l’échafaudage concret de la vie sociale d’un enfant. Il ne connaît peut-être pas les détails de ta situation ; il en sait assez pour être souple quand tu en as besoin.

Le frère ou la sœur qui reste neutre. Ton frère, ta sœur, ou ceux de ton co-parent, qui gardent un lien avec vous deux. Qui ne prennent pas parti. Dont la chaleur maintenue est, en soi, un petit fait de structure.

Le nouveau conjoint de ton co-parent, quand il est bien. Quand le nouveau conjoint de ton co-parent se révèle être une personne stable et bienveillante, qui traite l’enfant avec attention, et qui te traite avec la dignité d’un co-parent plutôt qu’avec la gêne d’un ancien conjoint, il devient un tiers d’un genre particulier. Pas toujours. Quand ça arrive, ça vaut la peine de le reconnaître.

L’ami qui dit, doucement, une chose vraie. L’ami qui, alors que tu te plains de ton co-parent pour la quinzième fois, te dit : Je t’aime, et là, je ne te trouve pas tout à fait juste. Pas pour prendre parti ; pour te ramener à toi-même. La chose vraie, dite doucement, t’a aidé plus qu’il ne le saura jamais.

La liste est partielle. Chaque famille a la sienne.

Comment elles finissent par aider

Quelques régularités.

La proximité. Elles sont déjà dans ta vie. Elles voient des choses sans les chercher. La maîtresse voit l’enfant tous les jours ; le voisin voit les allées et venues ; le collègue voit comment tu vas. Cette proximité leur donne une information qu’aucun professionnel n’a.

Le faible enjeu. Elles ne demandent pas à être payées. Elles ne jouent pas un rôle. Elles peuvent donner ce qu’elles peuvent donner, sans les contraintes d’un cadre professionnel. La maîtresse peut dire deux mots, en vitesse, devant l’école, là où, venant d’un médiateur, ça aurait pris une séance.

La continuité. Elles étaient là avant ; elles seront là après. Le grand-parent qui est resté stable l’était déjà l’année d’avant ; il le sera l’année d’après. Cette continuité est en soi une forme d’aide qu’aucun professionnel, limité dans le temps, ne peut offrir.

La distance avec les tensions. Elles ne sont pas prises dans les désaccords précis. Le voisin qui garde l’enfant une heure ne se voit pas demander de prendre parti ; on lui demande de rendre un service concret et utile. C’est cette distance qui rend l’aide facile à recevoir.

L’attention. Elles tiennent vraiment à vous. Les professionnels y tiennent professionnellement, ce qui est réel et précieux. La maîtresse qui t’a pris à part devant l’école y tient comme une maîtresse qui connaît l’enfant depuis trois ans. La texture est différente. Elle peut atterrir différemment.

Comment bien les accueillir

Quelques principes.

Remarque-les. L’aide est parfois si discrète qu’elle passe inaperçue. Prends un moment, de temps en temps, pour identifier qui, dans ta vie, t’a aidé de ces façons informelles. Écris la liste s’il le faut. Nomme-les, pour toi.

Exprime ta reconnaissance sans en faire trop. Un merci. Une reconnaissance brève et précise : J’ai vu que tu avais pris le temps de me parler du spectacle. Ça a compté pour moi. L’expression doit rester proportionnée. Trop de remerciements peuvent donner à la personne le sentiment d’avoir fait plus qu’elle ne le voulait, ou la pression de devoir continuer à aider à ce niveau-là.

N’en fais pas ton thérapeute. L’ami qui a pris plus d’importance n’est pas, aussi bien qu’il écoute, ton soutien professionnel. Il reste une place pour un thérapeute, un coach, un médiateur. Les tiers informels sont précieux ; ils ne sont pas des substituts illimités à l’aide professionnelle.

Ne les recrute pas dans tes tensions. Résiste à l’envie de raconter au grand-parent le dernier désaccord. Résiste à l’envie de pousser le collègue à choisir un camp. Les tiers qui aident le plus sont ceux qui peuvent rester en dehors des tensions. Protège-les dans cette position.

Rends la pareille. Sois le tiers de quelqu’un d’autre. Le voisin qui a gardé ton enfant une heure mérite la même souplesse en retour. Le collègue qui a assuré pour toi, pareil. C’est cette réciprocité des petits coups de main, à l’échelle d’un réseau plus large, qui rend le réseau tenable dans le temps.

Ne les charge pas d’un savoir qu’ils n’ont pas demandé. Certaines personnes ne veulent pas les détails. La maîtresse n’a pas besoin de connaître les façons de faire précises de ton co-parent ; elle a besoin de savoir ce qui compte pour la vie scolaire de l’enfant. Ajuste ce que tu partages à ce qui est vraiment utile pour la relation.

Tiens-les avec légèreté. Certaines de ces relations s’approfondiront au fil des années ; d’autres s’effaceront à mesure que ta vie change. Le grand-parent qui a été stable pendant les années les plus dures finira peut-être, un jour, par vieillir et avoir besoin qu’on s’occupe de lui. L’ami qui a pris plus d’importance déménagera peut-être dans une autre ville. La constance du réseau n’est pas dans une relation en particulier ; elle est dans le réseau lui-même, qui évolue et se renouvelle.

Ce que ton enfant perçoit

Les enfants perçoivent. Ils perçoivent plus que les parents ne le croient.

Il perçoit la maîtresse qui traite les deux parents avec la même chaleur. Il perçoit que cette maîtresse ne pose pas de questions gênantes pour savoir lequel des deux l’amène aujourd’hui. Il perçoit la petite délicatesse d’un adulte qui traite la situation comme une chose ordinaire.

Il perçoit le grand-parent qui reste neutre. Il perçoit que ce grand-parent parle des deux parents sans amertume. Il perçoit que les visites chez les grands-parents ne s’accompagnent d’aucun commentaire négatif sur l’un ou l’autre parent.

Il perçoit les parents de son copain qui traitent son foyer comme un foyer parmi d’autres. Il perçoit qu’à l’anniversaire de son copain, personne ne lui pose de questions conçues pour soutirer des détails sur sa famille.

Il perçoit le collègue qui a assuré pour son parent. Il ne connaît peut-être pas les détails, mais il perçoit qu’il y a, dans la vie de son parent, des gens qui aident, sur qui on peut compter, à qui son parent fait confiance.

Il perçoit le nouveau conjoint de son co-parent, quand il est bien. Il perçoit le conjoint qui n’en fait pas trop, qui fait de la place à la relation avec les deux parents, qui ne dit pas de choses négatives, qui est présent pour les petites choses qui comptent pour l’enfant.

Il perçoit l’ami qui, parfois, a apaisé son parent. Il a peut-être surpris un coup de fil. Il a peut-être remarqué que son parent était différent après avoir parlé à un certain ami. Il enregistre, sans le nommer, que cet ami est une présence apaisante dans la vie de son parent.

Tout ça s’accumule. Le temps que l’enfant devienne adulte, il aura une carte profonde, souvent jamais dite, de quels adultes de son enfance ont été vraiment aidants et lesquels ne l’ont pas été. Les tiers que tu n’attendais pas, ceux qui se sont montrés présents par petites touches au fil des années, seront sur cette carte.

Pour finir

Le module a commencé par la question du bon moment pour faire appel à un médiateur. Il a couvert, en treize articles, le paysage formel de l’aide extérieure : qui chercher, ce qu’ils font, quand ils ne sont pas la bonne réponse, quoi faire quand ton co-parent décline, et comment bien clore le travail formel.

Ce dernier article nomme ce qui court sous tout cela. Les professionnels sont importants. Les professionnels ne sont pas la totalité de l’aide.

Au fil des années passées à élever un enfant entre deux foyers, les professionnels apparaîtront quand il le faut, puis s’effaceront. La maîtresse, le grand-parent, le voisin, l’ami, le collègue, le nouveau conjoint de ton co-parent : voilà l’échafaudage plus large. Ils sont là au quotidien. Ils sont là sans facture. Ils sont là sans qu’on le demande.

Ton rôle, dans une part de tout ça, c’est de les laisser faire. De ne pas les repousser. De ne pas les transformer en arme. De ne pas les surcharger. De les remarquer, de les remercier, de les tenir avec légèreté, de rendre la pareille quand tu le peux, et de laisser leur réseau, au fil des années, faire ce qu’aucun professionnel ne peut faire seul.

Ton enfant, des décennies plus tard, ne se souviendra pas de la plupart des séances de médiation formelles. Il se souviendra de la maîtresse qui a pris son parent à part devant l’école. Il se souviendra du grand-parent qui n’a jamais dit un mot de travers. Il se souviendra des parents de son copain qui ont traité sa famille comme une famille parmi d’autres.

Ces souvenirs-là seront la texture d’avoir grandi bien, dans une famille qui fonctionnait à travers deux foyers, avec l’aide de beaucoup de tiers discrets que personne n’avait payés pour ça.

Cette texture, au bout du compte, c’est le travail du module 09. Pas le bureau du médiateur. Le champ plus vaste de l’attention humaine vers lequel le bureau du médiateur a toujours pointé.

Tu rentres de l’école en voiture. L’enfant, sur la banquette arrière, pense au spectacle. Au fait que ses deux parents y seront.

Maman, dit-il, Papa vient au spectacle, hein ?

Je lui en parle ce soir, dis-tu. Je suis sûre qu’il aura envie de venir.

Tu jettes un œil dans le rétroviseur. Il regarde par la fenêtre. La conversation, derrière ce simple échange, tient grâce à la petite intervention de la maîtresse, plus tôt dans l’après-midi.

Tu envoies le message à ton co-parent ce soir-là. La réponse arrive dans l’heure : Oui, bien sûr. J’aurais dû demander. Merci de me l’avoir dit.

Le spectacle, dans trois semaines, vous aura tous les deux. L’enfant ne saura pas, à ce moment-là, la chaîne de petites aides qui a produit ce résultat. Il saura seulement que ses deux parents sont venus.

Ce qui est, au bout du compte, la seule partie qu’il a besoin de savoir.

Le travail du module 09, c’est le travail d’aider ce résultat à arriver. La plupart du temps. La plupart des années. Avec la bonne aide, aux bons moments, par les bonnes personnes, celles qu’on nomme comme celles qu’on ne nomme pas.

C’est ça, le module. C’est ça, la clôture. Le travail continue.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.