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Module 02 · Tout-petits et propreté

Quand ton tout-petit ne veut pas partir

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Quand ton tout-petit ne veut pas partir

Quand ton tout-petit ne veut pas partir

Module 02 · Les tout-petits et l’apprentissage de la propreté · Article 04 · 0–3


Vendredi après-midi. Le sac est près de la porte. Les clés de voiture sont dans ta main. Ton enfant de deux ans est par terre dans le couloir, à plat ventre, les deux bras enroulés autour de ta cheville. Il ne pleure pas encore. Il fait la version silencieuse, celle où le corps a décidé qu’il ne bougerait pas et où la petite voix répète non, non, non, non.

Tu as dix-huit minutes. Le passage de relais est à 17 h. Tu t’assieds par terre avec lui. Tu lui caresses les cheveux. Tu dis toutes les phrases. Papa va venir te chercher. Il a tellement hâte de te voir. Tu vas passer un super moment. Il ne bouge pas.

Il y a trois semaines, ça n’arrivait pas. Maintenant, ça arrive tous les vendredis. Tu ne sais pas si tu es en train de le rater, ton enfant, ou si c’est exactement ce qui est censé se passer, et il n’y a personne dans ta vie en ce moment à qui tu puisses poser la question sans que ça devienne une conversation sur autre chose.

Cet article est pour ce vendredi-là.

Il parle de ce qui se passe vraiment quand un tout-petit ne veut pas aller chez son co-parent. De pourquoi ça apparaît surtout dans les premières semaines et les premiers mois de la séparation. De ce que ça veut dire et de ce que ça ne veut pas dire. De ce qui aide le tout-petit. De ce qui aide chacun des deux parents, de part et d’autre du relais. Et des signes qui suggèrent qu’il se joue quelque chose de plus grand, et que le planning lui-même mérite peut-être d’être revu.

Ce qui se passe vraiment

Un tout-petit de moins de trois ans est encore en train de construire la permanence de l’objet sous une forme utilisable. Il peut garder un parent en tête le temps d’une courte absence vers 9 à 12 mois. Il peut le garder le temps d’une absence plus longue, au prix d’un effort, vers 18 à 24 mois. À trois ans, ce maintien est assez stable. Avant, c’est une tâche de développement en cours. Chaque absence demande au corps de faire un travail que l’enfant plus grand n’a plus à fournir.

Quand on demande au tout-petit de quitter le parent avec lequel il est pour aller chez l’autre, on lui demande de passer d’un état de régulation connu à un état qu’il faut reconstruire. Son corps connaît le parent avec lequel il est. Son corps s’apprête à être sans ce parent pendant deux jours, ou quatre, ou sept, selon le planning. S’accrocher, c’est le corps qui dit : je n’ai pas encore construit l’équipement pour faire ça sans peine.

Ce n’est pas une préférence. Ce n’est pas un vote pour l’un ou l’autre parent. Le même tout-petit, quatre jours plus tard au second foyer, s’accrochera souvent à son co-parent exactement de la même façon au moment de revenir. Les deux parents, à des jours différents, récupèrent le même enfant accroché. C’est ça qui te dit que ce n’est pas une question de la personne vers laquelle il va. C’est une question de quitter la personne avec laquelle il est.

C’est aussi pour ça que la protestation se concentre dans les premières semaines et les premiers mois de la séparation. Avant, le tout-petit passait peut-être du temps avec chaque parent séparément, mais il rentrait au même foyer à la fin de la journée. Maintenant, la structure du foyer s’est divisée. Le corps du tout-petit fait des mois de travail d’intégration qu’il n’avait pas à faire avant. La protestation au passage de relais est l’un des signes les plus visibles de ce travail.

Ce que ce n’est pas

Cet accrochage du vendredi après-midi est l’un des moments les plus faciles à mal lire de la vie de co-parent débutante. Plusieurs contresens, qui tous aggravent la situation :

Il ne veut pas être avec lui. Presque jamais. Il ne veut pas te quitter, toi. La même scène se rejoue chez l’autre quand il faut le quitter, lui.

L’autre parent a fait quelque chose de mal. Pas forcément. La plupart du temps, le second foyer va bien. La protestation est une affaire de permanence de l’objet et de travail de développement, pas une affaire de ce qui se passe à l’autre bout du trajet en voiture. Cela vaut la peine de vérifier parfois, surtout si la protestation persiste ou s’intensifie. La plupart du temps, il n’y a rien à vérifier.

Il me dit que le planning est trop pour lui. Parfois. On y revient plus loin. Souvent, la protestation s’estompe en quelques semaines de passages de relais réguliers, même avec un planning qui semble d’abord trop long. Le corps construit l’équipement au fur et à mesure.

Je devrais annuler le relais d’aujourd’hui. C’est le contresens qui fait le plus de dégâts quand il se concrétise. Un parent qui, dans le moment où l’enfant s’accroche, décide que le relais n’aura pas lieu aujourd’hui apprend au tout-petit quelque chose de dangereux : que la protestation marche. La protestation s’intensifiera alors la fois suivante. La tâche de développement du tout-petit, c’est de construire l’équipement pour intégrer deux foyers. Sauter des passages de relais parce que la protestation est difficile empêche cet équipement de se former. La facture se paie plus tard, elle n’est pas évitée.

Ce qui aide le tout-petit sur l’instant

La chorégraphie compte. Les articles précédents de ce module en ont couvert les bases (Tout-petits 01 détaille toute la séquence du passage de relais). Ici, avec un tout-petit qui s’accroche activement, quelques ajouts :

Le sac est prêt et visible la veille au soir. Pas le matin même. Le tout-petit voit le sac et sait ce qui s’en vient. La fiabilité du repère visuel aide plus que n’importe quelle explication verbale.

Utilise les mêmes mots chaque vendredi. Papa vient à cinq heures. On le verra à la porte. Tu auras ton doudou avec toi. On se revoit dimanche. Le même script. La répétition, c’est le remède. Au fil des semaines, le corps du tout-petit apprend que ces mots correspondent à un schéma qui tient.

Le parent qui reçoit arrive à l’heure, prêt, dans un corps calme. Pas trois minutes en avance, pas cinq minutes en retard. À la même heure. Il marche jusqu’à la porte. Il dit la même phrase de salutation. Il n’est pas une autre personne le vendredi que le mardi.

Ne fais pas durer les au revoir. C’est celui auquel la plupart des parents résistent. L’accrochage donne envie au parent de ralentir, de tenir plus longtemps, d’expliquer davantage. Tout cela prolonge la dérégulation. Une transition courte, chaleureuse et nette est plus douce qu’une transition longue et déchirante. Le parent qui part dit une phrase, donne un câlin, tend le sac au parent qui reçoit, fait un signe de la main, ferme la porte. Moins de trois minutes entre l’arrivée et la porte fermée.

Le parent qui reçoit prend le tout-petit dans ses bras en mouvement. Pas debout à attendre. Pas en demandant. Il le prend dans ses bras, dit la même phrase d’arrivée à chaque fois, marche jusqu’à la voiture. Les pleurs qui sont sur le point d’arriver arriveront là où ils arriveront. Mieux vaut dans la voiture, sur le chemin du second foyer, que sur le pas de la porte sous le regard du parent qui part.

Le doudou part avec lui. Toujours. Même quand il est assez grand pour qu’on pense que ça n’a plus d’importance. La continuité de l’objet aimé, c’est ce qui tient le corps à travers l’écart.

Ce qui aide le parent qui part

C’est le parent qui regarde la porte se fermer. Dont la poitrine se serre pendant une heure après.

Les pleurs que tu as vus ne sont pas un verdict sur toi. C’est le travail de développement d’un tout-petit dont le corps intègre deux foyers. Ce serait l’inverse si tu étais le parent qui reçoit aujourd’hui. Le fait que ça t’arrive le vendredi, c’est une affaire de planning, pas de ta façon d’être parent.

Tu n’es pas obligé de faire semblant d’aller bien. Certains parents appellent un ami juste après. Certains marchent. Certains s’assoient dans le foyer vide et laissent le silence se poser. Il n’y a pas de bonne façon. La seule chose à ne pas faire, c’est d’écrire au parent qui reçoit pour lui demander comment ça se passe dans la première heure. Il fera ce qu’il a à faire.

Le prochain passage de relais est un événement à part. C’est tentant de commencer à redouter le vendredi suivant dès le lundi matin. Cette appréhension est elle-même dérégulante, pour toi comme pour le tout-petit, qui lit ton état nerveux à l’approche. Prends la semaine comme la semaine. Le temps que vendredi arrive, le tout-petit aura posé quelques briques de plus du travail d’intégration. Toi aussi.

Ce qui aide le parent qui reçoit

C’est le parent qui arrive face à un enfant accroché, le prend dans ses bras pendant qu’il hurle, le porte jusqu’à la voiture pendant qu’il tend les bras par-dessus son épaule.

Les cris ne sont pas pour toi. Ils sont pour le parent qu’il vient de quitter. Le rôle du parent qui reçoit, dans les 30 premières minutes, n’est pas de régler les pleurs. C’est d’être calme et présent pendant qu’ils passent. Tiens-le. Attache-le dans le siège. Conduis. N’essaie pas de l’en dissuader par des mots. Ne lui promets rien. Ne lui demande pas ce qui ne va pas. La plupart du temps, les pleurs s’apaisent en 15 à 30 minutes.

À l’heure du dîner, il aura changé d’état. Le tout-petit qui était inconsolable demande s’il y a des pâtes. L’intensité des pleurs ne mesure pas la durée de la détresse.

N’entre pas en concurrence avec le parent qu’il a quitté. La tentation, c’est de rendre le second foyer si merveilleux qu’il éclipse le premier. En général, ça se retourne contre toi. Le tout-petit n’a pas besoin d’un second foyer merveilleux. Il a besoin d’un foyer stable, ordinaire, prévisible. Le même dîner. Le même bain. Le même livre. Le même lit.

Quand la protestation est plus que la protestation

La plupart des protestations de tout-petit au passage de relais s’estompent en quelques semaines de relais réguliers. Certaines prennent des mois. Quelques cas méritent mieux que d’attendre que ça passe.

À surveiller :

  • La protestation s’intensifie au lieu de s’estomper après huit à dix semaines de relais réguliers
  • La protestation s’accompagne d’autres signes de dérégulation : sommeil qui s’effondre dans les deux foyers, appétit en baisse pendant plusieurs jours, régression dans les acquis du développement
  • La protestation concerne spécifiquement le passage vers un parent et reste absente, de façon constante, à l’autre relais. (La plupart des protestations sont symétriques. Une protestation asymétrique, qui persiste sur des semaines, mérite d’être examinée.)
  • De nouveaux comportements apparaissent, absents jusqu’ici : taper sa tête, repli, fermeture totale
  • Le tout-petit est incapable de s’apaiser pour la nuit chez le parent qui reçoit, de façon répétée, pendant plus de trois ou quatre semaines

Si l’un de ces signes est là, la conversation est plus large que le passage de relais. Ce peut être le planning. (Un bébé de 0 à 12 mois avec des nuits dans un foyer non principal, c’est souvent trop ; un enfant de 12 à 24 mois avec des séjours de plus de deux nuits dans un même foyer, c’est parfois trop ; vois Tout-petits 01.) Ce peut être quelque chose au foyer qui reçoit, qui mérite un examen en douceur. Ce peut être une consultation pédiatrique ou psychologique. C’est rarement un échec personnel des parents.

La conversation avec ton co-parent, dans ce cas, est la même que les conversations sur les faits évoquées ailleurs dans le module. Je remarque X. J’aimerais comparer avec ce que tu observes de ton côté. On peut regarder ça ensemble ?

L’arc plus long

La plupart des tout-petits s’installent dans le rythme à deux foyers. La protestation au passage de relais, semaine après semaine, construit précisément l’équipement qui finit par rendre la protestation inutile. L’enfant dont le corps a fait le travail d’intégration à deux ans et demi, c’est l’enfant de quatre ans qui te fait un signe à la porte et part poser son sac dans sa chambre. La protestation, c’est le prix d’entrée de la nouvelle compétence.

Combien de temps ça prend ? Ça varie. Certains enfants intègrent en quelques semaines. Certains mettent trois à six mois. Certains mettent un an. Les variables, c’est la régularité du planning, le calme des parents au passage de relais, la prévisibilité de ce qui se passe dans chaque foyer, et le tempérament propre du tout-petit. Il n’y a pas de formule. Il y a une direction. La direction, c’est, presque toujours, vers l’intégration.

Pour finir

Le vendredi après-midi, avec le tout-petit par terre dans le couloir et ses bras autour de ta cheville, est l’un des moments les plus difficiles du début de la séparation. C’est aussi l’un des plus mal lus.

Ce qui se passe n’est pas un dommage. Ce n’est pas un verdict. Ce n’est pas le signe que le planning est mauvais, dans la plupart des cas. C’est la partie visible du travail de développement que le corps du tout-petit accomplit pour intégrer deux foyers, et ça apparaît surtout quand ce travail est tout neuf.

Ce qui aide, ce sont des passages de relais réguliers, des parents calmes, les mêmes mots, le même doudou, une transition nette. Ce qui aide, c’est le parent qui reçoit, qui le prend dans ses bras en mouvement et laisse les pleurs arriver sur le chemin du retour. Ce qui aide, c’est le parent qui part, qui ferme la porte, s’assoit dans la cuisine, et laisse l’heure passer sans faire semblant.

D’ici dimanche soir, il sera par terre dans le couloir chez son co-parent, les bras autour de sa cheville à lui, faisant la même chose à l’envers.

Vendredi après-midi. Le sac près de la porte. Les dix-huit minutes. Tu t’assieds avec lui. Tu tiens la ligne. La voiture arrive. La porte s’ouvre. Trois minutes plus tard, la porte se ferme.

Tu vas te servir un verre d’eau. Dans quarante-cinq minutes, ton co-parent t’écrira : il mange des pâtes et réclame le livre du lapin. Le cycle a tourné encore une fois.

Dimanche est à deux jours. Le foyer est silencieux. Tu as fait le travail.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.