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Module 04 · Adolescents, comportement et autonomie

La relation ado. La première grande.

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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La relation ado. La première grande.

La relation ado. La première grande.

Tu observes celle-ci depuis quelques mois. Au début, c’était quelque chose que tu remarquais à peine. Puis c’est devenu ce qui remplissait l’écran de son téléphone. Puis c’est devenu l’amoureux ou l’amoureuse qui venait dîner. Puis c’est devenu celui ou celle dont tu as maintenant rencontré la famille. Puis c’est devenu une personne qui est chez elle dans ta maison, chez elle aussi dans celle du co-parent, et dont l’absence se sent aux repas de famille.

Cet article parle de la première relation amoureuse sérieuse à l’adolescence. Pas les fréquentations occasionnelles de l’article 12, qui couvre ce terrain plus large. C’est celle qui dure un an ou deux. Celle qui devient la chose la plus importante de leur monde. Celle qui, si elle se termine, laisse un vrai chagrin d’amour. Celle qui, si elle dure, change la famille.

Dans une famille à deux foyers, la première grande relation a une forme particulière. L’amoureux ou l’amoureuse circule entre les deux foyers. Cette personne voit les deux parents. Elle devient partie de la famille élargie d’une façon qui demande une coordination entre toi et le co-parent. Quand la relation se termine, les deux foyers ont à gérer l’après. Quand elle dure, cette personne devient partie de l’horizon long de la famille.

Ce qu’est la première grande

Un bref cadrage.

La première relation amoureuse sérieuse de l’adolescence fait plusieurs choses à la fois. C’est, souvent, la première expérience pour l’ado d’être profondément connu par quelqu’un en dehors de la famille. La première expérience de choisir d’aimer quelqu’un, chaque jour, sur de longues périodes. La première expérience de partenariat, même sous une forme adolescente. La première expérience de la jalousie, de la trahison, de la réparation, du soin durable pour le bien-être d’une autre personne.

C’est aussi un grand morceau du travail d’identité de l’ado. Il découvre, aux côtés de l’autre, ce qu’il veut d’une relation. Ce dont il a besoin. Ce qu’il n’acceptera pas. Ce qu’il espère. L’autre est, pour cette période, co-auteur du soi en construction de l’ado.

La relation pèse précisément à cause de tout cela. Ce n’est pas, malgré ce que disent parfois les générations d’avant, juste un truc d’ado. C’est réel, formateur et important, même si ça ne dure pas.

Quand tu comprends que c’est la grande

Quelques indices.

La relation a duré au-delà des trois mois habituels où les premières relations s’éteignent souvent.

L’autre est là régulièrement. Pas juste pour le rendez-vous, puis reparti. Il ou elle traîne à la maison. Dîne avec la famille. Regarde des films. Devient familier du chien, des frères et sœurs, de la cuisine.

L’ado s’est mis à parler de l’autre au futur. L’été prochain, on veut… Quand on ira à la fac… X a dit qu’on pourrait… L’autre n’est plus séparé des projets de l’ado ; il en fait partie.

L’humeur de l’ado est plus liée à la relation qu’au reste. Une mauvaise journée dans la relation, c’est une mauvaise journée. Une bonne semaine se voit. La relation est devenue un facteur ambiant de son bien-être.

Le co-parent a rencontré l’autre plus d’une fois. L’autre est venu chez le co-parent. Il connaît le rythme des deux foyers.

L’ado s’est mis à présenter l’autre à la famille élargie. Grands-parents. Tantes et oncles. Cousins.

Quand plusieurs de ces signes sont présents, la relation est passée de l’occasionnel au sérieux. La relation de la famille à cette personne doit être à la hauteur de ce fait.

Ce qu’il faut convenir avec le co-parent

Quand la relation devient sérieuse, une nouvelle conversation entre co-parents aide.

Quelques points à aborder.

L’autre dans les deux foyers. L’autre fait maintenant partie de la vie des deux foyers. Les deux foyers devraient être accueillants, chacun à leur manière. Les deux foyers doivent traiter cette personne avec soin. Pas de façon identique ; juste bien.

Les nuits sur place. Ça devient souvent une vraie question avec la première grande relation. Coordonnez-vous. L’autre peut dormir dans un foyer et pas dans l’autre, selon l’avis de la famille, l’âge de l’ado, l’avis de la famille de l’autre, et d’autres facteurs. Quoi que vous décidiez chacun, l’ado devrait savoir à quoi s’attendre dans chaque foyer, et pourquoi.

La famille de l’autre. Le co-parent et toi rencontrerez peut-être les parents de l’autre à un moment. Souvent, une dynamique de belle-famille commence à se former. La famille d’origine de l’ado interagit désormais avec une autre famille d’origine, autour de deux jeunes. Soyez cordiaux. Soyez accueillants. Ne rendez pas ça bizarre.

Les vacances et les voyages. L’autre sera-t-il invité aux vacances de famille ? À un séjour d’été ? À un week-end ? Coordonnez-vous entre les deux foyers. L’ado voudra souvent que l’autre soit inclus ; comment ça se fait dépend de ce que les deux familles jugent approprié.

Les conversations sur la sexualité, la contraception, le consentement. Elles devraient avoir lieu dans les deux foyers, aux moments du développement où c’est pertinent. Coordonnez-vous dans les grandes lignes. Ne laissez pas un foyer faire tout le travail pendant que l’autre se tait.

Les difficultés de la relation. Quand la relation traverse une mauvaise passe, l’ado a besoin que ses deux foyers soient un appui. Échangez sur ce que chacun observe. N’entrez pas en concurrence sur qui écoute avec le plus de compassion.

La fin éventuelle, si elle arrive. La plupart des premières grandes relations finissent par se terminer. Parlez à l’avance de la façon dont la famille gérera ça. L’autre manquera peut-être. Il y aura peut-être un chagrin d’amour qui dure. Les deux foyers auront besoin de soutenir l’ado.

Ce qu’il faut faire en tant que parent

Quelques repères qui aident dans l’arc long d’une première grande relation.

Sois accueillant. Ne joue pas un rôle. Cuisine pour eux. Conduis-les. Regarde des films. Laisse-les être à la maison de façon normale. Ne fais pas de l’hospitalité un projet ; sois juste accueillant. L’autre que tu traites normalement est dans ta vie sur les bons termes.

Apprends à connaître l’autre comme une personne. Pas seulement comme l’amoureux ou l’amoureuse de ton ado. Qu’est-ce qu’il aime ? Comment est sa famille ? Qu’est-ce qui le passionne ? Comment ça se passe pour lui à l’école ? L’autre que tu vois comme une personne à part entière grandit aux côtés de ton ado, chez toi, de façon plus saine.

Reste dans la vie de ton ado, indépendamment de l’autre. Ne fais pas de l’autre le seul point d’accès. Passe du temps seul avec ton ado. Aie des conversations qui ne parlent pas de l’autre. L’ado a besoin de continuer à être lui-même, avec toi, pas seulement la moitié d’un couple.

Respecte l’intimité de la relation. Ne lis pas les messages. Ne le cuisine pas sur les détails. Ne potine pas avec des amis sur la vie amoureuse de ton ado. La relation leur appartient.

Tiens les non-négociables. L’heure de rentrée. L’honnêteté. La sécurité. Les grandes règles de la famille ne changent pas parce qu’il est en couple. On adore que tu sois avec X. On a quand même besoin de savoir où tu es le soir.

Sois un endroit doux où venir quand la relation est dure. Inévitablement, il y aura des passages difficiles. Sois disponible. Écoute. Ne répare pas. Ne descends pas l’autre. Sois juste là. Ça a l’air dur. Raconte-moi.

Sois honnête quand l’honnêteté est nécessaire. Si la relation a des schémas qui t’inquiètent, tu peux les nommer. J’ai remarqué que X a l’air assez jaloux quand tu es avec tes amis. Ça te fait quoi, à toi ? Ouvre la conversation. Ne fais pas la leçon. Écoute son point de vue.

Respecte la famille de l’autre, même si vous avez des différences. Vous n’avez peut-être pas tout en commun. Peut-être des cultures différentes. Peut-être des valeurs différentes. Peut-être des avis différents sur les relations ados. Trouvez ce que vous avez en commun : le soin pour les deux jeunes. Construisez là-dessus.

Reste cordial avec les parents de l’autre. Un petit message après des vacances. Un bonjour cordial aux événements de l’école. Le minimum de chaleur. Les parents de l’autre sont, en un sens, des compagnons de route sur ce bout du chemin de ton ado.

Ce qu’il ne faut pas faire

Une liste.

N’essaie pas de contrôler la relation. Elle n’est pas à toi à contrôler. Ton ado et l’autre la construisent, jour après jour. Tu peux proposer des réflexions. Tu ne peux pas mener la relation.

N’essaie pas de les séparer. Même si tu penses que l’autre n’est pas fait pour ton ado. Même si tu penses que la relation n’est pas saine. Sauf vraie inquiétude de sécurité (et là, c’est une situation à part), essayer de séparer ton ado de l’autre est l’une des choses les plus destructrices qu’un parent puisse faire. Ça renforce presque toujours la relation au lieu d’y mettre fin. Et ça abîme ta relation avec l’ado.

N’entre pas en concurrence avec l’autre. Je ne te vois plus jamais. Tu n’as de temps que pour X. Ne charge pas l’ado de culpabilité sur le temps qu’il passe dans la relation. Il ajustera avec le temps. Sois disponible sans exiger d’accès.

Ne fais pas de l’autre le sujet de chaque conversation familiale. Comment va X ? Il vient quand ? Qu’est-ce que X a dit là-dessus ? L’ado a une vie en dehors de l’autre. Intéresse-toi au reste.

N’entre pas en concurrence avec le co-parent sur l’accueil de l’autre. Il adore être ici, tellement plus que chez ton père. Ne te poses pas comme le foyer le plus accueillant pour l’autre.

Ne descends pas l’autre si la relation se termine. Même si, en secret, tu ne l’aimais pas. Dans les premiers temps après une rupture, l’ado sera parfois en colère contre l’autre. Il t’invitera peut-être à en rajouter. N’en fais rien. Écoute. N’enfonce pas. La relation était, pour l’ado, profondément importante. Honore ça, même si tu ne l’avais pas vu.

Ne pousse pas la relation à durer quand elle ne devrait pas. Parfois l’autre est aimé par la famille plus que par l’ado. L’ado a des raisons de mettre fin à la relation. Ne le pousse pas à rester parce que tu t’es attaché à l’autre. Sa vie est la sienne.

N’ignore pas les vraies inquiétudes. Si la relation a des schémas qui suggèrent une emprise (contrôle, jalousie, isolement des amis, pression autour de la sexualité, comportements blessants, tout ce qui ne va pas), sois attentif. Parle à l’ado. Parle au co-parent. Cherche un appui professionnel là où il en faut.

Quand la relation devient sérieuse de certaines façons

Quelques situations précises.

L’autre est entré dans la vie de la famille élargie. Il vient aux événements de famille. Il a une place à la table des fêtes. Il a une relation avec les grands-parents. Cela fait partie de la longue phase de la relation. Veille à ce qu’il se sente accueilli sans être absorbé. La relation est entre eux deux ; l’affection de la famille est une chose à part.

L’autre est devenu essentiel au bien-être de l’ado. C’est un moment à surveiller. Un ado dont le bien-être dépend entièrement de la relation est dans une position fragile. Aide-le à garder d’autres fondations. Amis, loisirs, centres d’intérêt, temps en famille, temps seul. La vie diversifiée est plus solide que celle du tout ou rien.

Tous les deux se sont mis à imaginer des avenirs communs. La fac dans la même ville. Un appart à deux à dix-huit ans. Un horizon partagé précis. Ça arrivera peut-être, peut-être pas. Ne jette pas un froid ; ne mets pas non plus de l’huile. Laisse-les imaginer. Laisse la vie se dérouler. Une partie de ce qu’ils imaginent arrivera ; une partie non.

L’autre a des besoins qui entraînent l’ado dans un rôle d’aidant. Des difficultés psychiques, des difficultés familiales, d’autres épreuves. L’ado peut se mettre à soutenir l’autre d’une façon trop lourde pour son âge. Sois attentif. Aide l’ado à voir que le soutien adulte revient aux adultes, pas à un jeune de seize ans. Parle à un professionnel si la dynamique inquiète.

La relation est devenue physiquement intime. Cela arrive, souvent, que les parents le sachent ou non. Les conversations sur le consentement, la contraception, la communication et la sécurité ont leur place ici. Les deux foyers devraient les porter.

La relation a montré des schémas de jalousie, de contrôle ou d’emprise. C’est un terrain à part. Sois attentif. Parle à l’ado. Cherche un appui professionnel. Ne moralise pas ; aide-le plutôt à voir clair. L’ado ne reconnaît peut-être pas encore ce qu’il vit. Le module 17 approfondit.

Quand la relation se termine

Elle finira, un jour, par se terminer. La plupart des premières grandes relations le font. Certaines durent toujours ; beaucoup non. L’ado qui a vécu une première relation d’un an et qui en affronte maintenant la fin traverse l’une des expériences émotionnelles les plus importantes de sa vie jusqu’ici.

Les premiers jours. Reste proche. Sois disponible. N’essaie pas de réparer. Laisse-le pleurer. Laisse-le ne pas manger. Laisse-le ne pas aller à l’école un jour ou deux s’il le faut. Les premiers jours, c’est être tenu, pas faire des plans.

Les premières semaines. Les amis comptent énormément. Aide-le à rester en lien. Fais de la maison un endroit doux. Ne pose pas trop de questions. N’essaie pas de lui faire passer ça vite. Laisse au chagrin son temps.

Les premiers mois. L’ado sera triste par vagues. Il ira bien, puis pas bien, puis bien de nouveau. Il entendra des chansons qui font mal. Il verra des choses en ligne qui font mal. Le rétablissement lent a son propre rythme. Ne presse pas.

Au fil des mois. Reste impliqué. Les amis. Le sport. L’école. Les choses qui ne parlent pas de l’autre. L’ado reconstruit sa vie autour du vide laissé par la relation. La famille stable et pleine d’autres choses fait partie de cette reconstruction.

Si la rupture a comporté de la souffrance. S’il a été mal traité. S’il a été trompé. S’il a été blessé, physiquement ou émotionnellement. Cela demande un soin particulier. L’ado peut porter de la honte, de la colère, du chagrin, de la confusion. Cherche un appui professionnel si ça aide. Ne force pas le passage de la douleur.

Si la rupture était sa décision et le culpabilise. Certains ados portent de la culpabilité d’avoir mis fin à une relation, surtout si l’autre traverse une période difficile. Aide-le à voir que mettre fin à une relation qui n’était pas bonne pour lui est une chose saine. Aide-le à tenir la culpabilité sans en être dévoré.

La famille de l’autre. Un mot discret, quand c’est possible, aux parents de l’autre pour dire que la relation s’est terminée et que tu leur souhaites le meilleur. Le lien entre les familles s’estompe, naturellement, après la fin de la relation. Pas besoin de formaliser une fin. Laisse simplement faire.

Le co-parent et toi. Les deux foyers doivent gérer l’après de la même manière. Les deux foyers doivent être des endroits doux. Les deux parents doivent être disponibles. Coordonnez-vous.

Quand la relation dure

Une courte note pour le cas plus rare.

Certaines premières grandes relations durent. Elles deviennent la relation qui définit la vingtaine de l’ado et au-delà. L’autre devient un membre durable de la famille.

Si c’est la trajectoire, la famille s’adapte. L’autre est, de plus en plus, un membre. Les événements de famille l’incluent. Les projets de vacances l’incluent. Le co-parent et toi avez, à ce stade, une relation avec l’autre qui a sa propre histoire.

Tu ne sais évidemment pas si c’est la trajectoire avant d’y être bien avancé. Certaines relations qui semblaient vouées à durer ne durent pas. Certaines qui paraissaient passagères durent. Le rôle de la famille est d’accueillir la relation telle qu’elle est, sans miser de trop sur ce qu’elle deviendra.

L’arc plus long

La première grande relation est, quelle que soit sa fin, formatrice. L’ado apprend qui il est en lien avec une autre personne. Il apprend ce dont il a besoin. Il apprend ce qu’il n’acceptera pas. Il apprend à être honnête, à s’excuser, à pardonner, à réparer, à terminer.

La famille qui chemine avec lui à travers cet apprentissage façonne celui ou celle qu’il deviendra comme partenaire dans ses futures relations. Le foyer qui a été un endroit doux lui apprend à être un endroit doux. Le foyer qui a respecté son autonomie lui apprend à respecter l’autonomie des autres. Le foyer qui a géré la rupture avec délicatesse lui apprend à gérer les fins avec délicatesse.

Le co-parent et toi, ensemble, êtes ce foyer. À travers ses deux foyers. Quelle que soit la forme que prend la première relation et quelle que soit sa fin. L’ado emportera ce qu’il a appris ici, dans le reste de sa vie relationnelle.

Pour finir

Deux ans plus tard. Ils sont toujours ensemble. Ils vont à la même fac en septembre. L’autre est à la table de la cuisine ce soir, en train de dîner avec toi. L’ado est à côté, brièvement sur son téléphone, puis de retour à table.

Tu as appris à connaître l’autre au fil des deux ans. Tu l’aimes bien, dans l’ensemble. Tu n’es pas toujours d’accord avec lui. Tu n’as pas à l’être. Il est bon pour ton ado, de façons que tu peux voir. Ils iront à la fac ensemble. Après ça, qui sait.

Tu écris au co-parent plus tard : « Ils dorment ici ce soir, ils rentrent demain avant le voyage. On a bien dîné. » Le co-parent : « Bien. Ils sont venus ici dimanche. Je crois que le déménagement va bien se passer. »

Voilà la cadence. La première grande relation est devenue partie du paysage de la famille. Les deux foyers ont une place pour l’autre. Les deux parents ont une relation qui fonctionne avec lui. L’ado a été tenu à travers l’arc long.

La relation durera, ou pas. Dans un cas comme dans l’autre, l’ado est plus lui-même grâce à elle. La famille est plus elle-même par la façon dont elle a tenu la relation. Continue.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.