dip
Module 04 · Adolescents, comportement et autonomie

Sexualité et identité à l’adolescence

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

13+14 min de lecture
Sexualité et identité à l’adolescence

Sexualité et identité à l’adolescence

Ta fille, quinze ans, s’est coupé les cheveux très court. Elle s’est mise à s’habiller autrement. Elle mentionne, l’air de rien, une fille de sa classe avec qui elle passe pas mal de temps. Quand tu poses la question, elle répond : « ouais, on est un peu ensemble. » Elle le dit comme pour tester l’effet que ça fait.

Ou ton fils, seize ans, t’a annoncé qu’il ne voulait plus du prénom inscrit sur son acte de naissance. Il en a choisi un autre. Il veut que tu l’emploies. Il veut que ton co-parent l’emploie aussi. Il te regarde en le disant, plein d’espoir, et effrayé.

Ou alors il n’y a eu aucune annonce. Ton ado est plus silencieux ces temps-ci. Il est sur son téléphone autrement. Il regarde certaines choses. Il fait des allusions. Ou il prend ses distances. Ou il cherche des mots dont tu ne sais pas encore qu’ils lui appartiennent.

Cet article parle de la façon dont un ado construit le sentiment de qui il est, y compris son orientation sexuelle et son identité de genre. Il est pour le parent à qui on vient d’annoncer quelque chose, ou qui pressent quelque chose, ou qui veut simplement être prêt pour le jour où la conversation aura lieu.

Il parle aussi de la dimension co-parentale. Parfois un parent est prêt avant l’autre. Parfois les deux parents ont des avis très différents. Parfois l’ado a choisi un parent à qui se confier en premier. Tout cela est normal. La manière dont la famille gère ces situations marque l’ado pour longtemps.

Ce que font les années d’adolescence ici

Un bref cadrage.

L’adolescence, c’est le moment où la plupart des gens élaborent la compréhension de qui ils sont. L’orientation sexuelle, l’identité de genre, les façons d’aimer, le genre de personne qu’on veut être, les valeurs qu’on porte, le corps qu’on habite, l’avenir qu’on imagine. Tout cela s’élabore, par morceaux, sur la longue période qui va de douze à vingt ans.

Une partie de ce que l’ado est en train de comprendre concerne la personne vers qui il est attiré. Une partie concerne son propre corps, son genre, la façon dont il veut être vu. Une partie concerne celle ou celui avec qui il veut passer sa vie, et sous quelle forme. Une partie concerne des identités qui n’existaient pas comme mots il y a une génération. Une partie concerne des identités qui ont toujours existé, mais dont on ne parlait pas ouvertement.

La plupart des ados finissent par se poser dans un sentiment d’eux-mêmes relativement stable. Certains se posent ailleurs que là où ils l’imaginaient plus tôt. Certains se posent ailleurs que là où leurs parents l’imaginaient. L’atterrissage ne se fait pas toujours à seize ou vingt ans ; pour certains, la compréhension continue d’évoluer jusqu’à la vingtaine et au-delà.

L’exploration n’est pas une pathologie. C’est le travail de devenir soi. L’ado qui explore et arrive à l’identité que ses parents attendaient a fait le même travail que l’ado qui arrive ailleurs. Le travail compte plus que la destination.

Ce que tu pourrais voir

Les signes.

Tu entends peut-être des choses directement. Un coming out. Un nouveau prénom. La demande d’employer d’autres pronoms. Un nouvel amoureux ou une nouvelle amoureuse d’un genre inattendu. Une question précise (tu crois que c’est ok si… ?). Une longue conversation qui menait visiblement quelque part.

Tu vois peut-être des choses. Des vêtements différents. Une coupe différente. Une manière différente de se présenter. De nouveaux comptes suivis. De nouveaux groupes d’amis. De nouveaux mots pour parler de soi.

Tu sens peut-être des choses sans preuve. L’ado a l’air d’être en train de démêler quelque chose. Il est plus silencieux. Il est sur son téléphone autrement. Il te regarde parfois comme s’il attendait de voir si c’est sûr de dire quelque chose.

Tu l’apprends peut-être ailleurs. À l’école. Par un autre parent. Par un frère ou une sœur. Par un ami. L’ado a parfois fait son coming out auprès d’autres avant de le faire auprès de toi.

Tu lis peut-être mal l’air du temps. Parfois l’exploration d’un ado est profonde et durable. Parfois c’est une phase d’identification à un groupe d’amis, à une esthétique, à une communauté. Les deux sont réelles. Les deux méritent le respect. Le rôle du parent n’est pas de juger, à l’échelle de quelques semaines, de quoi il s’agit ; le rôle du parent est de cheminer avec l’ado, quoi que ce soit.

Parfois les signes sont totalement absents. L’ado démêle tout cela en lui-même. La première fois que tu le sais, c’est quand il te le dit.

Quoi faire quand il te le dit

La première conversation compte. Certains réflexes aident.

Reçois-le. Ne réagis pas. L’ado y pense depuis des semaines, des mois, parfois des années. Toi, tu l’entends pour la première fois. Ton visage compte. Tes premiers mots comptent. Respire un coup. Merci de me le dire. Je t’aime. Raconte-moi. C’est suffisant. Le reste peut venir plus tard.

Ne pose pas d’abord les questions que tu as envie de poser. Tu auras des questions. Beaucoup. Garde-les pour plus tard, ou au moins pour plus loin dans la conversation. L’ado a besoin d’être entendu avant d’être examiné.

N’essaie pas de l’en dissuader. Tu es sûr ? C’est peut-être une phase ? Tu y as vraiment réfléchi ? Ces questions, même bienveillantes, sont reçues comme un « je ne te crois pas ». Il les a déjà entendues quelque part dans sa tête. Il n’en a pas besoin de ta part.

N’essaie pas de réparer. Ce n’est pas cassé. Quoi qu’il soit, il l’est. Ton rôle est de cheminer avec lui, pas de le réparer.

N’aborde pas la religion, la culture ou les attentes familiales dans le premier moment. Même si tout cela est central dans ta famille. Le premier moment est celui de l’amour. Les conversations plus larges peuvent venir plus tard, plus posément.

Ne demande pas tout de suite qui d’autre est au courant. L’ado te le dira. Parfois le parent est le premier à savoir. Parfois le dernier. Les deux sont possibles et normaux.

Dis-lui que tu l’aimes. Clairement. Sans conditions. Je t’aime. Ça ne change rien. On va trouver ensemble s’il y a quoi que ce soit à trouver.

Demande-lui ce dont il a besoin de ta part. De quoi tu as besoin, là, maintenant ? Qu’est-ce qui t’aiderait ? Certains ados veulent parler une heure. Certains veulent un câlin et retourner dans leur chambre. Certains veulent que tu saches, puis qu’on laisse reposer un moment. Suis son rythme.

Ne promets pas ce que tu ne peux pas tenir. Je le dirai à ton père et il sera totalement d’accord. Tu n’en sais rien. Mieux vaut : Je le dirai à ton père. Je ne sais pas ce qu’il dira. Je serai là avec toi, quoi qu’il arrive.

Ce qu’il ne faut pas faire, plus largement

Quelques réflexes à éviter.

Ne ramène pas ça à toi. Je n’avais jamais imaginé ça. Je suis effondré. Qu’est-ce que ta grand-mère va dire. Quels que soient tes propres sentiments, l’ado ne peut pas les porter. Traverse-les ailleurs. Avec ton ou ta thérapeute. Avec un ami. Avec un groupe de soutien pour parents d’ados LGBTQ+ (ça existe presque partout). Pas avec l’ado.

Ne le « outes » auprès de personne sans son accord. L’ado qui te l’a dit ne l’a pas forcément dit à tout le monde. Le dire au co-parent est une conversation à part. Le dire à la famille, aux amis, à l’école, à qui que ce soit d’autre, c’est sa décision à lui. Demande. Toujours.

N’en fais pas le sujet de chaque conversation. Il est toujours lui-même. Toujours ton enfant. Toujours la personne qui mange trop de pizza et oublie ses devoirs. Ne fais pas de chaque échange une affaire d’identité. C’est une personne, pas un dossier.

Ne va pas chercher les gens qui conforteront ton malaise. Certains milieux, religieux ou culturels, te proposeront de t’aider à gérer ça. Certains sont bienveillants. D’autres non. Fais attention à qui tu fais entrer dans la conversation. L’entourage plus large peut aider comme il peut nuire ; choisis les gens qui soutiendront l’ado, pas ceux qui te diront ce que tu as envie d’entendre sur la manière de le changer.

N’essaie pas de retarder ou de reporter son identité. Tu verras peut-être les choses autrement dans quelques années. Peut-être, peut-être pas. L’ado a besoin d’espace pour le découvrir. Le pousser à attendre, à se taire ou à se cacher n’aide en rien.

Ne présume pas de ce que son identité veut dire pour sa vie. Un ado qui fait son coming out comme gay n’a pas automatiquement une vie toute tracée devant lui. Un ado qui fait son coming out comme trans n’a pas automatiquement un chemin tout tracé. Chacun trouvera sa propre version de qui il est et de la façon dont il veut vivre. N’écris pas sa vie à l’avance.

N’entre pas en concurrence avec le co-parent sur le terrain du soutien. Je l’ai su avant ton père. Je l’ai toujours su. Ton père ne comprend pas comme moi. Ne transforme pas son identité en rivalité entre co-parents. L’ado a besoin que ses deux foyers soient un sol stable.

Ne punis pas la confidence. S’il te le dit, et que tu ressens la moindre envie de restreindre, de retirer, de punir en réaction (le téléphone, le groupe d’amis, la relation), ne le fais pas. La confidence est un cadeau. La punir lui apprend à ne plus jamais se confier.

La dimension co-parentale

C’est un terrain délicat dans les familles à deux foyers. Quelques repères.

Cherche à savoir, en douceur, ce que l’ado veut que le co-parent sache. Parfois il veut que le co-parent soit mis au courant. Parfois il veut le dire lui-même au co-parent. Parfois il veut du temps avant que le co-parent sache. Respecte le tempo.

Si l’ado te l’a dit, à toi et pas au co-parent. Ça te met dans une position. Tiens-la avec soin. Tu veux faire comment pour le dire à ton père ? J’aimerais être en phase avec lui. Mais je ne lui dirai pas tant que tu n’es pas prêt, sauf s’il y a une raison de sécurité. La plupart des situations ne sont pas des situations de sécurité ; le rythme de l’ado peut être respecté.

Préviens le co-parent d’une façon qui colle à ce que veut l’ado. Certains ados veulent être présents quand on le dit au co-parent. Certains veulent qu’on prévienne le co-parent en privé d’abord. Certains veulent que tu prépares le co-parent à l’avance. Demande à l’ado.

Si le co-parent risque de mal réagir. Ça arrive. Certains co-parents auront du mal. Certains seront ouvertement dans le rejet. L’ado le sait peut-être et a peut-être des inquiétudes précises. Parles-en avec lui honnêtement. Préparez ensemble la manière dont le co-parent sera prévenu et les soutiens qui seront en place.

Si toi et le co-parent êtes en désaccord profond sur l’identité de l’ado. Ça arrive. Un parent reconnaît et soutient ; l’autre non. C’est dur pour l’ado. Le travail du parent qui soutient, c’est d’être visiblement stable, d’être un sol sûr et clair, et de faire savoir à l’ado que son amour est inconditionnel, même si celui de l’entourage ne l’est pas. Ce qui se joue entre les deux parents se joue ; ce qui compte pour l’ado, c’est le sol stable.

Si le foyer du co-parent devient, d’une manière ou d’une autre, peu sûr après la confidence. Certains foyers, après un coming out, deviennent hostiles. Hostilité verbale, restriction des activités, tentatives de changer l’ado. Si cela arrive, la sécurité de l’ado doit passer en premier. Cela peut vouloir dire passer plus de temps dans le foyer qui soutient, faire intervenir un professionnel, ou, dans les cas graves, mobiliser une protection de l’enfance. Le module 17 de cette bibliothèque approfondit ce terrain.

Si les deux parents soutiennent mais divergent sur les aspects pratiques. Le prénom, les pronoms, comment le nommer, comment en parler à la famille élargie, quel accompagnement médical ou spécialisé chercher, quand présenter un amoureux ou une amoureuse à la famille. Coordonnez-vous. Mettez-vous d’accord, autant que possible. Des différences dans la mise en œuvre, ça va ; des différences sur le respect fondamental, non.

Les soutiens plus larges

Quelques notes pratiques.

Des ressources de soutien pour les jeunes LGBTQ+ existent presque partout. Dans les grandes villes, des groupes en présentiel ; dans les coins plus petits, du soutien en ligne. L’ado qui y a accès est dans une bien meilleure position que celui qui démêle tout seul. Aide-le à en trouver un s’il en veut un.

La thérapie peut aider, quand l’ado le veut. Pas pour réparer quoi que ce soit de qui il est ; pour l’aider à traverser l’expérience plus large d’être un ado dans sa situation précise. Le coming out, les réactions de la famille, la construction de l’identité. Un ou une thérapeute qui a l’expérience des ados LGBTQ+ en particulier est plus utile qu’un généraliste.

Des groupes de soutien pour parents existent. Associations de parents, forums en ligne, livres, podcasts. Le parent qui vit cela difficilement peut trouver sa propre communauté, loin de l’ado. Cela l’aide à traverser ses propres réactions sans en faire porter le poids à l’ado.

L’accompagnement médical et spécialisé est une conversation à part. Certains ados voudront, avec le temps, suivre des parcours médicaux précis. D’autres non. D’autres changeront d’avis. Ce n’est pas à un article comme celui-ci d’en dresser la carte ; le bon chemin se trouve entre l’ado, la famille et les cliniciens spécialisés qui travaillent avec les jeunes. Les professionnels concernés guideront la famille.

La communauté compte. Certains ados trouvent vite leur communauté. D’autres mettent des années. La famille qui aide l’ado à se relier à des amis bienveillants, à des modèles, à des livres, à de la musique, à des voix en ligne fait un travail important. La communauté assure une partie du portage que la famille seule ne peut pas assurer.

Quand l’exploration de l’ado évolue avec le temps

Une note pour le temps long.

L’identité de certains ados, à mesure qu’ils entrent dans l’âge adulte, diffère de celle qu’ils formulaient à quinze ou seize ans. C’est normal aussi. L’identité est un processus. Elle n’est pas toujours linéaire.

Ce n’est pas une raison pour attendre, pour temporiser, pour le pousser à être sûr d’abord. L’ado a le droit de dire qui il est maintenant, et d’évoluer plus tard si c’est ce qui se déploie. Le rôle du parent est de cheminer avec lui à travers ce qui est là sur le moment, et de rester ouvert à ce que cela deviendra.

Un ado qui dit plus tard je croyais que j’étais X, maintenant je pense que je suis Y mérite le même respect que l’ado qui ne change jamais. Le cheminement-avec ne dépend pas de la destination.

Quand le contexte familial est plus difficile

Une note directe.

Dans certaines familles, le contexte culturel, religieux, juridique ou social rend l’exploration de l’identité d’un ado plus difficile. La famille peut faire face à de vraies conséquences pour les choix de l’ado. Certaines de ces conséquences sont imaginées ; d’autres sont réelles.

Dans ces contextes, le travail du parent qui soutient est plus difficile. Il existe quand même un chemin. Il passe en général par :

  • Dire clairement, en privé, que tu aimes l’ado sans conditions.
  • L’aider à se mouvoir en sécurité dans le contexte plus large, en réfléchissant bien à qui d’autre est au courant.
  • Le relier, quand c’est possible, à des soutiens en dehors de la famille.
  • Tenir ton propre malaise, s’il existe, loin de l’ado.
  • Travailler avec le co-parent, s’il soutient lui aussi, comme un front uni.
  • Chercher un soutien professionnel pour toi, pour l’ado et pour la famille.

L’ado dans un contexte familial difficile a davantage besoin d’un sol sûr en privé que d’un sol sûr en public. Le parent qui offre ce sol fait l’une des choses les plus importantes qu’un parent puisse faire. Même si l’environnement plus large ne peut pas encore être sûr, la relation entre parent et ado, elle, peut l’être.

L’arc plus long

La plupart des ados qui explorent leur identité, avec un soutien familial stable, entrent dans l’âge adulte avec un sentiment clair d’eux-mêmes et une relation solide avec les parents qui ont cheminé avec eux. Les années qui suivent immédiatement la confidence peuvent être dures. Les années d’après s’installent souvent dans une relation plus riche qu’avant.

Certains ados, dont les familles n’ont pas pu cheminer avec eux, perdent cette famille pour un temps. Beaucoup renouent plus tard, quand les familles ont fait leur propre travail. Certains ne renouent pas. Le coût d’une réaction qui ne soutient pas est réel et dure toute une vie.

Tu peux être le parent qui a cheminé avec lui. Le co-parent peut l’être aussi. Même si ta famille élargie, ta communauté ou ton contexte ont du mal, vous pouvez, à vous deux, être le sol stable qui rend son adolescence vivable, son âge adulte possible, et sa relation avec la famille durable.

Pour finir

Un an après la conversation. Elle porte un prénom qu’elle a choisi. Le co-parent l’emploie. Tu l’emploies. Sa grand-mère, l’essentiel du temps, l’emploie aussi. Il y a eu un déjeuner de famille difficile. Il y a eu beaucoup de conversations. Sa thérapeute a été d’une aide précieuse. Elle a un groupe d’amis qui la connaît telle qu’elle est.

Ce soir, elle est à la maison. Elle est dans la cuisine, sur son téléphone. Elle rit de quelque chose sur l’écran et te le montre. Tu ris aussi. Elle retourne à l’écran. Le chien passe par là.

Tout à l’heure, tu écriras au co-parent. Demain, elle est chez lui. Le co-parent et toi vous parlez chaque semaine, parfois plus. La famille, à sa manière, trouve sa forme. Elle ne ressemble pas à la famille que tu imaginais quand elle était petite. Elle est, par certains côtés, plus profonde que cette famille-là n’allait l’être.

Elle va aller bien. Le chemin devant elle est le sien. Le foyer derrière elle, dans ses deux foyers, est stable. Le fil tient.

Continue.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.