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Module 04 · Adolescents, comportement et autonomie

Ce que les années ado t’ont appris

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Ce que les années ado t’ont appris

Ce que les années ado t’ont appris

C’est l’article qui clôt ce module. C’est aussi celui que, écrit autrement, tu finiras par écrire toi-même, avec tes propres mots, dans les années qui suivront. Les années ado s’achèvent à un moment différent pour chaque famille. Parfois c’est le jour des dix-huit ans. Parfois c’est le jour du départ de la maison. Parfois c’est un jour plus discret, où tu réalises que la longue et intense saison où tu étais le parent d’un ado est, d’une certaine façon, derrière toi.

Cet article est pour le moment juste après celui-là. Le moment où on regarde en arrière. La reconnaissance plus calme de ce que tu as traversé, de ce que tu as appris, de ce que tu emporteras avec toi. Il est aussi pour les parties de la famille qui sont encore en mouvement. La relation avec ton co-parent, qui continue. Les frères et sœurs qui arrivent encore derrière. L’enfant devenu grand, qui trace son chemin.

Ce que ces années ont vraiment été

Un bref cadrage.

Les années ado, dans une famille à deux foyers, comptent parmi les années de parentalité les plus exigeantes. Beaucoup des conversations sont plus difficiles que celles des premières années. Beaucoup des décisions sont plus lourdes. Le travail de co-parentalité est, par certains côtés, plus délicat qu’il ne l’était quand les enfants étaient petits.

Ton co-parent et toi, vous avez navigué tout ça avec une information imparfaite, dans des circonstances imparfaites, souvent épuisés, souvent en désaccord sur quelque chose, parfois à peine en train de vous parler. Vous l’avez fait quand même.

L’ado que tu as élevé pendant ces années est en train de devenir un adulte. Il est, pour une bonne part, ce qu’il est grâce à ce que vous avez été tous les deux. Pas parfaitement. Pas sans cicatrices. Mais présents, stables, au travail.

Ça mérite qu’on s’arrête un instant. Les années ado, c’est une saison longue et compliquée. En sortir avec une famille à peu près intacte, l’ado à peu près d’aplomb, les deux parents encore debout, c’est en soi une vraie chose.

Ce que tu as sans doute appris

Quelques-unes des choses que beaucoup de parents retiennent de cette période.

Le planning n’était pas la relation. Tu as passé des années à optimiser le planning, à défendre le planning, à ajuster le planning. À la fin, tu as compris : le planning était un cadre, jamais la chose elle-même. La chose, c’était la relation. Le planning n’était que la structure qui tenait le temps.

Le foyer de ton co-parent ne te regardait plus, au-delà d’un certain point. Tu t’en inquiétais. Tu le jugeais. Tu te demandais s’il faisait bien. Au fil des années, tu en es venu à voir que son foyer était le sien, et que l’expérience qu’avait l’ado de ses deux foyers portait une sagesse propre, que tu ne pouvais pas régenter dans le détail. La plupart des choses se sont arrangées. Certaines non, et tu les as gérées. La plus grande part de ton inquiétude, avec le recul, n’a rien changé aux issues.

Les bras de fer que tu as essayé de trancher, le plus souvent, tu ne les as pas tranchés. Le temps d’écran. Le respect du couvre-feu. Le copain que tu n’aimais pas. Les vêtements. Le choix des études. La relation amoureuse. Tu as essayé, à divers moments, d’avoir là-dessus plus de prise qu’il n’était possible. L’ado, le plus souvent, a fait ses propres choix. Tu as appris, peu à peu, où l’autorité du parent fonctionnait et où elle ne fonctionnait pas.

Les conversations qui comptaient étaient les petites. Les grandes discussions que tu programmais tournaient souvent mal. Les conversations qui changeaient quelque chose se passaient en général dans la voiture, dans la cuisine, en faisant la vaisselle, en marchant. Le vrai échange se faisait de côté, pas face à face. Les défenses de l’ado tombaient quand la situation était détendue.

Être disponible valait mieux qu’avoir raison. La plupart du temps, l’ado n’avait pas besoin de ton avis. Il avait besoin de ta présence. Le parent qui était là, qui restait dans les parages, qui répondait au téléphone, qui disait viens sans conditions, c’était le parent qui gardait la relation.

Tu ne pouvais pas être tous les genres de parent à la fois. Certaines saisons, tu étais le doux. Certaines saisons, le ferme. Certaines saisons, l’absent, parce que tu étais tiré dans trop de directions. L’ado n’avait pas besoin que tu sois tout. Il avait besoin que tu sois honnête sur ce que tu pouvais donner telle ou telle semaine, et que tu continues à être là.

Tes propres émotions, c’était à toi de les porter. Le chagrin d’une famille devenue à deux foyers. La colère contre ton co-parent. L’agacement face à l’ado. La blessure d’être mal compris. C’était à toi. L’ado ne pouvait pas les porter. Ton co-parent n’avait pas à les réparer. Tu as trouvé tes propres personnes, tes propres façons, ton propre repos.

La relation avec ton co-parent a été, d’une certaine manière, la deuxième relation la plus difficile de ta vie, et elle a compté presque autant que la relation avec l’ado. Tu devais faire ça avec lui. Que tu l’apprécies, que tu sois d’accord avec lui ou que tu lui fasses confiance, l’ado avait besoin de vous deux. Alors tu y as travaillé, sous une forme ou une autre, pendant des années. Certaines saisons, c’était chaleureux. Certaines saisons, c’était le minimum vital. Le plus souvent, ça a tenu.

L’ado t’a appris des choses. Sur lui. Sur toi. Sur les générations. Sur la politique, la musique, la langue, l’identité. Il a corrigé tes idées toutes faites, souvent à juste titre. La relation n’allait pas dans un seul sens ; tu apprenais de lui à mesure qu’il grandissait.

Ce que le parcours de co-parentalité t’a appris

Quelques choses, peut-être.

Pas besoin de vous apprécier pour bien faire ça. Tu as découvert, quelque part dans les années ado, que la relation de travail entre co-parents n’est pas une histoire d’amitié. C’est une histoire de coopération stable autour d’une personne commune. Certaines des plus belles co-parentalités se vivent entre des gens qui, dans une autre vie, ne choisiraient pas de se fréquenter.

La communication, plus que le sentiment, a fait tenir l’ensemble. Quand vous communiquiez, les choses étaient plus calmes. Quand vous arrêtiez, les problèmes se multipliaient. Le simple fait d’envoyer le message du dimanche soir, le compte rendu d’après l’école, le petit mot juste pour info, faisait plus pour la famille que n’importe quelle réunion en tête-à-tête.

Vous n’étiez pas, pour l’essentiel, en compétition. Ça ressemblait parfois à de la compétition. Quel foyer il préférait. Quelles vacances il voulait. Quelles règles il suivait. Au fil des années, tu as vu que l’ado ne choisissait pas vraiment entre vous. Il vous choisissait tous les deux. La compétition était ton propre fantôme, pas sa réalité à lui.

La relation de l’ado avec ton co-parent était bonne pour lui, même quand elle était difficile pour toi. Les années où tu ne comprenais pas tout à fait ce que l’ado retirait du fait d’être chez ton co-parent, tu as fini par voir qu’elles lui donnaient quelque chose que toi tu ne pouvais pas. Quelque chose de différent. Quelque chose de nécessaire. Les deux foyers n’étaient pas redondants. Ils étaient complémentaires, même quand ils ne se ressemblaient pas.

Les choses difficiles chez ton co-parent, le plus souvent, se sont réglées toutes seules. Ce qui t’inquiétait n’est pas tout devenu les problèmes que tu craignais. L’ado, ton co-parent et le foyer là-bas ont trouvé, par eux-mêmes, la plupart des solutions que tu n’étais pas là pour trouver. Ton inquiétude, en général, n’a pas aidé.

Les bonnes choses chez ton co-parent étaient réelles. Ce que ton co-parent offrait et que toi tu ne pouvais pas. Une autre cuisine, d’autres copains, d’autres conversations, d’autres manières d’être. L’ado a eu une vie plus riche parce qu’il avait deux foyers, et non malgré ça.

Ce que tu aurais aimé savoir plus tôt

Quelques choses.

Que moins de règles, tenues fermement, auraient mieux marché que plus de règles tenues de façon inégale. Tu as passé des années à peaufiner les règles. Avec le recul, les rares non-négociables que tu as tenus avec constance, c’étaient les règles qui marchaient. Le reste, le plus souvent, c’était du bruit.

Qu’écouter plus longtemps avant de répondre aurait changé bien des conversations. Tu répondais trop vite, parfois. Tu remplissais les silences. Tu corrigeais quand l’ado était encore en train de chercher sa propre pensée. Les conversations où tu laissais le silence durer un peu plus étaient, souvent, les plus utiles.

Que le regard de l’ado sur ton co-parent était le sien à construire. Tu as essayé, à certains moments, de l’influencer. Discrètement. Parfois pas discrètement. Des années plus tard, tu as vu : l’ado avait sa propre relation avec ton co-parent, qui, en un sens important, ne te regardait pas. Ton rôle n’était pas de la façonner. Ton rôle n’était pas de la saper. Il y est arrivé tout seul.

Que ta propre stabilité comptait plus que n’importe quelle décision isolée. Tu te tourmentais sur les décisions. Avec le recul, les décisions précises comptaient moins que la forme d’ensemble. Un ado avec deux parents globalement stables, globalement présents, globalement disponibles, s’en sortait quelles que soient les décisions précises prises.

Que tu ne pouvais pas faire de la famille ce que tu avais voulu au départ. La famille que tu imaginais quand l’ado était petit n’était pas la famille qui a fini par exister. La famille à deux foyers avait sa propre forme. Les années ado avaient leur propre forme. Tu as lâché, lentement, la famille qui n’allait jamais advenir, et tu as tiré le meilleur de celle qui était là.

Que demander de l’aide plus tôt aurait changé bien des choses. Une thérapie. Le ou la psychologue de l’établissement. Un ami. Un livre. Un accompagnement. Un spécialiste. Les années où tu as essayé de tout gérer seul ont été les années les plus dures. Les années où tu as demandé de l’aide ont été les meilleures.

Que l’ado, le plus souvent, irait bien. Tu t’es inquiété de tant de choses au fil de ces années. La plupart se sont arrangées au bout du compte. L’ado avait un noyau plus solide que ce que les peurs de la famille laissaient croire. Le toi du futur, en regardant en arrière, dira au toi d’aujourd’hui : il ira bien. Continue.

Ce que tu emporteras avec toi

Quelques choses.

La façon dont tu as appris à parler à ton co-parent. Bref. Précis. Tourné vers l’avant. Sur l’ado, pas sur le passé. Cette compétence reste avec toi pour le long horizon de la relation. Elle reste aussi avec toi pour d’autres relations de travail. Les années de co-parentalité ont été, entre autres choses, une masterclass peu commune de coopération avec quelqu’un que tu n’avais pas choisi.

La façon dont tu as appris à être présent sans t’imposer. Cette compétence vaut pour les enfants devenus adultes, les amis, les partenaires. L’art d’être disponible sans être pesant, de tenir sans étouffer, de prendre soin sans contrôler. Tu l’as appris dans les années ado. Il te sert à bien d’autres endroits.

La façon dont tu as appris à mener des conversations difficiles. Certaines des conversations que tu as eues dans les années ado comptent parmi les plus dures que tu aies eues avec qui que ce soit. Sur le sexe. Sur la mort. Sur un ami qui s’est fait du mal. Sur une erreur. Sur une peur. Sur un espoir. Tu es devenu meilleur dans ces conversations. La compétence reste.

La façon dont tu as appris à prendre soin de toi sur de longues périodes de tension. Tu as appris ce qui marche pour toi. Les marches. Le sommeil. Les amis. L’heure précise de la journée qui est à toi. La manière de tenir sur des années, pas seulement sur des mois. Les années ado ont été, entre autres choses, un long entraînement de fond.

La relation que tu as construite avec l’ado. C’est la chose la plus profonde que ces années t’ont donnée. Pas le planning. Pas la co-parentalité. La personne réelle que tu as élevée, qui devient adulte, qui te connaît et que tu connais. Cette relation continuera de grandir pour le reste de ta vie.

Ce que l’ado emportera sans doute avec lui

Quelques choses qu’il a prises de ces années, le plus souvent sans les nommer.

La forme d’un foyer qui tient. Il a appris que le foyer, c’était un endroit où l’on pouvait revenir après une mauvaise nuit. Un endroit où il y avait à manger. Un endroit où quelqu’un était là. Quand il aura son propre foyer d’adulte, souvent, il construira quelque chose de semblable.

Le modèle de deux adultes qui gèrent leurs différends. Il vous a regardés, ton co-parent et toi, traverser des situations difficiles. Il a vu les moments où ça marchait. Il a vu les moments où ça ne marchait pas. Il emporte dans ses propres relations d’adulte la forme de ce qu’il a observé.

La permission d’être lui-même. Si la famille a été un endroit où il pouvait essayer des choses, changer d’avis, traverser une passe difficile, être de mauvaise humeur, être triste, être en colère, puis se retrouver, il deviendra un adulte porteur de cette même permission. Il se laissera plus d’indulgence que l’ado qui se sentait sans cesse évalué.

La capacité de demander de l’aide. Si la famille lui a montré que les adultes demandent de l’aide, il le fera aussi. Il a appris à appeler quand il est coincé. Il a appris que la porte est ouverte. Il emporte ça dans ses relations d’adulte.

La confiance que tu seras là. Au fil des années, il l’a mise à l’épreuve. Certaines épreuves, il les a ratées. Certaines, tu les as ratées. Le plus souvent, tu étais là. Il emporte ça dans l’âge adulte comme une confiance tranquille. Le monde, dans son expérience, a contenu au moins deux adultes qui venaient quand on les appelait. Lui-même, souvent, sera l’un de ces adultes pour les autres.

La forme de la famille à partir d’ici

Quelques brèves observations.

La famille n’est pas finie. Elle a changé de forme. L’ado, désormais adulte, sera dans sa propre vie. Les frères et sœurs suivront à leur rythme. Ton co-parent sera sur son propre chemin. Toi, sur le tien.

Les anniversaires vous rassembleront. Les fêtes, peut-être. Les coups durs, sûrement. Les mariages, peut-être. Les petits-enfants, peut-être, un jour. La famille que vous avez co-construite continuera de se manifester, sous diverses formes, pour le reste de ta vie.

Tu regretteras, parfois, les années actives. La maison pleine. La forme du planning. Le chaos d’un samedi matin. Les spectacles de l’école. Les week-ends qu’on se disputait. Les dîners qui prenaient une heure à coordonner. Ça te manquera plus que tu ne le pensais.

Tu respireras aussi, parfois, le calme nouveau. L’espace que tu as. Le sommeil que tu peux avoir. La vie qui contient un peu plus de toi maintenant.

Ces deux choses sont vraies à la fois. Tiens-les ensemble. Laisse la famille changer. Laisse-toi changer. Les années qui viennent ont leur propre forme.

Pour finir

Un matin, un an ou deux après la fin technique des années ado. Tu es dans la cuisine. Le chien est par terre. La bouilloire chauffe. Tu vas envoyer dans un instant un message à ton enfant désormais adulte, à propos d’un petit truc. Tu vas envoyer plus tard un message à ton co-parent, à propos d’un autre petit truc.

Le planning a disparu. Le téléphone ne sert presque plus à la logistique de l’ado. Les relations continuent, sur un autre rythme.

Tu vas faire quelque chose aujourd’hui qui n’a rien à voir avec la parentalité. Lire. Marcher. Voir un ami. Travailler. Quoi que ce soit, c’est à toi.

Les années ado sont derrière toi. L’ado devient un adulte. Ton co-parent, sans doute, respire lui aussi le calme nouveau, dans sa maison à lui, dans son propre matin. La famille est maintenant répartie sur plus d’endroits. Et c’est encore une famille.

Tu as fait ça. Il a fait ça. L’ado, le plus souvent, va bien. Toi, le plus souvent, tu vas bien. Ton co-parent, le plus souvent, va bien. Les années qui viennent sont différentes. Les années derrière toi sont réelles et elles ont eu lieu.

Tu as accompli une chose difficile et longue. Tu en es sorti. L’ado, quelque part, vit son propre matin, dans sa propre vie. Le fil entre vous tient.

Continue. Ce qu’il y a devant a sa propre forme. Tiens-le avec douceur. Sois dans ta propre vie. La porte, toujours, est ouverte.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.