Alcool et drogues
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Alcool et drogues
Tu l’as senti sur son pull en faisant la lessive. Tu ne t’y attendais pas. Ou tu as remarqué que ses yeux n’allaient pas quand elle est rentrée samedi dernier et qu’elle a filé droit dans sa chambre. Ou un parent t’a écrit pour te raconter ce qui s’était passé à la soirée. Ou tu as trouvé dans son sac quelque chose qui n’avait rien à y faire.
Cet article prend la suite de l’article 10 de ce module. L’article 10 parlait des heures sans surveillance et du cadre général de l’adolescence. Celui-ci parle de la consommation de substances en particulier. L’alcool, le cannabis, et le paysage plus large des drogues récréatives. De la toute première fois au schéma qui se met en place depuis des mois, jusqu’à la situation devenue sérieuse.
Dans une famille à deux foyers, la consommation de substances demande une attention particulière. Les deux parents doivent être au courant. Les deux foyers doivent gérer la chose de la même manière. L’ado qui peut jouer un foyer contre l’autre sur ce terrain est l’ado le plus exposé.
Le spectre
La consommation chez les ados n’est pas une seule chose. C’est un spectre. Certains ados n’essaient jamais rien. Beaucoup essaient une fois ou deux. Certains développent une consommation régulière. Un plus petit nombre développe une consommation problématique qui affecte leur quotidien. Quelques-uns développent des schémas plus sérieux qui demandent une intervention clinique.
La réponse du parent dépend, en partie, de l’endroit du spectre où se trouve l’ado. La réponse à une expérimentation unique en soirée n’est pas la même que la réponse à une consommation hebdomadaire devenue routine. La réponse à une consommation hebdomadaire n’est pas la même que la réponse à une consommation quotidienne qui touche l’école, l’humeur et la famille. La réponse à une consommation quotidienne n’est pas la même que la réponse à une dépendance manifeste ou à des mélanges dangereux.
Une partie du travail du parent, c’est de déterminer, calmement, où sur le spectre ton ado se trouve réellement. Ce n’est pas toujours évident. Les ados cachent leur consommation. Les parents la surestiment ou la sous-estiment. Le co-parent voit peut-être autre chose que toi.
Ce que les ados consomment réellement
Une brève note, gardée générale.
Les détails varient selon le pays, la communauté, le groupe d’amis, l’année. Le paysage général, le plus souvent, comprend :
L’alcool, sous diverses formes, souvent la substance la plus fréquemment rencontrée.
Le cannabis, sous diverses formes et de plus en plus accessible dans certains contextes. Les modes de consommation varient énormément.
La vape (nicotine, et de plus en plus d’autres substances), aujourd’hui extrêmement répandue dans bien des milieux ados.
Un éventail plus large de drogues récréatives qui apparaissent dans certains cadres (soirées, événements musicaux, groupes d’amis particuliers). Certaines sont largement disponibles ; d’autres non. Certaines sont bien plus dangereuses que d’autres.
Des médicaments sur ordonnance détournés de leur usage, y compris des médicaments pris dans la pharmacie familiale.
Cet article ne nomme pas de substances précises en détail. Les nommer n’aide pas la réponse du parent, et il y a un risque, dans tout article, à ce qu’une liste de détails serve de guide plutôt que de contexte. Ce qui compte davantage, c’est l’approche de la famille face à ce terrain large.
La première fois que tu sais qu’il s’est passé quelque chose
La première fois que tu découvres que l’ado a consommé quelque chose, la réponse façonne la suite. Quelques repères.
Ne fais pas la scène à 2 h du matin. Si l’ado rentre dans un état second, mets-le au lit en sécurité. Assure-toi qu’il va bien physiquement. De l’eau près du lit. Sur le côté. Repasse le voir discrètement. La conversation, c’est le lendemain matin.
Ne dramatise pas dans l’instant de la découverte. Une première expérimentation est, statistiquement, ce que la plupart des ados font à un moment donné. La traiter comme une catastrophe leur apprend qu’ils ne pourront plus rien te dire à l’avenir.
Ne l’ignore pas. L’erreur inverse. Faire comme si ce n’était pas arrivé, espérer que c’était une fois unique, ne pas en parler du tout. L’ado lit le silence comme une autorisation. Une conversation, calme et claire, doit avoir lieu.
Aie une seule conversation calme, pas une série de petites. Asseyez-vous. Dis-lui ce que tu sais. Écoute. Demande ce qui s’est passé. Écoute encore. Dis ce qui t’inquiète et pourquoi. Parle des limites de la famille sur la consommation. Sois précis sur les non-négociables (pas de conduite après avoir bu ou consommé, pas se retrouver avec des inconnus dans un état second, pas de mélange de substances). Termine en lui disant que tu l’aimes.
Mets le co-parent dans la boucle. Vite. Dans les heures qui suivent la conversation avec l’ado. Le co-parent a besoin de savoir. Les deux foyers doivent gérer la chose de la même manière.
Ne le prive pas de sortie pendant six mois. Réponse proportionnée. Si quelque chose a entamé la confiance (mentir sur l’endroit où il était, enfreindre une règle familiale claire), une petite conséquence est justifiée. Des conséquences disproportionnées produisent des comportements cachés, pas des comportements changés.
Les schémas qui suggèrent davantage
La première expérimentation est une chose. Le schéma récurrent en est une autre. Quelques indices que le tableau a basculé.
Les signes que tu vois plus souvent. L’odeur. Les yeux. L’heure tardive. La réputation accumulée du groupe d’amis. L’ado qui rentre, encore et encore, dans un état second.
Son quotidien a changé de façon visible. L’investissement scolaire qui baisse. Le sommeil qui se dérègle. L’humeur qui s’éteint ou se durcit. De l’argent ou des objets qui disparaissent. Une distance vis-à-vis des activités familiales dont il faisait partie.
L’ado est devenu sur la défensive d’une façon nouvelle. Il était honnête avant ; il est évasif maintenant. Il était ouvert sur le groupe d’amis ; il est sur ses gardes maintenant. Il acceptait que tu saches où il était ; il le cache maintenant.
Le schéma d’ensemble du groupe d’amis a changé. Tout le groupe est dans un nouveau rapport aux substances. Ton ado y est, avec eux.
Tu trouves des choses, plus d’une fois. Des objets dans la chambre. Des odeurs que tu ne sentais pas il y a un an. Des récits qui ne tiennent pas.
L’ado se met à prendre des décisions que tu n’aurais pas attendues de lui. Laisser tomber ce qui comptait pour lui. Conduire quand il ne devrait pas. Se mettre dans des situations qui ne sont pas sûres.
Quand plusieurs de ces signes sont présents, la situation est passée de la première expérimentation au schéma. La réponse est plus large.
La conversation quand le schéma est réel
Quand tu dois avoir la conversation plus large, certains repères aident.
Choisis le bon moment. Pas quand il est dans un état second. Pas quand tu es furieux. Un dimanche matin calme. Un trajet en voiture. Une promenade. Une soirée tranquille où il ne se passe rien d’autre.
Sois clair sur ce que tu as vu. Précis. Factuel. Trois fois ces deux derniers mois, tu es rentré avec X. On a trouvé Y dans ta chambre deux fois. Tes notes ont baissé dans deux matières. Ton sommeil n’est plus le même. Ne généralise pas. Ne moralise pas.
Ne commence pas par la sanction. Commence par l’inquiétude. Je suis inquiet. Parle-moi. Qu’est-ce qui se passe ? La sanction, s’il y en a une, vient après la compréhension.
Écoute, plus longtemps que ce n’est confortable. L’ado ne dira peut-être rien. Il donnera peut-être une petite réponse. Il finira peut-être par dire quelque chose de plus honnête. Ne traverse pas les silences à toute vitesse.
Cherche à quoi sert la consommation. La plupart des consommations ados, au-delà du registre social occasionnel, servent à quelque chose. L’anxiété. Le sommeil. Un groupe d’amis. Une façon de ressentir quelque chose, ou de ressentir moins quelque chose. Un chagrin. Une relation. La pression scolaire. Quoi que ce soit, la consommation continuera tant que la chose en dessous n’est pas abordée. Cherche, en douceur, à quoi elle sert.
Parle des choses précises qui t’inquiètent le plus. Toutes les consommations ne se valent pas en danger. Mélanger l’alcool avec d’autres substances. Consommer seul. Consommer régulièrement quand l’humeur est basse. Conduire. Les cadres à risque. Sois précis sur les limites et sur pourquoi elles comptent.
Parle des non-négociables. Pas de conduite. Pas se retrouver seul dans un état second. Appelle-nous si quelque chose a mal tourné, sans aucune question. On répond toujours au téléphone. Il y a toujours de quoi rentrer. Ça ne change pas parce qu’il consomme.
N’essaie pas de tout régler en une conversation. C’est le début d’un arc plus long. Laisse de la place aux conversations suivantes. N’attends pas une résolution ce soir.
Mets le co-parent dans la boucle juste après. Les deux foyers doivent être coordonnés. L’ado qui sait que ses deux parents sont en phase a moins de marge de manœuvre.
Quand chercher une aide professionnelle
Quelques indices que la situation dépasse le cadre de la famille.
Le quotidien de l’ado est nettement affecté. L’école décroche. Les amis décrochent. Les relations familiales décrochent. La substance devient le centre.
L’ado a essayé d’arrêter et n’y arrive pas. C’est un indice précis. C’est l’une des choses qui définissent la dépendance. Si l’ado a voulu réduire et n’y est pas parvenu sur plusieurs semaines, on est en terrain professionnel.
Il y a des signes de dégradation physique ou psychique liés à la consommation. Le sommeil. L’appétit. L’humeur. La mémoire. La concentration. Des symptômes physiques.
Il y a un mélange avec d’autres schémas inquiétants. Des difficultés psychiques. De l’automutilation. Des troubles alimentaires. Des pensées suicidaires. La consommation combinée à l’un de ces éléments rend le tableau plus sérieux.
Il y a eu un incident grave. Une hospitalisation. Une intervention de la police. Un moment dangereux. Un surdosage, même léger.
Le schéma d’ensemble du groupe d’amis est inquiétant. Plusieurs jeunes en difficulté. Un milieu précis où une consommation dangereuse est banalisée.
Quand l’un de ces éléments est présent, cherche un appui professionnel. Le médecin traitant, l’infirmière scolaire, une consultation jeunes consommateurs (CJC). Plus l’intervention est précoce, mieux c’est.
La dimension co-parentale en particulier
Quelques repères.
Les deux foyers doivent gérer la chose de la même manière. Mêmes règles. Mêmes conversations. Mêmes réponses aux incidents précis. L’ado qui joue un foyer contre l’autre est l’ado le plus exposé.
Parle régulièrement avec le co-parent pendant cette période. Pas seulement quand il y a une crise. Le point hebdomadaire. Le message après un week-end difficile. L’accord sur la suite.
N’accuse pas le foyer du co-parent. Même si tu soupçonnes que quelque chose chez le co-parent y a contribué (le ou la partenaire qui boit, le grand frère ou la grande sœur, le groupe d’amis de ce quartier), ne commence pas par là. La conversation n’avance nulle part sous forme d’accusation. Il sera peut-être temps, plus tard, de regarder ensemble ce que fait l’environnement plus large.
Si le co-parent consomme lui-même des substances de façon inquiétante. C’est une situation à part. Le module 17 de cette bibliothèque la traite. La sécurité de l’ado doit être au centre.
Coordonnez l’appui professionnel ensemble. Les deux parents aux rendez-vous, quand c’est possible. Les deux parents informés de ce que l’équipe recommande. Les deux foyers appliquant la même approche.
Si toi et le co-parent êtes en désaccord sur la gravité. C’est fréquent. Un parent pense que c’est une phase. L’autre pense que c’est sérieux. Cherchez un troisième avis. Le médecin traitant. Un service spécialisé. Ne laissez pas le désaccord devenir un stress de plus pour l’ado.
Si le co-parent refuse de s’impliquer ou se montre activement peu aidant. Ça arrive. Le parent qui soutient doit en faire plus. Cherche un appui professionnel pour toi et pour l’ado. L’implication de l’équipe compte plus, pas moins, dans ces cas-là.
La réduction des risques, en bref
C’est un terrain qui fait débat. Une courte note.
Certains ados, malgré les limites de la famille, continueront de consommer. L’approche de réduction des risques en prend acte et cherche à garder l’ado plus en sécurité à l’intérieur de cette réalité. Ce n’est pas la même chose que cautionner la consommation ; c’est reconnaître que l’alternative à la réduction des risques, c’est parfois les risques eux-mêmes.
Des points concrets qui reviennent dans les conversations de réduction des risques :
- Savoir ce qu’on prend (ne pas prendre des choses qu’on ne connaît pas).
- Ne pas mélanger les substances.
- Ne pas consommer seul, surtout la première fois.
- Connaître les premiers signes que quelqu’un a besoin d’aide.
- Pouvoir appeler à l’aide sans peur.
- Avoir toujours un moyen de rentrer, de n’importe où.
Ces conversations sont gênantes. Elles sont aussi réalistes. La plupart des ados n’ont reçu d’information utile de personne ; la famille qui peut donner une information factuelle depuis un lieu de soin offre quelque chose que la plupart des ados n’ont pas. La conversation sans jugement ne banalise pas ; elle outille.
C’est aux parents d’y réfléchir et de décider de ce qui convient à leur famille. Le co-parent doit être dans la conversation. L’ado, quand c’est approprié, en fait partie aussi.
Ce que c’est, sur le temps long
Une courte réflexion.
La plupart des consommations ados ne deviennent pas une difficulté qui dure toute la vie. La plupart des ados, à travers les années d’expérimentation, s’installent dans des habitudes adultes qui restent dans des marges gérables, ou arrêtent complètement. Certains développent des habitudes durables qui demandent à être encadrées. Un plus petit nombre développe de vrais problèmes.
Ce qui prédit de bonnes issues : une famille calme et informée, les deux foyers en phase, une aide professionnelle quand il en faut, les causes en dessous de la consommation prises en compte, l’ado entouré d’adultes stables qui continuent d’être là, le schéma du groupe d’amis qui évolue vers quelque chose de plus sain avec le temps.
Ce qui prédit des issues plus dures : des règles rigides sans conversation, des parents à couteaux tirés qui laissent l’ado jouer les foyers l’un contre l’autre, des difficultés psychiques en dessous laissées sans réponse, l’isolement loin de tout appui professionnel, le groupe d’amis qui continue de monter en intensité.
Le co-parent et toi faites cela ensemble. Le terrain de la consommation est l’un des plus durs de l’adolescence. En sortir avec l’ado globalement intact, la relation intacte, et un chemin vers l’âge adulte qui tienne la route, c’est un vrai travail. Tu en es capable.
Pour finir
Trois mois après la conversation plus large. Il voit un psy depuis six semaines. Le co-parent a été stable. Tu as été stable. Il y a eu deux incidents de plus, mais plus petits ; les deux ont été repris le lendemain matin, les deux ont nourri la conversation suivante plutôt que de répéter la même.
Ce soir, il est à la maison. Il est à la table de la cuisine, en train de faire ses devoirs. Il a dîné. Il se couche dans une heure. Il ne consomme pas ce soir. Il n’a pas consommé, à ta connaissance, depuis deux semaines.
Tu ne lui poses pas la question. Tu ne demandes pas tous les jours. Une fois par semaine, peut-être, dans un moment calme, tu lui demandes comment il va, plus largement. Il répond brièvement. Tu l’acceptes.
Demain, il est chez le co-parent. Le co-parent a la même approche. Tu lui écris : « Il a dîné avec moi, il se couche bientôt. Soirée tranquille. » Elle répond : « Bien. Psy jeudi. Je l’emmène. »
Voilà la cadence. Le chemin est réel. Lent. Qui fonctionne. Le co-parent et toi êtes en phase. L’ado démêle les choses, avec un sol stable sous lui. Quelle que soit la substance précise, quel que soit le schéma précis, la réponse est la même : la famille est l’architecture autour du changement.
Il va aller bien. Pas forcément le mois prochain. Probablement cette année, le travail continuant. Continue.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.