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Module 05 · Parler aux enfants

Comment parler de la séparation à un enfant de 8 ans

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

8–1210 min de lecture
Comment parler de la séparation à un enfant de 8 ans

Comment parler de la séparation à un enfant de 8 ans

Module 05 · Parler aux enfants · Article 06 · v2 · 8–12 ans


Samedi matin. Ton fils de neuf ans et toi, vous promenez le chien. Il est silencieux depuis dix minutes, ce qui ne lui ressemble pas. Le chien renifle le même lampadaire depuis un bon moment. Tu allais dire quelque chose sur le temps qu’il fait quand il fixe le sol et te demande : est-ce que Maman et toi, vous avez juste arrêté de vous aimer, ou bien il y avait autre chose ?

Tu n’étais pas prêt. Tu ne seras jamais prêt. Le chien repart. Tu te remets à marcher. Tu réponds.

Cet article parle de cette conversation, et de la douzaine d’autres du même genre qui arrivent entre 8 et 12 ans. L’enfant a changé. Il peut tenir davantage. Il voit aussi davantage, et il commence à comparer ce qu’il observe dans sa propre famille à ce qu’il observe chez ses copains. La conversation de 8 ans n’est pas celle de 4 ans. La texture est différente.

Ce qui change à cet âge

L’enfant de 8 à 12 ans a acquis une vraie architecture cognitive depuis ses 4 ans. Plusieurs choses se sont mises en place.

La causalité, au sens adulte. Il peut tenir l’idée que les choses arrivent pour des raisons, que ces raisons sont parfois compliquées, que deux choses peuvent être vraies à la fois. Maman et Papa se sont aimés autrefois et ne s’aiment plus maintenant, c’est quelque chose qu’il peut absorber.

La conscience des autres familles. Il a vu les familles de ses copains. Certaines intactes, d’autres séparées, d’autres chaotiques. Il sait que la séparation existe. Il sait que ça arrive. Il a déjà des premières idées sur ce à quoi ressemble une famille séparée.

La pression de loyauté. Il sent quand un parent a de la peine. Il sent quand un parent est en colère contre l’autre. Il commence à régler son comportement sur l’état émotionnel de chacun. Ne pas parler de Papa devant Maman. Ne pas dire à Maman que je me suis bien amusé ce week-end. Bien penser à dire à Maman qu’elle m’a manqué, même si ce n’est pas tout à fait vrai. C’est épuisant pour lui, et il ne t’en parlera presque jamais.

L’intériorité. L’enfant de 8 à 12 ans a une vie intérieure qu’il ne partage avec personne. C’est sain. Ça veut dire aussi qu’une grande partie du travail se fait dans des endroits que tu ne vois pas.

Une culpabilité plus subtile. La pensée magique recule, mais elle ne disparaît pas. La culpabilité de l’enfant de 8 ans, c’est moins je l’ai provoqué avec mes pensées et davantage je l’ai provoqué avec mon comportement. Si j’avais mieux travaillé à l’école, tu aurais peut-être été moins stressée. Si on ne s’était pas autant disputés à propos des écrans, Papa aurait peut-être été moins fatigué. Ce schéma est plus difficile à repérer parce que le raisonnement de l’enfant sonne plus adulte. C’est la même pensée magique, dans une phrase plus longue.

Le corps parle encore. Malgré toute cette architecture nouvelle, le corps continue de porter la charge. Maux de ventre, sommeil qui change, appétit qui se déplace, comportement à l’école. L’enfant de 8 à 12 ans n’a pas toujours les mots pour ce qu’il porte. C’est le corps qui doit en dire une partie.

Ce que tu peux dire à cet âge

Tu peux dire des choses que tu ne pouvais pas dire à 4 ans.

Tu peux dire on n’était plus heureux ensemble, comme couple et l’enfant peut le comprendre. Tu peux dire on a essayé longtemps et ça ne s’est pas arrangé et l’enfant peut tenir le temps que ça suppose. Tu peux dire les raisons sont entre Maman et moi, et ce n’est pas à toi de les porter et l’enfant peut accepter qu’il y ait une règle sur ce qu’on lui dira et ce qu’on ne lui dira pas.

Tu peux dire ça va être difficile pendant un moment et l’enfant peut rester avec ce moment. Tu peux dire on n’aura plus le même argent qu’avant et il peut l’entendre sans panique, si c’est dit calmement et avec une image concrète de ce qui change. Tu peux dire je ne sais pas encore pour les choses que tu ne sais pas, et il tolère le ne-pas-savoir mieux qu’un enfant de 4 ans.

Ce que tu ne peux toujours pas dire :

  • Les raisons peu flatteuses. Papa a eu une histoire avec quelqu’un. Maman buvait. On ne faisait plus l’amour depuis trois ans. Rien de tout ça ne passe bien à 8, 9 ou 11 ans. Tiens la ligne. (Voir l’article 02 pour le raisonnement complet.)
  • Toute la vérité émotionnelle de ce que tu ressens à l’égard de ton co-parent. L’enfant ne peut pas porter d’être ton confident. Il essaiera de le porter si tu le lui proposes. Ne le lui propose pas.
  • Les promesses que tu ne pourras pas tenir. On ne haussera plus jamais le ton devant toi. Papa sera toujours là pour toi. On finira par redevenir amis. Ça prépare l’enfant à la déception.

Comment avoir la conversation

Choisis le moment. L’enfant de 8 à 12 ans s’ouvre souvent de biais. En promenant le chien. Dans la voiture. En faisant ses devoirs à côté de toi. Au coucher, parfois. Presque jamais à un moment officiel du genre assieds-toi, on va parler. Si tu sens arriver un de ces moments de biais, ne le solennise pas. Reste où tu es. Continue ce que tu faisais. Laisse la conversation se faire de biais.

Réponds une fois à la question, à sa juste mesure. Un enfant de neuf ans demande est-ce que Maman et toi, vous avez juste arrêté de vous aimer, ou bien il y avait autre chose. La réponse pourrait être : On s’est aimés longtemps. Les choses sont devenues difficiles. On a essayé d’arranger ça. On n’y arrivait pas. On a décidé qu’il valait mieux se séparer que de continuer. Ça fait cinq phrases. Et tu t’arrêtes. Tu n’ajoutes rien. Tu n’expliques pas. Tu ne demandes pas s’il a d’autres questions. S’il en a, il les posera. Sinon, la conversation est finie pour aujourd’hui.

Ne reviens pas dessus sans qu’on te le demande. Contrairement à l’enfant de 4 ans qui a besoin du même message trente fois, l’enfant de 8 à 12 ans peut garder une réponse pendant des semaines, une fois qu’elle est donnée. Si tu reviens dessus de toi-même, il peut le vivre comme toi qui as besoin de digérer, pas lui. Attends qu’il y revienne lui-même.

Ne lui demande pas ce qu’il ressent. Les questions directes sur les émotions récoltent souvent un je sais pas ou un haussement d’épaules. L’enfant digère à sa façon, souvent sans mots. Mieux vaut te rendre disponible. Je suis là si tu as envie d’en parler un jour. Tu n’es pas obligé. Je suis juste là. Puis laisse tomber. Il reviendra quand il sera prêt.

Sois disponible quand il revient avec une question. Souvent, il rouvrira quelque chose une semaine ou deux après une conversation, avec une relance qui montre qu’il y a pensé. Tu as dit que vous aviez essayé d’arranger les choses. Vous avez essayé quoi ? La tentation, c’est de développer. Résiste. On a essayé de parler à quelqu’un, ensemble. On a essayé de passer plus de temps tous les deux. Ça n’a pas marché. Trois phrases. Stop.

Les questions qui arrivent à cet âge

Est-ce qu’on va être pauvres ? Une inquiétude fréquente, qui mérite une réponse directe. Non. On va avoir moins qu’avant. Certaines choses vont changer. L’essentiel est là. On va s’en sortir. L’enfant a besoin de savoir que le sol est solide.

Est-ce que je vais devoir changer d’école ? Réponds précisément. Si non, dis non clairement. Si peut-être, sois honnête. Si oui, donne-lui le calendrier.

Qui décide où je vais habiter ? Maman et moi, on a décidé ensemble. On a réfléchi à ce qui serait le mieux pour toi. Tu vas être dans tes deux foyers, selon un rythme qu’on va t’expliquer. Cette question compte parce que l’enfant veut savoir s’il a son mot à dire. À cet âge, le plus souvent non, et c’est normal. Mais nomme-le.

Qu’est-ce que je dis à mes copains ? C’est une des questions les plus utiles à avoir préparées. Donne-lui une phrase toute prête. Tu peux dire « mes parents sont séparés » ou « mon père et ma mère habitent dans deux foyers » ou ce qui te va à toi. Tu n’es obligé d’expliquer quoi que ce soit. Si quelqu’un t’embête avec ça, dis-le-moi. Et tu peux en parler à certains copains et pas à d’autres. C’est toi qui choisis.

Est-ce que vous vous êtes aimés, un jour ? Presque toujours oui. Dis-le. Oui. On s’est beaucoup aimés. On t’a fait parce qu’on s’aimait. Ça, ça n’a pas changé, la façon dont tu es venu au monde. L’enfant a besoin de savoir qu’il est né de l’amour, même quand l’amour n’a pas duré.

Pourquoi vous n’avez pas essayé plus fort ? C’est du chagrin sous la forme d’une question. Ne te défends pas. Je comprends pourquoi tu demandes. On a essayé. Je suis désolé que ça se soit passé comme ça pour toi. J’aurais aimé que ce soit autrement, moi aussi. Ne liste pas ce que tu as essayé. Ne te justifie pas. Reste simplement avec son chagrin.

Est-ce que c’est de ma faute ? Oui, cette question revient encore à cet âge, sous une autre forme. Non. Rien chez toi n’a causé ça. Même nos décisions de parents n’en sont pas la raison. C’était entre Maman et moi, en tant qu’adultes. (L’article 03 le détaille.)

Le piège de la loyauté

L’enfant de 8 à 12 ans est extrêmement attentif à ce que chaque parent a envie ou non d’entendre. Il va, presque sans exception, gérer ce qu’il rapporte à chacun. Il minimisera les bons moments chez son co-parent s’il sent que ça te ferait de la peine. Il minimisera ce qui est difficile chez toi s’il pense que ça pourrait peiner son autre parent. Il devient traducteur émotionnel entre ses deux foyers, et ça lui coûte.

Ton travail, c’est de rendre la chose aussi facile que possible : que l’enfant puisse être honnête sur ses deux foyers, avec ses deux parents.

Je suis contente que tu aies passé un bon week-end avec Papa. Tu peux m’en parler. Ça ne me fait pas de peine. J’ai envie que tu t’amuses là-bas.

Si quelque chose est difficile chez Maman, tu peux me le dire. Je ne serai pas fâché contre Maman. J’ai envie que tu ailles bien dans tes deux foyers.

C’est difficile à dire de façon convaincante quand on a soi-même de la peine. Dis-le quand même. Entraîne-toi sur les mots. L’enfant lira ton visage, et avec le temps il lira que les mots et le visage concordent. C’est là qu’il se détend.

Ce à quoi il faut être attentif

Les résultats scolaires qui baissent. Fréquent dans les six premiers mois. Pas toujours un problème. Préviens l’enseignant. Ne panique pas. Surveille la trajectoire.

Le silence. L’enfant de 8 à 12 ans qui se tait est peut-être en train de digérer. Ou de porter une charge de loyauté. Ou en train de glisser vers une dépression. Distingue avec douceur. Si le silence persiste plus de quelques semaines, parle à l’école, et envisage un soutien professionnel.

La colère vive. L’enfant qui a soudain de grosses colères, souvent pour de petites choses. La colère est souvent du chagrin qui cherche une sortie. Tiens-la. Ne la punis pas. Ne la répare pas. Je vois que tu es vraiment en colère. Je comprends. Tu veux qu’on aille marcher ?

Les plaintes physiques. Maux de tête, maux de ventre, fatigue. Le corps se souvient. Ne balaie pas ça d’un revers de main. Ne médicalise pas tout de suite. Surveille le schéma.

Le comportement trop mûr. L’enfant de 8 ans qui devient excessivement responsable. Qui s’occupe du petit frère ou de la petite sœur sans qu’on le lui demande. Qui veille sur toi. C’est de la parentification, et ça lui coûte. Repousse-le doucement : C’est mon travail, mon cœur. Toi, tu as le droit d’être un enfant.

Pour finir

L’enfant de 8 à 12 ans peut tenir davantage que celui de 4 ans. Il peut aussi cacher davantage. Les deux sont vrais. À cet âge, le travail tient moins à expliquer qu’à être disponible, calme, et à ne pas rendre l’enfant responsable de la charge émotionnelle des adultes.

L’essentiel du travail ne se fera pas dans des conversations que tu vois. Il se fera dans la voiture, sur le trajet, au lampadaire que le chien ne veut pas lâcher. Ton rôle, c’est d’être là quand ça remonte, de répondre à la question qui est posée, et de ne pas en dire plus que le moment ne peut en contenir.

Samedi matin. Le chien finit par lâcher le lampadaire. Tu marches. Tu réponds à la question. Cinq phrases. Puis tu marches en silence un moment. Il ne dit rien d’autre. Au bout de quelques minutes, il demande si vous pourrez jouer à la console en rentrant. Tu dis oui. C’est tout le reste de la conversation, pour aujourd’hui.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.