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Module 03 · Routines à l'âge scolaire

La question de la lunchbox

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

4–78–128 min de lecture
La question de la lunchbox

La question de la lunchbox

Mercredi, 16 h 15. Sortie de l’école. Ton enfant grimpe dans la voiture, te tend la lunchbox et annonce que le déjeuner était nul.

Tu ouvres la boîte le soir. Le sandwich au fromage est à moitié mangé. La pomme est entière, avec une seule bouchée. Les bâtonnets de carotte sont intacts. Le paquet de biscuits, que tu avais failli ne pas mettre, a disparu.

Tu prends une petite note mentale. Ton enfant emportera la même chose demain (tu l’as déjà préparée) et en mangera sans doute la même fraction.

Puis tu te souviens. Demain, c’est ton co-parent qui prépare la lunchbox.

Tu hésites un instant à lui envoyer un message au sujet du coup de la pomme et de la bouchée unique. Puis tu décides que non. La lunchbox sera différente dans l’autre foyer. Ce n’est pas toujours un problème. Parfois, c’est même l’intérêt.

Cet article parle de la lunchbox à cheval sur deux foyers. La préparer. Ce qu’on met dedans. Son voyage. Le cycle hebdomadaire des choses à moitié mangées, à moitié préparées, à moitié oubliées.

Il ne parle pas de la bonne façon de nourrir ton enfant. Il n’y en a pas. Il ne parle pas de savoir quelle lunchbox est la plus saine. C’est presque toujours la mauvaise question. Il parle de la façon d’éviter que la lunchbox ne devienne le baromètre quotidien de tout le reste.

À qui appartient la lunchbox

L’accord le plus simple. Le parent qui a l’enfant la veille au soir est celui qui prépare la lunchbox.

Ça vaut pour presque toute la friction quotidienne. Ton co-parent n’a pas besoin de savoir ce qu’il y a dans ta lunchbox. Tu n’as pas besoin de savoir ce qu’il y a dans la sienne. Chaque foyer prépare la sienne. L’enfant mange ce qu’il y a dans la boîte ce jour-là.

La question plus profonde, c’est ce qui se passe quand ce qu’on met dans les boîtes est très différent d’un foyer à l’autre.

Un parent prépare des tranches de concombre, du houmous et du riz complet. L’autre parent prépare des sandwichs au pain de mie et des chips. L’enfant le remarque. Dès six ans, l’enfant a une nette préférence pour l’une plutôt que l’autre.

Ce n’est pas, en soi, un problème à résoudre. C’est un fait sur ta famille. Deux foyers, deux cultures alimentaires, un enfant qui mange dans les deux.

Ce qui peut devenir un problème, c’est quand cette différence devient une conversation au milieu de laquelle l’enfant se retrouve. Maman dit que les chips, c’est mauvais. Papa dit que c’est pas grave. Pourquoi tu me donnes un truc mauvais si c’est pas grave ?

Le geste qui aide. Être honnête sur la différence, sans juger ton co-parent. Oui, chez nous, on ne met pas de chips dans la lunchbox la plupart du temps. Chez Papa, tu as parfois des chips. Les deux, c’est très bien. L’enfant peut tenir ça. Il peut le tenir parce que tu l’as tenu en premier.

Le geste qui n’aide pas, c’est celui où la nourriture d’un parent devient la vraie nourriture et celle de l’autre parent devient la mauvaise nourriture. Les enfants attrapent ces étiquettes très vite. Ils se mettent à cacher ce qu’ils ont mangé dans l’autre foyer au parent qui désapprouverait. Ils se mettent à mentir sur le déjeuner dès sept ans. La lunchbox cesse d’être une information.

Si la différence est vraiment préoccupante (un enfant qui a un problème dentaire et qui reçoit du sucre tous les jours, un enfant dont la nutrition s’en trouve affectée, une recommandation médicale qu’on ignore), la conversation passe par le médecin ou le dentiste, pas par la lunchbox. La voix clinique pèse plus lourd que la voix du parent.

La lunchbox oubliée

Une fois par quinzaine, la lunchbox sera là où elle ne devrait pas être.

Le grand classique. Tu l’as préparée hier soir. Ce matin, tu ne la trouves pas. Elle n’est pas dans le sac. Elle n’est pas sur le plan de travail. Elle est, finis-tu par comprendre, dans l’autre foyer. L’enfant l’a emportée là-bas hier soir et ton co-parent l’a mise dans son frigo.

Trois options.

La première, récupérer. Si ton co-parent peut la déposer à l’école, ou si tu peux passer, la lunchbox arrive à temps.

La deuxième, remplacer. Un deuxième déjeuner vite fait. Un sandwich, une pomme, un biscuit, un peu de monnaie pour la cantine. Pas le déjeuner que tu aurais préparé. Le déjeuner que tu peux préparer en trois minutes.

La troisième, accepter. L’école a souvent un moyen de gérer ça. On prévient l’enseignant que la lunchbox est dans l’autre foyer. L’école fournit un repas de base à la cantine. Ce n’est pas un drame. Beaucoup d’écoles voient ça arriver chaque semaine, dans beaucoup de familles.

La question plus intéressante, c’est celle qui se trouve dessous. Pourquoi la lunchbox est-elle restée dans l’autre foyer ? Est-ce parce qu’elle n’a pas été remise dans le sac d’école au moment du relais du matin ? Est-ce parce que le sac lui-même est resté là-bas ? La plupart du temps, une lunchbox égarée est un sac égaré déguisé.

La solution n’est en général pas dans la lunchbox. Elle est dans le système autour du sac.

Ce que la lunchbox à moitié mangée te raconte

Une lunchbox à moitié mangée n’est pas un échec.

Une lunchbox qui revient à moitié pleine est une information. Cette information n’est pas toujours je devrais en mettre moins. Ça peut être :

  • L’enfant n’avait pas faim ce jour-là.
  • L’enfant a mangé le goûter d’abord et n’est pas arrivé jusqu’au sandwich.
  • L’enfant parlait avec ses copains et n’a pas fini.
  • L’enfant n’aime pas vraiment le fromage que tu as acheté cette semaine.
  • L’enseignant a écourté le déjeuner pour un rassemblement.
  • L’enfant était contrarié par quelque chose et a perdu l’appétit.

La lunchbox est une information parmi beaucoup d’autres. Ne la lis pas comme un verdict sur le déjeuner.

Ce qui mérite d’être suivi, ce n’est pas la fraction quotidienne, mais le schéma de la semaine. Si la lunchbox revient à moitié pleine tous les jours pendant une quinzaine, quelque chose est constant. Si ça varie, la variation reflète sans doute la journée réelle de l’enfant.

Un mot sur la communication avec ton co-parent là-dessus. Si le schéma de la chose à moitié mangée est assez marqué pour que tu veuilles le signaler, fais-le. J’ai remarqué que la lunchbox revient presque pas touchée cette semaine. Pareil chez toi ? Je me demande s’il se passe quelque chose. La façon de le dire compte. Pas ta lunchbox ne va pas, mais j’ai remarqué un schéma et je voulais comparer.

Le petit mot dans la lunchbox

Une petite chose, que certains parents pratiquent, et qui mérite sa place.

Un mot plié dans la lunchbox. Passe une super journée. Je t’aime. Ou un petit dessin. Ou un visage souriant sur un Post-it. L’enfant le voit au déjeuner.

Ce n’est pas obligatoire. Tous les parents ne le font pas. Tous les enfants n’en veulent pas. L’enfant plus grand préfère souvent qu’il n’y ait pas de mot, et c’est une information aussi. Mais pour certains enfants, surtout dans les premiers mois après la séparation, le mot est un petit point d’ancrage. Le déjeuner est un moment tranquille, au milieu de la journée. Le mot est un rappel que le parent pense encore à lui, même s’il n’est pas dans la même pièce.

Si tu es le parent qui met des mots, continue. Si ton co-parent en met aussi, l’enfant a des mots des deux foyers, des jours différents. Ce n’est pas une compétition. L’enfant qui lit deux mots par semaine n’est pas mieux loti que celui qui en lit un. Ce qui compte, c’est le petit signal régulier d’être gardé en tête.

Si les mots, ce n’est pas ton truc, c’est très bien aussi. Ne joue pas la comédie d’une culture du mot. L’enfant repère l’insincérité à dix mètres.

Les allergies et ce qui n’est pas optionnel

Une section courte mais importante.

Si ton enfant a une allergie, les deux foyers préparent en conséquence. Ce n’est pas un choix de style. C’est un fait médical.

L’aliment interdit est interdit dans les deux foyers, point. La trousse d’urgence ou le traitement voyage avec l’enfant. L’école a les coordonnées des deux parents en cas d’urgence. L’enseignant connaît l’allergie. Si elle relève d’un PAI (projet d’accueil individualisé), les deux foyers s’y tiennent.

Si toi et ton co-parent avez des niveaux de vigilance différents face à une allergie (l’un de vous lit chaque étiquette, l’autre « sait ce qui est sans danger »), cet écart est dangereux d’une façon dont le reste de la question de la lunchbox ne l’est pas. Aborde-le directement. La sécurité de l’enfant n’est pas une affaire de style parental.

Si ton enfant a une préférence alimentaire plutôt qu’une allergie (végétarien, sans porc, ou autre), les foyers peuvent les gérer différemment si les parents eux-mêmes ont des pratiques différentes. Ça se règle entre adultes, en prenant au sérieux la préférence de l’enfant. La conversation vaut la peine d’être eue. La lunchbox elle-même découle de cette conversation.

Pour finir

Mercredi, 16 h 15. La lunchbox est à moitié mangée. La pomme a une bouchée. Les biscuits ont disparu.

Demain matin, ton co-parent préparera une lunchbox différente. Elle pourrait revenir à moitié mangée elle aussi. Ou elle pourrait revenir vide. Dans les deux cas, l’enfant aura mangé.

La lunchbox n’est pas la chose en jeu. La lunchbox est l’un des petits signaux quotidiens, répétés, qui disent à l’enfant que le système est stable. Deux parents, deux foyers, deux lunchbox un peu différentes. Un enfant qui mange dans les deux, le plus souvent, et qui va bien.

Dans bien des années, ton enfant ne se souviendra pas des sandwichs au fromage. Il se souviendra de savoir si le déjeuner lui a semblé stable.

Prépare la lunchbox. Ne lui fais pas porter plus qu’elle n’a à porter.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.