dip
Module 08 · co parent communication

Le minimum d’informations à partager

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges11 min de lecturePierre angulaire
Le minimum d’informations à partager

Le minimum d’informations à partager

Jeudi matin. Tu fais défiler trois semaines de messages entre toi et ton co-parent, à la recherche d’un signe que tu lui as bien parlé, un jour, de la réunion parents-professeurs prévue mercredi prochain.

Tu ne le trouves pas. Tu commences à taper le message maintenant, en milieu de matinée, un jeudi, dix jours avant la réunion. Tu te mets à penser à tout ce qu’il pourrait ignorer d’autre. Le rendez-vous chez l’orthodontiste la semaine dernière (tu l’as mentionné ; il a répondu ; celui-là, c’est réglé). L’anniversaire d’un copain auquel ton enfant est invité (tu n’en as pas parlé ; c’est dans trois semaines). La nouvelle règle de sortie de l’école (l’école a envoyé un mail ; tu ne sais pas s’il l’a lu).

Tu commences une liste dans ta tête. La liste n’arrête pas de s’allonger. Certaines de ces choses, il a besoin de les savoir. D’autres, il les sait sans doute déjà. D’autres encore, il préférerait ne pas les apprendre. Tu sens monter l’incertitude familière : c’est quoi, trop, c’est quoi, trop peu, et qui décide.

Cet article parle de la réponse.

De quoi parle cet article

Cet article est la dernière pierre angulaire de la version 1 du module sur la communication entre co-parents. Les trois premiers articles s’occupaient de la façon dont les messages doivent arriver. Celui-ci s’occupe de ce que les messages doivent contenir.

Le principe est le suivant. Il existe une catégorie précise d’informations dont ton co-parent a besoin de ta part, et il existe une catégorie précise d’informations qui n’a pas à circuler entre vous. Le savoir-faire, c’est de faire la différence.

Trop peu d’informations a un coût réel. Ton co-parent ne peut pas faire sa part s’il ne sait pas ce qui se passe. Trop d’informations a aussi un coût réel, moins évident mais corrosif : ça pollue le canal, ça consomme l’attention des deux parents, et c’est souvent là que se cache le débordement émotionnel.

L’article aborde quatre choses. Le minimum (ce qui doit être partagé). Le maximum (ce qui ne devrait pas l’être). Où passe la frontière. Et les outils, dans la structure même, qui font advenir le minimum sans que tu aies à y penser.

Le minimum

Il y a cinq catégories d’informations qui doivent circuler de façon fiable entre co-parents. La liste est plus courte que la plupart des parents ne l’imaginent.

Les changements de planning. Tout écart par rapport au rythme convenu. Je suis en retard. Il faut qu’on échange une journée. Je serai absent quinze jours en juillet. Si ton rythme par défaut est le même chaque semaine, du lundi au mercredi et du jeudi au dimanche, tout ce qui s’en écarte est une information. Si ton rythme par défaut est plus sur mesure, les écarts restent les éléments à communiquer. Le rythme par défaut, lui, n’a pas besoin d’être recommuniqué.

La santé. Tout ce qui dépasse un simple rhume. Nouveaux symptômes. Rendez-vous. Médicaments. Ordonnances. Réactions allergiques. Vaccins. Mots du médecin. Passages à l’hôpital. Si le prochain adulte qui se retrouvera seul avec l’enfant a besoin de savoir pour gérer une situation, le prochain adulte a besoin de savoir.

Les communications de l’école. Les mails de l’école. Les demandes de documents. Les autorisations. Les notifications. Les bulletins. Les invitations aux réunions. La plupart des écoles mettent les deux parents en copie des communications officielles si on le demande ; fais-le une fois en début d’année et la majeure partie de cette catégorie devient automatique. Le mail de l’école est la source ; ton rôle, c’est de t’assurer que les deux parents sont sur la liste. Pense aussi au cahier de liaison et à Pronote, selon ce que ton école utilise.

Les rendez-vous sociaux qui touchent à l’organisation. Les anniversaires. Les nuits chez des copains. Les invitations qui tombent sur les jours de ton co-parent. Les activités qui ont des conséquences sur le planning. Pas tous les rendez-vous sociaux ; seulement ceux qui croisent l’organisation. Si un copain vient une après-midi chez toi un de tes jours, aucune information n’a besoin de circuler. Si un copain a invité ton enfant à dormir et que ça chevauche un passage de relais, l’information circule.

Les préoccupations qui émergent. Quelque chose de nouveau dans le comportement de l’enfant. Un changement dans son groupe de copains qui mérite l’attention. Une remarque d’un enseignant. Une tendance à la maison qui n’est encore rien, mais qui pourrait le devenir. C’est la catégorie la plus difficile à doser. Penche-toi du côté de le dire. La plupart des préoccupations se révèlent n’être rien. Celles qui se révèlent être quelque chose gagnent à ce que les deux parents aient été prévenus tôt.

Voilà le minimum. Cinq catégories. Presque tout ce qui est opérationnel tient à l’intérieur.

Le maximum

L’autre versant de la frontière est tout aussi important. Plusieurs catégories d’informations ne devraient pas circuler de façon courante.

Ton jugement sur sa façon de parenter. Ce que tu penses qu’il devrait faire. Ce que tu penses qu’il fait de travers. Le conseil que tu donnerais si on te le demandait. Rien de tout ça n’est une information dont l’autre a besoin. Même quand il fait vraiment un choix que tu ferais autrement, lui envoyer ton jugement n’aide pas ; ça ne fait que créer de la défense. L’exception, c’est quand la sécurité de l’enfant est en jeu ; ça relève de ses propres protocoles (les modules 09 et 11 traitent ce point). Pour tout le reste, le jugement reste chez toi.

Tes réactions émotionnelles à sa façon de parenter. Une catégorie à part. Tu t’es senti frustré. Tu t’es senti blessé. Tu t’es senti jugé. Ce sont de vrais ressentis. Ils ont des endroits appropriés où être traités (l’article 03 en a parlé). Le fil de messages avec ton co-parent n’en fait pas partie. Envoyer une réaction émotionnelle comme si c’était une information transforme le canal en autre chose.

Ta vie amoureuse. Que tu fréquentes quelqu’un. Que tu ne fréquentes personne. Que les choses deviennent plus sérieuses avec quelqu’un. Le module 12 traite le moment précis où il faut présenter de nouveaux partenaires dans la conversation entre co-parents. Avant ce moment, ta vie amoureuse n’appartient qu’à toi.

Ta vie professionnelle au-delà de ce qui touche à l’organisation. Une semaine chargée. Un projet stressant. Un souci avec un nouveau collègue. Rien de tout ça n’est une information pour le canal entre co-parents, sauf si ça touche l’enfant. Je suis en déplacement pour le travail mercredi prochain touche l’enfant. Mon chef m’agace ne le touche pas.

Tout ce que ton enfant t’a confié en confidence. En grandissant, les enfants partagent avec chaque parent des choses qu’ils n’ont peut-être pas partagées avec l’autre. Le réflexe par défaut, c’est d’honorer la confidence, sauf si la sécurité est en jeu. L’enfant qui te raconte en confidence une difficulté d’amitié, ce n’est pas une information dont ton co-parent a besoin, sauf si cette difficulté atteint le seuil de la sécurité. Le fait que l’enfant confie quelque chose à un parent fait partie de la façon dont il différencie ses relations. Cette confiance ne t’appartient pas, même pour la partager avec ton co-parent.

Le long contexte historique. Si une situation présente te rappelle quelque chose qui s’est passé il y a trois ans, ce qui s’est passé il y a trois ans n’est pas une information sur la situation présente. C’est une grille de lecture, pour toi. Ton co-parent n’a pas besoin de la référence historique. La lui envoyer donne au canal l’allure d’un exercice d’archivage.

Où passe la frontière

Quand tu ne sais pas trop si une chose relève du minimum ou du maximum, deux tests tranchent en général.

Le test du collègue. Est-ce que tu dirais cette information à un collègue compétent, dans un message d’une ligne ? La co-parentalité, mécaniquement, a la texture d’un travail mené aux côtés d’un collègue sur un projet partagé et complexe. L’information qui circule entre collègues compétents est opérationnelle, actuelle, brève et utile. Celle qui ne circule pas comprend les ressentis, les opinions, l’histoire et les commentaires. Applique le même filtre ici. Le collègue n’est pas un ami. C’est quelqu’un avec qui tu fais le travail. L’information sert le travail.

Le test de la relecture dans cinq ans. Si ton enfant lisait ce message dans cinq ans, est-ce que l’information qu’il contient ressemblerait à ce qu’un parent raisonnable aurait partagé avec l’autre, pour bien prendre soin de lui ? Si oui, ça a sa place. Si le message se lit plutôt comme un relevé de ce-que-tu-as-ressenti-à-propos-de-ce-qu’il-a-fait, ça n’a pas sa place.

Les deux tests tombent du même côté pour presque tous les messages limites. Opérationnel, bref, tourné vers le présent : envoie. Émotionnel, plein d’opinions, historique, du registre du commentaire : n’envoie pas.

Quand le silence est une information

Un mode d’échec précis : ne pas envoyer une information parce que tu es contrarié et que tu veux que l’autre découvre tout seul.

Ce schéma est courant et il fait des dégâts. Tu sais que l’école a envoyé une notification. Tu sais qu’il ne l’a peut-être pas vue. Tu décides de ne pas la signaler, en partie parce qu’il aurait dû lire son propre mail, en partie parce que tu es agacé par tout autre chose. La vie de l’enfant est moins bien gérée. Ton co-parent finit par l’apprendre et ressent le petit trou, ciblé.

Les dégâts s’accumulent. Une fois que tu as commencé à te servir du silence pour faire passer ton mécontentement, l’autre apprend à s’attendre à des oublis et se met à tout revérifier. Le canal devient plein de friction alors même que presque aucune information réelle ne circule. Vous dépensez désormais tous les deux de l’énergie sur ce qui n’a pas été dit.

La discipline : envoyer le minimum de façon fiable, quelle que soit l’humeur que tu as envers l’autre tel ou tel jour. Les cinq catégories ci-dessus circulent, que vous vous entendiez bien cette semaine ou non. Le silence n’a pas le droit de devenir un outil.

Les outils, dans la structure, qui font l’essentiel du travail

L’essentiel du minimum peut être pris en charge par des structures qui ne réclament aucune discipline de communication au quotidien. Quelques-unes valent la peine d’être mises en place tôt.

Les deux parents sur chaque liste de l’école. Les deux parents en copie de l’enseignant de chaque enfant. Les deux parents inscrits sur le portail de l’école ou l’ENT. Les deux parents inscrits sur la liste de contacts de chaque activité. L’école communique alors la même chose aux deux en même temps. Tu n’as pas à faire suivre ; tu n’as pas à signaler.

Un agenda partagé pour les événements de l’enfant. Un seul agenda que vous tenez tous les deux. Vacances scolaires (attention aux zones A, B et C, qui décalent les dates), dates de la rentrée et des congés, rendez-vous médicaux, activités, anniversaires, nuits chez des copains. Vous avez tous les deux un accès en lecture et en écriture. Quand quelque chose est ajouté, vous le voyez tous les deux. L’agenda devient la source de vérité ; le fil de messages ne sert plus qu’aux exceptions en temps réel.

Une note partagée pour les choses qui durent. Allergies. Médicaments. Tailles de vêtements. Noms et coordonnées des parents des copains. Toute information qui dure et dont les deux parents ont besoin. Mise à jour au fil de l’eau. La note remplace la version qui fuit lentement de cette information, redemandée encore et encore par messages.

Un appel mensuel d’un quart d’heure. L’article 11 du module 07 en parlait pour l’argent ; l’équivalent fonctionne pour l’organisation. Une fois par mois, quinze minutes, un bref tour d’horizon du mois à venir. Tout ce qui est plus gros est nommé. L’essentiel du minimum d’informations d’un mois peut s’échanger dans ce seul appel, ce qui laisse le reste du mois aux exceptions uniquement.

Ces structures ne remplacent pas le canal de messages. Elles l’allègent. Une fois en place, la plupart des semaines comptent un ou deux messages opérationnels entre les parents, et c’est tout. Le canal cesse d’être l’endroit où tout se passe.

Pour finir

Jeudi matin, dix jours avant la réunion parents-professeurs. Tu finis par taper le message.

« Salut. Réunion parents-professeurs mercredi prochain à 16 h. Tu es libre ? Je peux y aller si tu ne peux pas, mais je pense qu’on devrait essayer d’y être tous les deux. »

Tu le lis une fois. Tu envoies.

La réponse arrive en trente minutes. « Oui, je peux. Tu veux que je confirme auprès de l’école ? » Tu réponds : « Oui, avec plaisir. Merci. » Il répond : « C’est fait. »

La réunion parents-professeurs est sur l’agenda partagé avant midi. L’anniversaire du copain ira sur l’agenda cette après-midi, quand tu penseras à l’ajouter. La nouvelle règle de sortie de l’école est déjà dans sa boîte mail ; il lit ses propres mails.

Voilà à quoi ressemble le minimum d’informations à partager, dans la vraie vie. Pas parce que tu y as mis beaucoup d’efforts. Parce que les structures autour font l’essentiel du travail, et que les petites décisions qui restent s’inscrivent à l’intérieur d’un principe clair.

Le principe a toujours été simple. Ton co-parent a besoin de savoir ce qu’il a besoin de savoir pour faire sa part. Il n’a besoin de rien d’autre.

Deux adultes, un seul travail, avec le minimum d’informations qui circule de façon fiable entre eux, et presque rien du reste.

C’est la structure à l’intérieur de laquelle la co-parentalité devient possible. Pas parce qu’elle enlève la difficulté. Parce qu’elle pose la difficulté à terre, chaque jour, au lieu de la porter en avant jusqu’au message suivant.

Et le message suivant, dans la structure qui fonctionne, va surtout parler d’une réunion parents-professeurs.

Ce qui est, au fond, exactement ce dont il devrait parler.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.