dip
Module 08 · co parent communication

WhatsApp, mail, appli. Choisir le canal.

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges10 min de lecture
WhatsApp, mail, appli. Choisir le canal.

WhatsApp, mail, appli. Choisir le canal.

Ça fait deux jours que tu rédiges un message dans ta tête. Il porte sur quelque chose de précis qui te travaille. Une tendance que tu as remarquée. Ce que tu veux dire a fini par prendre la forme d’un paragraphe cohérent.

Tu sors ton téléphone. Tu hésites. WhatsApp ? Un mail ? L’appli de co-parentalité à laquelle vous vous êtes inscrits tous les deux et que vous n’utilisez jamais ? Chacune te semble légèrement à côté. Tu n’as encore rien envoyé et tu es déjà dans la friction. Le choix du canal est devenu une décision à part entière avant même que le contenu n’ait quitté ta tête.

Ce n’est pas un petit problème. Le canal sur lequel un message arrive façonne sa réception presque autant que les mots à l’intérieur. Cet article parle de choisir le bon.

De quoi parle cet article

Les quatre premiers articles de ce module ont abordé le ton, le moment, le contenu et l’étendue des messages entre co-parents. Celui-ci s’occupe du support lui-même. Quel canal convient à quel type de message.

Le principe est simple. Chaque canal porte des signaux différents avant même que le message soit lu. Choisis le canal qui correspond au message ; ne laisse pas le canal détonner avec le contenu.

L’article aborde quatre choses. Ce que signale réellement chaque canal. Quels types de messages ont leur place sur chacun. Quand faire monter le canal (du message écrit à l’appel, puis au face-à-face). Et quand le faire redescendre.

Ce que signale chaque canal

WhatsApp, iMessage, SMS. Par défaut. Rapide. Peu de friction. Lu en quelques secondes. Une réponse en minutes ou en heures. Le signal : c’est de la communication opérationnelle, normale, du quotidien. J’arrive. J’aurai 5 minutes de retard. J’ai récupéré l’ordonnance. Quand tu envoies quelque chose sur WhatsApp, tu dis implicitement : c’est le genre de chose qui tient dans le flux du quotidien.

Les forces de WhatsApp : la vitesse, la visibilité (tu sais quand le message a été remis, lu), la familiarité. L’autre peut y jeter un œil dans le bus, entre deux réunions, en sortie d’école.

Les faiblesses de WhatsApp : trop informel pour tout ce qui demande une lecture attentive. Le rythme conversationnel de l’appli pousse aux réponses rapides, qui poussent aux réponses incomplètes, qui poussent aux malentendus. Un contenu difficile envoyé par WhatsApp sera survolé ; l’autre répondra avant d’avoir tout à fait compris. Et vous allez passer les quarante minutes suivantes à clarifier, tous les deux.

Le mail. Plus lent. Plus formel. Lu une fois, puis relu avant la réponse. Les réponses arrivent souvent quelques heures, voire un jour plus tard. Le signal : c’est quelque chose que je veux que tu lises attentivement et sur quoi je veux que tu réfléchisses. Le mail crée un petit espace, presque cérémonial, autour du message.

Les forces du mail : la profondeur, le temps, une trace écrite que vous pouvez tous les deux relire. Bon pour tout ce qui dépasse trois phrases. Bon pour tout ce sur quoi tu veux que l’autre absorbe avant de répondre. Bon pour tout ce que tu voudrais pouvoir transmettre à un tiers (un médiateur, une école) sans avoir à le remettre en contexte.

Les faiblesses du mail : le délai de réponse fait que le mail n’est pas adapté à ce qui est urgent. Le mail est aussi facile à ignorer ; un message posé dans la boîte de réception peut rester non lu pendant des jours avant qu’on le remarque. Sa formalité peut se lire comme de la froideur s’il sert au mauvais contenu.

L’appli de co-parentalité (si tu en as une). Une appli dédiée, pensée pour la communication entre co-parents. Les fonctions varient ; éléments fréquents : agenda partagé, fil de messages, suivi des dépenses, stockage de documents, visibilité d’un tiers (dans certaines applis, un médiateur peut avoir un accès en lecture). Le signal : c’est structuré, conservé, et traité comme une partie de l’infrastructure de la co-parentalité.

Les forces de l’appli : tout vit au même endroit. L’agenda, les messages, les justificatifs. L’accès d’un tiers peut être un atout pour les familles qui ont un historique proche du juridique. Les champs structurés encouragent des messages opérationnels et nets.

Les faiblesses de l’appli : la friction. Aucun des deux parents ne l’ouvre aussi spontanément que WhatsApp. Si un seul de vous l’utilise, l’appli devient une corvée. Les applis fonctionnent mieux quand les deux parents acceptent d’en faire le canal principal et que tous les deux en prennent l’habitude. Elles ne marchent pas comme un second canal occasionnel.

Les appels et les appels vidéo. En temps réel. Les deux voix dans la conversation en même temps. Le signal : ça a besoin d’être discuté, pas tapé. Le canal le plus souple pour tout ce qui comporte de la nuance, de l’émotion, des allers-retours. Aussi le plus coûteux en temps et en charge émotionnelle.

Les conversations en face à face. Rares dans beaucoup de relations entre co-parents, mais puissantes quand on s’en sert. Même temps, même pièce, tous les signaux visuels. Le signal : c’est assez important pour qu’on soit présents tous les deux. Réservé : aux conversations de fond, aux grandes décisions, aux conversations de réparation après une rupture.

Faire correspondre le contenu et le canal

L’essentiel des contenus entre co-parents tient nettement dans un seul canal. La poignée de catégories qui se chevauchent, c’est là que se produisent la plupart des erreurs de canal.

La pure logistique. WhatsApp. J’aurai 20 minutes de retard. Les affaires de foot sont dans le sac vert. Le petit dit qu’il a un truc de sciences demain, tu as les détails ? Si c’est le genre de chose qui passerait inaperçu dans une conversation entre collègues, c’est WhatsApp.

Une information sur l’enfant qui doit être retenue. WhatsApp pour l’instant présent, avec un report sur la note partagée ou l’agenda pour que l’information vive quelque part de durable. Rendez-vous chez le dentiste déplacé au jeudi 15 h ; je mets l’agenda à jour. Le message WhatsApp est l’alerte ; l’agenda est l’archive.

Les changements de planning à plus d’une semaine. Mail ou appli. Tout ce qui touche au planning au-delà de la semaine prochaine doit prendre une forme qui se lit attentivement et vit dans un endroit consultable. J’aimerais échanger le dernier week-end d’octobre. Raison et échange proposé ci-dessous.

Tout ce qui demande aux deux parents d’y réfléchir activement avant de répondre. Mail. J’ai vu une occasion pour [enfant] de faire [activité] cet été. Coût, dates et ce que j’en pense ci-dessous. Ouvert à en discuter ce week-end. Le mail laisse à l’autre le temps de réfléchir. WhatsApp le pousserait à réagir.

Un retour difficile ou des préoccupations. Mail si la préoccupation est de fond ; un appel si elle est précise et émotionnelle. Presque jamais WhatsApp. WhatsApp réduira une préoccupation nuancée à une phrase brève qui arrivera plus tranchante que tu ne le voulais. Le mail ou l’appel donne à la conversation l’espace dont elle a besoin.

Tout ce qui est urgent ET difficile. Un appel. La combinaison de réponse attendue vite et contenu émotionnel, c’est exactement à ça que servent les appels. Essayer de faire ça sur WhatsApp est la cause la plus fréquente d’escalade.

La réparation après un faux pas. Sur le canal où le faux pas s’est produit, répare d’abord sur le même canal, puis éventuellement reviens dessus sur un canal plus lent. Si tu as envoyé un message WhatsApp à chaud, envoie la réparation WhatsApp dans l’heure. Si tu as écrit un mail froid, envoie un bref mail plus chaleureux. Ne demande pas un appel pour réparer un dérapage WhatsApp ; l’escalade se lit comme plus grosse que le problème de départ.

Les conversations de fond. Appel ou face-à-face. La conversation sur la façon dont vous gérerez désormais toute une catégorie de sujets n’est pas une conversation par message. Elle appelle le canal du même temps, de la même présence.

Faire monter le canal

Parfois, un message tourne en rond sur WhatsApp et n’avance pas. Ou un échange de mails se dégrade à chaque réponse. Le bon réflexe, c’est de faire monter le canal.

Repère les signes. Trois allers-retours WhatsApp sur un même sujet sans que ça converge. Des mails de plus en plus longs et élaborés sans résolution. La température qui monte d’un cran à chaque échange. Des choses dites qui ne se diraient pas dans un appel.

Fais la proposition proprement. Je crois que ça s’emmêle à l’écrit. On peut s’appeler dix minutes ce soir pour en parler ? Aucun commentaire. Aucune accusation. Juste une proposition de changer de canal. Presque toujours acceptée, et presque toujours, ça désamorce la situation sur-le-champ.

Sois prêt à être celui qui appelle en premier. Celui qui propose l’appel vous rend service à tous les deux. Il n’y a aucun avantage à attendre que l’autre le propose. Le fait même de proposer est une petite réparation : ça dit je tiens à ce que ça se passe bien plus qu’à avoir raison à l’écrit.

Si un appel ne résout pas, le face-à-face. Certaines conversations ont besoin des deux corps dans une pièce. La conversation sur un désaccord de fond. La conversation au retour difficile. La conversation du « il faut vraiment qu’on se parle ». Le module 14 traite ce point en profondeur. Le signal : ça compte assez pour qu’on prenne le temps.

Faire redescendre le canal

Le sens inverse compte aussi. Parfois, une conversation se tient sur un canal plus haut qu’il ne le faut.

Un petit appel qui aurait pu être un message. Certains parents glissent vers l’appel pour de la logistique qui aurait tenu en trois messages. Au début, ça peut sembler convivial, mais ça dépense l’attention des deux parents sur quelque chose dont le canal n’avait pas besoin. Ramène la logistique vers l’écrit.

Un échange de mails qui n’est en fait qu’un seul long message. Parfois, les deux parents s’échangent par mail une foule de petites questions de clarification. Tout l’échange pourrait être remplacé par un seul bon mail contenant d’emblée l’information nécessaire, et un bref accusé de réception en retour. Remarque quand un échange fait le travail d’un seul message bien composé.

Une conversation en face à face qui a glissé vers le bavardage. Si tu mènes la rare conversation de co-parentalité en face à face et qu’elle a glissé vers le terrain social, ramène-la doucement au sujet ou mets fin à la conversation. Le signal d’une rencontre en personne, c’est on a besoin d’être présents tous les deux ; si ce besoin est satisfait, la rencontre peut se terminer.

Quand vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord sur le canal

Parfois, un parent préfère WhatsApp pour tout et l’autre préfère le mail pour tout. Parfois, l’un veut l’appli dédiée et l’autre refuse de s’en servir.

Quelques repères.

Par défaut, le canal le moins friction pour l’opérationnel du quotidien. WhatsApp convient au trafic de routine, même si l’un de vous préfère le mail. La friction au niveau du canal tue la circulation de l’information.

Par défaut, le canal le plus friction pour le contenu difficile. Le mail ou l’appel convient à tout ce qui est plus lourd que de la logistique, même si ton co-parent préfère tout gérer par WhatsApp. C’est le canal qui doit coller au contenu, pas à la préférence.

L’appli, c’est les deux ou aucun. Si un seul de vous utilise l’appli dédiée, elle ne marchera pas. Soit les deux s’engagent, soit aucun. Une adoption à moitié est pire qu’aucune adoption.

La préférence de canal peut être, en elle-même, la conversation de fond. Si vous n’arrivez vraiment pas à vous mettre d’accord, ça fait peut-être partie des choses à amener en séance de médiation (module 09). Le choix du canal n’est en général pas un désaccord profond ; c’est en général un détail à mettre au point. Un tiers neutre peut le régler en vingt minutes.

Pour finir

Ça fait deux jours que tu rédiges le message dans ta tête. Tu sors ton téléphone.

Tu fais une pause. Tu poses la question : c’est un truc pour WhatsApp ou un truc pour un mail ?

Le message a du poids. Il porte sur une tendance. Il demande à l’autre de réfléchir avant de répondre. Le bon canal, c’est le mail.

Tu passes de WhatsApp au mail. Tu tapes le brouillon. Tu le relis. Tu l’enregistres et tu le laisses reposer jusqu’à demain.

Le lendemain matin, tu relis. Le message tient toujours. Tu envoies.

La réponse arrive dans la soirée, deux paragraphes, soignés. Ton co-parent l’a lu une fois, a pris quelques heures, a répondu quelque chose de réfléchi. La conversation atterrit dans un endroit différent de celui où elle aurait atterri sur WhatsApp.

Voilà à quoi ressemble l’accord du canal et du contenu quand il fonctionne. Le support a fait une partie du travail que le message aurait sinon dû porter tout seul.

L’essentiel de la communication entre co-parents va très bien sur WhatsApp. Une part non négligeable a sa place ailleurs. Le savoir-faire, c’est de remarquer la différence, en temps réel, avant que le mauvais canal ait déjà façonné le message.

Ce qu’il a, en général, fait, au moment où tu l’aurais sinon remarqué.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.