Bien terminer une médiation
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Bien terminer une médiation
C’est la septième séance. Vous vous étiez inscrits pour quatre au départ. La médiatrice, il y a deux séances, a demandé : « Est-ce qu’on est assez proches pour qu’une séance de plus suffise, ou est-ce qu’on est dans une autre phase maintenant ? » Vous avez tous les deux répondu qu’une de plus devrait suffire. C’est cette séance-là, et un sentiment s’installe dans la pièce : le travail a atteint son point d’arrivée naturel.
La convention parentale est rédigée. Vous l’avez lue trois fois chacun. Les dernières retouches sont minimes. La médiatrice se tourne vers vous deux et pose la question qui revient toujours à ce moment : « Est-ce qu’on est prêts à clore ? »
Ton co-parent et toi vous regardez. Après une brève pause, vous hochez la tête tous les deux.
Cet article parle de ce hochement de tête.
De quoi parle cet article
Cet article aborde un travail souvent négligé : bien terminer une médiation. Reconnaître quand le travail est fait, structurer la dernière séance, et gérer le retour à une co-parentalité directe, sans l’appui structurel de la médiatrice.
Le principe est le suivant. Une bonne médiation se termine comme un bon chapitre : à un point naturel, avec le travail consigné, avec les deux parties conscientes de ce qui a été fait et de ce qui ne l’a pas été, et avec une idée claire de la suite. Bien terminer n’est pas une cérémonie ; c’est structurel. La façon dont tu termines la médiation détermine si les accords que vous avez bâtis tiendront dans les mois et les années qui suivent.
L’article couvre quatre choses. Savoir quand la médiation est terminée. L’arc de la dernière séance. Ce qui se signe et se conserve. Et la relation avec la médiatrice ensuite.
Savoir quand la médiation est terminée
La médiation a atteint sa fin naturelle quand plusieurs choses se sont produites.
Le travail de fond est complet. Les décisions pour lesquelles vous êtes venus ont été prises, ou ont été clairement nommées comme non réglées, avec un plan pour les traiter. Le terrain a été couvert. Les nouvelles séances n’ajoutent plus que de petites choses.
Le rythme a ralenti. Les premières séances avaient de l’élan : chacune faisait avancer un vrai morceau. Les dernières ont été plus de finition que de fond. Les interventions de la médiatrice sont devenues petites. Les parents font davantage le travail eux-mêmes.
La médiatrice l’a signalé. Les bons médiateurs ne font pas traîner. Ils nomment le moment où ils estiment le travail presque achevé. « Je crois qu’on est près d’avoir fini. On planifie une dernière séance ? » S’ils le disent, prends-le au sérieux.
Ton co-parent et toi travaillez autrement ensemble. Peut-être que, ces dernières séances, vous avez commencé à vous adresser vos remarques l’un à l’autre plutôt qu’à la médiatrice. Peut-être que vous avez eu, entre les séances, des conversations utiles que vous rapportez ensuite en résumé. La médiatrice devient moins centrale. C’est une réussite.
La convention est pour l’essentiel stabilisée. La convention parentale, à l’état de projet, a connu plusieurs tours de retouches. Les dernières sont minimes. Les deux parties se sentent globalement à l’aise avec le document.
Si tout cela est en place, la médiation est prête à se clore. Continuer, c’est payer pour des rendements décroissants.
Une note : parfois, la médiation se termine non parce que le travail est complet, mais parce que le travail possible l’est. Certains points restent en suspens ; la médiatrice et toi reconnaissez tous deux qu’ils ne se régleront pas avec plus de séances ; la bonne clôture consiste alors à finir avec les points non réglés clairement nommés. Terminer une médiation ne veut pas toujours dire tout achever. Parfois, cela veut dire : « on a fait ce que la médiation peut faire, et le reste relève d’ailleurs. »
L’arc de la dernière séance
La dernière séance se déroule en général autrement que les autres. Une structure typique.
L’ouverture (10 minutes). La médiatrice nomme qu’il s’agit de la séance de clôture. Elle revient sur ce qui était à l’ordre du jour au départ et sur ce qui a été couvert. Elle vous invite tous les deux à réfléchir à la façon dont le processus s’est passé. C’est parfois inconfortable ; c’est aussi utile. La médiation a été un cadre voulu, et y réfléchir formellement aide à porter le travail dans la vie d’après.
La dernière relecture de la convention (30 à 45 minutes). Lire la convention parentale, ligne à ligne, avec la médiatrice. Attraper les dernières coquilles. Ajuster les formulations qui n’étaient pas tout à fait en place. S’assurer que vous comprenez tous les deux chaque clause, en langage clair, sans avoir besoin que la médiatrice l’interprète. C’est le document qui va sortir dans le monde ; il doit être net.
Les points non réglés (10 à 15 minutes). Nommer ce qui n’a pas été réglé, ce qui a été reporté, et l’étape suivante pour chacun. Certains sont mis de côté pour le bilan annuel. Certains sont renvoyés à un avocat pour un conseil distinct. Certains sont simplement nommés comme des tensions persistantes que vous continuerez à travailler ensemble. La médiatrice peut proposer une formulation précise pour chacun.
La signature, ou l’étape vers la signature (10 minutes). Certaines conventions se signent lors de la dernière séance. D’autres se signent ailleurs (avec un avocat, dans une procédure judiciaire). En France, la convention parentale peut être homologuée par le juge aux affaires familiales (le JAF) pour acquérir force exécutoire ; sa forme la plus aboutie, c’est la convention dans le cadre d’un divorce par consentement mutuel par acte d’avocat. Quelle que soit la voie, la médiatrice confirme ce qui va se passer et selon quel calendrier.
La clôture (15 à 20 minutes). Chacun, à son tour, revient sur le processus. Ce qui t’a paru précieux. Ce que tu veux retenir. Comment tu veux aborder le retour à une co-parentalité directe, sans la pièce de la médiatrice. La médiatrice peut offrir ses propres observations et quelques conseils pour la suite.
La fin proprement dite (5 minutes). Se lever. Se serrer la main. Un vrai au revoir, avec la reconnaissance d’un travail conséquent fait ensemble. Certains médiateurs envoient un résumé écrit qui arrive dans ta boîte mail le lendemain ; d’autres non. Certains envoient un petit mot de suivi trois mois plus tard ; d’autres attendent que tu reprennes contact.
La dernière séance est plus longue que les habituelles. Prévois deux heures. Le rythme est plus lent ; la réflexion compte plus que la hâte.
Ce qui se signe et se conserve
Une liste pratique pour la dernière séance.
La convention parentale, signée par les deux parents. La version signée devient le document de travail. Les deux parents en gardent un exemplaire ; idéalement une version numérique, facile à consulter.
La signature de la médiatrice comme témoin, le cas échéant. Certaines juridictions y attachent de la valeur ; d’autres non. À demander à ta médiatrice et, si besoin, à ton avocat.
Les lettres annexes ou précisions particulières. Parfois, la convention parentale appelle des précisions trop longues pour le document principal mais qui valent la peine d’être conservées. Les lettres annexes les recueillent. Signées et conservées avec la convention principale.
La liste des points non réglés, avec le plan convenu pour chacun. C’est un document à part, plus court que la convention, qui nomme ce qui reste en discussion et quand et comment ce sera traité. Sans ce document, les points en suspens dérivent ; avec lui, ils ont un avenir désigné.
Les conventions de communication, même informelles. Si vous vous êtes mis d’accord sur la façon de communiquer pour la suite (canal, délais de réponse, structure), mets-le par écrit. La convention peut avoir une section pour cela ; sinon, une lettre annexe les recueille. Le travail du module 08 entre dans cette catégorie.
Le calendrier, dans un format utilisable par les deux. Un export d’agenda, un calendrier numérique partagé, ou un document imprimé qui recense le rythme régulier et les grandes dates à venir (vacances scolaires, anniversaires, etc.).
Les décisions sur le prochain bilan. Quand la convention sera réexaminée. Si vous le ferez seuls ou avec une médiatrice. La date ou le déclencheur.
Le contact de la médiatrice pour un besoin futur. Un numéro, un mail, le renvoi vers un collègue si la médiatrice devient indisponible. La médiatrice a été une ressource ; garder le contact préserve l’option d’y revenir.
L’ensemble, réuni, forme ta trousse d’après-médiation. Bien rangée, elle devient l’ossature structurelle de la phase suivante de la co-parentalité.
Le retour
La semaine qui suit la fin de la médiation est, en soi, un petit moment à part.
L’appui structurel de la médiatrice n’est plus là. Les conversations que tu avais avec ton co-parent dans la pièce de la médiatrice avaient une texture précise : rythmée, contenue, accompagnée d’un témoin. La conversation directe sans la médiatrice a une autre texture. Les premiers échanges peuvent sembler différents. Certains parents les trouvent plus difficiles ; d’autres, plus faciles qu’attendu.
La convention fait une partie du travail que faisait la médiatrice. Quand une question surgit, tu n’as pas à la traiter à partir de rien ; tu ouvres le document. La convention est, d’une certaine façon, ce que la médiatrice a laissé : sa mise en forme de vos décisions, désormais transportable, désormais à la disposition des deux sans qu’elle soit dans la pièce.
Les désaccords arrivent quand même. La médiation n’élimine pas le désaccord. Elle change la façon de le gérer. Le premier désaccord important après la médiation semble souvent étrange : « On n’a plus la médiatrice ; comment on fait ? » La réponse tient en général en trois temps. D’abord, se reporter à la convention et voir si elle couvre la situation. Ensuite, utiliser les conventions de communication établies en médiation. Enfin, si besoin, programmer une seule séance de suivi avec la médiatrice (la plupart l’acceptent volontiers).
L’option du retour en médiation. Beaucoup de parents trouvent utile, six ou neuf mois après la médiation initiale, de programmer une seule séance de suivi. Sans raison précise ; pour la pause structurelle. Un point d’étape. La confirmation que les choses fonctionnent. L’ajustement de ce qui aurait dérivé. Ce n’est pas nécessaire pour tout le monde, mais c’est un bon réflexe à prévoir.
Le bilan annuel. Si ta convention prévoit un bilan annuel (recommandé), le premier tombe environ un an après la signature. Certains parents le font ensemble, de façon informelle ; d’autres reviennent vers la médiatrice. Le bilan annuel est un rituel petit mais important : il fait vivre la convention au fil des années plutôt qu’il ne la laisse se figer.
Pour finir
C’est la fin de la dernière séance. Vous vous levez tous les deux. La médiatrice se lève. Vous vous serrez la main.
La médiatrice dit, brièvement, qu’elle a été honorée de faire ce travail avec vous. Vous la remerciez, chacun à votre façon. Vous sortez ensemble, sur le même parking où vous êtes arrivés sept séances plus tôt, dans deux voitures, avec deux préparations différentes.
Sur le parking, ton co-parent dit : « On l’a fait. »
Tu réponds : « Ouais. »
Il n’y a rien à ajouter. Le travail est dans les documents. La phase suivante de la co-parentalité commence maintenant, sur l’appui structurel que vous avez bâti tous les deux ces derniers mois.
Tu rentres en voiture. La note d’honoraires de la médiatrice pour la dernière séance arrive le lendemain, avec un mot bref : « Merci pour la confiance que vous avez placée dans ce processus. J’espère que la convention vous servira bien. N’hésitez pas à revenir vers moi si vous avez besoin d’une séance de suivi à l’avenir. »
Tu classes le mail. La convention est dans un dossier sur ton ordinateur, dans un dossier partagé dans le cloud, et sur ton téléphone. Le prochain bilan est dans ton agenda, dans douze mois.
Le plus dur est fait. Le plus facile commence.
Au fil des mois qui suivent, tu ouvriras la convention une vingtaine de fois peut-être. Tu te reporteras à une clause précise de temps en temps. Très occasionnellement, tu remarqueras que quelque chose a dérivé et tu auras à le traiter. La plupart du temps, la convention fera son travail tranquille en arrière-plan.
Ton enfant, d’ici là, sera dans la phase suivante de sa propre vie. Le rythme fonctionnera. La décision sur l’école (celle qui a déclenché toute cette histoire) sera tranquillement réglée. La communication entre ton co-parent et toi fonctionnera assez bien pour que les petites choses du quotidien circulent sans peine.
Voilà ce que produit une médiation bien terminée. Pas une grande résolution. Le fonctionnement fiable et répétable de la co-parentalité, qui tient au fil des années. Le genre de fonctionnement qui, pour un enfant, ne s’enregistre pas comme un élément remarquable mais comme la texture de la vie normale.
Ce qui est, au fond, tout l’enjeu. Le travail de la médiatrice était de t’aider à bâtir une structure de co-parentalité qui marche. La structure est bâtie. Le rôle de la médiatrice est, pour l’instant, achevé.
Tu prépares du thé. Tu t’assois à la table. La pièce est calme. Demain, la vie ordinaire reprend.
Le travail qu’il fallait faire a été fait, de la bonne manière, dans la bonne pièce, avec la bonne aide, et terminé au bon moment.
C’est ça, quand ça se passe bien, ce qu’est une médiation.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.