Valeurs religieuses et morales selon les foyers
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Valeurs religieuses et morales selon les foyers
Dans un foyer, il y a le bénédicité avant les repas, un office chaque semaine, un ensemble de pratiques qui rythment la semaine. Dans l’autre, non. Peut-être qu’un parent a gardé la foi sur laquelle la famille s’était construite, et que l’autre s’en est éloigné. Peut-être que les parents ont toujours appartenu à des traditions différentes, et que ce qui formait un mélange gérable à l’intérieur du couple est devenu deux mondes distincts entre lesquels ton enfant circule désormais. Dans un cas comme dans l’autre, ton enfant grandit avec la religion ou une pratique morale comme une présence réelle dans un foyer, et plus discrète, ou différente, dans l’autre.
C’est l’une des différences les plus profondes qui existent entre deux foyers, parce qu’elle ne porte pas sur le temps d’écran ou l’heure du coucher. Elle porte sur le sens, sur ce que la famille tient pour précieux, sur le cadre qu’un enfant utilise pour comprendre le bien et le mal et sa place dans le monde. Les parents ressentent vivement ce qui se joue ici, et la tentation d’en faire une compétition est forte.
Le principe, et il est ferme. Un enfant peut tenir ensemble deux foyers qui n’ont pas le même rapport à la foi et à la pratique, de la même façon qu’il tient ensemble deux foyers qui n’ont pas les mêmes règles, à condition que les adultes ne transforment pas la différence en compétition autour de l’âme de l’enfant. Ce qui fait du mal, ce n’est pas la différence. Ce qui fait du mal, c’est que chaque foyer enseigne à l’enfant que le rapport au sens de l’autre foyer est une erreur.
La neutralité que tient cet article
Cet article adopte une position de neutralité complète, et il vaut la peine de dire pourquoi. Aucune tradition n’est traitée ici comme plus valable, plus juste ou plus importante qu’une autre. Et aucune manière de vivre laïque, sans religion, n’est traitée comme un manque ou comme une norme par défaut. Un foyer croyant et un foyer laïque sont tenus ici comme deux façons légitimes d’élever un enfant, sans que l’une soit l’étalon à l’aune duquel on mesure l’autre.
Cela compte, parce que ce qui suit ne fonctionne que depuis un terrain neutre. À l’instant où cet article privilégierait la foi sur son absence, ou l’absence sur la foi, il deviendrait inutile pour la moitié de ses lecteurs, et il donnerait à voir exactement le parti pris qui fait du mal aux enfants. Alors quelle que soit ta propre position, croyante, laïque ou quelque part entre les deux, ce qui est dit ici traite ton foyer et celui de ton co-parent comme aussi réels et aussi permis l’un que l’autre.
La pratique peut voyager sans être imposée
La configuration la plus fréquente, c’est un foyer pratiquant et un foyer moins pratiquant ou laïque. Le parent pratiquant a souvent peur que la pratique de l’enfant ne se relâche, que la foi ne tienne pas si l’autre foyer ne la soutient pas. Le parent laïque, lui, a souvent peur qu’une pratique soit imposée à un enfant dont il a la charge, ou qu’on lui demande de faire appliquer quelque chose à quoi il ne croit pas.
Il existe ici une forme qui fonctionne, et elle repose sur une distinction. La pratique peut voyager avec l’enfant sans être imposée par le foyer qui ne la partage pas.
Cela veut dire que le parent pratiquant équipe l’enfant pour porter sa pratique, les prières, les rites, les habitudes alimentaires, tout ce que la tradition demande, sous une forme que l’enfant peut largement assumer seul ou avec un soutien léger et de bon cœur. Et le parent laïque fait de la place pour que l’enfant pratique sans être obligé de mener cette pratique, d’y croire ou de la surveiller. L’enfant prie si prier fait partie de sa pratique ; le parent laïque ne prie pas avec lui, mais il ne l’en empêche pas non plus. L’enfant garde un rite ; le foyer laïque s’y adapte sans l’adopter.
Cela demande quelque chose aux deux parents. Cela demande au parent pratiquant d’accepter que la pratique dans l’autre foyer soit plus légère, portée par l’enfant, imparfaite, plutôt que pleinement soutenue, et de laisser cela aller plutôt que d’en faire une crise. Et cela demande au parent laïque de faire une vraie place, pas une tolérance à contrecœur, à quelque chose qu’il ne partage pas, parce que cela compte pour l’autre foyer de l’enfant et, de plus en plus, pour l’enfant lui-même. Ce sont là deux vraies demandes. Quand elles sont tenues, elles permettent à l’enfant de garder sa pratique dans ses deux foyers sans qu’elle devienne une source de tensions entre eux.
Laisser l’enfant tenir les deux
Sous la logistique, il y a la chose plus profonde. Ton enfant est en train de construire son propre rapport au sens, et il le fait en circulant entre deux foyers qui s’y rapportent différemment. L’issue la plus saine, c’est un enfant à qui on permet de tenir les deux expériences sans être forcé de choisir.
Un enfant peut prier dans un foyer et pas dans l’autre sans en être troublé, de la même façon qu’il peut avoir un jeu de règles différent dans chaque foyer. Ce qui le trouble et l’alourdit, c’est qu’on lui fasse sentir que la manière d’un foyer est une trahison de l’autre. L’enfant à qui l’on dit, en sous-entendu ou directement, que l’autre foyer le détourne du droit chemin, ou que l’autre foyer lui remplit la tête de bêtises, se voit confier un problème de loyauté impossible, noué autour des questions les plus profondes qu’une personne ait à affronter.
Alors le mouvement, des deux côtés, c’est de laisser l’expérience que l’enfant a du rapport de l’autre foyer à la foi être un terrain neutre. Le parent pratiquant ne présente pas le foyer laïque comme un endroit où l’âme de l’enfant serait en danger. Le parent laïque ne présente pas le foyer pratiquant comme un endroit où l’on endoctrine l’enfant. Chaque foyer est autorisé à être simplement ce qu’il est, et l’enfant est autorisé à circuler entre les deux, en construisant avec le temps son propre rapport à tout cela, ce qui lui revient.
Ce qu’il ne faut pas faire porter à l’enfant
Quelques poids précis méritent d’être tenus à l’écart de l’enfant.
N’en fais pas un missionnaire ni un rapporteur. L’enfant ne devrait pas avoir pour mission d’apporter la pratique dans l’autre foyer, ni de rapporter ce que l’autre foyer fait ou ne fait pas sur le plan religieux. Les deux font de l’enfant un instrument dans un désaccord d’adultes sur le sens.
Ne le force pas à choisir. Un enfant à qui l’on demande, directement ou par la pression, de déclarer quel foyer entretient le « vrai » rapport à la foi se voit demander de choisir entre ses parents sur le terrain le plus profond qui soit. Ce choix n’est pas le sien à faire sous la contrainte, et l’y forcer abîme les deux relations.
Ne débats pas de croyances à travers l’enfant. Les vraies questions, ce dans quoi l’enfant est élevé, les rites qu’il garde, la façon dont se prennent les décisions sur son éducation religieuse, sont des décisions d’adultes qui appartiennent au canal des adultes, parfois avec une aide extérieure. Elles ne se tranchent pas à travers un enfant qui ferait passer les messages d’un foyer à l’autre. Là où ces décisions sont véritablement contestées, elles méritent une vraie conversation entre les parents, et parfois le conseil de quelqu’un en qui les deux parents ont confiance, comme l’aborde le module sur la médiation.
Quand les valeurs sont vraiment en désaccord
Parfois, ce n’est pas seulement la pratique mais les valeurs morales qui diffèrent, et les parents craignent que l’enfant reçoive des messages contradictoires sur le bien et le mal. Ici, la distinction de fond de ce module tient toujours. La plupart de ce qui ressemble à un désaccord de valeurs est en réalité une différence d’accent ou d’expression, que l’enfant traverse très bien. Deux foyers peuvent accorder un poids un peu différent à l’honnêteté, à la gentillesse, au devoir et à la liberté, et élever malgré tout un enfant solide, parce que le socle moral profond, le fait que les autres comptent, que la cruauté est mauvaise, que l’enfant est aimé, est en général partagé, même entre des traditions et des visions du monde assez différentes.
Là où il y a une contradiction morale réelle et vive qui met l’enfant en détresse, c’est une conversation pour le canal des adultes, menée avec le même soin que n’importe quel désaccord profond. Mais cela vaut la peine de vérifier, honnêtement, si ce à quoi tu fais face est une vraie contradiction ou simplement l’autre foyer qui tient le sens autrement que toi. Ce dernier cas, ton enfant peut le porter. Les gens le portent, toute leur vie.
Pour finir
Des rapports différents à la foi et à la pratique morale entre deux foyers comptent parmi les différences les plus profondes qu’un enfant traverse, et elles sont traversables, sur un terrain fermement neutre où aucune tradition et aucune vie laïque n’est traitée comme celle qui manque de quelque chose. La pratique peut voyager avec l’enfant sans être imposée par le foyer qui ne la partage pas. Laisse ton enfant tenir les deux expériences sans être forcé de choisir ni de porter des messages. Et garde les vraies décisions, sur la croyance comme sur la morale, dans le canal des adultes, hors des épaules de l’enfant.
Ton enfant est en train de chercher ce en quoi il croit tout en marchant entre deux foyers. La chose la plus douce que les deux foyers puissent faire, c’est de le laisser marcher, sans faire de cette marche une trahison de l’un ou de l’autre.
Ton enfant peut tenir à la fois le rapport au sens de ses deux foyers. Ce qu’il ne peut pas tenir, c’est qu’on lui dise qu’aimer l’un, c’est trahir l’autre.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.