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Module 08 · co parent communication

Quand tu dois annoncer une mauvaise nouvelle

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges11 min de lecture
Quand tu dois annoncer une mauvaise nouvelle

Quand tu dois annoncer une mauvaise nouvelle

Tu sors du rendez-vous à l’école. Ton enfant va moins bien que vous ne le pensiez ni l’un ni l’autre. L’enseignante a employé des mots que tu ne t’attendais pas à entendre : sur le comportement, sur le fait qu’il ne s’en sort pas, sur un possible bilan à faire.

Tu vas devoir prévenir ton co-parent. L’information compte. La conversation sur la suite compte. La façon dont tu vas annoncer ça dans l’heure qui vient va décider de la tournure que prendra le mois à venir.

Tu restes une minute dans la voiture avant de rentrer. Tu prends ton téléphone. Tu t’arrêtes.

Cet article parle de ce que tu fais pendant cette minute, et l’heure, et le jour qui suivent.

De quoi parle cet article

Cet article aborde ces moments précis où l’un des parents détient une information qui va être difficile à entendre pour l’autre, et où cette information doit malgré tout circuler. La nouvelle de l’école. La nouvelle de santé. Le grand-parent qui vient de mourir. Le changement de travail qui implique un déménagement. La phrase que ton enfant lâche au moment du relais et qu’il te faut transmettre. La bêtise de ton enfant dont l’école préviendra ton co-parent de toute façon.

Le principe est le suivant. Une mauvaise nouvelle est une catégorie de communication à part entière. Bien annoncée, elle arrive, et vous pouvez y répondre ensemble. Mal annoncée, elle crée un second problème par-dessus le premier, et la réaction à la nouvelle se mélange à la réaction à la manière dont elle est arrivée.

L’article couvre quatre choses. Les décisions à prendre avant d’annoncer. Le message lui-même. La gestion de la réaction. Et ce qu’il ne faut pas faire.

Les décisions à prendre avant d’annoncer

Avant d’envoyer quoi que ce soit, quatre décisions.

Le canal. Presque jamais par message pour une vraie mauvaise nouvelle. Le canal d’une mauvaise nouvelle, c’est un appel téléphonique, en face à face si c’est possible, ou, à défaut, un mail ou un message dans l’appli qui demande à se parler au téléphone. Le choix du canal est déjà un signal en soi. Un message qui dit Il faut qu’on parle de [enfant] et qui laisse ensuite l’autre attendre se lit bien plus mal qu’une ouverture claire qui l’oriente.

Le moment. Pas tout de suite, sauf si la nouvelle relève vraiment de l’urgence. Si tu es à cran, la règle des 24 heures de l’article 02 s’applique en partie : il te faut quelques heures pour retrouver ton propre socle avant d’annoncer. Mais pas au point que l’autre l’apprenne d’abord par une tierce source. Si l’école doit l’appeler demain, tu le préviens aujourd’hui. Si ton enfant a un rendez-vous chez le médecin dans deux jours, tu le préviens dès que tu as retrouvé un peu de calme.

L’ordre de l’information. Que doit-il savoir en premier ? Presque toujours : l’essentiel, brièvement. Puis les faits immédiats. Puis l’étape suivante que tu proposes. Puis de la place pour sa réaction. La plupart des messages de mauvaise nouvelle se trompent d’ordre : ils commencent par le contexte, ajoutent des précautions, puis enfouissent l’essentiel au milieu. Celui qui reçoit lit à travers le brouillard. Mets l’essentiel d’abord, nommé clairement.

Son état. Si tu sais qu’il est en réunion, dans un moment difficile avec sa propre famille, ou de toute façon hors d’état d’accueillir la nouvelle, attends une heure ou deux, le temps de pouvoir le joindre dans un état où il peut entendre. Ce n’est pas de la manipulation, c’est du respect élémentaire. Une mauvaise nouvelle arrive mieux quand celui qui la reçoit a la disponibilité pour l’accueillir.

Le message lui-même

Un message qui annonce une mauvaise nouvelle a une structure précise.

Une ouverture qui oriente. Salut. Une nouvelle de l’école. Tu peux m’appeler quand tu as un moment ? Voilà l’ouverture. Elle dit : quelque chose est arrivé, ce n’est pas une urgence, tu veux en parler au téléphone. L’ouverture n’annonce pas la mauvaise nouvelle par écrit, elle prépare l’appel. Si tu dois vraiment annoncer par écrit, une ouverture du même genre fonctionne : Salut. Je voudrais te raconter ce qui est ressorti du rendez-vous à l’école. Petit résumé en dessous. On peut en reparler dès que tu auras pu lire.

L’essentiel. Une phrase. Ce qui s’est passé. Pas la version longue. L’école recommande un bilan parce que [enfant] traverse une période difficile avec [point précis]. Ou : [Grand-parent] est mort ce matin. Ou : On me propose un poste qui voudrait dire un déménagement. L’essentiel ne porte aucun commentaire. Il énonce le fait.

Les faits immédiats. Deux ou trois phrases de contexte, le plus essentiel. Quand c’est arrivé, qui d’autre est au courant, ce qui est immédiat. Pas tout l’historique. Juste de quoi s’orienter.

Ce que tu as déjà fait. S’il y a lieu. J’ai pris un rendez-vous chez le médecin traitant pour mardi prochain. J’ai dit que je t’en parlais d’abord avant de confirmer. Ou : L’école veut nous voir tous les deux. Ils ont proposé jeudi matin. Celui qui reçoit sait maintenant qu’il ne court pas après quelque chose qui est déjà lancé ; il sait ce qui attend son avis.

L’étape suivante que tu proposes. Ce que tu penses qu’il faut faire ensuite. Je pense qu’on devrait y aller tous les deux jeudi. Ou : On peut se parler ce soir de ce qu’on dit à [enfant] ? Ou : Je n’ai pas encore d’idée claire pour la suite, j’aimerais qu’on réfléchisse ensemble. Tu ne lui mets pas une décision à prendre seul entre les mains, tu proposes.

De la place pour sa réaction. Une petite invitation. J’aimerais avoir ton avis. Prends le temps qu’il te faut pour encaisser. On en parle quand tu veux. L’autre sait que tu ne fermes pas la conversation, tu l’ouvres.

Voilà le message. Il va d’une centaine de mots pour une mauvaise nouvelle simple à peut-être trois cents pour une nouvelle complexe. Il ne dépasse pas ça. Plus le message est long, plus il fait un travail émotionnel pour toi au lieu d’un travail d’information pour l’autre.

La gestion de la réaction

La réaction de l’autre à une mauvaise nouvelle sera rarement parfaitement dosée. Quelques cas de figure.

Le silence sous le choc. Il lit et ne répond pas pendant un moment. Ce n’est pas un rejet, c’est de l’encaissement. Laisse du temps. Si tu n’as pas de nouvelles au bout de quelques heures, envoie un seul petit message de suivi : Je vérifie juste que tu as bien reçu. Rien d’urgent, mais on se parle quand tu veux. N’en rajoute pas.

La réaction émotionnelle. Il répond avec de l’émotion : le choc, le chagrin, la colère, la peur. Le premier geste, c’est l’accueil, pas la gestion. Oui, je sais. Moi aussi, je suis en train d’encaisser. Tu ne cherches pas à le détourner de ce qu’il ressent. Tu ne cherches pas à réparer. Tu ne cherches pas à jouer le thérapeute. Tu reconnais que la réaction est légitime et que l’émotion est réelle.

La réaction mal dirigée. Parfois, l’émotion retombe sur toi. Pourquoi tu ne me l’as pas dit plus tôt ? Pourquoi tu n’as pas géré ça autrement ? Pourquoi ça nous arrive ? Le fait que l’émotion soit mal dirigée ne veut pas dire que tu dois te justifier. J’entends. On s’appelle demain, quand on aura tous les deux pris un peu de recul. Tu n’entres pas dans le reproche, tu reconnais l’état qui est dessous et tu proposes le bon canal pour cette conversation.

L’accueil froid. Parfois, la réponse est courte, posée, presque administrative. Bien reçu. Merci de m’avoir prévenu. Je vais y réfléchir. Ce n’est pas toujours de l’évitement ; c’est parfois sa façon à lui d’encaisser la nouvelle. Ne lis pas la froideur comme de l’indifférence. Attends. La vraie réaction vient souvent plus tard.

La réaction hostile. Si la réponse est hostile, la règle des 24 heures de l’article 02 s’applique à l’envers : tu te donnes 24 heures avant de répondre. L’hostilité porte rarement sur la nouvelle ; elle vient le plus souvent d’un schéma plus ancien, et y répondre maintenant ferait dérailler la conversation sur la nouvelle elle-même.

Dans tous les cas, le but pendant la phase de réaction reste le même : garder le canal ouvert pour la vraie conversation qui s’en vient. Le premier échange après une mauvaise nouvelle, ce n’est pas la vraie conversation. C’est ce qui la met en place.

Ce qu’il ne faut pas faire

Plusieurs erreurs courantes méritent d’être nommées.

Ne noie pas l’essentiel sous le contexte. Ça fait un moment que je voulais te parler de [enfant], et comme tu sais il a quelques soucis à l’école, et l’enseignante avait évoqué au dernier trimestre que… Le temps que l’essentiel arrive, l’autre est déjà épuisé. Commence par la nouvelle.

N’enrobe pas la nouvelle dans une demande. Tu peux échanger le vendredi parce que je dois emmener [enfant] à un bilan psy que l’école recommande ? La demande et la nouvelle sont deux conversations différentes. La nouvelle d’abord, puis la conversation sur le bilan, puis, séparément, la question du vendredi.

Ne fais pas de reproches. Une mauvaise nouvelle implique souvent quelque chose que l’un des deux parents, ou les deux, aurait pu faire autrement. Le moment de l’annonce n’est pas celui où on nomme ces choses-là. L’école recommande un bilan est une information. L’école recommande un bilan, ce qui ne serait pas nécessaire si on avait mieux géré les devoirs l’an dernier est une information plus un reproche. Le reproche, s’il a sa place, l’a plus tard, dans une autre conversation, peut-être avec un médiateur.

N’anticipe pas ses émotions. Je sais que ça va te contrarier. Ou : Essaie de ne pas surréagir en lisant ça. Anticiper, c’est dire à l’autre comment se sentir avant même qu’il ait rien ressenti. Ça signale aussi que tu t’attends à une mauvaise réaction, ce qui en produit souvent une. Fais-lui confiance pour réagir comme il réagira.

N’annonce pas une mauvaise nouvelle au pire moment. Tard le dimanche soir, à la veille d’une semaine de travail. Juste avant des vacances, quand rien ne peut être traité. Pendant un anniversaire douloureux que tu connais. Le but n’est pas de manipuler, c’est de donner à la nouvelle une chance raisonnable d’être bien reçue.

N’annonce pas une mauvaise nouvelle avec ton enfant dans la pièce. Ça vaut encore plus fort que le principe habituel du ton avant le fond. L’enfant ne doit pas pouvoir percevoir qu’une mauvaise nouvelle le concernant s’annonce, en sa présence, à travers des messages qu’il ne voit pas mais dont il sent la température. Une mauvaise nouvelle voyage par des canaux privés, à des moments privés.

N’enchaîne pas tout de suite avec une autre mauvaise nouvelle. Si tu as plusieurs nouvelles difficiles à partager, espace-les. La première arrive. La deuxième peut venir demain ou la semaine prochaine. Deux d’un coup, c’est deux fois plus dur à encaisser que les deux mêmes avec un intervalle.

Quand la nouvelle te concerne

Parfois, la mauvaise nouvelle te concerne, toi. Tu as été malade. Tu as changé de travail et l’organisation doit bouger. Ta situation de logement change. Ton co-parent doit le savoir parce que la vie de l’enfant va en être affectée.

Quelques gestes précis.

Sois direct sur ce qui t’appartient. Une nouvelle de mon côté. Je change de travail en mars et il va falloir revoir l’organisation. L’autre sait tout de suite à qui cette nouvelle appartient et ce qu’il va falloir coordonner.

Commence par ce que ça implique pour l’enfant. Du coup, les horaires du relais du jeudi vont devoir bouger. Ce qui intéresse l’autre, c’est l’implication concrète ; c’est ça qu’il a besoin de savoir. Le contexte personnel peut venir après, s’il le demande.

Ne lui demande pas de valider ta décision. J’espère que tu comprendras pourquoi je fais ça. Ça l’invite à évaluer, ce qu’il fera, souvent sans que ça aide. La décision t’appartient. L’autre a besoin de savoir ce que ça change pour l’enfant. Son avis sur la décision elle-même n’est pas ce que ce message demande.

Prépare-toi à ce qu’il ne soit pas aidant. Parfois, une nouvelle qui te concerne déclenche une réaction hostile, surtout s’il perçoit un avantage pour lui dans la situation. Tiens bon. Accueille sa réaction sans entrer dedans. Ramène la conversation vers ce que ça implique concrètement.

Pour finir

Tu es encore dans la voiture, devant l’école. Tu as décidé de ne rien envoyer par message. Tu rentres. Tu te fais un thé. Tu appelles ton co-parent.

L’appel se connecte. Tu dis : Salut. Je sors du rendez-vous à l’école et je voudrais te parler de ce qui est ressorti. C’est un bon moment, ou on fixe une heure ?

Il dit que maintenant, c’est bon. Tu prends ta respiration. L’école recommande un bilan. Ils pensent que [enfant] va moins bien qu’on ne le croyait. L’enseignante a employé plusieurs fois les mots « ne s’en sort pas ». Ils veulent nous voir tous les deux jeudi matin si on peut.

Tu t’arrêtes. Tu le laisses encaisser.

Il reste silencieux quelques secondes. Puis il dit quelque chose. La première chose qu’il dit n’est pas parfaitement dosée. Mais c’est quelque chose, et vous êtes au téléphone, et tu peux y répondre.

L’appel dure vingt minutes. C’est surtout lui qui encaisse. Un peu, c’est toi qui ajoutes du contexte. Une petite part, c’est vous deux qui vous mettez d’accord sur jeudi. À la fin, tu as partagé la nouvelle, tu as entendu sa première réaction, vous avez fait un petit plan, et vous avez convenu de vous reparler demain.

Tu raccroches. Tu restes avec ton thé.

Le plus dur a été annoncé. Le plus dur encore, le vrai travail qui suit la nouvelle, ne fait que commencer. Mais il commence entre deux parents qui ont entendu la nouvelle ensemble, par un canal qui laissait la place à une réaction, avec une structure qui n’a pas fait de l’annonce elle-même un second problème.

Voilà à quoi ressemble une mauvaise nouvelle bien annoncée, quand ça marche. Pas parce que la nouvelle était plus légère. Parce que la façon dont elle est arrivée n’a pas ajouté de poids à ce qui pesait déjà.

Ce qui est, au fond, la seule chose dont l’autre allait se souvenir de cette journée. Pas les mots que tu as employés. Le fait que, le jour où le difficile est arrivé, celui qui le lui a annoncé l’a fait comme quelqu’un qui allait rester debout à côté de lui pour la suite.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.