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Module 08 · co parent communication

Les urgences et le protocole

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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Les urgences et le protocole

Les urgences et le protocole

Samedi, 16 h 12. Ton enfant est tombé d’une structure de jeux au parc. L’os de son avant-bras n’a pas l’air normal. Tu l’installes dans la voiture. Tu seras aux urgences dans vingt minutes. Il a arrêté de pleurer, mais il est pâle.

Tu commences à penser à appeler ton co-parent. Ton esprit est passé au ralenti, comme les esprits le font en pleine crise. Je l’appelle maintenant ? En arrivant aux urgences ? Après la radio ? Qu’est-ce que je dis ? Il doit venir ? Il est chez lui ?

Tu n’arrives pas à réfléchir clairement parce que ton système nerveux est entièrement occupé par l’enfant sur la banquette arrière. La réflexion que tu mènerais d’habitude au sujet de cet appel ne t’est pas accessible là, tout de suite.

Cet article parle du travail que tu fais avant un moment comme celui-là, pour que le moment lui-même ait une structure que tu n’aies pas à inventer sur le coup.

De quoi parle cet article

Cet article aborde la façon dont les co-parents gèrent ces vrais moments où quelque chose a mal tourné et où une coordination rapide compte. La chute. La fièvre qui dégénère. L’appel de l’infirmière scolaire. L’accident sur le trajet de la piscine. Le moment où les deux parents doivent savoir, vite, pendant que l’un des deux est en plein dedans.

Le principe est le suivant. Une urgence, ce n’est pas le moment où on construit ses protocoles de communication. Une urgence, c’est le moment où on les utilise. Le travail se fait à l’avance, dans des moments calmes, pour que, quand le corps et la tête sont saturés, la structure soit déjà là.

L’article couvre quatre choses. Ce qu’est vraiment un protocole d’urgence. Comment en construire un. Comment l’utiliser sur le moment. Et le débriefing d’après.

Ce qu’est vraiment un protocole d’urgence

Un accord court, écrit, entre deux parents, qui couvre cinq questions.

Qui on appelle en premier. Quand l’enfant est chez l’un des parents et qu’il se passe quelque chose, qui est le premier appel ? Presque toujours : ton co-parent, avant tout le monde (sauf le 112, ou le 15, qui passent évidemment avant tout le reste). Ton co-parent reçoit le premier appel parce que c’est la seule autre personne à avoir le même lien premier avec l’enfant. Même s’il ne peut rien faire dans l’immédiat, il doit savoir.

Par quel moyen. Un appel, pas un message. Une urgence va plus vite qu’un message écrit. Même si l’appel tombe sur le répondeur, l’appel manqué est en soi une information. Le message en secours, pas en principal.

Avec quelle information. Une forme convenue à l’avance pour le premier appel. Je suis avec [enfant]. [Ce qui s’est passé]. On est [en route pour / aux] [endroit]. Je te rappelle dès que j’en sais plus. Voilà la structure. Pas la version longue. Juste de quoi s’orienter et commencer à bouger si besoin.

À quelle fréquence on se tient au courant. Pendant une situation qui évolue, vous devez tous les deux savoir quel rythme de mise à jour est raisonnable. Toutes les trente minutes ? Quand quelque chose change concrètement ? Quand la situation se stabilise ? Le rythme convenu évite à la fois le manque d’infos qui crée la panique et le trop-plein d’infos qui crée du bruit.

Qui vient, si venir est pertinent. Si la bonne décision est que les deux parents aillent aux urgences, qui vient ? La réponse naturelle, c’est en général celui qui est déjà avec l’enfant, plus l’autre, tous les deux aux urgences. Mais pas toujours. Si les deux ont d’autres enfants à la maison, c’est plus compliqué. Si l’un est en déplacement, la réponse change. Le protocole nomme la solution par défaut et les exceptions.

Un protocole qui couvre ces cinq questions, convenu à l’avance, mis par écrit, tient sur une seule feuille de papier. Il n’a pas besoin d’être élaboré. Il a besoin d’exister.

Comment le construire

Si tu n’as pas de protocole, construis-en un en une seule conversation de quinze minutes, dans un moment calme.

Les deux parents présents. Par téléphone ou en face à face. Vous deux qui contribuez.

Déroulez trois scénarios. L’enfant se blesse chez l’un des parents. L’enfant tombe malade à l’école et on le renvoie à la maison. L’enfant a un accident en dehors de l’école pendant les heures de l’un des parents. Pour chacun, déroulez qui appelle qui, dans quel ordre, avec quelle information, avec quel temps de réaction.

Repérez les présupposés. La plupart des présupposés existants ne tiennent pas à l’examen. Je croyais que tu m’appellerais en premier. Je pensais que tu voulais que j’attende d’avoir vu le médecin. Je ne savais pas que tu voulais que je vienne. La conversation fait remonter ces présupposés, et le protocole les remplace.

Mettez-le par écrit. Une note partagée. Un seul document. Les deux téléphones. Les deux parents y ont accès. Le document n’a aucune valeur juridique ; il est utile sur le plan pratique. Le fait même de l’écrire vous engage tous les deux.

Mettez-le à jour. À mesure que l’enfant grandit, le protocole change. Un protocole pour un enfant de cinq ans n’est pas adapté à un ado de quinze ans. Révisez-le chaque année. Mettez-le à jour quand quelque chose de significatif change (un déménagement, un nouveau diagnostic, un nouveau partenaire qui pourrait être impliqué).

La conversation pour construire le protocole semble un peu étrange quand il n’y a jamais eu d’urgence. C’est exactement le bon moment pour l’avoir. Après une urgence, vous serez tous les deux fatigués et à fleur de peau ; le protocole se construit mal. Un mardi soir tranquille, les deux parents à la maison, il se construit bien.

Utiliser le protocole sur le moment

Tu es aux urgences. Tu t’es garé. Tu portes l’enfant pour entrer. Tu passes l’appel.

Parce que le protocole existe, tu n’as pas à réfléchir à ce qu’il faut faire. Tu le fais, c’est tout.

Salut. Je suis aux urgences avec [enfant]. Il est tombé de la structure de jeux au parc, ça ressemble à une possible fracture du bras. On nous prend là, maintenant. Je te rappelle dès qu’on en sait plus.

Voilà le message. Quarante secondes. La structure du protocole t’a porté. L’autre sait : où tu es, ce qui s’est passé, ce qui est en attente. Il peut maintenant réagir.

Quelques points à connaître pour utiliser le protocole en direct.

Tiens-toi à la structure. La tentation, en pleine crise, c’est d’ajouter des détails, d’expliquer comment c’est arrivé, de gérer l’état émotionnel de l’autre. Rien de tout ça n’est utile au premier appel. La structure, c’est lieu, événement, action, mise à jour. Reste dessus.

Ne t’excuse pas. Même si l’accident est arrivé pendant tes heures et que tu te sens responsable, le premier appel n’est pas le moment. Je suis vraiment désolé, j’aurais dû mieux surveiller, je ne sais pas comment c’est arrivé. Ça ajoute une charge émotionnelle à un appel qui n’en a pas besoin. La conversation sur la responsabilité, si elle doit avoir lieu, aura lieu plus tard. Le premier appel est opérationnel.

Ne fais pas de suppositions. C’est peut-être cassé. C’est peut-être juste une entorse. Le médecin a dit peut-être. Une supposition n’est pas une information. Attends d’avoir la vraie réponse. La formule, dans ton premier appel, ce serait on ne sait pas encore, je te tiens au courant dès qu’on saura.

Ne dramatise pas la nouvelle. Appeler et dire il s’est passé quelque chose de terrible avant d’annoncer la vraie nouvelle est une petite cruauté en soi. L’autre passe les quatre-vingt-dix secondes suivantes dans une peur maximale avant d’apprendre que l’enfant a probablement une fracture du bras. L’appel doit arriver d’emblée au bon dosage. [Enfant] va bien. Il a eu un accident. Cette phrase fait l’essentiel du travail.

Respecte son état à lui aussi. L’appel va le mettre à cran. Ne lui demande pas de prendre des décisions compliquées dans les soixante premières secondes. Je te rappelle dans trente minutes. Il peut encaisser. Il peut décider.

Quand c’est ton co-parent qui appelle

Parfois, c’est toi qui reçois, pas toi qui envoies. Le protocole marche dans les deux sens.

Quelques gestes précis pour celui qui reçoit.

Reçois l’information. Laisse-le te dire la première phrase structurée par le protocole. Ne coupe pas. Ne pose pas encore les questions qui développent. Laisse la structure se dérouler jusqu’au bout.

Accuse réception. D’accord. J’entends. Où est-ce que je peux te rejoindre ? Ou : D’accord. Tiens-moi au courant de ce qu’ils disent. Tu confirmes que tu as reçu et tu indiques ta disponibilité.

Ne fais pas de reproches. Même si ton premier réflexe est comment ça a pu arriver pendant que tu le gardais ?, ne le dis pas pendant cet appel. Ton co-parent est en plein dans la gestion d’une situation ; il n’a pas besoin de devoir, en plus, se justifier. La question, si elle a sa place, l’a après que l’enfant aille bien.

Reste joignable pour la prochaine mise à jour. Ne pars pas au cinéma. Ne mets pas le téléphone en silencieux. Le rythme convenu veut dire que tu restes joignable jusqu’à ce que la situation se stabilise.

Va vers les urgences si le protocole le prévoit. Si votre solution par défaut est les deux parents viennent, commence à bouger. N’attends pas la confirmation. Le fait même de bouger fait partie de la réponse.

Après l’urgence

L’enfant va bien. La situation s’est stabilisée. Tu es rentré. Le protocole a servi.

Une chose précise à faire dans les 48 heures : un court débriefing.

Le débriefing ne porte pas sur les reproches. Il porte sur le fait que le protocole a fonctionné ou non. Ce qui a été utile. Ce qui a manqué. Si l’un de vous aurait voulu que ça se passe autrement. Le but, c’est d’améliorer le protocole pour la prochaine fois.

Vous contribuez tous les deux. Ce qui a été dur pour toi. Ce qui a été dur pour lui. Celui qui a reçu a souvent un retour que celui qui a envoyé n’avait pas anticipé. J’avais besoin de plus de nouvelles entre le premier appel et mon arrivée. Ou : Le deuxième message était un pavé, je ne pouvais pas le lire en conduisant. L’information est utile.

Mettez le document à jour. Si la conversation fait émerger des changements, écrivez-les. La prochaine urgence suivra le protocole mis à jour.

Reconnaissez le travail accompli. Vous avez géré tous les deux quelque chose de difficile. La gestion a été opérationnelle, pour l’essentiel à l’écart des thèmes anciens entre vous. Reconnaissez-le brièvement l’un envers l’autre. On s’en est bien sortis hier. Content que tu aies été là. Ce n’est pas de l’amitié ; c’est la reconnaissance entre collègues compétents qui ont géré une chose difficile ensemble. Ça a sa place.

Quand les urgences deviennent un schéma

Parfois, les urgences se mettent à arriver plus souvent. L’enfant est aux urgences plusieurs fois dans l’année. L’école appelle régulièrement. Le schéma est en soi une information.

Si c’est le cas, ça vaut le coup de le faire émerger dans une conversation hors urgence. Les causes possibles sont très variées : une situation médicale qui se précise, un environnement scolaire qui ne fonctionne pas, un comportement qui demande de l’attention, quelque chose chez l’enfant qu’aucun des deux parents n’a encore pleinement compris. Le schéma des urgences est une donnée ; il appelle sa propre conversation, au calme, entre deux parents dans une pièce tranquille.

Le protocole gère les événements pris un par un. Le schéma, lui, demande un autre type d’attention.

Pour finir

Tu es aux urgences. La radio confirme une fracture nette. L’enfant aura besoin d’un plâtre. Il mange déjà des biscuits.

Ton co-parent arrive vingt minutes après ton appel. Il entre. Il te regarde. Il regarde l’enfant. Il s’assoit.

Tu n’as pas besoin d’expliquer le protocole ni la suite. Il sait. Vous traversez tous les deux le reste de l’après-midi ensemble. Les papiers de sortie. Le plâtre. Le passage à la pharmacie. Le retour à la maison.

Le temps que tu sois rentré, le soir est tombé. L’enfant dort sur le canapé. Toi et ton co-parent, vous débriefez dix minutes dans la cuisine. Vous notez tous les deux que l’appel est bien arrivé. Il mentionne qu’il aurait aimé savoir qu’il fallait apporter le pyjama. Tu le notes pour la prochaine fois. Puis il repart.

Voilà à quoi ressemble le protocole en pratique, quand il a été construit. Pas parce que la journée a été moins dure. Parce que la structure vous a portés tous les deux à travers une journée difficile sans ajouter une seconde couche de difficulté à la première.

L’enfant a un plâtre. L’enfant va s’en remettre. L’enfant a aussi, d’une manière qu’il ne saura peut-être pas mettre en mots avant des décennies, appris aujourd’hui que, quand quelque chose de difficile arrive, ses deux parents sont là.

Ce qui est, au fond, ce qu’il avait besoin de savoir.

Et ce que toi, en construisant le protocole des mois plus tôt, tu as fait en sorte qu’il puisse découvrir.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.