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Module 13 · Comportement et régulation émotionnelle

Le réflexe du « tu vas voir quand ton père rentre »

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

4–78–126 min de lecture
Le réflexe du « tu vas voir quand ton père rentre »

Le réflexe du « tu vas voir quand ton père rentre »

C’est une phrase d’une autre époque de l’éducation, mais le réflexe est bien vivant dans les familles séparées, souvent sous une forme nouvelle. Un parent, en général celui qui a le sentiment de porter la charge la plus lourde côté cadre, se met à reporter les moments difficiles sur l’autre. Tu vas voir quand ton père va l’apprendre. Je le dirai à ta mère quand elle viendra te chercher. Ça, tu régleras ça avec ton père. Le cadre est sous-traité au parent qui n’est pas dans la pièce, et une étrange dynamique s’installe, où aucun des deux foyers ne tient tout à fait sa propre autorité.

Dans les familles séparées, ça peut aller dans les deux sens et prendre plusieurs formes. Le parent du quotidien, épuisé, qui brandit la réaction du co-parent. Le parent du week-end qui refuse d’être le méchant et renvoie tout vers le foyer principal. Le parent qui se sent débordé sur le cadre et emprunte l’autorité de l’autre pour obtenir qu’on l’écoute. Sous toutes ces versions, le même problème de structure : un cadre qui appartient au foyer où la chose se passe est exporté vers un parent qui n’est pas là, et ça ne marche pas, pour des raisons qui valent la peine d’être comprises.

Pourquoi un cadre sous-traité échoue

Reporter le cadre sur le parent absent échoue auprès des enfants pour plusieurs raisons liées entre elles, et elles tiennent toutes à la façon dont l’autorité et les conséquences fonctionnent vraiment pour un enfant.

Le timing est mauvais. Les enfants, surtout les plus jeunes, ont besoin que les conséquences et les réponses soient proches dans le temps du comportement. Une conséquence qui arrive des heures ou des jours plus tard, quand le co-parent revient, est déconnectée du moment qui l’a déclenchée. L’enfant est déjà passé à autre chose ; la réponse atterrit sur un enfant différent, dans un état différent. Le cadre reporté rate la fenêtre où il pourrait réellement apprendre quoi que ce soit.

L’autorité fuit. Quand tu t’en remets au co-parent, tu dis à l’enfant, en somme, que tu ne tiens pas l’autorité chez toi, que le vrai pouvoir habite chez le parent qui n’est pas là. Ça fragilise ta position auprès de l’enfant. Un parent qui ne peut faire respecter les choses qu’en invoquant le co-parent a cédé sa propre autorité, et les enfants le sentent immédiatement. Le foyer où le cadre est toujours l’affaire de quelqu’un d’autre devient un foyer sans autorité fiable présente.

Ça empoisonne l’autre foyer. Présenter le parent absent comme celui qui applique les sanctions, celui qui apportera les conséquences, celui qu’on doit craindre, le pose en méchant et contamine la relation de l’enfant avec lui. Le week-end qui devrait être du lien devient le moment où le cadre accumulé se déverse. L’enfant apprend à associer un parent à la chaleur et l’autre à la punition, ce qui ne sert personne et abîme le lien du parent ainsi mal aimé avec l’enfant.

Et ça met l’enfant au milieu. Un cadre qui circule entre les foyers fait de l’enfant le porteur des ennuis entre ses deux parents, ce qui est précisément la place dont toute cette bibliothèque cherche à le tenir à l’écart.

Chaque foyer tient son propre cadre

Le principe qui corrige tout ça est simple à énoncer et demande de la rigueur à vivre. Chaque foyer tient sa propre autorité et gère ses propres moments, sur le moment, lui-même.

Ça veut dire que lorsque quelque chose se passe chez toi, tu le traites chez toi, maintenant, avec ta propre réponse. Tu ne le gardes pas pour le co-parent, tu ne brandis pas la réaction du co-parent, tu n’exportes pas la conséquence. Le comportement a eu lieu pendant ton temps de garde au quotidien, et c’est à toi de le gérer, là, tout de suite. De même, l’autre foyer gère ses propres moments. Chaque parent est pleinement l’autorité dans son foyer, il porte les attentes du quotidien et les réponses à y apporter, sans emprunter le pouvoir de l’autre ni le décharger dessus.

Ça ne veut pas dire que les deux foyers ne se coordonnent jamais. Pour les sujets importants et durables, les parents peuvent tout à fait se parler, par le canal partagé, pour convenir d’une approche commune, comme le décrit le module sur le cadre et les valeurs. Mais les moments du quotidien sont gérés par le parent présent, sur le moment, avec sa propre autorité. Se coordonner sur les grands schémas, oui. Sous-traiter les moments du quotidien, non.

Pour le parent qui se sent débordé, qui se raccroche à l’autorité de l’autre parce que la sienne ne lui semble pas suffire, la réponse n’est pas d’emprunter davantage de pouvoir au co-parent. C’est de bâtir le sien. Un parent peut tenir l’autorité chez lui quoi que fasse l’autre foyer, par des réponses constantes, calmes et présentes à ce qui se passe sous ses yeux. Cette autorité grandit à force d’être exercée, pas à force d’être empruntée. Chaque fois que tu gères toi-même ton propre moment, ta position auprès de l’enfant se renforce. Chaque fois que tu la reportes, elle s’affaiblit.

Réparer le réflexe

Si le réflexe du « tu vas voir quand ton père rentre » s’est déjà installé, il peut se défaire. La réparation, c’est de commencer à tenir ta propre autorité, sur le moment, chez toi, et d’arrêter d’invoquer le co-parent ou de t’en remettre à lui pour le quotidien.

Ça peut sembler plus dur au début, surtout si tu t’es appuyé un temps sur l’autorité du co-parent, parce que tu reconstruis une position que tu avais laissée filer. L’enfant peut la tester, ayant appris que les vraies conséquences viennent d’ailleurs. Mais à mesure que tu gères toi-même tes propres moments, avec calme et constance, ton autorité chez toi se reconstruit, et le réflexe s’efface. L’enfant apprend que ce foyer-là aussi a un parent qui tient les choses, ce qui le rassure même quand c’est moins commode sur l’instant.

Ça aide aussi d’en parler avec le co-parent pour mettre fin au réflexe des deux côtés, afin qu’aucun foyer n’exporte le cadre vers l’autre. Deux foyers qui tiennent chacun leur propre autorité, en se coordonnant seulement sur les grandes choses, donnent à l’enfant deux sources fiables de structure, plutôt qu’un applicateur de sanctions et un parent qui se défausse. C’est un monde plus sûr pour l’enfant et un arrangement plus juste pour les deux parents.

Pour finir

Le réflexe du « tu vas voir quand l’autre parent rentre », sous toutes ses formes, sous-traite le cadre au parent qui n’est pas dans la pièce, et il échoue auprès des enfants parce que le timing est mauvais, l’autorité du parent présent fuit, le parent absent est posé en applicateur de sanctions, et l’enfant se retrouve au milieu. La solution, c’est que chaque foyer tient sa propre autorité et gère ses propres moments, sur le moment, lui-même, en se coordonnant sur les grands schémas durables mais sans jamais exporter les conséquences du quotidien. Pour le parent qui se sent débordé, la réponse est de bâtir sa propre autorité par des réponses présentes et constantes, pas d’emprunter celle de l’autre. Le réflexe peut se réparer en reprenant sa propre place dans son propre foyer.

Le cadre appartient au foyer où la chose se passe. Tiens tes propres moments toi-même, et tu offres à ton enfant un foyer avec une autorité fiable présente, au lieu d’un foyer qui pointe sans cesse du doigt le parent au bout de la route.

Le moment est à toi, chez toi, maintenant. Cesse de pointer le co-parent du doigt, et ton enfant a deux foyers qui tiennent chacun debout par eux-mêmes.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.