Quand vous n’êtes pas d’accord sur la façon de poser le cadre
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Quand vous n’êtes pas d’accord sur la façon de poser le cadre
Ton enfant mentionne, en passant, qu’il s’est fait crier dessus le week-end pour quelque chose qui, chez toi, aurait valu une conversation tranquille. Ou l’inverse : tu poses une conséquence ferme et ton enfant t’informe que chez ton co-parent, personne n’en fait toute une histoire. Dans un cas comme dans l’autre, tu viens de buter sur l’un des désaccords les plus à vif de la co-parentalité. Pas sur ce que sont les règles, mais sur la façon dont vous deux gérez les choses quand un enfant les enfreint.
La manière de poser le cadre touche plus profond que la plupart des désaccords de règle parce qu’elle touche à l’identité. La façon dont tu réagis quand ton enfant fait quelque chose de mal, ça ressemble à une déclaration sur le genre de parent que tu es, et découvrir que ton co-parent s’y prend autrement peut être vécu comme un jugement sur toi, ou comme si on s’occupait mal de ton enfant dans un foyer où tu n’as pas accès.
Le principe, repris de l’article fondateur de ce module. Des méthodes différentes, ça va en général très bien. Les enfants passent d’un foyer plus strict à un foyer plus doux sans dommage. Ce qui fait du mal à un enfant, ce sont deux foyers ouvertement en bras de fer sur la méthode qui aurait raison, avec l’enfant pris au milieu. L’écart de méthode est rarement le vrai problème. C’est, le plus souvent, le fait de se discréditer l’un l’autre autour de cet écart.
Des méthodes différentes, un même socle
Commence par séparer deux choses qui s’emmêlent.
La méthode, c’est le comment. Le temps de retrait dans la chambre contre la conversation. La voix qui monte contre la fermeté tranquille. Les conséquences immédiates contre les conséquences différées. Le privilège retiré contre la conséquence naturelle. Les parents diffèrent énormément ici, et une grande partie de la différence tient au tempérament et à l’éducation reçue, pas au juste et au faux. Un enfant peut tout à fait composer avec un parent qui fait des temps de retrait et un autre qui fait parler les choses. Il apprend que ce foyer fonctionne comme ça et que ce foyer-là fonctionne comme ça, de la même façon qu’il apprend que l’école a un jeu d’attentes et la maison un autre.
Le socle, c’est la base non négociable qui se trouve sous les méthodes. Pas de violence physique. Pas de faire peur à un enfant comme outil pour poser le cadre. Pas d’humiliation. Pas de cadre qui abîme le sentiment de sécurité fondamental de l’enfant. Le socle est partagé par les deux foyers, non pas parce que les parents se sont mis d’accord sur une méthode, mais parce que c’est la ligne en dessous de laquelle poser le cadre cesse d’être poser le cadre et devient un dommage.
La plupart des désaccords sur le cadre sont des désaccords de méthode, confortablement installés au-dessus du socle. Le co-parent plus strict que toi, ou plus doux que toi, parente différemment, pas mal, et l’enfant va bien. Le cas bien plus rare, où un foyer passe sous le socle, est une autre affaire, traitée plus loin dans ce module et dans le Module 17. Trier celui auquel tu as vraiment affaire est le premier geste, parce que les réponses sont complètement différentes. L’inconfort face à une méthode, c’est quelque chose à tolérer. Une rupture du socle, c’est quelque chose sur quoi agir.
Le piège du discrédit
Le dommage, dans les désaccords sur le cadre, vient rarement des méthodes elles-mêmes. Il vient de ce que les parents font de l’écart.
Le piège, c’est de discréditer l’autre. Ça ressemble à ça. C’est une punition débile, c’est pas juste. Ou : Moi je ne te crierais jamais dessus comme ça. Ou : T’inquiète, les règles sont différentes ici, nous, on est moins stricts. Chacune de ces phrases marque un petit point contre la façon de faire du co-parent, et chacune est payée par l’enfant.
Quand tu discrédites la façon dont ton co-parent pose le cadre, tu apprends à ton enfant trois choses nuisibles d’un coup. Que l’autorité d’un parent peut être annulée en faisant appel à l’autre. Que les deux foyers sont en opposition et que l’enfant est assis au milieu. Et que l’enfant peut jouer de l’écart, se servir du parent plus doux contre le parent plus strict, ce qui déstabilise les deux foyers. L’enfant qui apprend à exploiter la couture entre deux parents qui se discréditent n’est pas en train de s’en tirer à bon compte. Il est en train de perdre ce dont les enfants ont le plus besoin : le sentiment que les adultes sont stables et que la structure tient.
La manière de poser le cadre. Tiens ta propre façon de faire dans ton propre foyer, et ne fais pas de commentaire sur celle de ton co-parent. Quand ton enfant rapporte quelque chose de l’autre foyer, tu peux accueillir le ressenti sans descendre la méthode. On dirait que c’était un moment difficile. Les choses fonctionnent un peu différemment chez Papa. Ici, on gère ça comme ça. Tu as validé l’enfant, tenu la façon de faire de ton foyer, et refusé de discréditer. C’est ça, tout le geste.
Ce que tu peux et ne peux pas contrôler
Une vérité difficile se trouve sous tout ça. Tu ne contrôles pas la façon dont ton co-parent pose le cadre dans son propre foyer. Tu peux avoir un avis, tu peux soulever une inquiétude, mais la réalité quotidienne de son foyer lui appartient, de la même façon que le tien t’appartient.
C’est sincèrement difficile quand tu gérerais une chose autrement, quand tu grimaces à ce que tu entends, quand ta propre façon de faire te paraît manifestement meilleure. Mais essayer de contrôler depuis ton foyer la méthode de ton co-parent ne marche pas et nourrit exactement les tensions qui font du mal à l’enfant. Ça arrive comme une surveillance de ta part, ça met l’enfant en position de rapporter un foyer à l’autre, et ça transforme un écart de méthode en affrontement ouvert.
Là où il y a un vrai désaccord de méthode que tu veux aborder, le geste, c’est une conversation calme et directe par le canal des adultes, cadrée autour de l’enfant plutôt qu’autour de qui a raison. J’ai remarqué que [l’enfant] a l’air anxieux à l’idée de mal faire en ce moment. Est-ce qu’on peut parler de la façon dont chacun gère les conséquences ? C’est une conversation de réglage, pas une correction. Parfois ça prend, et vous vous ajustez l’un vers l’autre. Parfois non, et tu en reviens à bien tenir ton propre foyer et à tolérer la différence. Les deux issues sont vivables pour l’enfant. L’affrontement ouvert, non.
Quand les méthodes sont très éloignées
Parfois l’écart est assez large pour t’inquiéter sincèrement. Un foyer est bien plus strict, ou bien plus permissif, que ce qui te paraît juste. L’enfant semble affecté.
Même là, la première lecture reste en général l’inconfort plutôt que le dommage, et la réponse reste surtout de tenir ton propre foyer stable et de soulever tes inquiétudes calmement plutôt que de monter d’un cran. Un enfant qui vit entre un foyer strict et un foyer détendu vit l’expérience de millions d’enfants et va, dans la grande majorité des cas, tout à fait bien. La rigueur qui te déplaît n’est, pour l’enfant, que la façon dont ce foyer fonctionne.
La ligne à surveiller, c’est le socle. Si la façon dont ton co-parent pose le cadre bascule dans le fait de faire peur à l’enfant, de l’humilier, ou de lui faire du mal physiquement, ce n’est plus un désaccord de méthode, et l’article sur la permissivité qui t’inquiète, ainsi que le Module 17, parlent de quoi faire. Mais les vraies ruptures de socle sont bien plus rares que la grimace de tous les jours face à un co-parent qui parente simplement autrement que toi.
Sois honnête avec toi-même sur ce que tu as devant les yeux, parce que le coût de traiter une différence ordinaire comme un dommage est élevé. Ça entraîne l’enfant dans une zone de tensions, lui apprend à craindre l’autre foyer, et brûle la relation de co-parentalité pour quelque chose qui, en réalité, ne lui faisait pas de mal.
Pour finir
Ne pas être d’accord sur la façon de poser le cadre est l’un des écarts les plus à vif de la co-parentalité, parce que ça touche à ton identité de parent. Mais des méthodes différentes, installées au-dessus du socle partagé de la sécurité fondamentale, sont quelque chose que les enfants gèrent bien. Le dommage vient du discrédit, pas de l’écart lui-même. Tiens ta propre façon de faire dans ton propre foyer, refuse de descendre celle de ton co-parent, et soulève les vraies inquiétudes calmement par le canal plutôt que de surveiller à distance.
Ton enfant peut vivre entre un foyer plus ferme et un foyer plus doux sans dommage. Ce avec quoi il ne peut pas vivre facilement, ce sont deux parents enfermés dans un bras de fer sur la façon de faire qui aurait raison.
Ton enfant peut composer avec deux façons différentes d’être parenté. Ce qui l’use, ce sont deux parents qui n’arrivent pas à arrêter d’en faire une compétition.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.