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Module 08 · co parent communication

Quand répondre, quand s’abstenir

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges9 min de lecture
Quand répondre, quand s’abstenir

Quand répondre, quand s’abstenir

Le message arrive à 9 h 17, un mardi. Tu as vu la lettre d’info de l’école sur la sortie des CM1 ?

Tu le lis. Tu réfléchis une seconde. Oui, tu as vu la lettre. Tu n’as en fait rien à ajouter. La question n’appelle pas encore de décision. La réponse est, techniquement, oui je l’ai vue.

Tu penses à répondre. Tu sens une petite tentation de répondre. Juste pour accuser réception. Juste pour garder le canal chaleureux. Juste parce qu’il a envoyé quelque chose et que ne pas répondre te paraît, va savoir pourquoi, un peu mal.

Tu laisses le téléphone sur le bureau. Tu ne réponds pas.

C’est un petit choix aux conséquences disproportionnées. Cet article parle des moments où ce choix est le bon, et de ceux où il ne l’est pas.

De quoi parle cet article

Cet article suppose que tu as lu les articles 01 à 04. Ils ont posé le ton, le moment, le contenu et l’étendue des messages entre co-parents. Celui-ci aborde quelque chose de plus subtil : la question de savoir si chaque message a besoin d’une réponse, tout simplement.

Le principe est le suivant. Tous les messages entre co-parents n’appellent pas une réponse. Répondre par réflexe à tout crée un canal à haut débit qui épuise les deux parents et ne laisse aucun signal entre le trafic de routine et le trafic important.

L’article aborde quatre choses. Le piège de la réponse par défaut. Les moments où ne pas répondre est le bon geste. Les moments où le silence est le mauvais. Et les réponses intermédiaires qui font gagner du temps sans engager.

Le piège de la réponse par défaut

La plupart des parents, après une séparation, glissent vers le fait de répondre à chaque message. Ça paraît poli, réactif, du bon comportement de co-parent. Ça crée aussi un problème.

Quand chaque message reçoit une réponse, le canal perd sa capacité à différencier. La réponse à tu as vu la lettre d’info ? a exactement la même structure que la réponse à on peut parler du planning de juillet ? Les deux arrivent en quelques heures. Les deux reçoivent un accusé de réception. Les deux donnent l’impression d’avoir eu l’attention qu’il fallait.

Or le second message avait besoin de plus d’attention que le premier. Le canal qui les traite à l’identique communique moins bien que le canal qui ne le fait pas.

Un second coût. La réponse par défaut vous entraîne tous les deux à attendre une réponse à tout. Quand elle arrive en quelques minutes, vous avez tous les deux un petit tic mental : bien, c’est réglé. Quand elle traîne, vous avez tous les deux un petit tic mental : quelque chose ne va pas. Le canal devient un détecteur de présence en temps réel. Chacun se met à surveiller le temps de réponse de l’autre, surtout sans s’en rendre compte, toute la journée.

Cette surveillance épuise. Elle rend aussi le canal relationnel d’une manière qu’il ne devrait pas l’être. La co-parentalité est opérationnelle. Le canal devrait fonctionner comme celui d’un collègue. Les collègues n’attendent pas une réponse à chaque message dans l’heure.

Quand ne pas répondre est le bon geste

Plusieurs catégories de messages n’appellent pas de réponse.

Les messages purement informatifs. Juste pour info, l’école a envoyé l’avis pour les frais du trimestre aujourd’hui. L’information a été communiquée. Il n’y a rien à acquitter, à approuver ou à décider. Une réponse ajoute du bruit sans ajouter de valeur.

Les questions qui contiennent leur propre réponse. Le rendez-vous chez l’orthodontiste est demain à 15 h, tu t’en souviens, hein ? Le message est un rappel. La demande implicite est : acquitte si tu ne savais pas, sinon aucune action nécessaire. Une réponse du type oui est très bien, mais pas nécessaire ; le silence aussi est très bien, parce que le silence veut dire je savais.

Une information à laquelle tu as déjà répondu. Tu as vu le formulaire ? posé hier et répondu hier n’a pas besoin d’être réécrit aujourd’hui quand l’expéditeur du formulaire relance sur le fil d’origine. La réponse précédente tient toujours.

La provocation. Parfois arrive un message qui n’est pas vraiment une information ni une question, mais une forme de pique ou de test. Je voulais juste que tu saches que c’est moi qui ai géré tout le [truc] cette semaine. Une réponse qui s’engage avec la provocation l’amplifie. Ne pas répondre laisse le message poser, tout seul, sans carburant.

Cette dernière catégorie est la plus importante. L’essentiel des tensions chroniques de bas niveau dans les messages entre co-parents est entretenu par des cycles de réponses aux provocations. Les deux parents sentent vaguement qu’ils alimentent ça, mais aucun n’a l’impression de pouvoir s’arrêter. Ne pas répondre, employé de façon sélective, c’est ce qui brise le cycle.

Quand tu ne réponds pas à une provocation, trois choses ont tendance à se produire sur quelques jours. La provocation n’est pas répétée. Ton co-parent réajuste légèrement ce qu’il attend de toi. Son message suivant a plus de chances d’être opérationnel qu’émotionnel. Le canal se restabilise.

Quand le silence est le mauvais geste

Ne pas répondre a ses limites.

Les questions directes qui appellent une réponse. Si ton co-parent a posé une question précise qui appelle un oui ou un non, le silence se lit comme une esquive. Tu peux échanger le week-end du 14 ? appelle une réponse, même si la réponse est laisse-moi réfléchir, je te réponds demain.

La pression de temps sur l’opérationnel. Je confirme la récup demain à 16 h, ça te va ? appelle un accusé de réception avant le lendemain matin. Le silence vaut fonctionnellement un non, mais c’est aussi un petit geste d’évitement que ton co-parent remarquera.

La réponse qui éviterait un problème. Parfois, tu es tenté de ne pas répondre parce que tu préférerais que ton co-parent se débrouille tout seul. La réunion à l’école demain, tu y as pensé ? Si la réponse est non, en fait, merci de me l’avoir signalé, le silence est le mauvais geste, parce que la réunion est commune et que le silence coûte la réunion.

Les messages de réparation. Si ton co-parent a envoyé un message de réparation après un faux pas, la réparation appelle un accusé de réception. Le silence se lit comme un refus de la réparation, ce qui prolonge la rupture. Même un bien reçu ou un merci d’un seul mot désamorce.

Les tentatives sincères et répétées. Si ton co-parent a envoyé deux tentatives non provocantes pour discuter de quelque chose et que tu n’as pas répondu, le silence est devenu un message à lui seul, et pas un bon. Au troisième message sans réponse, le canal est en difficulté. Une réponse s’impose, même si c’est on peut se caler un appel à ce sujet ce week-end, ça ne rentre pas dans WhatsApp.

La réponse en accusé de réception seul

Une catégorie de réponse qui mérite d’être davantage utilisée.

La réponse en accusé de réception seul, c’est un mot unique ou une courte formule qui confirme la réception sans s’engager dans le contenu. Bien reçu. Noté. Merci pour l’info. C’est noté. Je m’en occupe. Ce ne sont pas des non-réponses. Ce sont des réponses minimales.

L’accusé de réception seul convient quand :

  • Tu as reçu une information sur laquelle tu agiras plus tard
  • Le message n’a pas vraiment besoin d’engagement, mais ne pas répondre se lirait comme du dédain
  • Tu veux garder le canal chaleureux sans monter vers un échange plus long
  • Tu n’es pas prêt à répondre sur le fond mais tu veux confirmer que tu as vu le message

Il ne convient pas quand :

  • Le message contient une question directe qui appelle une vraie réponse
  • Une réponse plus complète serait raisonnable et tu te sers d’un merci pour éviter de la donner
  • Il sert d’accusé de réception pour la forme alors que tu n’as aucune intention d’agir

Bien employé, l’accusé de réception seul est l’un des outils les plus utiles des messages entre co-parents. Il honore le message sans faire monter le débit.

La réponse qui fait gagner du temps

Parfois, un message appelle une réponse complète mais tu ne peux pas la donner maintenant. Soit tu es au travail, soit tu n’as pas l’information, soit le message a un contenu émotionnel avec lequel tu ne veux pas t’engager à chaud.

La réponse qui fait gagner du temps a une forme précise. Je te réponds là-dessus ce soir. Ou : Je dois vérifier l’agenda, je te réponds d’ici demain matin. Elle est précise sur le quand. Elle est brève. Elle n’ouvre pas le sujet.

Ce qui ne marche pas : les vagues non-engagements. Je te réponds. (Quand ?) Je vais y réfléchir. (Pendant combien de temps ?) Ils vous laissent tous les deux dans l’incertitude sur le moment où la vraie réponse est due. La discipline, c’est de s’engager sur une fenêtre précise, même si la fenêtre est de quelques jours, pour que le message soit mis en pause avec une fin nette.

Ensuite, tiens l’engagement. Si tu as dit ce soir, réponds ce soir. Si tu as dit demain matin, réponds demain matin. Faire gagner du temps puis ne pas tenir est pire que de ne pas faire gagner de temps du tout.

Quand le schéma silence-ou-réponse devient lui-même le problème

Parfois, la question est-ce que je réponds ? est constante et épuisante en elle-même. Chaque message déclenche un petit calcul. Le coût cumulé est réel.

C’est en général le signe que quelque chose d’autre est à l’œuvre. Soit le volume de messages est trop élevé (et le minimum d’informations de l’article 04 n’a pas été adopté), soit il y a assez de tensions de bas niveau pour que chaque message porte une charge émotionnelle en dessous, soit les deux.

La solution n’est pas d’affiner encore le savoir-faire du silence-ou-réponse. La solution, c’est de traiter la cause, en amont. Si le problème est le volume, les deux parents se mettent d’accord sur ce qui circule où, et le canal s’allège. Si le problème est la charge émotionnelle, la conversation qui doit avoir lieu n’est pas une conversation par message ; c’est celle dont parle l’article 14, ou celle que met en place le module 09.

Pour finir

Le message de 9 h 17 reste sans réponse sur ton téléphone. Tu vas en réunion. Tu reviens à 11 h 30. Le message est toujours là. Tu le regardes.

Il n’appelle toujours pas de réponse. La lettre d’info est une information que vous avez déjà tous les deux. Rien n’est en attente.

Tu passes à autre chose.

À 16 h, un autre message arrive. Tu peux faire la récup demain à 16 h 45 au lieu de 17 h ? Celui-ci est une question directe. Tu réponds : Oui. À demain. En moins d’une minute.

Le premier message reste sans réponse. Le second a reçu une réponse en une minute.

Ton co-parent ne pense ni à l’une ni à l’autre. Le premier n’en attendait pas. Le second a eu ce dont il avait besoin.

Voilà à quoi ressemble le fait de répondre de façon sélective, dans la vraie vie. La plupart des messages reçoivent la réponse dont ils ont réellement besoin. Une part non négligeable ne reçoit aucune réponse, parce qu’ils n’en ont pas besoin. Le débit du canal redescend. Le rapport signal-bruit remonte. Vous arrêtez tous les deux de surveiller les temps de réponse parce qu’il n’y a plus rien à surveiller.

Le canal fait ce qu’il est censé faire, et arrête de faire ce qu’il ne l’est pas.

Ce qui est la texture de la communication entre co-parents qui tient vraiment sur des années.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.