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Module 02 · Tout-petits et propreté

La crèche et la réalité des deux foyers

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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La crèche et la réalité des deux foyers

La crèche et la réalité des deux foyers

Module 02 · Les tout-petits et la propreté · Article 08 · 0–3


Mardi matin, 8 h 14. Le parking de la crèche Les Petites Pousses. Ta fille est sur la banquette arrière, dans son tee-shirt au petit logo en forme de feuille. Tu as déjà fait le passage du matin à la crèche 130 fois. Aujourd’hui, c’est différent, parce que c’est la première fois que tu le fais depuis ton nouvel appartement, que le sac avec ses vêtements de rechange est celui que ton co-parent a préparé il y a trois jours, et que le tableau d’autocollants qui suit ses passages aux toilettes est dans le casier de la crèche, partagé entre vous deux d’une manière qui n’a pas encore été clarifiée.

Tu l’accompagnes à l’intérieur. À l’accueil, Camille sourit et dit bonjour. Elle ne sait pas encore que l’adresse au dossier a changé. Elle ne sait pas qu’une autre voiture viendra la chercher jeudi. Elle ne sait rien de tout ça, et tu n’as pas encore décidé ce que tu allais lui en dire.

Cet article parle du troisième lieu dans la vie d’un tout-petit. La crèche, la halte-garderie, l’assistante maternelle, ou le membre de la famille qui la garde trois jours par semaine. Le troisième régulateur. La troisième routine. La troisième source d’information sur comment elle va.

Il parle de ce qu’il faut dire à la crèche et de ce qu’il ne faut pas dire, de comment gérer deux parents qui assurent le passage du matin et la sortie de l’après-midi, des flux d’information qui comptent et de ceux qui ne comptent pas, et de comment lire ce que l’équipe observe sans en faire une affaire de foyer.

Pourquoi le troisième lieu compte

Un tout-petit qui est à la crèche trois ou cinq jours par semaine passe une part importante de sa semaine dans le troisième lieu. L’équipe l’y voit dans une routine, avec d’autres enfants, en train de déjeuner, de faire la sieste à la mi-journée, consolée quand elle tombe. Ils la voient dans des états de régulation que les parents ne voient pas. C’est une source d’information utile, et souvent sous-estimée, sur comment elle va.

La crèche fonctionne aussi comme un troisième point d’ancrage dans le sens, en construction, que le tout-petit a de l’endroit où il se trouve. Deux foyers plus une crèche, ça fait trois lieux où elle dort dans des lits différents (enfin, deux lits et une sieste sur un petit couchage), mange des aliments différents, entend des voix différentes, suit des routines différentes. Un tout-petit peut tenir trois lieux de façon stable. Elle le fait la plupart des jours. L’architecture compte.

Dans une organisation à deux foyers, la crèche devient souvent l’élément le plus constant de la semaine de l’enfant. La même équipe. La même salle. Les mêmes copains. Les mêmes activités. Cette constance régule. Beaucoup de tout-petits, au début d’une co-parentalité, vont mieux les jours de crèche que les jours sans.

C’est l’angle qui mérite d’être tenu : la crèche est du côté du tout-petit, par défaut, et elle est souvent plus utile comme partenaire que comme un lieu à gérer. La relation avec l’équipe compte plus que la logistique de qui vient la chercher jeudi.

Ce qu’il faut dire à l’équipe de la crèche

L’équipe a besoin de savoir ce qui touche à sa capacité de s’occuper de l’enfant. Elle n’a pas besoin de connaître l’histoire de la famille.

Ce qu’il faut transmettre, dans un mot clair, idéalement écrit, gardé bref :

  • Les coordonnées des deux parents, avec les adresses à jour
  • Qui est autorisé à venir chercher l’enfant, et les restrictions éventuelles si c’est pertinent
  • Le planning (quel parent assure le passage du matin et la sortie de l’après-midi, quels jours), avec au moins deux semaines de visibilité
  • Toute information pratique qui touche la journée de l’enfant (allergies, traitements, le doudou qui vit dans son sac)
  • Une demande à l’équipe de communiquer directement avec les deux parents, à égalité, plutôt que de s’appuyer sur un seul parent pour transmettre

Ce qu’il ne faut pas transmettre :

  • L’histoire de la relation, la situation juridique, qui a quitté qui, pourquoi
  • Les jugements sur le co-parent
  • Les inquiétudes sur la façon dont le co-parent élève l’enfant, sauf s’il y a un souci de sécurité
  • Le contexte émotionnel détaillé (elle traverse une période difficile parce qu’on s’est séparés). L’équipe verra ce qu’elle verra ; la charger d’un cadre change la façon dont elle interprète ce qu’elle voit.

Le réflexe, au début d’une séparation, c’est d’en dire trop à l’équipe de la crèche. Ce réflexe part d’un endroit réel. Vouloir qu’ils comprennent, vouloir qu’ils soient de ton côté, vouloir une forme de validation. Le coût, c’est que la lecture que l’équipe fait de l’enfant passe par le cadre du parent plutôt que par l’observation directe. C’est leur observation directe que tu veux. Garde le cadre au minimum.

Le passage du matin

Que les deux parents assurent le passage du matin à des moments différents de la semaine fonctionne pour la plupart des organisations. Quelques pratiques qui aident :

Les mêmes mots, la même routine, même avec un parent différent à la porte. On va laisser ton sac ici. Camille va te dire bonjour. Je viens te chercher à six heures. La séquence d’ouverture est la même, peu importe quel parent l’assure. Le tout-petit n’a pas à réapprendre le rythme selon qui l’a amenée.

La même heure d’arrivée chaque jour. À 10 minutes près. Le corps des tout-petits enregistre le rythme. Arriver à 8 h 30 la plupart du temps, puis à 9 h 15 un mardi sur deux, produit une dérégulation supplémentaire qui n’a pas lieu d’être.

Un seul système de sac, utilisé par les deux parents. Le sac contient les mêmes affaires aux mêmes endroits. Les vêtements de rechange dans la poche avant. Le doudou dans la poche latérale. Le repas dans le compartiment principal. Les deux foyers préparent le sac de la même façon. Le tout-petit ne réorganise pas mentalement son sac le mercredi matin.

Le mot du départ est constant. Au revoir, à tout à l’heure, passe une bonne journée, je t’aime. Les deux parents disent la même formule de fin. Le tout-petit ne décode pas des signaux émotionnels sur quel parent s’en va et ce que ça veut dire.

Pas de point avec l’équipe au moment du passage. Si tu as quelque chose à aborder avec Camille, fais-le à la sortie ou par mail. Le passage du matin, c’est la transition du tout-petit. Des adultes qui se concertent à la porte allongent la transition et dérégulent l’enfant.

La sortie de l’après-midi

Quelques points supplémentaires :

Les deux parents en mesure de venir chercher l’enfant. Même les jours où ils ne sont pas le parent de la nuit. Ce n’est pas toujours possible sur le plan logistique, mais quand ça l’est, ça vaut le coup de le faire de temps en temps. Le tout-petit voit les deux parents au lieu de la crèche. L’équipe voit les deux parents au lieu de la crèche. Le lieu est un espace partagé, pas un espace disputé.

Le passage de l’équipe au parent est bref. Elle a passé une bonne journée. Elle a dormi une heure et demie. Elle n’a pas mangé les brocolis. L’équipe a souvent un petit topo rodé de trente secondes qu’elle donne au parent qui vient chercher l’enfant. Le même topo aux deux parents selon les jours, c’est en général très bien.

Le sac repart avec le parent qui assure la nuit. Doudou compris. Ne le laisse pas dans le casier de la crèche, sauf si c’est le protocole convenu. La continuité entre la crèche et le foyer fait partie de ce qui tient l’enfant.

Pas de débriefing de la journée auprès de ton co-parent sur le parking. S’il y a quelque chose que l’équipe a dit et qui doit remonter à l’autre parent, envoie un court message, ou un message via l’appli, plus tard. La conversation sur le parking, devant l’enfant ou à portée d’oreille, est rarement le bon endroit.

Quand la crèche signale un changement de comportement

C’est l’un des moments les plus chargés. L’équipe dit elle est un peu collante cette semaine, ou elle a fait trois accidents mardi, ou elle a poussé un autre enfant aujourd’hui, ça ne lui ressemble pas. Le premier réflexe, c’est de lire ça à travers la situation familiale. Le deuxième, c’est d’écrire à ton co-parent pour savoir ce qui se passe chez lui.

Ces deux réflexes sont en général faux, ou du moins prématurés.

Le comportement pourrait n’avoir aucun rapport avec le foyer. Les environnements de crèche ont leurs propres dynamiques. Un nouvel enfant dans le groupe. Un changement dans l’équipe. Une routine différente cette semaine-là. Une poussée de croissance. Une explosion du vocabulaire qui fait basculer l’enfant vers plus de protestations verbales. Ne pars pas du principe que le foyer est la cause sans plus d’éléments.

Parle d’abord à l’équipe. À votre avis, qu’est-ce qui pourrait se passer ? Quand est-ce que ça a commencé ? Vous avez vu ça chez d’autres enfants du même âge ? L’équipe a vu beaucoup de tout-petits dans beaucoup de situations familiales. Leur lecture est souvent plus utile que la tienne.

Si ça semble bien lié au foyer, la conversation avec ton co-parent est informative, pas à la recherche d’un coupable. La crèche signale plus d’accidents cette semaine. Tu vois la même chose ? On tient tous les deux nos déroulés pendant deux semaines et on refait le point ?

Ne demande pas à la crèche de surveiller le foyer à ta place. Vous pourriez me dire ce que vous observez les jours où elle est chez lui ? met l’équipe dans une position délicate. Leur métier, c’est le tout-petit à la crèche. Ils ne sont pas là pour enquêter pour les parents.

Quand la crèche a besoin d’en savoir plus

Quelques situations où tu en dis plus à la crèche que le strict nécessaire :

  • Un souci de sécurité concernant l’enfant ou le contact avec un parent (ce qui devient un autre type de conversation, qui passe souvent par les protocoles propres à la crèche)
  • Une situation médicale qui exige que les deux parents soient informés
  • Une transition importante (un déménagement, l’arrivée d’un nouveau bébé, un changement de planning) susceptible d’affecter la régulation de l’enfant à la crèche pendant quelques semaines

Dans ces cas, c’est bref et factuel. On déménage à la fin du mois. Il y aura peut-être un peu de flottement. L’équipe sait quoi faire de cette information sans avoir besoin de l’histoire de la famille.

La relation des parents avec la crèche

Un cadre utile : la crèche est un partenaire, pas un témoin. Les deux parents ont une relation avec la crèche, et cette relation porte sur l’enfant. Les deux parents participent aux temps forts, parlent à l’équipe, lisent les infos. La crèche n’a pas à choisir entre les parents.

C’est plus difficile que ça en a l’air quand la communication entre parents est tendue. Quelques pratiques qui aident :

  • Les noms des deux parents sur chaque document
  • Les deux parents sur la liste de diffusion des mails
  • Les deux parents en mesure d’utiliser l’appli ou le système de notifications de la crèche
  • L’un ou l’autre parent peut venir chercher l’enfant sans avoir à le confirmer auprès de l’autre (en supposant que le planning soit clair)
  • Les rendez-vous parents-équipe fixés à l’avance, avec les deux parents dans l’invitation

Quand un parent est tenu à l’écart de ces structures, la crèche se retrouve spectatrice de la mise à l’écart, et ça change la façon dont elle voit l’enfant. Mets les choses en place pour que les deux parents soient à égalité dans le champ de vision de la crèche. L’enfant en profite directement.

Pour finir

Le parking, le mardi matin, avec Camille à l’accueil et le sac que ton co-parent a préparé à la main, c’est le début d’une nouvelle architecture. Trois lieux. Deux foyers et une crèche. Trois régulateurs. Un tout-petit qui tient tout ça.

Ce qui aide, c’est de tenir la crèche assez informée pour qu’elle fasse bien son travail, mais pas au point qu’elle devienne le public de la situation familiale. Ce qui aide, c’est que les deux parents aient un accès égal à la relation avec la crèche. Ce qui aide, c’est de traiter l’équipe comme des partenaires, pas comme des gens à gérer.

Ce qui aide le tout-petit, c’est le même passage du matin quel que soit le parent qui l’assure, le même sac, la même heure d’arrivée, le même mot d’au revoir, le même doudou dans son casier.

D’ici ses trois ans et demi, elle saura quels jours sont quels jours. Elle fera coucou au parent qui s’en va et filera vers sa salle. Le parking du mardi matin sera l’un des moments les plus stables de sa semaine.

Tu retournes à la voiture. Le sac est dans son casier. Tu écris à ton co-parent : Dépose ok. Elle avait le lapin. Tu la récupères à 18 h de ton côté ? Tu vas au travail. D’ici jeudi, la routine semblera déjà ordinaire.

C’est comme ça que c’est censé marcher.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.