Les devoirs. Qui fait quoi, et où.
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Les devoirs. Qui fait quoi, et où.
Mardi, 19 h. Tu remplis le lave-vaisselle quand ton enfant de huit ans dit, presque l’air de rien : « Je crois qu’il y a des devoirs de maths pour demain. Je les ai laissés chez Maman. »
Tu t’arrêtes. Le cartable est dans le second foyer. La fiche de maths est dans le second foyer. Demain, c’est un jour d’école.
Tu envoies un message à ton co-parent. On te répond. Oui, le cartable est là-bas. La fiche de maths, on la fera avec l’enfant demain matin avant l’école. Réglé. Quarante minutes de panique de basse intensité, dissoutes.
Maintenant, multiplie ça sur toute l’année scolaire.
Cet article parle de la façon de faire en sorte que les devoirs ne soient pas la chose qui casse, chaque semaine.
Il ne parle pas de la bonne façon de faire les devoirs. Il n’y en a pas. Il ne parle pas de qui assure le plus de supervision des devoirs. Souvent, c’est la mauvaise question. Il parle du problème structurel. Les devoirs, c’est une affaire de rythme quotidien, et ton enfant vit sur une rotation de plusieurs jours entre deux foyers. Ces deux cycles ne coïncident pas. Sans un petit peu de structure, la friction se voit d’abord chez l’enfant.
Trois choses à régler, à peu près dans cet ordre. Où vivent les devoirs. Qui fait quoi, et quand. Ce qui se partage entre les foyers. Pour le reste, il s’agit surtout de rester en dehors du chemin une fois ces trois points en place.
Le cartable, c’est le système
La plupart des problèmes de devoirs sont des problèmes de cartable.
Un enfant qui transporte le même cartable entre les foyers résout environ 70 % de la friction liée aux devoirs par accident. La fiche de maths est dans le cartable. Le cahier de liaison est dans le cartable. Le mot de l’enseignant est dans le cartable. Quel que soit le foyer où l’enfant atterrit ce soir, les devoirs sont avec lui.
Un enfant dont le cartable reste dans un foyer et fait l’aller-retour, un jour sur deux, en voiture, par récupération coordonnée par message, a une semaine de devoirs bien plus dure. Le cartable devient une chose que les deux adultes suivent. On l’oublie. Il est dans le mauvais foyer le soir où la fiche de maths est à rendre.
Déplace le cartable. Fais que le cartable voyage avec l’enfant.
L’exception. Les tout jeunes enfants, pour qui le cartable sert plus de référence au parent qu’à l’enfant lui-même. Pour un enfant de cinq ans qui ne lit pas encore son propre cahier de devoirs, le cartable peut vivre chez le parent qui a la conversation sur les devoirs ce soir-là. Même là, oriente petit à petit vers le schéma « le cartable voyage avec l’enfant » à mesure qu’il grandit. Vers sept ou huit ans, le cartable devrait être celui de l’enfant, et il devrait voyager.
Un deuxième élément. La pochette du vendredi, ou le paquet de la semaine, ou ce que l’école de ton enfant renvoie à la maison pour la semaine. Certaines écoles renvoient chaque vendredi une pochette de documents pour la semaine à venir. Cette pochette, comme le cartable, voyage avec l’enfant. Le parent qui a l’enfant le vendredi après-midi fait le bref déballage. Qu’est-ce qu’il y a là-dedans, qu’est-ce qui est à rendre et quand. La pochette reste dans le cartable.
Si la pochette se retrouve oubliée dans un foyer, tu as un vrai problème en milieu de semaine. La solution la plus simple, c’est que la pochette vive dans le cartable. On ne la sort pas pour la poser sur une table de cuisine. Elle reste dans le cartable, comme un passeport.
Qui fait quoi, et quand
Une fois que le cartable voyage, la question suivante, c’est qui fait quoi.
L’accord le plus simple. Celui qui a l’enfant ce soir-là est le parent des devoirs ce soir-là. La lecture, les mots de la dictée, la fiche de maths, les petites choses quotidiennes. Le parent de service s’en occupe.
Cet accord fait trois choses utiles. Il supprime le message c’est ton soir ou le mien ?. Il met l’enfant dans un rythme unique et prévisible, quel que soit le foyer où il se trouve. Et il empêche les devoirs de devenir une chose que les parents coordonnent, ce qui est précisément là que vit l’essentiel de la friction.
Les gros morceaux, c’est différent. Les projets de longue haleine, les grands exposés, la préparation des contrôles. Ceux-là ne se font pas en une soirée, donc la question du c’est le soir de qui ? ne s’applique pas. Deux schémas marchent. Soit un parent porte le projet (parce qu’il a les connaissances utiles, les heures du week-end, ou la patience) et l’autre le soutient les soirs où il a l’enfant. Soit le projet suit un petit plan écrit. Cette étape pour mardi, cette étape pour vendredi, le reste la semaine suivante. C’est l’enfant qui connaît le plan. Les deux parents suivent ce que dit l’enfant.
Certains projets sont de vraies échéances scolaires. L’exposé d’histoire qui compte pour un tiers de la note du trimestre. La maquette à rendre vendredi. Ce ne sont pas des affaires de c’est le soir de qui. Ce sont des affaires de projet. Traite-les comme un petit chantier à la maison. Il y a une échéance. Il y a un plan grossier. Il y a un responsable. Il y a une finition.
Si tu es responsable d’un projet, envoie un message à ton co-parent au démarrage. On a le volcan à rendre vendredi. Le plan, c’est recherches mardi, peinture jeudi, photos vendredi matin. Pas pour avoir une permission. Pour coordonner. L’autre prendra peut-être la part du mercredi. Peut-être pas. Quoi qu’il en soit, quand le volcan est rendu le vendredi, aucun des deux parents n’est surpris par ce qu’il y a dedans.
Une note sur les exigences. Certains parents vérifient les devoirs avec soin et demandent qu’ils soient refaits s’ils sont bâclés. D’autres signent et passent à autre chose. Ce ne sont pas les mêmes approches. Si toi et ton co-parent avez des exigences différentes pour les devoirs, l’enfant le remarque. La solution, ce n’est pas d’aligner les exigences. Tu ne peux pas, et essayer crée plus de friction que ça n’en résout. La solution, c’est d’être honnête avec l’enfant : oui, Maman vérifie plus attentivement et Papa moins, et c’est comme ça. L’enfant peut tenir ça.
Ce que tu ne veux pas, c’est le devoir qui se fait deux fois en silence. Coché dans un foyer, refait dans l’autre. Si vos exigences diffèrent au point que l’enfant fait le même devoir deux fois dans la semaine, parles-en à ton co-parent. Pas pour aligner les exigences, mais pour comprendre ce qui se passe. Souvent, la réponse est plus simple qu’elle n’en a l’air.
Le mot d’information
La plus petite chose pratique qui change le plus. Un mot d’une ligne au passage de relais.
Quel que soit le canal que tu utilises, l’appli, WhatsApp, un mot glissé dans le cartable, quand l’enfant passe d’un foyer à l’autre, le parent qui « rend » transmet une information. Fait la fiche de maths, pas eu le temps pour la lecture. Dictée vendredi. C’est tout. Une ligne.
Ce n’est pas un journal de bord. Ce n’est pas un rapport quotidien. C’est l’équivalent, pour les devoirs, de coucou, les enfants ont bien mangé, le petit a une légère toux. Fonctionnel. Bref. Prévisible.
La raison pour laquelle ça compte. Sans ça, le parent qui reçoit l’enfant doit enquêter. L’enfant ne se souvient pas toujours de ce qui a été donné. L’enfant dit parfois on l’a déjà fait alors que la moitié reste à faire. L’appli de l’école montre ce qui est donné, pas ce qui est fait. Un mot d’une ligne du parent qui a vu les devoirs de la veille ramène le temps d’enquête à zéro.
Si toi et ton co-parent êtes dans une relation à faibles tensions, c’est facile. Si la relation est plus difficile, le format du mot d’une ligne aide. Il est assez bref pour ressembler à une logistique, pas à une conversation. Il n’appelle pas de réponse. Il ne demande pas plus de confiance que tu as vu ce qui s’est passé, tu me dis ce qui s’est passé.
Si ton co-parent ne te le rend pas, si tu envoies ta ligne et qu’on ne t’en envoie pas, continue d’envoyer la tienne. Avec le temps, l’autre finira peut-être par s’y mettre. Sinon, ton enfant profite quand même de ta moitié. Le parent qui le reçoit chez toi sait ce qui a été fait.
Quand les devoirs sont la chose qui casse
Une part non négligeable des enfants en co-parentalité développe un problème de devoirs dans la première année après la séparation. Pas parce que les devoirs sont plus durs. Parce que les devoirs sont le terrain d’épreuve quotidien, à faible enjeu, où tout le reste peut surgir.
L’enfant inquiet du planning va parfois se fermer à la table des devoirs un soir de passage de relais. L’enfant qui traverse son chagrin va parfois poser sa tête sur la fiche de maths. L’enfant coincé entre deux parents aux exigences très différentes va parfois faire le devoir une fois et le déclarer fini, deux fois et se sentir plein de ressentiment, ou pas du tout.
Quand les devoirs sont, de façon répétée, l’endroit où la journée s’effondre, le problème, ce ne sont sans doute pas les devoirs.
Ta lecture de ce qu’il y a en dessous façonne la réponse. Si l’enfant est inquiet du rythme de la semaine, plus tu rends ce rythme stable, mieux c’est. Si l’enfant a du chagrin, assieds-toi à côté des devoirs plutôt qu’en face. Si on demande à l’enfant de faire deux fois la même chose dans deux foyers, simplifie avec ton co-parent. Si l’enfant est juste très fatigué quand vient le moment des devoirs, déplace-les plus tôt dans la soirée, ou le matin.
Si l’enfant fait ses devoirs avec aisance dans un foyer et s’effondre dessus dans l’autre, c’est une information. L’information, ce n’est pas le co-parent rate quelque chose avec l’enfant. L’information, c’est quelque chose, dans la texture du foyer où ça s’effondre, ne marche pas pour ce genre de tâche en ce moment. Peut-être qu’un plus petit frère ou une plus petite sœur fait du bruit. Peut-être que le moment est mal choisi. Peut-être que la table est dans la mauvaise pièce. Peut-être que le travail du parent a été plus exigeant ce mois-ci et que l’enfant sent sa distraction. La solution est locale, elle ne consiste pas à chercher un coupable.
Ce qu’il ne faut pas faire. Transformer les devoirs en test de savoir si l’enfant va bien. Il sentira le test. Il y échouera davantage.
Une petite note clinique, à garder pour soi. La veille d’un passage de relais, le soir du relais, n’est pas le soir pour démarrer un nouveau projet de devoirs, forcer une lecture sur laquelle l’enfant traîne, ou avoir la conversation sur la mauvaise dictée de la semaine dernière. La veille d’un passage de relais, l’attention de l’enfant est déjà à moitié ailleurs. Il fait le petit travail intérieur de se préparer à partir. Il n’est pas difficile. Il n’a pas la flemme. Il se régule. Les soirs de veille de relais, fais les devoirs qui sont déjà lancés. N’ouvre pas de nouveaux fronts. Le nouveau front peut attendre qu’il soit installé dans le foyer suivant, ou revenir vers toi en milieu de semaine.
Pour finir
Mardi, 19 h. La fiche de maths est dans le second foyer. Tu envoies un message. On te répond. Demain matin, la fiche de maths sera faite.
Ce qui a fait de ça un petit problème plutôt qu’un gros, c’est surtout invisible. Le cartable voyage. Le mot du passage de relais fonctionne depuis des mois. Le co-parent veut bien faire une séance de maths de quarante minutes le mercredi matin parce que, la semaine dernière, tu as fait une séance de lecture le dimanche soir qu’il n’aurait pas pu assurer.
Rien de tout ça n’était les devoirs. Les devoirs, c’était la chose que le système a portée.
Si ta semaine de devoirs casse chaque semaine, le problème, ce ne sont pas les devoirs. Regarde une couche en dessous.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.