dip
Module 10 · Santé et médicaments

La consultation chez le médecin

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges11 min de lecture
La consultation chez le médecin

La consultation chez le médecin

Le cabinet du pédiatre. Ton co-parent et toi êtes assis sur deux chaises, face au bureau du médecin. Ton fils est sur la troisième chaise, avachi, les écouteurs sur les oreilles mais sans musique, à moitié à l’écoute. Le médecin vient d’ouvrir un dossier avec les résultats de la prise de sang de la semaine dernière.

Tu prends une inspiration. Tu ne sais pas de quel côté ça va pencher. Ton co-parent non plus. Le médecin commence à parler.

La façon dont vont se dérouler les quarante prochaines minutes décide de la suite : le diagnostic (s’il y en a un), le protocole de soins (s’il y en a un), les conversations entre ton co-parent et toi après, la conversation avec ton fils ce soir.

Cet article parle de ces quarante minutes, et de leurs versions plus modestes qui reviennent au fil des années : les visites chez le médecin traitant, les consultations chez un spécialiste, les rendez-vous de suivi, les bilans réguliers d’un enfant qui grandit.

De quoi parle cet article

Le principe est le suivant. La consultation chez le médecin est un vrai morceau de travail de co-parentalité, avec ses exigences propres. La présence des deux parents est souvent importante, mais elle n’est pas toujours possible ; quand ce n’est pas le cas, il faut bien préparer les solutions de remplacement. La manière dont la conversation se mène dans la pièce façonne les décisions médicales qui suivent. Les deux parents doivent sortir de la pièce avec la même information, la même compréhension et le même plan ; sans ça, la période d’après-consultation se morcelle et les décisions partent à la dérive.

L’article aborde quatre choses. La préparation en amont. La conduite de la conversation dans la pièce. La traduction en aval. Et les schémas qui tournent mal.

La préparation en amont

Une conversation utile se prépare. Cinq choses, idéalement réglées avant le rendez-vous.

Les questions. Les deux parents partagent ce qu’ils veulent demander. Une liste se dessine peut-être ; ou bien c’est juste un accord à l’oral. Je veux poser une question sur l’ajustement de la dose. Toi, tu veux poser une question sur l’effet secondaire qu’elle a évoqué. On veut tous les deux savoir quelle est la prochaine étape. La liste partagée évite la situation où l’un des parents repart en regrettant de ne pas avoir posé une question à laquelle l’autre n’avait pas pensé.

Qui mène. Souvent, c’est le référent médical (article 01) qui se charge des présentations et du cadrage. Parfois, c’est le second parent qui est le mieux informé sur le point précis qui inquiète ; il peut mener la partie qui le concerne. Un peu de souplesse, c’est très bien ; un peu de structure convenue à l’avance aide à éviter le moment gênant où ni l’un ni l’autre ne prend la parole en premier.

La place de l’enfant. Les enfants plus grands doivent être dans la conversation. Leur voix compte ; ce qu’ils disent de leur ressenti compte ; leur adhésion aux prochaines étapes compte. L’enfant doit savoir, avant le rendez-vous, qu’il a le droit de parler, et savoir le genre de questions que le médecin pourra lui poser. Pour les plus petits, ce sont surtout les parents qui parlent ; l’enfant est présent.

La prise de notes. Un parent prend des notes, ou les deux. Certains rendez-vous autorisent l’enregistrement (avec l’accord du médecin) ; d’autres non. Les notes font foi pour la conversation qui aura lieu plus tard, à la maison ; sans elles, les souvenirs des deux parents vont diverger, parfois beaucoup.

Le plan d’après-consultation. Quand et où vous reparlerez de ce qui a été dit, tous les deux. Pas sur le parking, juste après. Quelque part où l’on peut réfléchir au calme. Idéalement le jour même ; certains rendez-vous ont besoin d’une nuit pour être digérés.

La préparation en amont, c’est une conversation de quinze minutes. Ça les vaut.

La conduite de la conversation

Dans la pièce, quelques petites mécaniques comptent.

Les deux parents s’assoient du même côté, face au médecin. Ce n’est pas un tribunal ; ce ne sont pas deux camps qui se font face. Vous deux, tournés vers le médecin, vous signalez au médecin (et à l’enfant) que vous formez une seule équipe parentale, qui reçoit la même information. Certains médecins disposent les chaises ainsi ; d’autres non. S’ils ne le font pas, prends l’initiative.

Les présentations, si le médecin ne te connaît pas. Je suis [prénom], le référent médical. Voici [prénom], mon co-parent. On veut être tous les deux dans cette conversation. Les décisions médicales, on les prend ensemble. Dit une fois, brièvement, au début. Le médecin sait dans quel genre de pièce il se trouve.

Aucun parent ne monopolise. C’est facile, pour le parent le plus bavard, ou pour celui qui se sent le plus responsable, de mener toute la conversation. Ce n’est bon ni pour le second parent, ni pour le médecin. Essaie de faire en sorte que les deux voix se fassent entendre. Le médecin lit la pièce ; si un seul parent parle, il peut se forger l’impression qu’un seul parent est investi.

Des questions claires, une à la fois. Pas empilées, pas teintées de récit personnel. Pouvez-vous m’expliquer les effets secondaires possibles ? plutôt que J’ai lu deux ou trois choses sur internet et ça m’inquiète, et puis [prénom] pense autre chose… Des questions nettes obtiennent des réponses nettes.

Reformule ce que tu comprends. Donc, si je comprends bien, le médicament devrait faire effet d’ici deux semaines, et si ce n’est pas le cas, on doit revenir vous voir. C’est bien ça ? La reformulation rattrape tout de suite un malentendu, pendant que le médecin est encore dans la pièce.

Demander quelles sont les autres options. Presque chaque décision médicale a des alternatives. Y a-t-il une autre approche à envisager ? Le médecin répondra peut-être que oui, il y en a, avec tels avantages et tels inconvénients. Ou bien que non, c’est clairement la bonne prochaine étape. Dans les deux cas, tu as maintenant entendu le raisonnement du médecin, pas seulement sa recommandation.

Les questions de l’enfant. Si l’enfant veut demander quelque chose, il en a le droit. Même si la question paraît hors sujet. Que l’enfant soit associé à ses propres soins, à la mesure de son âge, ça compte.

Le récapitulatif à la fin. La plupart des bons médecins en proposent un. Donc, le plan, c’est : on commence la nouvelle dose demain, on refait le point dans trois semaines, et vous appelez si tel ou tel signe apparaît. Si le médecin n’en propose pas, demande-le. On pourrait récapituler le plan ? Les deux parents doivent repartir avec le même récapitulatif.

La traduction en aval

La conversation entre ton co-parent et toi après le rendez-vous est un morceau de travail à part entière.

N’en parlez pas devant l’enfant. L’enfant vient de prendre part à une conversation intense. Le trajet du retour, le reste de la journée, ce n’est pas le moment où les adultes font leur tri intérieur. Garde ça pour plus tard.

Comparez vos notes. Le jour même, idéalement. Vérifiez que vous avez entendu la même chose tous les deux. Des écarts apparaîtront ; il y en a presque toujours. Tranchez-les en revenant aux notes elles-mêmes, au récapitulatif du médecin, aux documents écrits qu’il vous a remis.

Préparez la conversation avec l’enfant. Ce que vous allez lui dire ; ce que vous ne lui direz pas (pas encore) ; quel parent aura quelle conversation, et quand. Ce soir, je gère la routine du médicament ; toi, tu gères la conversation avec l’école demain matin. Coordonné. L’enfant ne devrait pas entendre deux versions différentes, une par parent.

Repérez ce qui demande à être creusé. Souvent, le rendez-vous fait remonter des choses à suivre : une orientation à relancer, un papier à retrouver, une question mal traitée sur laquelle il faudra revenir. Nommez-les ; répartissez-les ; mettez-les au calendrier.

Mettez à jour le dossier partagé. Le dossier médical de l’article 01 reçoit la nouvelle information. La date du prochain rendez-vous. Le nouveau médicament. La nouvelle dose. Tout ce qui a changé.

Informez les bonnes personnes autour de l’enfant. L’école, s’il y a lieu. Les autres professionnels impliqués dans les soins de l’enfant. Les grands-parents, si la situation le justifie. Les deux parents se mettent d’accord sur ce qui se partage, et avec qui.

La traduction en aval, bien faite, prend vingt à trente minutes. Mal faite, elle produit des semaines d’information morcelée et de soins mal coordonnés.

Quand l’un des parents ne peut pas venir

À certains rendez-vous, un seul parent peut être présent. Un conflit d’agenda, un déplacement loin de la maison, une urgence au travail. Voici comment s’organiser dans ces cas-là.

Le parent présent représente les deux. Il pose les questions que les deux voulaient poser. Il prend des notes complètes. Il demande au médecin un compte rendu écrit s’il y en a un.

Un appel entre parents avant. Bref, avant le rendez-vous. Le parent absent partage ses questions et ses inquiétudes. Le parent présent s’engage à les soulever.

Un long débrief après. Pas un résumé de cinq minutes. Une vraie conversation où le parent présent déroule le rendez-vous en détail. Le parent absent pose ses questions pour bien comprendre. À la fin, tous les deux ont la même compréhension.

Un appel de suivi au médecin, si besoin. Si une question doit vraiment venir du parent absent, un bref coup de fil au médecin est parfois la bonne marche à suivre. La plupart des médecins acceptent ça pour les sujets importants.

Pour les rendez-vous chez un spécialiste, les deux viennent dès que c’est possible. Les spécialistes traitent des décisions plus lourdes ; quand les deux parents ne sont pas là, le coût est plus élevé. Organisez-vous autour des disponibilités du spécialiste plutôt que d’attendre qu’il s’organise autour des vôtres. C’est l’une des rares situations où il vaut généralement la peine de bousculer le travail ou un déplacement.

Les schémas qui tournent mal

Quelques-uns méritent d’être nommés.

Un parent qui assure tout le travail médical. Même avec un référent désigné, les deux parents devraient être là aux rendez-vous importants. Le schéma du « je m’en occupe, dis-moi juste ce qu’ils ont dit » érode la compétence du second parent et le sentiment, chez l’enfant, que ses deux parents sont engagés.

Se contredire dans le cabinet du médecin. Quand les parents se contredisent devant le médecin, celui-ci ne sait plus qui prendre au sérieux. La dynamique est gênante pour l’enfant. Les désaccords se règlent avant le rendez-vous, ou dans la conversation d’après, pas dans la pièce.

Se servir du médecin comme arbitre. Parfois, un parent espère secrètement que le médecin lui donnera raison dans un désaccord qui dure. Cela met le médecin dans un rôle qui n’est pas le sien. Le rôle du médecin, c’est d’apporter un avis médical ; le rôle des parents, c’est de gérer leur propre désaccord (parfois avec l’aide d’un médiateur, comme le décrit le module 09).

Le parent qui se met en scène. Parfois, un parent profite des rendez-vous pour démontrer (au médecin, à l’enfant, à lui-même) que c’est lui, le parent investi. Prise de notes à outrance. Questions à outrance. Étalage inutile de connaissances détaillées. C’est en général visible par le médecin comme par le second parent ; ça ne sert en général à rien.

Le parent mal préparé. L’inverse : arriver sans avoir lu le dernier courrier, sans se rappeler la dose précédente, sans savoir où en est la situation. Les deux parents devraient être à peu près au même niveau de préparation. L’écart envoie, lui aussi, un mauvais message.

Les confidences d’après-rendez-vous. Certains parents, juste après un rendez-vous, envoient aussitôt un message à la famille ou aux amis pour donner la nouvelle. Parfois c’est approprié ; parfois c’est une atteinte à l’intimité de l’enfant. Parle avec ton co-parent de qui apprend quoi.

Pour finir

Le pédiatre explique les résultats. La prise de sang est normale ; les symptômes de ton fils relèvent plus probablement du comportement et du stress que de quoi que ce soit de physique. Le médecin recommande de l’orienter vers un psychologue pour un bilan plus poussé. Pas de médicament aujourd’hui. Un suivi dans six semaines.

Ton co-parent et toi posez les questions de la liste. Tous les deux. Tu reformules le plan. Tu confirmes les modalités de l’orientation. Ton fils ajoute ses propres questions, surtout pour savoir s’il a quelque chose qui ne va pas. Le médecin le rassure, calmement, pendant que vous hochez la tête tous les deux.

Vous sortez. Sur le parking, vous n’en parlez pas. Tu ramènes ton fils à la maison ; ton co-parent rentre de son côté, vers son foyer. En début de soirée, une fois que ton fils a fait ses devoirs et qu’il est monté dans sa chambre, ton co-parent et toi vous appelez.

Vous comparez vos notes. Les notes concordent. Vous tombez d’accord sur le plan. Vous décidez qui lui dit quoi demain. Vous convenez d’attendre le rendez-vous chez le psychologue avant de changer quoi que ce soit d’autre.

À l’heure du coucher, chacun de vous a écrit sa part du dossier partagé. Le prochain rendez-vous est au calendrier. L’orientation a été demandée. La conversation avec ton fils, demain, est cadrée dans les grandes lignes.

Voilà, quand ça marche, à quoi ressemble la consultation chez le médecin, à travers les deux foyers. Les deux parents dans la pièce. Les deux parents qui repartent avec la même compréhension. Le médecin qui fait le travail médical ; les parents qui font le travail de co-parentalité ; tous les deux qui soutiennent l’enfant.

Les quarante minutes au cabinet font partie d’un arc plus long. Cet arc, bien mené, produit des soins qui tiennent au fil des années.

Voilà pour cet article. Le travail continue.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.