Ce que le comportement de ton enfant te dit
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Ce que le comportement de ton enfant te dit
Tout au long de ce module, la même idée est revenue sous des formes différentes. L’enfant en colère, l’enfant qui se replie, l’enfant qui régresse, l’enfant parfait, l’enfant qui ment, l’enfant agressif, l’enfant qui a peur : chaque comportement, aussi différent soit-il en surface, a été un message à propos de quelque chose qui se tient en dessous. Ce dernier article nomme cette idée directement, parce qu’une fois que tu la tiens, tu as une clé qui fonctionne même sur des comportements que ce module n’a jamais abordés.
La clé, la voici. Le comportement est une communication. Le comportement d’un enfant, surtout d’un jeune enfant, est rarement le vrai problème et presque toujours un signal sur un état intérieur qu’il ne peut pas mettre en mots. Le comportement, c’est la fumée. Le sentiment en dessous, c’est le feu. Et un parent qui apprend à lire la fumée, au lieu d’essayer seulement de l’éteindre, peut s’occuper du feu, ce qui est la seule chose qui change vraiment le comportement pour de bon.
Pourquoi le comportement est une communication
Les enfants, en particulier dans les années que couvre ce module, n’ont ni le câblage ni le vocabulaire pour identifier un sentiment complexe, en comprendre la cause, et t’en parler avec des mots. Cette capacité-là est encore en train de se construire, et elle se construit tard. Alors quand un enfant porte quelque chose de gros, du chagrin, de la peur, un sentiment d’impuissance, de l’angoisse, le trop-plein, ça ne peut pas sortir sous la forme d’une phrase claire. Ça sort de travers, par le comportement.
La colère, le repli, la régression, le perfectionnisme, les mensonges, l’agressivité, les peurs nocturnes sont tous, au fond, un enfant qui dit quelque chose qu’il ne peut pas dire directement. Je suis débordé. J’ai peur. Ça me manque, comme c’était avant. Je me sens hors de contrôle. J’essaie de nous protéger. Je ne me sens pas en sécurité pour dire la vérité. J’ai peur de te perdre toi aussi. Le comportement est la seule langue disponible pour un sentiment que l’enfant ne sait pas encore nommer. Lu au premier degré, comme une simple bêtise, il n’a aucun sens et appelle une réponse qui passe complètement à côté. Lu comme une communication, il devient lisible, et la bonne réponse apparaît.
Ce changement de regard est la chose la plus utile de tout ce module, parce qu’il s’applique bien au-delà des comportements évoqués ici. Tout comportement déroutant, soudain, intense ou inhabituel peut être abordé avec la même question. Pas seulement comment je fais pour que ça s’arrête ?, mais qu’est-ce que ça me dit ? Quel est le sentiment en dessous ? Cette question-là, c’est le passe-partout.
La compétence de traduction
Lire le comportement comme une communication est une compétence, et elle s’améliore avec la pratique. Au cœur, il y a une habitude d’esprit : quand un comportement apparaît, tu fais une pause avant de réagir et tu te demandes ce qu’il pourrait communiquer.
Quelques repères aident à la traduction. Regarde le moment et le contexte. Un comportement qui flambe autour du passage de relais, au coucher, après un temps passé dans l’autre foyer, au moment des séparations, communique souvent quelque chose sur ces moments précis, la transition, la peur d’être laissé, les sentiments de la journée qui remontent la nuit. Le quand pointe souvent vers le quoi.
Regarde ce qui a changé. Un comportement nouveau ou plus intense suit en général une piste, un changement de planning, un stress à l’école, un remaniement dans l’un des foyers, une date anniversaire qui approche. Le comportement est souvent une réponse à quelque chose, et trouver ce quelque chose te dit de quoi il s’agit.
Regarde sous l’émotion apparente. La colère est souvent du chagrin ou de la peur en armure. Le perfectionnisme est souvent de l’angoisse. Le repli est souvent du trop-plein. Le sentiment de surface est fréquemment une traduction plus supportable d’un sentiment plus difficile en dessous. Te demander ce que le sentiment de surface pourrait recouvrir te rapproche souvent du feu.
Et sers-toi de ce que tu sais de ton enfant à toi. Tu connais ses habitudes, son histoire, ses façons bien à lui de montrer la détresse. Le même comportement veut dire des choses différentes selon les enfants, et ta connaissance du tien fait partie de la traduction. Avec le temps, tu développes une sorte d’aisance dans la langue comportementale de ton propre enfant, et la traduction devient plus rapide et plus juste.
Le lien avant la correction
Si le comportement est une communication, alors la réponse à un comportement difficile doit inclure une réponse à ce qui est communiqué, et pas seulement au comportement lui-même. C’est le fil rouge de tout ce module, parfois appelé le lien avant la correction.
Ça veut dire qu’avant de t’occuper du comportement, tu t’occupes de l’enfant et du sentiment qui est dessous. Tu apaises avec lui l’enfant submergé avant de lui apprendre quoi que ce soit. Tu réponds au besoin de sécurité de l’enfant qui régresse avant de t’inquiéter de la compétence perdue. Tu rends la sincérité sûre avant de t’attaquer au mensonge. Tu prends soin de la peur avant d’aborder la résistance au coucher. Dans chaque cas, le lien, le soin apporté au sentiment de fond, vient en premier, et la correction, là où une correction est même nécessaire, vient en second, une fois que l’enfant est apaisé et que le sentiment a été accueilli.
Ce n’est pas du laisser-faire. Les limites comptent toujours, surtout quand un comportement fait du mal, comme le dit clairement l’article sur l’agressivité. Le lien avant la correction ne veut pas dire pas de correction. Ça veut dire qu’une correction posée par-dessus un sentiment non accueilli ne marche pas, parce que le sentiment continue d’alimenter le comportement. Prends soin du sentiment d’abord, et la correction peut vraiment atterrir, ou devient souvent inutile parce que le comportement s’apaise une fois sa cause traitée. Un enfant dont le sentiment de fond est accueilli a bien moins besoin de le communiquer par le comportement.
Ça réorganise la réponse instinctive. L’instinct, face à un comportement difficile, c’est d’aller droit à la correction, de l’arrêter, de poser une conséquence, de le régler. Le lien avant la correction te demande d’aller d’abord vers l’enfant, vers le sentiment, vers le lien, et de faire confiance au fait que soigner le feu fait plus que courir après la fumée. C’est la discipline la plus exigeante, et c’est celle qui change vraiment les choses.
Quand le lire, et quand demander de l’aide
Lire le comportement comme une communication est la compétence du quotidien, et elle gère l’essentiel de ce qu’un enfant qui traverse une séparation te montrera. Les comportements de ce module sont, dans la grande majorité des cas, des réponses normales à un changement difficile, qui communiquent des sentiments qui s’apaisent à mesure que l’enfant s’adapte et que les sentiments de fond sont accueillis par une présence stable et reliée.
Mais bien lire le comportement, c’est aussi reconnaître quand il communique quelque chose qui dépasse ce que ton rôle de parent peut résoudre à lui seul. Un comportement qui est sévère, qui persiste ou s’aggrave longtemps sans s’apaiser, qui entrave nettement le fonctionnement de l’enfant, qui implique un vrai danger pour lui-même ou pour les autres, ou qui te laisse simplement avec le sentiment tenace que quelque chose ne va vraiment pas, communique un besoin de plus d’aide. Ce n’est pas un échec de ta lecture ; c’est une lecture réussie, qui pointe vers un soutien professionnel. Les articles sur l’angoisse et sur la thérapie, et le module sur les besoins particuliers, abordent ces étapes suivantes. Aller chercher de l’aide quand le comportement dit qu’elle est nécessaire est en soi une façon de le lire correctement.
La plupart du temps, pourtant, le message est plus ordinaire et plus tendre qu’alarmant. Un enfant qui porte plus qu’il ne sait nommer, qui le communique de la seule manière qu’il peut, et qui a besoin d’un parent qui lit le message et prend soin de ce qu’il y a dessous. Ce parent-là, celui qui apprend à traduire, offre à son enfant quelque chose de profond : l’expérience d’être compris même quand il ne peut pas s’expliquer, qui est l’une des formes les plus profondes de se sentir aimé.
Pour finir
Le comportement est une communication. Le comportement difficile d’un enfant, surtout dans ces années-là, est rarement le vrai problème et presque toujours un signal sur un sentiment en dessous qu’il ne peut pas mettre en mots, la fumée qui pointe vers un feu. Le lire est une compétence qui repose sur l’attention au moment, à ce qui a changé, à ce que l’émotion de surface pourrait recouvrir, et à ta connaissance de ton propre enfant. La réponse qui marche, c’est le lien avant la correction, prendre soin du sentiment de fond d’abord, puisqu’une correction posée sur un sentiment non accueilli ne tient pas. Et bien lire le comportement, c’est aussi reconnaître quand il te dit qu’une aide plus grande est nécessaire.
Le comportement de ton enfant est sa langue avant qu’il ait les mots. Apprends à le traduire, prends soin de ce qu’il te dit, et ton enfant peut se sentir compris exactement à l’âge où il en a le plus besoin et où il sait le moins s’expliquer.
Le comportement, c’est la fumée. Prends soin du feu en dessous, et tu fais plus que faire cesser la fumée, tu permets à ton enfant de se sentir compris quand il ne trouve pas encore les mots.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.