Le parent qui disparaît
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Le parent qui disparaît
Parfois, ce n’est pas un week-end annulé ni un rythme peu fiable. Parfois, le parent disparaît, tout simplement. Des semaines de silence. Pas d’appels, pas de visites, pas un mot. L’enfant demande où il est, et tu n’as pas de réponse, ou pas de réponse que tu puisses lui donner. C’est une version différente, et à certains égards plus dure, du parent peu fiable : celui qui s’évapore par périodes, te laissant porter la confusion et le chagrin d’un enfant face à une absence que tu ne peux pas expliquer et que tu n’as pas choisie.
Cet article parle du parent qui disparaît et, surtout, de la conversation qui vient avec : la question « où est Papa, où est Maman » qui n’a pas de bonne réponse. C’en est une délicate, parce qu’il y a là un vrai chagrin pour un enfant, et que ton rôle est de l’aider à le porter sans pouvoir réparer ce qui le cause.
Si tu n’es pas en sécurité dans ta relation, ou si tu crains pour la sécurité d’un enfant, cet article n’est pas le bon point de départ. De l’aide existe, et elle est facile à joindre. Le reste de cette bibliothèque sera là quand tu seras prêt.
La douleur particulière de la disparition
Un parent qui disparaît pendant des semaines crée pour un enfant une souffrance d’un genre bien précis, différente du week-end annulé. Le week-end annulé est une déception ; la disparition est plus proche d’un petit deuil, répété, mais sans la finalité ni la clarté qui permettraient à l’enfant de faire son deuil proprement. Le parent est parti, mais pourrait revenir. L’enfant reste dans un entre-deux, ni vraiment avec son parent, ni capable de le lâcher tout à fait, à attendre un retour qui viendra peut-être, ou pas.
Cet entre-deux est dur pour un enfant. Il peut osciller entre l’espoir et le désespoir. Il peut se construire des explications, le plus souvent à charge contre lui-même, parce que la logique d’un enfant conclut souvent que le parent est parti à cause de quelque chose qui tient à lui. Il peut montrer l’absence par son comportement plutôt que par ses mots, le repli ou les débordements dont parle le module sur le comportement. Et il porte un chagrin qui n’a nulle part où se poser proprement, parce que la perte n’est pas assez nette pour qu’on en fasse le deuil, et pas assez réglée pour qu’on la dépasse.
Nommer ça honnêtement compte, parce qu’un parent peut être tenté de minimiser la disparition, de faire comme si ce n’était pas grave, de remplir l’espace si complètement que le chagrin de l’enfant pour le parent absent n’a plus de place. Mais le chagrin de l’enfant est réel et a besoin d’être reconnu, même, surtout, quand tu ne peux pas en réparer la cause. Aider l’enfant à faire le deuil d’un parent absent fait partie de ce que tu peux faire, même si tu ne peux pas faire revenir le parent.
La conversation « où est Papa »
Le moment le plus dur, c’est la question. « Où est Papa ? Quand est-ce qu’il revient ? Pourquoi il n’appelle pas ? » Et toi, qui portes ta propre colère et ton propre chagrin, et qui ne connais pas non plus la réponse, tu dois dire quelque chose.
Le principe, c’est l’honnêteté dans les limites de ce qui convient à son âge, sans fausses promesses et sans dénigrement. Tu ne fais pas semblant de savoir ce que tu ne sais pas. Tu ne promets pas des retours que tu ne peux pas garantir. Tu ne descends pas le parent absent. Et tu ancres l’enfant dans ta présence à toi, stable et aimante.
Quand tu ignores vraiment où il est ou quand il reviendra, l’honnêteté passe par le reconnaître. « Je ne sais pas où est Papa en ce moment, ni quand il donnera de ses nouvelles. J’aurais aimé avoir une meilleure réponse à te donner. Je sais que c’est vraiment dur de ne pas savoir. » C’est difficile à dire, parce que ça n’offre à l’enfant aucune résolution, mais c’est mieux qu’une fausse certitude qui finit par se briser. Un enfant à qui on dit que le parent sera sûrement de retour bientôt, et qui ne l’est pas, est blessé deux fois, une fois par l’absence et une fois par la promesse brisée.
Tu vas à la rencontre du sentiment qui se tient sous la question. La question « où est Papa » porte le plus souvent du chagrin, de la peur, et souvent un blâme tourné contre soi, et ce sont ces choses-là qu’il faut accueillir. « Tu as le droit de t’ennuyer de lui. Tu as le droit d’être triste, ou en colère, qu’il ne soit pas là. Et il y a quelque chose de très important que je veux que tu saches : ce n’est pas à cause de quoi que ce soit que tu as fait. Ce n’est pas ta faute, et ça n’a rien à voir avec toi. C’est à cause de problèmes de grands qu’il est loin, pas à cause de toi. » Tu ne peux pas bien répondre à la question du « où », mais tu peux répondre à la peur qui est dessous, celle d’en être la cause, ce qui est souvent le plus important à apaiser.
Et tu l’ancres en toi. « Où que soit Papa, moi je suis là, et je ne vais nulle part. Tu es en sécurité et tu es aimé. » Le parent qui disparaît ébranle la foi de l’enfant dans la permanence d’un parent, et ta présence stable et fiable est le contrepoids. Tu ne peux pas parler à la place du parent absent, mais tu peux être, toi, présent sans la moindre ambiguïté.
Ne pas promettre un retour que tu ne peux pas garantir
L’élan le plus fort, face à un enfant qui a du chagrin, c’est de promettre que le parent reviendra, parce que ça l’apaiserait sur le moment. C’est le piège à éviter avec le plus de soin, parce que tu ne maîtrises pas le retour du parent, et qu’une promesse que tu ne peux pas tenir prépare l’enfant à être blessé de nouveau et à perdre confiance en ta parole.
Plutôt que de promettre un retour, tu restes honnête sur l’incertitude tout en tenant doucement l’espoir de l’enfant. Tu n’écrases pas l’espoir, dire à un enfant que le parent est parti pour toujours alors que tu n’en sais rien est un tort en soi, mais tu ne fabriques pas non plus de certitude. « Je ne sais pas si Papa donnera de ses nouvelles, ni quand. J’espère que oui. Et quoi qu’il arrive, toi, tu iras bien, parce que tu es aimé et que tu es en sécurité ici. » Tu laisses de la place à l’espoir sans en garantir l’objet, et tu ancres le « ça va aller » de l’enfant dans quelque chose que tu maîtrises, ta présence constante à toi, plutôt que dans le retour incertain du parent absent.
C’est vraiment difficile, parce que ça veut dire rester auprès de l’enfant dans une incertitude que tu ne peux pas lever, plutôt que de la réparer avec une promesse réconfortante. Mais l’incertitude honnête, tenue avec chaleur, protège mieux l’enfant qu’une fausse certitude qui vole en éclats. Et elle transmet quelque chose de vrai et d’utile : qu’on peut tenir l’espoir et l’incertitude en même temps, et aller bien même quand on ne sait pas comment quelque chose va tourner.
Tenir ensemble l’espoir et le chagrin
Un enfant avec un parent qui disparaît a souvent besoin d’aide pour tenir deux choses qui semblent se contredire : l’espoir que le parent revienne et renoue, et le chagrin de son absence présente. Ces deux choses ne sont pas vraiment contradictoires, et aider l’enfant à les tenir toutes les deux est plus honnête que de le pousser vers l’espoir pur ou le chagrin pur.
Tu laisses l’enfant s’ennuyer du parent et faire le deuil de l’absence, en validant que la tristesse est réelle et permise, sans le presser d’aller mieux ni de renoncer au parent. Et tu laisses l’enfant espérer, sans nourrir une attente précise qui pourrait être déçue. L’enfant peut à la fois s’ennuyer de son papa et espérer qu’il donnera de ses nouvelles, à la fois se sentir triste maintenant et rester ouvert à l’avenir, et ton rôle, c’est de faire de la place à tout ce mélange plutôt que de le résoudre artificiellement dans un sens ou dans l’autre.
Si une disparition devient une réalité durable ou définitive, le travail de deuil de l’enfant se déplace vers le deuil d’un parent qui ne revient pas comme il l’espérait, ce qui est un deuil important, qui gagne à être accompagné, et les articles du module sur la vie émotionnelle qui traitent du deuil de l’enfant, ainsi que l’article de ce module sur le soutien professionnel, sont les endroits où se tourner. Un enfant qui fait le deuil d’un parent vraiment absent peut avoir besoin de plus que ce qu’un parent seul peut lui offrir, et chercher ce soutien est sage.
D’un bout à l’autre, ta présence stable est le socle. Un enfant peut survivre, et même faire le deuil, d’un parent qui disparaît, quand il a un parent qui est là, fiable, inébranlable, qui le tient à travers l’incertitude et le chagrin. Cette présence-là, c’est ce que tu peux donner, pleinement, quoi que fasse le parent absent.
Pour finir
Un parent qui disparaît crée pour un enfant une douleur particulière, un entre-deux entre avoir un parent et le perdre, avec un chagrin qui n’a nulle part où se poser proprement, et ce chagrin a besoin d’être reconnu plutôt que minimisé. Dans la conversation « où est Papa », reste honnête dans les limites de ce qui convient à son âge, en admettant quand tu ne sais pas, en allant à la rencontre du chagrin, de la peur et du blâme tourné contre soi qui sont sous la question, et en ancrant l’enfant dans ta présence à toi, stable. Ne promets pas un retour que tu ne peux pas garantir, en tenant doucement l’espoir de l’enfant sans fabriquer une certitude qui pourrait voler en éclats. Et aide l’enfant à tenir ensemble l’espoir et le chagrin plutôt que de résoudre le mélange artificiellement, en cherchant du soutien si l’absence devient durable. À travers tout ça, ta présence inébranlable est le socle sur lequel un enfant peut survivre à un parent qui disparaît.
Tu ne peux pas faire revenir le parent absent, et tu ne peux pas répondre à la question que ton enfant n’arrête pas de poser. Tu peux lui dire la vérité avec douceur, lui épargner le blâme, et être le parent qui, lui, ne disparaît jamais, ce qui est une grande part de ce qui porte un enfant à travers une absence qu’il ne peut pas comprendre.
Tu ne peux pas répondre où est passé son autre parent, ni promettre un retour que tu ne maîtrises pas. Tu peux épargner le blâme à ton enfant, tenir ensemble son chagrin et son espoir, et être celui qui est toujours là, fiable.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.