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Module 04 · Adolescents, comportement et autonomie

La conversation de la période des examens

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

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La conversation de la période des examens

La conversation de la période des examens

C’est un mardi soir de mars. Ton fils est dans sa chambre. Il y est depuis 16 h. Il est descendu un quart d’heure pour le dîner, a mangé en silence, est remonté. La lumière de la chambre est allumée depuis des heures. Il reste trois mois avant ses examens.

La semaine dernière, il était chez le co-parent. La semaine d’avant, ici. Le rythme a continué pendant le trimestre comme toujours. Mais quelque chose est différent maintenant. La pression est montée. La maison est à cran. Le co-parent dit que c’est pareil chez lui.

Cet article parle de la période des examens dans une famille à deux foyers. Le bac blanc, la dernière ligne droite, les épreuves elles-mêmes, l’attente des résultats. C’est l’une des périodes les plus sous tension de l’adolescence, et l’une de celles où les parents glissent le plus souvent dans des schémas qui n’aident pas.

Ce qu’est vraiment la période des examens

La période des examens, ce n’est pas seulement quelques semaines en juin. Pour la plupart des ados, c’est une tranche de trois à six mois où leur vie de travail se rétrécit. Les bacs blancs, les révisions, les vraies épreuves, l’attente. Parfois, pour les examens de fin de cycle, ça s’étire plus longtemps. Parfois, pour la première grande année à examen, ça donne l’impression de durer toute l’année.

Dans une famille à deux foyers, la période des examens met aussi en lumière des schémas présents depuis le début, souvent de façon plus nette. Des environnements de travail différents. Des rythmes différents. Des attentes différentes de chaque parent. Des idées différentes de ce que veut dire soutenir. L’ado, au milieu, gère tout ça en plus de réviser.

Cet article parle de comment bien traverser la période des examens ensemble, même quand les deux foyers font beaucoup de choses différemment.

Ce que la période des examens fait à la maison

La maison devient plus silencieuse. Ou plus bruyante. Parfois les deux, à différents moments. L’ado est plus dans sa chambre. Les repas raccourcissent. Le téléphone est plus dans sa main, et aussi plus loin de sa main, selon qu’il fuit le travail ou qu’il le fait.

L’humeur de l’ado monte et descend d’une façon qui ne correspond pas forcément à ce que tu attends. Certains ados deviennent très silencieux. D’autres deviennent cassants. Certains oscillent entre les deux. La plupart dorment moins qu’ils ne le devraient. La plupart mangent moins, ou autrement, ou grignotent bizarrement. La plupart passent plus de temps seuls que d’habitude.

Les copains comptent plus, pas moins. Le groupe de copains traverse la même pression. Ils sont leur premier soutien les uns pour les autres, souvent plus que la famille. Ne lis pas ça comme l’ado qui s’éloigne de toi ; lis-le comme l’ado qui s’appuie sur ses pairs au bon moment de son développement.

L’ado n’a aussi presque aucune réserve disponible. Tout ce qui était déjà difficile avant la période des examens (la relation entre les deux foyers, le stress particulier d’un foyer, la difficulté avec un frère ou une sœur, l’amitié bancale) devient plus difficile. N’attends pas qu’il gère les choses plus dures pendant cette période. Il ne peut pas.

Ce qu’il faut convenir avec le co-parent

Une courte conversation au début de la période rend tout le reste beaucoup plus simple. Quelques points à couvrir.

Les bases. Le sommeil, la nourriture, le calme. Les deux foyers doivent soutenir les trois. Le coucher pas repoussé à minuit. La nourriture disponible quand il en veut, pas utilisée comme point de tension. La maisonnée autour de lui plus silencieuse que d’habitude. Les deux parents tenant la même ligne là-dessus.

L’environnement de travail. Les deux foyers ont besoin d’un endroit où il peut travailler. Un bureau, une pièce calme, une lumière correcte, un chargeur. Pas parfait ; juste fonctionnel. Si un foyer offre de meilleures conditions de travail et que l’ado veut y passer plus de temps pendant le trimestre, c’est parfois un ajustement sensé. Ne le lis pas comme une préférence pour le parent ; lis-le comme une préférence pour le bureau.

De la souplesse dans le rythme, quand c’est possible. Certains ados vont mieux en restant au même endroit pour la dernière ligne droite. D’autres vont mieux avec le rythme habituel. Demande-lui. S’il veut passer plus de temps dans un foyer pour la période, convenez-en ensemble. Le rythme est à son service, pas l’inverse.

Le niveau de pression. Coordonnez-vous. Les deux foyers doivent être plus calmes que d’habitude, pas plus exigeants. Tenez la même ligne : On te soutient. On est fiers de toi quoi qu’il arrive. Fais de ton mieux, c’est tout ce qu’on te demande. Évitez d’avoir un foyer où le message est tu dois réussir et un autre où le message est quoi qu’il arrive, on est là. L’ado lit l’incohérence comme une charge supplémentaire.

Ce que vous ferez si les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs. Parlez-en avec le co-parent avant le jour des résultats, pas après. L’ado sera fragile. Le parent qui réagit mal aux résultats fait plus de dégâts que le résultat lui-même. Convenez d’avance : quel que soit le résultat, la réaction est calme. Les étapes suivantes, c’est pour demain.

Les activités en dehors des examens. Et les fêtes, le sport, les sorties pendant la période des examens ? Les deux parents ont besoin de la même ligne. Convenez de ce qui est raisonnable (une sortie sociale par semaine, le sport qui fait déjà partie du rythme, une séance de sport, du temps avec un copain ou une copine s’il en a un). Évitez d’avoir un foyer où tout est permis et un autre où rien ne l’est.

Le téléphone et le temps d’écran. Celui-là est difficile. Les deux parents auront des avis. Essaie de ne pas faire de l’ado le point central de cette conversation. Convenez, largement, d’une approche sensée. Le téléphone dans une autre pièce pendant les révisions. Le téléphone permis le soir pour le lien et le repos. Les deux foyers à peu près pareil.

Ce qu’il ne faut pas faire pendant la période des examens

Une liste de schémas qui aggravent les choses.

N’ajoute pas de pression. Je veux que tu aies la mention très bien partout. J’attends d’excellentes notes. Tu le regretteras toute ta vie si tu n’as pas les résultats. L’ado est déjà sous une pression énorme. La tienne n’aide pas.

Ne compare pas. Ta sœur a eu la mention très bien. Ton copain Maya révise huit heures par jour. À ton âge, je devais travailler trois fois plus dur. Les comparaisons sont toxiques en période d’examens. Évite-les.

N’en fais pas une affaire qui te concerne. Je suis tellement inquiète que je n’arrive plus à dormir. C’est tellement stressant pour moi. Ton ado ne peut pas porter ton stress par-dessus le sien. Si tu galères, parles-en à ton conjoint, ton ou ta psy, un ami. Pas à ton ado.

N’impose pas le temps de révision par l’autorité. Tu vas rester à ce bureau pendant deux heures. La plupart des ados, à l’âge des examens, savent comment ils révisent le mieux. Essayer d’imposer des méthodes de travail produit rarement plus de travail ; ça produit du ressentiment et parfois de la révision pour de faux. Fais-leur largement confiance. N’interviens que si le problème de fond est clair.

Ne rouvre pas la question du rythme. La période des examens n’est pas le moment de renégocier quel foyer l’ado occupe quels jours, qui l’a pour quel week-end, ni aucune des questions de structure de la famille. Si quelque chose doit être ajusté pour les examens eux-mêmes, fais-le. Ne prends pas la période des examens comme le moment de rouvrir les plus grandes questions. L’ado n’a aucune réserve pour s’y atteler maintenant.

Ne fais pas des résultats une affaire de famille. On compte tous sur toi. Toute la famille veut que tu réussisses. L’ado passe les examens pour lui, pas pour la famille. Lier sa performance à la fierté ou aux espoirs de la famille le charge d’une manière qui fait mal.

Ne retire pas ton attention s’il te repousse. Certains ados, en période d’examens, deviennent secs avec leurs parents. Ils ne veulent pas parler. Ils sont cassants. Ils disent des choses blessantes. Ne mords pas à l’hameçon. Ne te retire pas. Sois stable. Le comportement, c’est le stress des examens qui parle ; en dessous, il a besoin de toi tout près.

Ne parle pas des résultats avant les résultats. Spéculer sur les résultats avant qu’ils ne tombent n’aide pas. Je pense que tu t’en es bien sortie en physique mais je m’inquiète pour les maths. L’ado n’a pas besoin de ça. Attends. Découvrez-le ensemble.

N’entre pas en compétition avec le co-parent sur le soutien. Je t’ai fait un planning de révisions, ton père te laisse juste scroller toute la nuit. Ne te positionne pas comme le meilleur parent pendant la période des examens. L’ado le lira. Ça ajoute à la charge.

Comment être le parent stable pendant la période des examens

Quelques choses qui aident.

Sois calme. Même quand il ne l’est pas. La chose la plus utile que tu puisses être pendant la période des examens, c’est stable. Pas dans la pression, pas anxieux, pas dans le micromanagement, pas dans la dramatisation. Juste présent, calme, disponible.

Rends la nourriture facile. Des en-cas qu’il aime, des repas simples, un frigo avec des choses à attraper. Réviser donne faim à des heures inhabituelles. Fais en sorte qu’il puisse manger sans avoir à y penser.

Rends le sommeil facile. Une maison calme le soir. Pas de gros événements de famille en semaine pendant la dernière ligne droite. Une heure de coucher, à peu près, même s’il la repousse. Le sommeil compte plus que la dernière heure de révision.

Fais les petites choses. Apporte-lui une tasse de thé. Frappe et laisse un en-cas sur le bureau. Débarrasse son assiette sans qu’il le demande. Les petites choses parlent fort sans exiger de conversation.

Demande une fois, pas dix-sept fois. Ça va ? Je peux t’aider en quoi que ce soit ? Une fois. Pas dix-sept fois dans la soirée. Laisse la porte ouverte, puis laisse-la ouverte sans rester planté dedans.

Conduis-le quelque part. La voiture est un endroit où les ados parlent parfois. L’école, la bibliothèque, chez un copain. Le trajet peut être la conversation la plus utile de la journée. Ou il peut être silencieux. L’un comme l’autre, c’est bien.

Félicite l’effort, pas le résultat. Je vois que tu as bien travaillé. Pas t’as intérêt à avoir une bonne note. L’effort, c’est ce sur quoi il a prise. Le résultat sera ce qu’il sera.

Dis-lui, souvent, que tu l’aimes quels que soient les résultats. Une fois par semaine, sous une forme ou une autre. Pas de façon lourde. Quoi qu’il arrive avec ces examens, tu sais que je t’aime, hein ? C’est dit, voilà. Il a besoin de l’entendre.

Remarque les copains. Un copain qui sonne à la porte à 20 h n’est pas une distraction ; c’est souvent un remède. Laisse le copain rester une demi-heure. Laisse ton ado aller marcher avec lui. Le soutien des copains pendant la période des examens est l’un des facteurs de protection les plus puissants qui soient.

Continue ta propre vie. Ne mets pas toute ta vie en pause pour ses examens. Bouge. Vois tes amis. Lis. Regarde tes séries. Un parent dont le monde entier est la période des examens de l’ado est difficile à côtoyer. Un parent qui a sa propre vie fait office de lest.

Quand la relation entre les deux foyers est difficile

La période des examens peut amplifier les difficultés entre les deux foyers. Quelques principes.

Garde les plus gros désaccords pour après les examens. Quel que soit le désaccord entre vous deux, la période des examens n’est pas le moment de l’aggraver. Mets-le de côté. Reprends-le après les résultats. Le cerveau de l’ado n’a pas de place pour ça en ce moment.

Communiquez de façon pratique, souvent. Envoie au co-parent un court message presque tous les soirs. Elle a eu une grosse session de révisions de maths ce soir, a bien mangé, au lit à 23 h. Ou il était silencieux, est sorti marcher avec deux copains, a l’air d’aller. Le co-parent sera plus stable s’il a la petite photo du quotidien. Et toi aussi, quand il t’envoie la même.

N’utilise pas l’ado comme messager. Dis à ton père que j’ai besoin qu’il dépose les manuels dimanche. Envoie le message au co-parent toi-même. L’ado a déjà assez à porter.

Si quelque chose tourne mal dans un foyer et affecte la préparation des examens. Une dispute, un dérèglement, une mauvaise semaine. Dis-le au co-parent calmement. N’en fais pas une plainte. Fais-en une information. Le week-end dernier a été rude ici. Il a pris du retard sur les révisions de français à cause de ça. Juste pour que tu saches.

Si le foyer du co-parent est vraiment peu propice à la préparation des examens. Certains foyers, pour diverses raisons, ne peuvent pas offrir un soutien calme et stable pendant la période des examens. Si tu es sûr que c’est le cas, propose un déplacement temporaire du rythme pour la dernière ligne droite. Ça marcherait si elle restait ici les trois semaines avant les examens ? Pose-le autour des besoins de l’ado, pas comme une critique. Parfois le co-parent accepte volontiers ; il sait peut-être qu’il ne peut pas l’offrir.

Après les examens

Le lendemain de la dernière épreuve est un moment en soi. La plupart des ados s’effondrent pendant quelques jours. Ils dorment. Ils voient leurs copains. Ils scrollent. Ils mangent. Ils sont silencieux, ou étranges, ou inhabituellement présents, selon l’ado.

Laisse-les faire. Ne demande pas, le premier jour, comment il pense s’en être sorti. Ne commence pas, le troisième jour, à planifier l’été. Donne-lui une semaine de pas-grand-chose. Le corps et le cerveau ont besoin de redescendre d’une longue pression.

Le co-parent devrait être dans le coup. Restons légers tous les deux pendant une semaine ou deux. Pas de grandes questions pour l’instant.

Quand l’ado sera prêt à parler des examens, il le fera. Ça peut prendre quelques jours, quelques semaines, ou ça peut ne pas arriver avant les résultats.

Le jour des résultats

Le jour des résultats mériterait son propre article, à certains égards. Une version courte ici.

Sois là. Pas forcément dans la pièce. Mais dans la maison, ou joignable au téléphone, ou assez près pour qu’il puisse venir te trouver en quelques minutes s’il veut. Quel que soit le résultat, il aura besoin de toi tout près.

Réaction calme, quel que soit le chiffre. Raconte-moi ce qui s’est passé. Écoute. Ne réagis pas en grand. Ne réagis pas en petit non plus ; rencontre ce qu’il apporte.

Le co-parent devrait savoir dans l’heure. Les résultats sont là. Elle a eu X. Elle va bien / elle est déçue / on en parle. La réaction du co-parent devrait être calme. Mettez-vous d’accord là-dessus à l’avance si vous le pouvez.

Les étapes suivantes attendent demain. Quel que soit le résultat, l’ado a besoin du reste de la journée pour digérer. Les grandes décisions sur un rattrapage, les vœux pour la suite, les voies alternatives, ça ne se passe pas le jour des résultats.

L’arc plus long

La période des examens est dure, et puis elle se termine. L’ado la traverse. Les notes sont ce qu’elles sont. La voie suivante s’ouvre, souvent d’une manière que personne ne prévoit.

La plupart des ados, à travers les bonnes périodes d’examens et les dures, construisent le sentiment d’avoir géré quelque chose de difficile. La manière de gérer compte plus que les notes. Des années plus tard, ce dont ils se souviennent, c’est si la famille était stable, s’ils se sont sentis aimés quoi qu’il arrive, si le foyer était un endroit où revenir après un mauvais bac blanc ou un bon.

Tu peux être ça. Le co-parent peut être ça. Ensemble, même imparfaitement, vous pouvez être le sol stable autour de la tranche des examens. C’est ça dont il a le plus besoin. Les notes viendront. C’est la relation qui dure.

Pour finir

Fin juin. Les examens sont finis depuis deux semaines. Il est allé au cinéma avec des copains. Il est allé à la plage une journée. Il a dormi jusqu’à onze heures hier. Il descend dîner.

Tu ne demandes pas comment il pense s’en être sorti. Tu demandes s’il veut plus de riz. Il dit oui.

Plus tard, il sera chez le co-parent pour le week-end. Tu lui as écrit ce matin : Il a l’air d’aller. Il vient chez toi vendredi. Je crois qu’il se repose vraiment, là. Elle a répondu : Bien. Même programme ici. On pourra faire un truc tous ensemble quand les résultats seront là.

Voilà le rythme. La tranche des examens est finie. L’attente commence maintenant. La maison est plus calme. L’ado dort. Toi aussi tu dors, enfin.

Quoi qu’il arrive le jour des résultats, tu as déjà fait le plus important. Tu as tenu le sol. Il a travaillé. Le co-parent était dans le pas. La famille a traversé ça, ensemble. Continue.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.