Quand l’autre foyer n’accepte pas le diagnostic
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Quand l’autre foyer n’accepte pas le diagnostic
Module 16 · Besoins particuliers et neurodivergence · Article 08 · Wave 3 · tous les âges
Toi, tu as fini par accepter le diagnostic de ton enfant. Tu t’es renseigné, tu as laissé venir les émotions, tu as commencé à mettre en place le soutien. Et ton co-parent, non. Il n’y croit pas. Il pense que l’enfant va bien, ou qu’il lui faut juste un peu plus de cadre, ou que ça passera en grandissant, ou que le diagnostic est exagéré, voire faux. Et te voilà en train de soutenir un enfant dont l’autre foyer n’accepte pas qu’il y ait quoi que ce soit à soutenir. C’est l’une des positions les plus solitaires et les plus éprouvantes de la co-parentalité quand il y a des besoins particuliers.
C’est une situation difficile, et elle est fréquente. Elle ne se règle pas non plus en une seule conversation ni en un seul article. Ce que cet article te propose, c’est une manière de comprendre ce qui se joue le plus souvent, une idée claire de ce que tu peux et ne peux pas y faire, et une attention portée à protéger ton enfant pour qu’il ne se retrouve pas pris au milieu, le temps que le désaccord se dénoue, ce qui arrive souvent, mais pas toujours.
C’est un article tout en douceur, parce qu’il y a là une vraie frustration, et souvent une vraie solitude.
Le refus est souvent du chagrin ou de la peur
La première chose qui aide, c’est de comprendre ce qui se cache d’habitude sous le refus d’un parent d’accepter un diagnostic, parce que c’est rarement de la simple obstination ou de la bêtise, et le prendre comme tel a plutôt tendance à l’enraciner.
Le plus souvent, ce refus, c’est du chagrin ou de la peur sous le masque du déni. Accepter un diagnostic, c’est accepter une version de ton enfant, et de ce que tu espérais pour lui, différente de celle que tu avais imaginée, et c’est une perte bien réelle, qu’il faut traverser. Pour certains parents, le déni, c’est l’étape du deuil dans laquelle ils sont bloqués, une façon de tenir à distance une réalité douloureuse qu’ils ne sont pas prêts à affronter. Pour d’autres, c’est la peur : peur de ce que le diagnostic veut dire, peur de l’étiquette, peur d’une stigmatisation, dans leur tête ou dans leur entourage, peur que l’accepter le rende plus réel, ou que ce soit, d’une certaine manière, leur faute. Et pour certains, c’est une conviction sincère, quoique fausse, qui vient de leur éducation ou de ce qu’ils croient comprendre de ces situations.
Voir le refus de cette façon, ça change tout, parce que ça change ta manière de t’y prendre. Un parent dans le chagrin ou la peur, on ne le fait pas bouger en lui disant qu’il a tort, en le bombardant de preuves, ou en le faisant se sentir bête. Ça ne fait que renforcer ses défenses. Un parent dans le chagrin ou la peur peut, avec le temps, arriver à l’acceptation, à mesure que le chagrin se traverse et que la peur se relâche, surtout s’il n’est pas forcé de défendre son déni contre un conjoint qui l’attaque. L’acceptation vient souvent avec le temps, et pousser trop fort peut la freiner plutôt que l’accélérer.
Ça ne veut pas dire que le refus est sans danger, ni que tu n’as qu’à attendre indéfiniment. Ça veut dire que le comprendre comme du chagrin ou de la peur, plutôt que comme de la mauvaise volonté, t’oriente vers la patience et l’insistance douce plutôt que vers l’affrontement, ce qui est en général plus efficace pour amener un parent vers l’acceptation.
Ce que tu peux faire et ce que tu ne peux pas
C’est important de regarder en face ce qui est en ton pouvoir ici, parce qu’une grande partie de la frustration, dans cette situation, vient de vouloir contrôler quelque chose qui ne dépend pas de toi.
Tu ne peux pas forcer ton co-parent à accepter le diagnostic. Tu ne peux pas lui faire le croire, le ressentir ou l’intégrer à coups d’arguments ou de pression. Cette acceptation lui appartient, à son rythme, et essayer de la forcer se retourne en général contre toi. C’est dur à accepter, mais l’accepter t’épargne une énorme quantité d’énergie et de tensions gaspillées.
Ce que tu peux faire, en revanche, c’est plusieurs choses. Tu peux soutenir pleinement ton enfant dans ton propre foyer, en lui apportant la compréhension, les aménagements et l’aide vers lesquels le diagnostic oriente, quoi que fasse l’autre foyer. Un enfant qui a un foyer qui le comprend vraiment et le soutient est bien mieux loti qu’un enfant qui n’en a aucun, et que ton foyer soit cet endroit-là, c’est entièrement entre tes mains. Tu peux continuer à partager des informations, doucement, sans pression, en laissant les portes ouvertes pour que ton co-parent arrive à l’acceptation à son heure, comme une invitation plutôt que comme un affrontement. Tu peux faire intervenir les professionnels, parce que parfois un parent qui n’accepte pas un diagnostic de la bouche de son co-parent l’accepte d’un médecin, d’un enseignant ou d’un spécialiste en qui il a confiance, et la parole d’un professionnel peut atterrir là où la tienne n’y arrive pas. Et tu peux veiller à ce que le soutien médical et scolaire essentiel de ton enfant ait bien lieu, ce qui nous amène à la question de qui a le pouvoir de décider.
Le cadre des décisions
Quand le désaccord s’étend à des décisions concrètes, est-ce que l’enfant reçoit tel soin, est-ce qu’il bénéficie d’un soutien à l’école, est-ce qu’il prend un traitement prescrit, ce n’est plus seulement une question de croyance, ça devient une question d’autorité. Et là, il faut comprendre le cadre dans lequel vous vous situez.
Les décisions concernant les soins et la scolarité d’un enfant s’inscrivent en général dans un cadre, défini par votre organisation autour de l’enfant et par l’autorité parentale. Dans certains cas, certaines décisions exigent l’accord des deux parents ; dans d’autres, l’un des parents a le pouvoir de trancher sur des points précis, ou les décisions se répartissent d’une manière particulière. Comprendre ton propre cadre, quelles décisions demandent un accord commun, ce que chacun peut décider seul, comment se règlent les vrais blocages, te dit où tu te situes réellement quand le désaccord bloque une décision dont l’enfant a besoin.
Quand un véritable blocage empêche l’enfant d’accéder à un soutien essentiel, des voies de résolution existent, justement pour ça. Les professionnels qui suivent l’enfant peuvent parfois débloquer la situation par leur autorité et leur expertise. La médiation, dont le module dédié parle, peut aider deux parents bloqués à trouver une issue. Et là où tout cela échoue, et où une décision doit vraiment être prise pour le bien-être de l’enfant, un cadre existe pour ça, même si c’est une démarche sérieuse et un dernier recours. L’idée n’est pas de se précipiter vers cette voie ; c’est de savoir que les soins essentiels d’un enfant ne restent pas, en fin de compte, otages du refus d’un seul parent, et que des chemins existent quand le désaccord met réellement en péril l’accès de l’enfant au soutien dont il a besoin.
Ça vaut la peine de tenir ça en parallèle de la patience de la section précédente. Tu es patient et doux pour amener ton co-parent vers l’acceptation au fil du temps, et tu es aussi clair sur le fait que les besoins essentiels de l’enfant sont satisfaits entre-temps, par le soutien de ton propre foyer et, si nécessaire, par les cadres de décision qui existent.
Protéger l’enfant du milieu
À travers tout ça, le plus important, c’est de protéger l’enfant pour qu’il ne se retrouve pas pris dans le désaccord, parce que c’est là que tombe le vrai mal si on n’y prend pas garde.
Un enfant dont les deux parents ne sont pas d’accord sur son diagnostic peut se retrouver dans une position impossible : il entend d’un parent qu’il a une vraie difficulté qui demande du soutien, et de l’autre qu’il n’a rien, ou qu’il n’a qu’à faire plus d’efforts. C’est déroutant et abîmant. L’enfant peut en venir à penser que ses difficultés ne sont pas réelles, ou qu’il est en échec, ou qu’accepter de l’aide serait trahir le parent qui dit qu’il n’en a pas besoin. Il peut devenir la corde tirée entre deux versions de sa propre réalité.
Alors les règles sont claires. Ne discute pas du diagnostic à travers l’enfant, ni devant lui. Ne fais pas porter à l’enfant des messages ou des preuves d’un foyer à l’autre au sujet de sa situation. Ne mets pas l’enfant dans la position de devoir donner raison à un parent contre l’autre. Et dans ton propre foyer, offre à l’enfant une réalité stable et accueillante, tu le comprends, tu le soutiens, ses difficultés sont réelles et ce n’est pas sa faute, sans en faire une arme contre ton co-parent. L’enfant a besoin d’au moins un foyer où sa réalité est simplement, calmement accueillie, et tu peux la lui offrir quoi que fasse l’autre foyer.
Vivre avec une difficulté est déjà bien assez dur pour l’enfant, sans que ça devienne en plus un terrain disputé entre ses parents. Garder le désaccord des adultes dans la sphère des adultes, et donner à l’enfant un endroit de calme et d’acceptation, c’est la chose la plus protectrice que tu puisses faire pendant que le désaccord plus large chemine vers la résolution qu’il finira par trouver.
Pour finir
Quand l’un des parents n’accepte pas le diagnostic d’un enfant, ce refus, c’est en général du chagrin ou de la peur plutôt que de la simple obstination, ce qui oriente vers la patience et l’insistance douce plutôt que vers l’affrontement, puisque l’acceptation vient souvent avec le temps et que pousser trop fort peut la freiner. Tu ne peux pas forcer l’acceptation de ton co-parent, mais tu peux soutenir pleinement l’enfant dans ton propre foyer, continuer à partager doucement des informations, faire intervenir des professionnels de confiance dont la parole atterrira peut-être là où la tienne n’y arrive pas, et veiller à ce que le soutien essentiel ait lieu, à travers le cadre de décision qui régit ta situation. Et tout du long, tu protèges l’enfant pour qu’il ne soit pas pris au milieu, en gardant le désaccord hors de sa portée et en lui offrant au moins un foyer où sa réalité est calmement accueillie.
Tu ne peux pas faire accepter à l’autre foyer ce que tu as accepté. Tu peux être le foyer où ton enfant est pleinement compris et soutenu, et tu peux garder la porte ouverte, doucement, pour que ton co-parent y arrive lui aussi, à son heure.
Tu ne peux pas amener un autre parent à l’acceptation à force d’arguments. Tu peux être le foyer où la réalité de ton enfant est calmement, pleinement accueillie, garder la porte ouverte sans la forcer, et faire en sorte que ses besoins essentiels soient satisfaits pendant que le reste se dénoue.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.