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Module 01 · Sommeil et coucher

Les terreurs nocturnes et quoi en dire à ton co-parent

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

4–78–129 min de lecture
Les terreurs nocturnes et quoi en dire à ton co-parent

Les terreurs nocturnes et quoi en dire à ton co-parent

Module 01 · Sommeil et coucher · Article 12 · 4-7, 8-12


23 h 30. Tu entends des cris. Tu cours déjà avant même d’être réveillé. Ton enfant de six ans est assis dans son lit, les yeux ouverts, en train de hurler. Il ne te voit pas. Il ne t’entend pas. Tu essaies de le prendre dans tes bras et il te repousse en hurlant plus fort. Après peut-être quatre minutes qui en paraissent soixante, il se calme, se rallonge, et dort.

Au matin, il ne se souvient de rien.

Ce que tu viens de voir est très probablement une terreur nocturne. Cet article explique ce que c’est, quoi faire sur le moment, ce que ça a à voir avec la vie à deux foyers, et comment mener la conversation avec ton co-parent pour que la prochaine soit mieux gérée et que la suivante ait moins de chances d’arriver.

Ce que sont vraiment les terreurs nocturnes

Une terreur nocturne n’est pas un cauchemar. On confond les deux, mais ce sont des événements différents.

Un cauchemar survient en sommeil paradoxal, dans la seconde moitié de la nuit, souvent vers le matin. L’enfant s’en réveille. Il s’en souvient. Il peut le décrire. Il peut être réconforté. Il peut avoir peur de se rendormir.

Une terreur nocturne survient en sommeil lent profond, dans le premier tiers de la nuit, en général 60 à 120 minutes après l’endormissement. L’enfant a l’air éveillé mais ne l’est pas. Ses yeux peuvent être ouverts. Il peut s’asseoir, hurler, donner des coups, transpirer, respirer vite, et avoir l’air terrifié. Il ne peut pas être réconforté parce qu’il ne peut pas intégrer ta présence. Au bout de 5 à 15 minutes (parfois plus), l’épisode se termine et l’enfant replonge dans le sommeil profond. Au matin, il n’en a aucun souvenir.

C’est une parasomnie, un trouble de l’éveil partiel. Le cerveau s’est retrouvé bloqué à mi-chemin entre le sommeil profond et l’éveil. Le corps de l’enfant réagit comme à une menace qui n’existe que dans ce réveil resté en panne. Il n’a pas mal. Il ne rêve pas. Il n’est conscient dans aucun sens véritable du terme.

Les terreurs nocturnes apparaissent en général entre 3 et 12 ans, culminent vers 4 à 7 ans, et la plupart des enfants en sortent à la puberté. Elles sont souvent familiales. Une part non négligeable d’enfants ont au moins une terreur nocturne à un moment donné. Un plus petit nombre en ont de façon répétée.

Voici le plus important à savoir : les terreurs nocturnes ont l’air bien, bien pires qu’elles ne le sont. L’enfant ne souffre pas comme il en a l’air. Il n’est pas conscient. Il n’a pas peur d’une manière dont il se souviendra. Le traumatisme, dans la pièce, appartient entièrement au parent qui regarde.

Quoi faire pendant une terreur nocturne

L’instinct, c’est de réveiller l’enfant, de le prendre dans les bras, de le réconforter. Ces trois gestes aggravent en général une terreur nocturne.

Le protocole :

  • N’essaie pas de le réveiller. Réveiller un enfant en pleine terreur nocturne prolonge souvent l’épisode et produit une vraie peur (parce qu’il se réveille, désorienté, dans la panique d’un parent). Laisse l’épisode se dérouler.
  • Garde-le en sécurité. S’il bouge, assieds-toi sur le lit près de lui. Écarte les objets durs. Empêche-le de sortir du lit s’il risque de tomber. Ne le retiens pas, sauf si la sécurité l’exige.
  • N’essaie pas de le calmer par la parole. Les mots rassurants ne l’atteignent pas. Il ne traite pas le langage. Te parler à toi-même calmement, ça va. Lui parler à lui est inutile et peut l’agiter.
  • Attends. La plupart des épisodes se terminent d’eux-mêmes en moins de 15 minutes. Une fois l’enfant calmé, il est de nouveau en sommeil profond. Ne le prends pas dans les bras. Ne le déplace pas. Ne le dérange pas.
  • Ne t’agite pas après. Ne lisse pas les draps. Ne prends pas sa température. Laisse-le dormir.

Ton rôle pendant une terreur nocturne, c’est d’être une présence stable dans la pièce pendant que le système nerveux de l’enfant redémarre. C’est tout.

Le lendemain matin

Au matin, n’en parle pas. L’enfant n’a aucun souvenir de l’épisode. Le nommer pour lui crée le souvenir de quelque chose qui a fait peur à toi, pas à lui. Il absorbera ta peur, pas l’expérience elle-même.

S’il dit qu’il se sent fatigué, ou qu’il a mal dormi, ou s’il demande pourquoi il est en sueur, donne une réponse neutre. Tu as eu une nuit agitée. Tout va bien maintenant. N’en dis pas plus.

Ce que tu dois faire ce matin-là, en privé, c’est noter l’épisode. L’heure de début. La durée. À quoi a ressemblé la veille (le sommeil était-il court, le rythme perturbé, une fièvre montait-elle, y a-t-il eu une transition). Ces données comptent pour la suite.

Pourquoi la vie à deux foyers peut rendre les terreurs nocturnes plus fréquentes

Les terreurs nocturnes sont déclenchées de façon fiable par un petit nombre de choses. Les principales :

  • Le manque de sommeil. Un corps fatigué a plus de chances d’avoir un épisode d’éveil partiel.
  • Un rythme de sommeil irrégulier. Un coucher qui varie d’une nuit à l’autre perturbe l’architecture du sommeil profond où vivent les terreurs nocturnes.
  • Un nouvel environnement de sommeil. Les premières nuits dans un lit inconnu déplacent les stades du sommeil.
  • Le stress, y compris un stress émotionnel non digéré que l’enfant ne sait pas encore nommer.
  • La fièvre, la maladie, certains médicaments, et l’apnée du sommeil.

La vie à deux foyers touche plusieurs de ces points.

Si les heures de coucher diffèrent entre les foyers (Sommeil 06), le rythme de sommeil de l’enfant est techniquement irrégulier. Si les transitions s’accompagnent de fatigue (longs trajets, passages de relais tardifs, une veille de relais difficile, Sommeil 08), l’enfant arrive au coucher plus dérégulé. Si l’enfant n’a pas été dans l’un des foyers depuis une période, ce foyer est, la première nuit de retour, un environnement de sommeil de fait nouveau. Si des émotions non digérées s’accumulent autour des passages de relais, c’est du stress sans nom.

Ce n’est pas une raison d’arrêter d’avoir deux foyers. La plupart des enfants qui vivent entre deux foyers n’ont jamais de terreur nocturne. Certains en auraient eu dans n’importe quelle organisation. Mais si ton enfant a des terreurs nocturnes à répétition, la structure à deux foyers est l’une des variables à regarder, à côté de toutes les autres.

Quoi dire à ton co-parent

Tu dois lui dire. Les deux foyers ont besoin de savoir, pour trois raisons.

D’abord, le parent qui accueille a besoin du protocole. S’il ne sait pas à quoi ressemble une terreur nocturne, la première fois qu’il en rencontre une chez lui, il risque d’essayer de réveiller l’enfant, de paniquer, d’emmener l’enfant aux urgences. Savoir ce qui se passe l’évite.

Ensuite, vous avez tous les deux besoin de suivre les schémas ensemble. Si les épisodes coïncident avec des couchers tardifs, des nuits de relais, du stress scolaire, vous ne verrez le schéma à travers les deux foyers qu’en partageant les données.

Enfin, l’enfant ne devrait pas se sentir traité différemment d’un foyer à l’autre à propos de quelque chose dont il ne se souvient de toute façon pas. Si un foyer traite les terreurs nocturnes comme une chose connue et calme et l’autre comme une crise, l’enfant captera la détresse du second foyer par d’autres biais.

Comment mener la conversation :

  • Dis factuellement ce qui s’est passé. L’heure. La durée. Ce que tu as fait. L’enfant n’a aucun souvenir.
  • Envoie-lui un paragraphe sur ce que sont les terreurs nocturnes. La distinction clinique avec les cauchemars compte et n’a rien d’évident.
  • Mettez-vous d’accord sur le protocole que vous suivrez tous les deux. Ne pas réveiller. Garder en sécurité. Attendre que ça passe. Ne pas s’agiter après.
  • Convenez de partager les notes d’épisode quand ils surviennent dans l’un ou l’autre foyer. Un simple relevé, factuel.
  • Discutez de ce qui, dans les dernières 24 heures, a pu être un déclencheur. Coucher tardif, sieste sautée, fièvre, journée difficile à l’école. Ne vous reprochez pas les déclencheurs. Contentez-vous de les suivre.

Une phrase qui aide : Il a eu une terreur nocturne hier soir vers 23 h 30. Ça a duré environ quatre minutes. Il va bien. Il ne s’en souvient pas. Je voulais te le partager pour que tu aies le tableau si ça arrive chez toi. Voilà ce que j’ai lu sur ce qu’il faut faire le cas échéant.

Ce qu’il ne faut pas faire : ne retiens pas l’information par crainte de la réaction du parent qui accueille. Ne la présente pas comme la preuve que quelque chose ne va pas chez l’enfant ou dans l’un des foyers. Ne dramatise pas.

Ce qu’il ne faut pas faire porter à l’enfant

Deux choses à activement ne pas faire.

Ne dis pas à l’enfant qu’il a eu une terreur nocturne. Il ne s’en souvient pas. Le lui dire crée de lui-même l’image de quelqu’un qui hurle dans la nuit, ce qui peut devenir sa propre anxiété, ce qui peut à son tour augmenter le risque d’autres épisodes. L’épisode arrive à une partie de son cerveau à laquelle il n’a pas accès. Il n’a pas besoin d’en être informé.

Ne demande pas à l’enfant ce qui lui a fait peur. Il n’a eu peur de rien. Le cerveau était bloqué. Il n’y a aucun contenu. Si tu presses un enfant pour qu’il s’explique, il fournira souvent une explication (les enfants sont obligeants comme ça), et l’explication inventée peut devenir une vraie peur qu’il traîne ensuite les nuits suivantes.

Si un frère, une sœur, ou un grand-parent a vu l’épisode et veut en parler à l’enfant, interviens. La conversation est pour les adultes, pas pour l’enfant.

Quand consulter un médecin

La plupart des terreurs nocturnes ne nécessitent pas d’avis médical. Quelques signes qui disent de voir le pédiatre.

  • Plusieurs épisodes par semaine, qui durent depuis plus d’un mois
  • Des épisodes qui durent plus de 30 minutes
  • Des épisodes qui se poursuivent au-delà de la puberté
  • Une somnolence de journée évoquant un trouble du sommeil sous-jacent (l’apnée du sommeil est un déclencheur connu)
  • L’enfant qui se blesse ou qui essaie de sortir de la maison pendant l’épisode
  • Des épisodes associés à des ronflements, des étouffements, ou des pauses respiratoires pendant le sommeil
  • Des épisodes associés à de nouveaux symptômes de journée (anxiété marquée, changement de comportement, régression)

Le pédiatre peut écarter des causes médicales sous-jacentes. Si une apnée du sommeil est suspectée, un examen du sommeil peut être nécessaire. Pour la plupart des enfants, aucune intervention n’est requise et les épisodes se résolvent d’eux-mêmes.

Pour finir

La première terreur nocturne est la pire. Pas pour l’enfant. Pour le parent.

Tu as vu quelque chose qui ressemblait à de la terreur, tu n’as pas pu atteindre l’enfant à travers ça, et puis il s’est endormi. Au matin, il ne se souvenait pas. Toi, si. Le traumatisme reste avec toi.

Le travail, maintenant, est régulier. Tiens le protocole. Préviens ton co-parent pour que le protocole tienne dans les deux foyers. Suis les schémas. Réduis les déclencheurs connus là où tu le peux (surtout la régularité du rythme de sommeil, Sommeil 03). Ne fais pas porter ça à l’enfant.

La prochaine sera plus facile. La suivante, plus facile encore. Et dans la plupart des familles, après une série de mois ou un an ou deux, elles cessent de venir.

Tu dors d’un trait jusqu’au prochain 23 h 30.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.