Les plannings de vacances
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Les plannings de vacances
Module 06 · Plannings et rotations · Article 13 · v3 · tous les âges
Dimanche après-midi. Mi-novembre. Le calendrier est ouvert sur la table, trois mois devant toi. Les vacances scolaires commencent dans cinq semaines. Tu repousses ce moment depuis deux mois, parce que chaque année la conversation des vacances avec ton co-parent se passe plus durement que prévu. Cette année, tu as décidé de t’y mettre en novembre plutôt que la deuxième semaine de décembre. Tu te fais un thé. Tu écris trois options sur une feuille de papier. Tu écris à ton co-parent que tu aimerais qu’on en parle mardi soir.
Cet article parle des plannings de vacances. Le rythme annuel des congés scolaires, des réunions de famille et des longues périodes qui n’entrent pas dans la rotation de la semaine d’école. Presque toutes les familles qui suivent un planning régulier en ont besoin d’un autre pour les vacances. Ce texte parle de la façon de le construire, et de ce qui rend la conversation des vacances plus difficile que celle de la semaine d’école.
Pourquoi les vacances ont besoin de leur propre planning
Le planning de la semaine d’école (quel que soit le schéma que tu utilises) est bâti autour de l’école. Les passages de relais se font au rythme des jours d’école. Les périodes posées laissent de la place aux devoirs, aux groupes de copains, aux activités du périscolaire. Les points de lien du milieu de semaine (le dîner du mercredi) tiennent à l’intérieur des semaines d’école.
Les semaines de vacances n’ont rien de tout ça. Pas d’école. Pas de devoirs. Pas d’activités. Plus les vacances sont longues, moins la structure de la semaine d’école a de sens. Une rotation 2-2-3 prolongée sur quatre semaines de vacances d’été produit sept ou huit passages de relais à la suite, alors que l’enfant n’a aucune structure de journée pour s’ancrer. Une rotation une semaine sur deux à travers Noël produit une forme étrange où un parent a toutes les vacances et l’autre n’en a aucune.
La plupart des familles construisent un schéma de vacances en parallèle. Soit une forme voulue (un parent a la première semaine, l’autre la deuxième), soit une inversion du planning de l’année scolaire, soit un schéma en périodes plus longues, soit une refonte complète qui ne cherche à coller à rien.
Les trois sortes de vacances
Ça aide de penser les vacances en trois catégories. Chacune fonctionne autrement.
Les petites vacances scolaires (une à deux semaines). Toussaint, Noël, hiver, printemps. Une à deux semaines environ. L’enfant est à la maison, pas d’école. Le travail des adultes, lui, continue le plus souvent. Le schéma qui marche pour la plupart des familles : garder le planning régulier de la semaine d’école, avec des ajustements autour des jours particuliers qui tombent dans la période (une fête de famille, un anniversaire, un mariage). L’infrastructure du planning de la semaine d’école (les passages de relais, le sac, les routines) se reporte.
Les grandes vacances scolaires (trois à huit semaines). Les vacances d’été. La grande coupure de l’été. Assez longues pour que le schéma habituel de la semaine d’école ne convienne plus vraiment. Assez longues pour que l’absence d’un parent sur tout l’été soit de trop, mais assez longues aussi pour que la rotation hebdomadaire habituelle produise trop de passages de relais. La plupart des familles utilisent un schéma moitié-moitié, en divisant les vacances en deux périodes.
Les jours de fête particuliers. Le jour de Noël. Le réveillon du Nouvel An. Le jour même de la fête, quel que soit le planning hebdomadaire dans lequel ce jour tombe. La plupart des familles prennent une décision à part pour ces jours-là, souvent en alternant d’une année sur l’autre, souvent sur une fenêtre précise (la veille, le jour, le matin du lendemain).
Les trois catégories appellent des réponses structurelles différentes. La conversation, dans ta famille, est en général une suite de trois conversations plus petites, une par catégorie.
Le schéma moitié-moitié
La forme la plus courante pour les grandes vacances scolaires. La période est divisée en deux moitiés ; chaque parent en a une.
Un schéma type pour six semaines d’été : le parent A a les semaines 1, 2, 3. Le parent B a les semaines 4, 5, 6. L’année suivante, on inverse. Le parent B a les semaines 1, 2, 3 et le parent A les semaines 4, 5, 6.
Pourquoi ça marche.
Chaque parent a une période continue. Trois semaines d’affilée (ou ce que représente la moitié) suffisent pour des vacances, un voyage, un séjour plus long chez la famille élargie, une suite de journées sans structure. Le schéma habituel de la semaine d’école ne donne ça à aucun des deux parents.
L’enfant a une forme de vacances claire. Deux moitiés plutôt que sept ou huit passages de relais. Le corps et la tête peuvent tenir première moitié chez Papa, deuxième moitié chez Maman. On prend des photos, on prévoit des sorties, la moitié a une forme.
C’est symétrique d’une année sur l’autre. Le parent qui a la première moitié cette année a la deuxième l’an prochain. Ce qui rend une moitié particulière (une date précise, le début de l’été, la rentrée qui approche) tourne équitablement au fil des années.
C’est prévisible. Fixé à l’avance, le même schéma chaque année, avec la rotation intégrée. La conversation de novembre porte sur la confirmation des moitiés de l’année et des ajustements de dates, pas sur un départ de zéro.
Le relais de milieu de vacances reste gérable. L’unique passage de relais en milieu de vacances est bien géré par la plupart des enfants. Les plus grands en gèrent parfois deux ; les plus jeunes ne devraient en général pas en avoir plus d’un sur une longue période.
Quelques variantes.
Des moitiés de deux semaines. Pour des vacances de quatre semaines, deux semaines chacun. Même logique. Trois-et-trois pour un été de huit semaines. Certaines familles font trois semaines, puis trois autres, avec une petite remise à zéro au milieu. Un partage 4-2. Un parent a la plus longue période, l’autre la plus courte, souvent quand le travail d’un parent permet de plus longues vacances et que l’autre ne peut en prendre qu’une partie. Le schéma première-et-dernière. Un parent a la première semaine et la dernière (en encadrant les vacances) ; l’autre a le milieu. Moins courant, parfois utile pour les enfants que le début des vacances et la rentrée stressent tous les deux.
Les jours de fête particuliers
C’est sur les jours particuliers que se concentrent le plus les tensions familiales.
Le principe de base : alterner d’une année sur l’autre. Un parent a Noël cette année, l’autre l’an prochain. Un parent a l’anniversaire de l’enfant chez lui, l’autre a la fête du jour de l’anniversaire l’année suivante.
Ce que « avoir la fête » veut dire en général : le parent qui a le jour a l’enfant pour le moment principal de la journée. L’autre parent a un appel, une visite courte, ou une petite célébration à part la veille ou le lendemain.
Quelques repères qui aident.
Définis ce qu’est concrètement la fête. Noël peut aller de l’après-midi du 24 au matin du 25, ou couvrir tout le 25, ou aller du 22 au 26 décembre. Sois précis sur la fenêtre. Noël en un seul mot est vague ; du 24 décembre après-midi au 26 décembre matin est utilisable.
Les deux parents devraient laisser de la place à l’enfant pour fêter deux fois. Le parent qui a le jour ne s’approprie pas la fête seul ; le parent qui ne l’a pas a droit à sa propre petite version. Le 25 chez Papa ; une célébration le 26 chez Maman. Les deux réelles. L’enfant a deux célébrations de la fête plutôt que la moitié d’une.
Ne vous comparez pas sur la taille ni sur le prix. C’est l’un des schémas qui, répété, casse la paix des fêtes. Le parent qui n’a pas le jour et qui achète plus gros pour compenser apprend à l’enfant que les fêtes sont une affaire d’attention parentale en concurrence. Le parent qui a le jour et qui le remplit à l’excès fait la même chose dans l’autre sens. Plus petit, plus sincère, centré sur l’enfant plutôt que sur le spectacle.
Les exceptions qui ne tournent pas. Certaines fêtes peuvent rester chaque année chez le même parent, d’un commun accord, quand elles tiennent à ce qui compte pour une famille de ce côté-là. Ces exceptions sortent de la règle d’alternance. Mieux vaut être clair dessus pour qu’elles ne soient pas remises en cause sans cesse.
L’anniversaire de l’enfant. Beaucoup de familles alternent les célébrations d’anniversaire. C’est différent des autres jours marqués, parce que l’anniversaire est par nature celui de l’enfant ; certaines familles font un seul événement partagé chaque année (ce qui marche dans certaines co-parentalités et pas d’autres). D’autres font des fêtes séparées dans chaque foyer, à des jours différents. Quel que soit le schéma, nomme-le et tiens-t’y.
Ce qui rend la conversation des vacances plus difficile
Quelques raisons pour lesquelles la conversation des vacances est structurellement plus difficile que celle de la semaine d’école.
Les enjeux sont émotionnels. Noël, le voyage de l’été ; tout ça porte un poids qu’un mardi ordinaire n’a pas. Les conversations se font dans un registre émotionnel plus intense.
La famille élargie est dans le coup. Le grand-parent qui prend l’avion pour venir. La réunion de cousins. Le grand repas de famille. Ce n’est pas seulement les parents et l’enfant ; d’autres personnes sont là, avec leurs propres attentes. Le planning doit faire de la place à la famille élargie, pas seulement à la famille proche.
Les traditions comptent. On va toujours chez mes parents pour Noël. Les traditions héritées de chaque côté de la famille ne se partagent pas bien après une séparation. Chaque année, l’une d’elles doit plier.
Il y a souvent du voyage. Les trajets longue distance, le voyage de la famille vers un autre pays, le retour pour les plus grandes fêtes. Le planning doit composer avec les billets d’avion, les dates de congés, les dates de fin du calendrier scolaire.
La première année fixe un précédent. Le premier Noël après la séparation, le premier été ; ils installent souvent le schéma des années qui suivent. Il y a une pression à réussir le premier, ce qui rend plus difficile de négocier avec souplesse.
(Le module 09 contient le module plus large sur les fêtes et les événements. Cet article est la partie propre au planning.)
Quand la conversation dérape
Quelques schémas qui reviennent dans les conversations sur les plannings de vacances.
Planifier à la dernière minute. Planifier début décembre pour Noël, c’est trop tard. La plupart des voyages de famille demandent trois à quatre mois d’anticipation. Planifie en octobre au plus tard ; dans l’idéal, dès le mois d’août d’avant. Pareil pour les vacances d’été.
Tout rejouer chaque année. Chaque année redevient un tour de table à zéro. La première année a été dure. La deuxième ne devrait pas être une nouvelle séance de planification ; elle devrait être l’application du schéma convenu. Si la famille n’arrive pas à un schéma convenu, c’est l’accord lui-même qui a besoin d’être retravaillé, pas la conversation de chaque année.
Le piège du 50/50 sur les jours particuliers. Certaines familles essaient de partager le jour de Noël lui-même entre les deux foyers, un parent ayant le matin et l’autre l’après-midi. Parfois, ça marche. Souvent, ça produit un enfant qui a fait deux repas de Noël, deux séries de cadeaux, deux pics et deux creux d’énergie, le tout dans la même journée. L’enfant arrive au foyer ce soir-là épuisé. Beaucoup de familles qui tentent ça une fois passent à l’alternance d’une année sur l’autre.
La fête prise comme un grief. Quand la conversation des vacances devient l’endroit où sortent les autres ressentiments de l’année. Tu as eu Pâques ; tu ne peux pas avoir Noël en plus. Ça concerne rarement la fête elle-même et c’est rarement productif dans la conversation où ça surgit. (Voir l’article 12 sur le schéma du planning vécu comme un deuil.)
Ce qui aide
Quelques schémas qui, tenus dans la durée, facilitent les plannings de vacances.
Une conversation de planification annuelle à la fin de l’été. Une fois par an, on s’assoit avec l’année devant soi. On cartographie les vacances. On convient de ce qui se passe où. On l’écrit. La conversation de début novembre sur le plan de Noël devient une confirmation de cinq minutes, pas un nouveau tour de planification, parce que la grande planification a été faite en septembre.
Une trace écrite du schéma. Pas un contrat ; une trace. On alterne Noël ; les moitiés de l’été tournent ; l’anniversaire de l’enfant est fêté dans les deux foyers à des jours différents. La trace fait que la conversation de l’an prochain repart de là où celle de cette année s’est arrêtée.
De la souplesse à l’intérieur de la structure. Le schéma est fixe ; les dates et les horaires précis s’ajustent à la vraie vie. Noël tombe un mercredi cette année ; la famille qui vient arrive le 22 ; le parent qui travaille a posé le 24 mais pas le 23. Le schéma fait de la place à ces détails sans être cassé par eux.
Reconnaître ce à quoi l’autre parent renonce. Je sais que cette année, c’est mon Noël. Merci pour ça. Petit, de temps en temps. La reconnaissance adoucit considérablement l’alternance d’une année sur l’autre.
Pour finir
Le planning de vacances est un problème de structure à part entière, lié à celui de la semaine d’école mais distinct de lui. Les trois catégories (petites vacances, grandes vacances, jours particuliers) ont chacune leur propre schéma. Le moitié-moitié pour les grandes vacances, l’alternance pour les jours particuliers, la continuité du planning d’école pour les petites vacances. Avec ça en place, l’année des vacances s’installe dans un rythme qui tient.
La conversation compte plus que le tableau. La planification de novembre qui ne glisse pas en décembre. La reconnaissance que les vacances pèsent émotionnellement plus lourd. L’alternance qui, une fois installée, n’est pas rejouée chaque année.
Dimanche après-midi. Les trois options sont écrites. La conversation de mardi sera plus calme que celle de l’an dernier en décembre. À la fin de la semaine, l’année devant toi aura une forme de vacances. Le Noël chez la belle-famille sera chez lui cette année. Pâques sera chez toi. Les moitiés de l’été sont décidées. Ton co-parent fera le trajet dans ta direction pour l’anniversaire de l’enfant en mars. Tu l’écris sur le calendrier au crayon. Tu l’écriras au stylo dans une semaine, après l’appel.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.